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Forum de RP dans le monde d'Ewilan, de Pierre Bottero. De nombreuses années ont passé depuis les aventures d’Ewilan et de ses compagnons et l’Empire a plus que jamais besoin de votre assistance.


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Rencontre pluvieuse, rencontre... Heureuse ? [Milah & Elleynah - Flashback]

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Elleynah Bàthory
Maître Marchombre
Elleynah fixait le plafond, allongée dans le lit qu'elle ne quittait que lors des quelques balades que lui offraient généreusement Indel et sa mère. Les motivations de cette dernière lui étaient encore totalement inconnues, et elle avouerait volontiers qu'elle n'avait pas l'énergie nécessaire pour y réfléchir. Elle se contentait de se laisser couler, et de se raccrocher ponctuellement aux maigres rayons de soleil qui essayaient en vain de réchauffer sa peau glacée. La maître marchombre n'avait toujours pas la moindre notion du temps. Parfois, les heures semblaient s'écouler comme des secondes, et d'autres fois, la journée devenait éternité. Et aux yeux de la marchombre, ça n'avait plus de réelle importance.

Lorsqu'elle entendit la clé tourner dans la serrure de sa porte, elle ne réagit pas immédiatement. La lumière s'engouffra dans la pièce sombre, lui brûlant les yeux, et révélant son corps échoué et abîmé. Comme à chaque fois, elle fut incapable de savoir où elle trouva la force qui lui permit de se lever. La veille, ou peut-être l'avant veille, elle avait eu une petite entrevue avec Kaelleyn qui avait mal tourné. Des blessures qui commençaient quasiment à cicatriser s'étaient rouvertes, son visage était tuméfié, ses joues creusées, son être tout entier profondément pitoyable. Mais elle ne se plaignait toujours pas.

Lentement, douloureusement, Elleynah se traina dehors. Comme à chaque fois, elle s'attendait à trouver le contact bienfaisant du soleil sur sa peau, mais ce jour-là, il n'en fut rien. D'épais nuages gris recouvraient le ciel, et quelques gouttes d'une pluie froide commençaient à s'abattre sur ses épaules frêles. Pendant l'espace d'un instant, ce qu'il restait du coeur d'Elleynah se serra, et avec un bonheur qu'elle ne pensait plus pouvoir retrouver, elle offrit son visage au caprice céleste. La marchombre avait l'impression que cela faisait des années qu'elle n'avait pas pu sentir la bienveillance du contact de la pluie. Elle n'eut cependant pas le temps de profiter de cet instant : déjà, on la trainait devant la source d'eau habituelle. Pas de temps à perdre, elle n'avait pas plus d'une heure. On l'abandonna là, avec la promesse de souffrances terribles si elle avait l'audace de s'éloigner.

Malgré le froid, malgré la pluie, Elleynah n'hésita pas l'ombre d'une seconde. Elle entreprit d'enlever le bout de tissu qui lui servait de robe, tâché de sang, troué, abîmé, et elle le laissa tomber dans la boue. Pendant quelques instants, elle resta debout devant l'étendue d'eau, nue et frémissante. Son corps, bien qu'amaigri, conservaient le dynamisme qu'elle avait su créé au fil du temps. Il n'en demeurait pas moins abîmé, recouvert d'hématomes, de blessures, de cicatrices en tous genres. Elleynah s'en fichait. Lorsque les frissons sur sa peau s'accentuèrent, elle se décida enfin à s'avancer dans l'eau. Elle était particulièrement glacée, mais ça ne l'arrêta pas.

Rapidement, elle se laissa engloutir par le liquide, jusqu'à disparaître totalement. Le monde sous-marin lui rappelait des souvenirs d'un temps où elle s'était sentie heureuse. Un temps qui n'avait pas duré, mais qui avait rendu toutes ses souffrances bien pire que ce qu'elles auraient dû être. Elle se souvenait de son apprentie, et exceptionnellement, de la raison qui l'avait poussée à venir s'enfermer dans le lieu qu'elle avait cherché à fuir toute sa vie. La vengeance. Le sang doit être vengé par le sang. N'était-ce pas ce qu'on lui avait enseigné toute son enfance ? N'était-ce pas un des principes des mercenaires du chaos ? Mais elle n'était pas une mercenaire du chaos. Ou peut-être que si, après tout. Peut-être que l'harmonie n'était qu'un tissu de mensonge auquel elle avait cru trop longtemps. Elle ne savait pas. Elle ne savait plus.

Elleynah était perdue. Et alors que l'air commençait à lui manquer, elle hésita un instant à se laisser couler, vidée de la force qui l'aurait poussée à remonter immédiatement à la surface. Une part d'elle refusait de croire que sa maître ait pu se tromper à ce point. Une autre songeait aux paroles de Milah. Pourquoi était-elle partie ? Pourquoi était-elle vraiment revenue ? Elle ne savait pas. Elle ne savait plus. Alors, elle donna une impulsion avec son pied, et creva la surface de l'eau, comme si ce geste allait lui permettre de faire taire les interrogations qui envahissaient son âme meurtrie. Il pleuvait un peu plus fort. Tant pis, elle était déjà trempée.

Elleynah commença à nager maladroitement. Son corps lui faisait mal. Chaque geste était un supplice, et elle ne savait même pas pourquoi elle se donnait tant de mal pour essayer de faire travailler ses articulations. Peut-être parce que c'était le seul moyen qu'elle possédait pour se sentir encore en vie. C'était son dernier recours pour s'assurer qu'elle n'était pas morte. Elleynah serra les dents et continua sa nage. Au bout d'un moment qui lui sembla à la fois terriblement long et infiniment court, elle se tourna sur le dos. La marchombre se laissa flotter, les seins à découvert, les yeux fermés. A la dérive, dans un univers qui lui appartenait, là où la réalité n'existait plus vraiment. Il lui sembla percevoir un mouvement non loin d'elle, mais elle ne bougea pas immédiatement. Ce ne fut que lorsque le mouvement se fit plus précis qu'elle se redressa enfin, et planta son regard éteint sur ce qui venait de la déranger.



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Milah Ashken
Combattante Dessinatrice

Milah Ashken était revenue à Al-Jeit pour affaires de communications. Et parce qu'elle voulait s'éloigner loin de celle qui la faisait revenir à des émotions enfouies depuis très longtemps. Voire même des émotions tout court. Et en l'occurence une grande colère. Une colère un peu différente de celle qui animait sa vie. Une colère tiède.
Elle était donc repartie aussitôt. Rester plus longtemps ne servait à rien. Mais elle avait envoyé un message à Kaelleyn par le vautour. La garder en vie … n'avait aucun sens. Elleynah était une menace, non pas pour ses compétences mais pour sa possible fuite. Même si la mercenaire pensait qu'elle était suffisamment brisée, que le Chaos l'avait appelé au fond d'elle… elle devrait mourir. Le pardon n'existait pas dans le bouillon naturel des choses. Le pardon n'existait pas dans le Chaos ou dans le cœur de Milah.
Elle s'était concentrée sur son Dessin, son entraînement et les travaux qu'elle devait rendre à l'Empire. Essentiellement accompagner et protéger.
Même si elle avait mis Elleynah dans le fond de son esprit, bien enfoui, elle y restait. Même lorsqu'en sueur, Milah était arrivée sur une des plus hautes tours d'Al-Jeit, même en écoutant le vent  anarchiste originel, même en fermant les yeux, en plongeant dans le dessin. Pour Milah tout était très simple. Le temps passait, le climat changeait, elle restait immuable. Son destin était le même, son esprit était toujours concentré, ses gestes étaient durs, droits, efficaces. Elle devait tuer ou elle ne devait pas. Elle recevait un ordre, elle l'exécutait. Elle ne se posait pas de questions. Elle ne doutait pas. Tout était fluide dans sa Voie. Le Chaos et sa vie coulaient en elle sans tempêtes depuis la mort de son père. Les interrogations, questionnements, remises en question, c'était une perte de temps inutile. Cela ne l'intéressait pas.
En fait. Ça ne lui arrivait pas.

Elle redescendit avec l'impression d'une épine dans le pied. Pas douloureuse mais elle la sentait. Inhabituel, inconfortable. L'épine titillait ses sentiments. Verrue passa dans son cou et Milah lâcha sa main pour enlever cette fichue chose dégoûtante. Mais elle avait disparu et la jeune femme dut se coller à la paroi pour éviter de tomber.

***

Capuche abaissée, elle passa au travers des maisons du quartier des mercenaires. La pluie commençait. Sa cape serait bientôt humide et le vent la collerait sur sa peau. Milah était une fille du Nord malgré sa préférence qui allait à Al-Jeit. Elle aimait particulièrement les temps apocalyptiques où elle avait l'impression que la terre, les cieux eux-mêmes transmettaient les messages du Chaos. La pluie éprouvait les hommes. Milah ne tremblait pas, ne pliait pas, ne tombait pas à genoux, ne s'arrêtait pas. Ses poils eux-mêmes préféraient ne pas se durcir face au regard froid. Personne ne l'arrêta pour lui parler, elle n'avait pas la tête des bons jours. Son vautour faisait des tours bien au-dessus d'elle comme pour la surveiller. Hadès ne se montra pas, il était assez sage. Verrue avait disparu, boudant depuis qu'il s'était pris une claque.
Avec Kaelleyn, il y avait eu tension. Elle revenait de chez les Bàthory. L'air qui sortait de ses narines semblait geler instantanément. Ses pas dans la boue de surface laissait peu de traces mais on aurait presque cru qu'une fumée noire s'en élevait.

La première partie de la discussion avait pourtant été presque plaisante. Milah devait tuer, un dessinateur qui n'osait plus travailler pour eux. Qui les avait cherché, avait commencé son entraînement et … s'était enfui. Grâce au dessin, ce que ne possédait pas son maître. Les dessinateurs étaient ses cibles préférées. Elle trouvait de la résistance un peu différente et les tuer demandait une technique différente. D'habitude elle ne devait pas utiliser l'Imagination, il fallait qu'elle évite et se préserve. Et un assassinat normal suffisait. En plus de ça, même si elle était une Mentaï confirmée et loyale, elle devait se contenter d'attendre les missions. Elle trouvait le Conseil mou et lent. Les missions intéressantes étaient rares, le reste semblait du blabla à ses yeux. Le Chaos était trop faible pour se dévoiler même s'il gagnait chaque mois en puissance, cela restreignait leur champ d'action considérablement. S'il voulait un jour espérer vaincre l'Empire, il leur faudrait des alliés. Les Raïs ? Stupides. Les Géants ? Encore plus. Les Alines ? Peu fiables. Quel dommage que les T'sliches aient disparus.
Kaelleyn lui avait ensuite conseillé de prendre un apprenti. Elle aurait bien voulu à vrai dire mais personne ne le méritait jusqu'à présent. Milah attendait de trouver le bon ou la bonne qui serait à la hauteur.
La mercenaire aux yeux froids avait finalement demandé pourquoi Kaelleyn gardait sa fille en vie. Et alors Milah était restée immobile, roc insensible aux assauts forcenés de la mer, aux flammes du dragon et aux lances des soldats. Cela ne l'atteignait pas le moins du monde. Les élans de colère, de joie ou de tristesse, la laissaient indifférente. Elle savait que Kaelleyn était terrifiante, menaçante, que c'était une tornade. Mais Milah ne pliait pas. Elle était faite d'acier. Les intempéries passaient sur elle sans rien lui infliger. Elle comprit très vite qu'elle n'obtiendrait rien. Mais elle voulait aussi mettre Kaelleyn face à ses propres contradictions. Torturer Elleynah avec tant de violence, sachant qu'elle ne parlait pas, à sa mère du moins, c'était contre-productif. Elle conseilla qu'un autre mercenaire la fasse parler, l'acupuncteur peut-être. Ou sa mère, certains poisons pouvaient s'avérer utile. Évidemment Kaelleyn était la meilleure mercenaire quand il s'agissait de faire parler. Mais c'était une situation particulière. Bornée la mercenaire n'entendait pas Milah. Qui espérait que cette folie lui passerait. Ils finiraient par tous en souffrir. Cette pitié, ce pardon qu'avait Kaelleyn… cette humanité les détruirait. Peut-être.

Elle s'en allait donc, sombre. Mais elle ne put s'empêcher d'aller voir Elleynah… Voir sans être vue. C'était un jour de sortie, tant mieux pour Milah. Elle se fit indiquer le chemin. Le point d'eau. La pluie tombait plus fort. Pas un temps pour faire trempette mais si la mercenaire ne se trompait pas elle trouverait la rousse dans l'eau. L'eau froide transperçait ses vêtements et Milah devrait sans doute s'occuper de ses lames ce soir. Elle était néanmoins cachée par les arbres et comme une ombre elle se posta, très légèrement en hauteur sur une butte, derrière un fourrée, où elle s'assit. Le vent passait au travers d'elle dans un souffle, la basse lumière ne se reflétait pas sur elle et elle ne faisait aucun bruit.

Ce qu'elle vit retint son regard. Elle observa de tout son soûl comme elle aimait le faire lorsqu'elle espionnait. Ce qu'elle vit ne la surprit pas. Mais cela l'hypnotisa.

Elleynah, nue, la peau rougie et blanche à la fois exposée à tous.
Elle vit la marchombre sombrer. Milah se tendit. Fuir ? Se suicider ? Elleynah remonta. Elle semblait mal en point mais de loin rien n'était sûr.
Quoique, au vu de sa nage… elle n'était pas au mieux de ses capacités, ou alors ses capacités étaient médiocres, ce dont Milah doutait franchement. La pluie ne s'arrêtait pas, c'était pire. La capuche ne servait plus à rien, elle l'enleva pour laisser ruisseler les gouttes sur son visage, fermant les yeux pour apprécier. En les rouvrant elle vit Elleynah, sur le dos, voguant presque sereinement. Ses seins sortaient à moitié de l'eau, pointant le ciel. Ses cheveux roux s'étalaient tout autour d'elle comme des algues marines.

Un mouvement brisa le silence de cette vision étrange. Plasmin. Nouveau mercenaire très prometteur qui savait se faufiler, et fuir, n'importe où. Il regardait Elleynah, Milah ressentit à la fois un malaise et une colère. Il risquait bien de subir sa colère à elle. Que venait-il faire ici ? Elle savait pourtant que les femmes n'étaient pas vraiment ses tendances. Elle se trouvait coincée. Si elle sortait des fourrés cela voulait dire qu'elle y était, c'était montrer sa position. Faire un pas sur le côté ? Tentant. Mais Plasmin cherchait autour de lui. Et Milah sut qu'il la cherchait elle. Elle vit du coin de l’œil Hadès. Heureusement qu'il se montrait enfin lui. Elle l'envoya sur Plasmin, l'attaquer un peu. Et elle envoya Verrue.

Que veux-tu?

Plasmin jeta un regard affolé autour de lui. Il avait encore à apprendre. Elle roula des yeux. Elle n'était pas invisible non plus. Elle approcha, de lui jusqu'à ce qu'il la voit. Consciente du regard d'Elleynah qui pesait sur son dos. Il bégaya qu'il aurait aimé un entraînement au poignard. Milah le toisa. On aurait cru qu'elle le méprisait à un point de non retour. Mais son regard n'avait pas la froideur de son âme. Il ne savait pas dans quoi il se lançait. Elle n'était ni bonne pédagogue, ni particulièrement bienveillante.

« Demain, 5h. Chez toi. »

Au pire il regretterait sa Voie, il ne voudrait plus jamais la croiser. Au mieux le défi lui plairait et il travaillerait pour l'égaler et la dépasser en la tuant. Faire rêver les jeunes mercenaires… pourquoi pas.

Il partir, sans oublier de jeter un regard à Elleynah. Milah prit le temps d'une lente et profonde respiration avant de se retourner vers celle qui la regardait. Indel son surveillant les avait sans doute vu aussi. Il le rapporterait à Kaelleyn. Mais elle espérait qu'il ne ferait rien. Elle le connaissait de vue et elle l'estimait bien.

Le regard de Milah passa sur le corps d'Elleynah, au-delà de sa nudité, dans les creux torturés de son âme, aussi vallonnés que ses seins. Si un corps sans vie devenait animé, il deviendrait comme celui-là. On avait souvent dit de Milah qu'elle était un automate sans sentiment. C'était vrai, mais elle vénérait encore la raison et le Chaos. Elle avait des moteurs, des énergies fluides en elle. Plus que des rouages, rouages inhumains comme ceux d'Elleynah.
La chaleur qu'aurait pu dégager son corps n'y était plus, ni dans ses yeux, ni dans ses lèvres. Nulle part. Ce n'était pas froid comme Milah, c'était rien. Mort sans doute.

Peut-être aurait-elle du parler. Mais elle n'avait rien à dire. La pluie empêcherait sans doute ses paroles de toute manière. C'était ça qu'il restait, le son de la pluie qui tombait partout autour, le choc  de l'eau dans l'eau, le glissement de l'eau sur les feuilles, l'incrustation de l'eau à la terre.
Milah avait le contrôle, comme souvent. Ses sens en alerte observaient aux alentours, les risques à prendre. Son esprit frôlait l'Imagination. Ses genoux étaient légèrement pliés. Ses mains auraient pu se saisir de ses poignards au moindre signe de danger. La jeune femme avait été prise sur le vif certes mais était toujours vigilante. Elle ne laisserait pas la situation tourner en sa défaveur aussi peu convenable avait été sa position. Elle oubliait le futile et gardait l'essentiel, la jeune femme non attachée. Même nue, elle représentait une menace. Elleynah était et restait une marchombre.
Milah était et restait une mercenaire.
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Elleynah Bàthory
Maître Marchombre
Elleynah fut surprise de voir la silhouette de Milah émerger de derrière les buissons. Ca ne ressemblait pas à la fille qu'elle avait connu dans le passé de faire ce genre de choses, mais elle ne chercha pas spécialement à comprendre. Après tout, si cela pouvait faire plaisir à quelqu'un de la voir dans cet état pitoyable, pourquoi pas ? Elle n'avait rien à y perdre, rien à y gagner, et si elle n'aspirait qu'à une tranquillité utopique, elle était encore assez lucide pour savoir qu'elle ne l'aurait pas. Elle allait pourrir ici jusqu'à ce que la mort veuille enfin d'elle, et alors, elle irait brûler là où aucune paix n'est envisageable. C'était ainsi, et Elleynah se faisait progressivement à cette idée. De toutes façons, plus rien ne l'atteignait.

D'un air cruellement indifférent, Elleynah passa ses mains dans ses cheveux trempés, profitant de la pluie pour essayer de laver, en vain, toute la saleté qui encrassait son coeur et son âme. C'était quelque chose qu'elle sentait au fond d'elle, et qu'elle ne pourrait jamais arracher, comme si c'était une partie d'elle-même. Une autre tare avec laquelle elle devrait vivre jusqu'à son dernier souffle - qui tardait déjà trop. Quelle importance ? Elle était perdue, de toutes façons, et plus rien n'avait de valeur. Sauf le regard que Milah posait sur elle, et qui réveillait en elle une étrange sensation qu'elle était incapable de décrire. C'était comme si, quelque part, elle se sentait heureuse d'être ainsi regardée par la mentaï. Comme si elle était heureuse d'avoir un quelconque intérêt pour elle. Pathétique.

Enfin, elle reporta son attention sur Milah, et pendant l'espace d'un instant, plus rien d'autre qu'elle n'exista. La pluie tombait de plus en plus fort, mais elle s'effaça de l'esprit d'Elleynah. Le regard d'Indel aussi, s'effaça de ses épaules trop maigres. Son corps devenu douleur s'éloigna d'elle-même pour ne laisser que la caresse si douce des yeux de Milah plongé dans les siens, comme une promesse qu'elle était - pour une fois - incapable de déchiffrer. Milah était à la fois une évidence et un mystère. Elle avait la sensation étrange de la connaître depuis toujours et de la rencontrer pour la première fois, comme si toutes les certitudes accumulées s'ébranlaient progressivement. Elles s'effondreraient probablement à la première tempête, tant Elleynah avait été fragilisée par les derniers évènements de la vie. Coeur de cendre, coeur de poussière, cela revenait au même.

- Bonjour, Milah.

Sa voix n'était qu'un souffle de l'âme, peut-être incapable de couvrir le vacarme de la pluie qui tombait autour d'elles, mais plus puissante encore qu'un ouragan. L'eau qui tombait du ciel semblait prête à lui dévorer le corps et le peu d'âme qui lui restait encore. Pourquoi est-ce que mon coeur bat encore si fort, alors qu'il devrait déjà s'être tu à jamais ? Pendant un temps incroyablement long, elle fut incapable de détacher son regard ambré de la jeune femme en face d'elle. Il n'y avait autour d'elles que le bruit de l'eau qui déversait sa colère sur elles, et le son sourd du coeur d'Elleynah qui tapait douloureusement contre sa poitrine. Pourquoi ça fait si mal ?

Et puis lentement, comme au ralenti, Elleynah se mit à bouger. Elle sortit progressivement de l'eau, même si elle aurait bien voulu y rester encore un peu, et se retrouva entièrement nue, debout sur la berge, grelottante à cause du froid et de l'humidité. Dans un geste profondément inutile, elle ramassa sa robe trempée, rendue transparente par la pluie, et elle l'enfila. Le tissu se colla immédiatement sur sa peau, la faisant apparaître comme si elle ne portait rien. Ca n'était de toutes façons pas par pudeur qu'elle se rhabillait. A certains endroits, la robe commença à se tinter d'une couleur rougeâtre. Certaines de ses blessures avaient dû se rouvrir à cause de ses efforts. Elleynah n'y prêta pas même attention.

Sous le regard attentif d'Indel, elle s'approcha de Milah, juste assez prêt pour pouvoir lui parler sans avoir à crier pour couvrir la pluie. C'était la première fois depuis leur enfance qu'elles se retrouvaient l'une en face de l'autre, libres - ou presque - et pendant un instant, Elleynah se revit enfant, courant dans les ruelles du camp aux côtés de Milah. Elle se rendit compte que les seuls moments heureux qu'elle avait eu ici étaient ceux qu'elle avait passé avec son père et avec Milah. Si elle le pouvait encore, elle serait profondément attristée par la tournure qu'avaient pris les évènements. Elles auraient dû grandir ensemble. Elles auraient pu former un duo invincible. Ensemble. Mais le destin en avait décidé autrement, et elles étaient ennemies.

- Qu'est-ce qui t'amène ici, Milah ? Si tu venais vérifier que j'étais bien surveillée, eh bien tu as perdu ton temps : ne t'en fais pas, on me surveille bien. J'espère au moins que tu as apprécié ce que tu as vu.

Pointe de provocation, comme si elles étaient encore enfants, comme si rien de tout cela ne s'était jamais passé, comme si le monde s'était arrêté et avait fait marche arrière. Comme si elles étaient encore capable de rire ensemble, d'aimer, de vivre. Et là, si proche et à la fois si loin de Milah, Elleynah se mit à espérer qu'elle ne dirait rien, et qu'ensemble, elles pourraient juste se regarder comme ça jusqu'à ce que la mort vienne les emporter. Pour croire un instant que ce qu'elle ressentait était simplement de la souffrance, ou une nausée due au traitement qui était infligé à son corps. Pour croire à jamais que son coeur battait simplement parce qu'elle devait vivre encore un peu.

Elleynah s'offrait à la pluie, heureuse de pouvoir encore sentir les gouttes d'eau s'écraser sur sa peau meurtrie. Son visage se noyait sous les colères célestes, et un instant, elle fut incapable de savoir si ce qui coulait sur ses joues étaient les larmes du ciel, ou bien les siennes. Lorsqu'elle avait revu Milah pour la première fois, dans ce cachot sombre et insalubre, elle n'avait pas mesuré à quel point son amie d'enfance avait changé. Elle était devenue belle - bien plus qu'elle ne l'aurait cru - et la lueur glaciale qui brûlait dans ses yeux était à la fois fascinante, attirante et cruelle. J'aurais voulu t'oublier, Milah. Au fil du temps, tes traits se sont effacés, le son de ta voix est devenu un soupire, et pourtant, tu es toujours restée là, dans un coin de mon coeur. Pour ça, je te déteste. Pour ça, je... Elleynah se laissa emporter par ses pensées, et ferma les yeux.



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