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Forum de RP dans le monde d'Ewilan, de Pierre Bottero. De nombreuses années ont passé depuis les aventures d’Ewilan et de ses compagnons et l’Empire a plus que jamais besoin de votre assistance.


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la ville dans le ventre | Ahès

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Nouria Ortiz
Apprentie Mercenaire
« Disparu ?
Oui ! C’est ce que je me tue à te répéter.
Vous devez l’avoir égaré.
Te moque pas de moi, gamine. J’ai appris que ton Ortis est un Dessinateur. »
Nouria tourna vers son interlocutrice de grands yeux innocents et exagéra délibérément l’air rêveur, un rien perdu, qu’elle arborait d'ordinaire tandis que la femme mécontente lui jetait un regard noir avant de se diriger à grands pas en direction de la porte d’entrée. « Ton imbécile de père ne pourra pas se cacher éternellement, lança-t-elle par-dessus son épaule. N’oublie pas de lui dire que je l’attends de pied ferme. Je sais qu’il a trafiqué quelque chose. Je le tiens de source sûre !
Au revoir, Lilwen, répondit distraitement Nouria en refermant la porte derrière elle. »
Elle se hâta de la verrouiller puis Ortis, à son signal, s’extirpa de sous le lit en rampant, loin de l’image triomphante qu’il avait offert à sa fille quelques jours plus tôt quand il lui avait expliqué avec enthousiasme les richesses et les nuances de son prochain projet. Du faux bois d’exception, songea la jeune fille, résignée. Bien sûr, cela ne pouvait que mal tourner.

Ce soir-là, au lieu du généreux buffet et de l’atmosphère victorieuse qu’elle s’était malgré tout surprise à espérer, Nouria se vit obligée d’endurer les jérémiades d’Ortis. De manière prévisible, il ne lui serait pas venu à l’idée de lui épargner le triste spectacle de sa déchéance et Nouria, qui était depuis longtemps habituée à ses sautes d’humeur, manquait d’énergie pour le faire taire. Elle alluma une bougie qu’elle plaça au milieu de la table et s’assit aux côtés de son père sans dire un mot. La vaillante petite flamme illuminait leurs visages, si ressemblants, et leurs regards, si différents.
« Sans cette petite prétentieuse, j’aurais réussi, soupira Ortis en se balançant sur sa chaise avec désinvolture et, au-delà de son ton ridiculement plaintif, cela eut le mérite d’éveiller la curiosité de Nouria. »
Ortis avait beau être un parasite qui vivait principalement de la bêtise des habitants d’Al-Far et de l’incrédulité des gens de passage, il demeurait avant tout un démagogue plutôt convaincant. On pourrait presque le croire capable de réveiller les pierres si l’on se fiait à ce qu’il proclamait bruyamment.
Je le tiens de source sûre ! avait craché Lilwen et Nouria commençait à penser qu'elle disait la vérité. Elle saisit une pomme qui traînait à sa portée et croqua dedans à pleines dents.

« Qui ça ? demanda-t-elle au bout d’un bref moment, feignant une indifférence qu’elle était loin de ressentir. » Ortis haussa les épaules. « Je sais pas. Une femme. Fille. Jeune, en tout cas, un peu plus vieille que toi mais pas de beaucoup. Tatouée de partout, comme un voyou, des cheveux aussi indisciplinés que la crinière d’un de ces maudits guerriers-cochons…
Les Raïs ont des cheveux ?
… et l’air mauvais, Nouria ! Son visage était le reflet de sa cupidité et de sa méchanceté. Elle a dit à tout le monde que mon bois, c’était du vent. Elle a ruiné mon commerce. Je ne lui pardonnerai jamais. »
Sa tirade dramatique s’acheva dans un gémissement morose et Ortis abattit sa tête entre ses bras croisés sur la table. Nouria se contenta de le contempler pensivement, ne sachant si elle devait compatir à son malheur ou, au contraire, être atterrée par sa réaction. Après un instant de réflexion, elle se décida à répliquer d’une voix neutre : « Elle n’avait pas tout à fait tort… Non ? »
Ortis grogna.



Dès le lendemain, Nouria s’attela à la tâche. Au cœur de la cité d’Al-Far, où les caravanes se ressemblaient toutes mais n’étaient jamais les mêmes, croiser le chemin d’un Thül était loin d’être un fait étonnant – ces fiers guerriers s’enorgueillissaient, après tout, de mettre leurs muscles au service de la protection des voyageurs – et, malgré les plaisanteries de taverne à ce sujet, croiser le chemin d’une Thüle perspicace ne se révélait pas non plus être un grand choc. Si Nouria, au gré de ses divagations, n’avait jamais vraiment eu l’occasion d’échanger avec eux plus de quelques mots, elle était suffisamment familière de leurs coutumes pour savoir qu’une femme tatouée avait davantage de chance d’être une Thüle qu’une vaurienne en croisade contre tous les petits escrocs d’Al-Far.

Retrouver sa trace s’avéra bien plus facile qu’elle ne l’avait escomptée, à l’heureuse surprise de Nouria. Vu l’effet qu’elle avait fait sur les gens durant sa confrontation avec Ortis, il suffit à la jeune fille de poser les bonnes questions aux bonnes personnes pour apprendre où elle logeait. Durant son séjour à Al-Far, la Thüle avait apparemment réservé une chambre dans une auberge un peu à l’écart des quartiers pauvres. Elle a les moyens, pensa Nouria avec ravissement en se dirigeant d’un pas sûr vers l'établissement en question. Celui-ci avait la réputation d’offrir des lits propres aux pauvres âmes fatiguées, s’il leur restait le courage d’endurer les questions incessantes de la tenancière et les murmures indiscrets de son armée de serveuses trop zélées. Si Nouria, avec son air flegmatique habituel, sut endormir leur méfiance, elle ne parvint pas à se montrer assez intimidante pour esquiver leurs questions et quand, enfin, elle leur arracha le numéro de la chambre qui l’intéressait,
ce fut pour découvrir que la femme était sortie.
Avec la bénédiction de la patronne, elle s’assit dans l’ombre en attendant son retour.

Heureusement, la femme ne tarda ne tarda pas à revenir et, bien que Nouria s’était doutée que les propos son père étaient largement exagérés, elle fut surprise de découvrir un visage dont la douceur brouillonne, un peu folle, contrastait avec la vision d’une perturbatrice acariâtre qu’elle s’était construite dans sa tête pour tromper l’ennui. Bah, quelle importance ! Elle ne cracherait pas sur un peu d’argent facile, surtout avec la dernière excentricité de son père. Elle ne cracherait pas non plus sur l’opportunité d’en savoir un peu plus sur cette Thüle qui s’y connaissait en bois précieux. Autant joindre l’utile à l’agréable. La curiosité était un vilain défaut mais elle avait le don de la distraire de son quotidien morne et insipide à souhait.
D’un bond agile, elle se se remit debout et trottina jusqu’à la femme avant de lui glisser sur un air de confidence amusé :

« Vous cherchez quoi, à Al-Far ?  Parce que je connais la ville et la ville me connaît. Je peux vous guider, et pour pas cher. »
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