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Forum de RP dans le monde d'Ewilan, de Pierre Bottero. De nombreuses années ont passé depuis les aventures d’Ewilan et de ses compagnons et l’Empire a plus que jamais besoin de votre assistance.


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Milah Ashken, Ombre Mentaï

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Milah Ashken
Combattante Dessinatrice
Milah Ashken
Alavirienne | Mentaï, Mercenaire du Chaos | Dessinatrice de l'Empire

Généralités

Nom | Ashken
Prénom | Milah
Sexe | Femme
Âge | 30 ans
Lieu de Naissance | Al Jeit
Peuple | Alavirien
Métier | Dessinatrice de l'Empire & Mentaï / Mercenaire du Chaos



Description Physique

Ombre et lumière. | Milah Ashken
« Ce n'est pas rare que nous accueillions pour guérir quelques victimes de la guerre. C'est plus rare de recevoir des femmes. Et nous comptons sur les doigts d'une main les nobles que nous avons reçues dans ces conditions.
Si cette jeune femme n'est pas noble elle en a du moins le teint. La peau est lisse, aussi pâle que la lune, les traits de son visage sont fins et gracieux. Si ce n'est qu'on remarque qu'elle doit passer quelques temps en extérieur au vu de sa peau légèrement halée sur les endroits où le soleil frappe. Elle a un air de princesse endormie depuis qu'elle est arrivée. Mais les rares fois où elle s'est réveillée, enfiévrée, nous avons eu du mal à la retenir.
J'ai vu passé des corps et chacun me raconte leur histoire. Au vu de la pâleur de sa peau, de l'élégance de son visage je crois deviner qu'elle provient d'un milieu aisé d'Al-Jeit. Cependant de petites cicatrices sur son corps disent qu'elle a déjà combattu probablement de nombreuses fois ou alors qu'elle est maladroite. Hypothèse sur laquelle je ne me pencherai pas vu la finesse de sa musculature. Contrairement aux guerriers, son corps est tout en longueur et résistance. Elle a très peu de pellicule graisseuse et son corps aurait été très osseux si elle n'avait pas des muscles qui s'enroulaient partout. Cela nous a étonné puisque cela ne se devinait pas lorsqu'on l'avait amené emmaillotée dans son armure. Elle n'est ni grande ni volumineuse. Elle pourrait ressembler à une acrobate ou une danseuse. Ce n'est que lorsqu'elle a poussé un des rêveurs que nous avons vu ce que pouvait cacher un corps comme le sien.
Bien sûr je ne peux oublier la longue chevelure noire ébène qui encadre un visage si blanc. Le contraste est très esthétique notamment avec la couleur de ses yeux.
Enfin… comment pourrais-je retranscrire cette sensation. Ses yeux sont d'un marron clair tout à fait banal. Mais il est très étonnant que lorsqu'elle est consciente, ses yeux ont une allure toute autre. Ils font presque froid dans le dos. Ils s'accrochent comme deux flèches à l'intérieur des vôtres.
Nous l'avons soigné pour une flèche à la hanche qui heureusement n'a touché ni l'articulation ni l'os et que nous avons guéri facilement. Cependant la fièvre l'a prise pendant quelques jours. C'est pour cela qu'elle est restée une semaine en soins de peu d'intensité. »
Zitemenius Cadix, rêveur de Tintiane

« La Mentaï aux corbeaux ? Je ne m'en approcherai pas trop si j'étais vous… enfin pas chez les mercenaires en tout cas. Elle a ce regard vous savez … un regard inflexible, froid comme la pierre. Du genre à vous lâchez la main en haut d'une falaise et à ne pas trembler jamais. On la voit de temps en temps au Quartier Général. Elle est dans une armure de cuir et a très souvent une capuche qui couvre son regard. C'est préférable à mon avis. Son regard … je vous en ai déjà parlé ? Oui bon. Elle est souvent accompagnée de son cheval, une jument agile avec un regard doux, une robe noire et blanche vous devriez reconnaître. Et sur son épaule un corbeau qui ne croasse pas mais qui a un œil entièrement noir et qui lui obéit au doigt et à l’œil. Elle a toujours un sabre dans son dos, peut-être qu'elle est frontalière … mais j'en doute vu son style de combat. Et puis peu importe d'où elle vient, l'imaginer enfant ... je n'arrive pas à le faire. Elle est trop dure, trop piquante. Ah elle est jolie bien sûr mais pas d'une beauté qui donne envie d'approcher, comme une sorcière des glaces. Comme l'océan noir et calme avant l'orage, comme le vent sur les glaciers. Comptez pas sur elle pour vous réchauffer, elle va plutôt vous refroidir et très vite. Vous ne l'avez jamais vu combattre ? Je vous envie. Tous les mercenaires ont un style qui mélange de nombreuses techniques. Beaucoup de mercenaires font beaucoup souffrir. Pas elle, elle ne laisse pas un adversaire pousser un cri. Je ne sais pas comment vous dire autrement. C'est une prédatrice … plus que ça… c'est la mort. Elle est vraiment efficace. Entre son dessin qui n'est qu'un piège dévastateur et ses poignards qui font une danse mortelle à quiconque s'approche … c'est une Mentaï redoutable ah ça oui. C'est surtout qu'elle paraît inhumaine, impossible de voir des émotions, impossible de l'arrêter. Elle va quelque part et elle pulvérise obstacles et gens sur son chemin. Et pourtant … si vous la voyiez dans une foule. Invisible je peux vous l'assurer. Des filles comme elle y'en a plein alors bon sa silhouette n'est pas reconnaissable facilement. Elle est très rapide et furtive. Faut pas s'y fier. Mais vous inquiétez pas vous la reconnaîtrez au regard. Mais pas trop près. Conseil d'ami. »
Louÿs Petro, apprenti mercenaire  

« Milah … à quoi elle ressemble ? C'est une question piège n'est-ce pas ? Eh bien ça dépend d'où vous la trouvez, si elle est dans un de mes cours, cheveux relevés en chignon, très concentrée. Elle se fiche pas mal de son apparence je dois dire. En même temps elle aurait mal choisi son domaine si elle était coquette. Mais je peux vous assurer qu'elle sait se mettre en valeur. Vous devriez la voir lors de réceptions. Ce n'est pas la plus majestueuse des femmes, elle ne met pas une ribambelle de bijoux, des innombrables couches de robes mais elle reste très élégante. Je soupçonne quelqu'un de son entourage de l'aider à s'habiller et à mettre son visage et ses cheveux en valeur. Personnellement je la préfère dans une arène, quand elle s'oublie. C'est sûr qu'elle n'est pas des plus féminines mais je donnerai beaucoup pour … enfin ce n'est pas très correct. Mes manières de guerriers vous m'en excuserez. C'est vrai que j'ai l'impression que son corps serait très doux s'il s'offrait mais je ne m'y méprends pas ses gestes sont fluides et gracieux autant qu'ils peuvent être précis et puissants. C'est une relativement bonne guerrière même si j'ai toujours l'impression qu'elle ne se donne pas à fond. D'ailleurs ça se ressent quand elle doit faire autre chose que de combattre, elle a tendance à être un peu plus dure et plus directe dans ses mouvements. Il n'y a pas d'artifices chez elle. Sauf quand elle se relâche… avec de rares personnes dont je fais partie. Et là vous devriez voir le sourire qu'elle peut vous offrir. Ils sont rares mais précieux. Pleins de défis et de promesses. »
Vitalys Nil'Cristo, maître d'armes dessinateur à l'académie d'Al Jeit / décédé depuis

Caractère

Nuit et jour. | Milah Ashken
Milah Ashken n'est pas qu'une personne. Elle est multiple. Et ce parce qu'elle le doit. Cela dépendra donc du contexte dans lequel vous la rencontrerez.
Tout d'abord son allégeance première va au Chaos. C'est une Mentaï et elle incarne parfaitement ce rôle. Ou du moins sa propre version de ce rôle. Quand elle doit effectuer des missions, elle est dans son mode glace. Froide, muette, elle fait ce qui doit être fait. Son esprit est concentré uniquement sur l'objectif qu'elle a. Elle n'est pas du genre à tirer plaisir de la mort ou à regretter, être choquée. Tout ce qui est superflu n'a pas raison d'être. Les sentiments n'ont aucune valeur face au devoir. Milah n'éprouve ni la pitié ni la cruauté. Elle assène des morts rapides. Les mots sont pareils, en trop. Elle n'a pas besoin d'expliquer ses actes, de se justifier, d'acquiescer.
Elle est loyale au Chaos, c'est d'ailleurs à sa seule règle qu'elle obéit. C'est pour cela qu'elle est une mercenaire de choix pour les membres du Conseil, elle ne leur tient pas tête et elle fait ce qu'on lui demande. Et elle ne se plaint jamais. Cependant ça ne l'empêche pas d'avoir un très fort caractère. Elle est très droite et cela la rend dure. Et elle a une certaine vivacité d'esprit. Elle ne supporte pas qu'on la prenne pour une imbécile et ne se gênera pas pour donner une leçon par une pique bien placée ou un coup de poignard. En fait elle n'aime pas qu'on la sous-estime en général, elle a travaillé et travaille encore avec acharnement pour être la meilleure dans tout ce qu'elle fait. Elle est fière et cela se sent, elle ne doute pas et elle sait ce qu'elle vaut. Elle n'est pas prétentieuse non plus mais elle ne permet pas qu'on remette en question ce qu'elle a accompli, elle a trop sacrifié pour ça. Pourtant elle vise toujours plus haut, elle donne l'impression de n'être jamais satisfaite. Elle est extrêmement dure avec elle même et les autres. Elle a un caractère d'acier, elle s'adapte assez peu. Dans la même idée, elle ne délègue pas. A part si elle y est forcée ou si elle respecte les compétences de la personne avec qui elle travaille. Et même dans ces cas, cela lui est très difficile. Elle est trop indépendante, elle préfère faire elle-même parce qu'elle préfère le travail bien fait. C'est une méticuleuse et les autres sont trop incompétents pour ce qu'elle veut faire. Cela fait qu'elle n'accepte pas l'aide qu'on lui tend, même quand c'est trop dur pour elle.
Elle est aussi solitaire, elle ne tisse pas des liens avec les autres parce qu'elle fait partie des mercenaires depuis son enfance. Elle sait ce que tisser des liens veut dire. Elle n'a donc pas d'amis proches. Elle compte sur les doigts d'une main ceux sur qui elle peut compter. Et elle n'est pas du genre à être proche, que ce soit physiquement ou mentalement des autres. L'amitié ou l'amour ça lui est presque étranger. Inutile. Sa dernière trahison ne l'a pas rendue plus tendre avec ce genre de sentiment superflu. En parlant de trahison, Milah ne peut supporter qu'on la trompe, qu'on se joue d'elle. Sa vengeance est irrémédiable et redoutable. Elle mange tout froid et surtout ce plat là. Elle est patiente et n'oublie jamais rien, rancunière c'est le mot.
Milah ne se met pas en colère, ce n'est pas son genre. Elle est dans un contrôle permanent. C'est sa nature. Elle ne se laisse pas aller à des instincts démonstratifs. Ni dans le désir, ni dans la colère, ni dans la joie. Elle ne rit pas à pleine gorge, elle ne lève pas la voix. Mais elle peut se permettre de sourire parfois. Et lorsqu'elle est en colère ne pas s'énerver la rend encore pire. Elle vous balancera les pires horreurs en soutenant votre regard. Elle vous blessera d'un mot qu'elle sait sensible sans aucun regret. Elle utilisera ironie et sarcasme sans détour. Elle reste de marbre tout en étant directe et brutale. Ce contrôle et ce calme elle en a eu besoin au vu de toute la haine qu'elle a du enfouir pour ne pas se faire tuer. Sa première et plus grande haine ce sont les nobles de la cour et tout puissant. Elle hait donc le monde dans lequel elle vit. Elle est extrêmement méfiante des nobles, elle travaille pour eux mais elle rêve de les anéantir. Sa deuxième haine, naturelle, va vers les marchombres, ceux que les mercenaires appellent les esclaves d'Harmonie. Elle ne les comprends pas viscéralement et ils se tiennent sur le chemin du Chaos, méprisant tout et se croyant au-dessus du lot. Chaque fois qu'elle peut en tuer elle en tire une satisfaction mais pas une satisfaction complète, certains sont encore en vie après tout. Elle les trouve idiots de s'enfermer ainsi, idiots et petits. Elle ne comprend pas non plus leur vision des choses. Milah ne voit pas la beauté, la poésie de son père est la seule qu'elle n'ait jamais lu. Pour elle la beauté est superflue, elle est trop entraînée et trop fixée sur son objectif pour voir quoi que ce soit à côté. Elle manque donc de goût pour la beauté et de curiosité pour ce qui ne la concerne pas, ce qui ne l'aidera pas à avancer.
Si Milah est une machine de mort assez naturellement, elle a dû travailler et montre un masque bien plus affable lors de son rôle de Dessinatrice de l'Empire. Le dessin est son outil de travail mais aussi une grande passion, dommage qu'elle doive mettre un verrou constant dans son don.
Elle se doit d'être plus abordable dans le monde dans lequel elle évolue. Ainsi elle parle beaucoup plus, souvent insolemment, provocatrice et directe. Le seul humour qu'elle manie est celui de l'ironie, elle peut y montrer une certaine vivacité d'esprit, un brin de cruauté, du jugement et surtout pas la peine de mimer de grands éclats de joie quand on est sarcastique. Elle peut se montrer dynamique et relativement enjouée dans ce qui lui plaît. Elle sait écouter et jouer une attention soutenue, sa compagnie n'est pas désagréable tant qu'elle n'est pas dans une phase de duel oral. Milah en tant que Dessinatrice c'est son mode océan. Bien moins froide que la glace mais on ne sait pas comment le vent va tourner. Elle sait se donner un air sympathique même si elle ne l'est pas, avoir l'air intéressée par quelqu'un même quand elle ne l'est pas. Et elle n'hésite pas à séduire ou jouer de ses charmes pour obtenir ce qu'elle veut et ce dont elle a besoin. Faire sentir quelqu'un spécial est un jeu d'enfant quand on connaît les ficelles. La flatterie, le fait de donner son attention particulièrement à quelqu'un, jouer l'innocente, la fille qu'on ne peut avoir et qui se donne comme une pierre précieuse. Ce n'est pas ce qu'elle préfère mais elle sait le faire.
Elle aime énormément sa jument, son corbeau mais pas son chuchoteur, ou alors si mais elle le trouve très agaçant, surtout depuis qu'il est devenu jaloux.
Elle aime se battre, c'est une passion dévorante. Tout comme elle aime se savoir dans le contrôle, avec l'avantage. Elle se prépare minutieusement pour ça, ne rien laisser au hasard ou si peu.
Elle aime Al-Jeit aussi, elle y revient sans cesse malgré les longues escortes. D'ailleurs elle aime voyager en escorte et rendre un travail bien fait. Elle garde donc toujours son sang froid et son inflexibilité pour ne jamais se laisser surprendre.
C'est une acharnée dans son travail, dans tout ce qu'elle entreprend. Elle ne voit pas l'échec, peu importe le temps que ça prend.
Elle peut être intimidante dans la vie quotidienne et effrayante en combat.
Elle utilise beaucoup l'eau dans ses dessins (sous toutes ses formes) et pourtant ce n'est pas une fan de bateaux, de navigation ou de nage. Bien qu'elle apprécie les pirates en général.
Elle ne boit pas d'alcool et elle n'est certainement pas une fêtarde. Vous ne la verrez jamais chanter en buvant dans une taverne tout en riant aux éclats.
Milah est parfois paradoxale, elle n'a pas de cœur mais elle protège les siens, elle n'est ni démonstrative ni dans l'effusion et pourtant elle va souvent au bout des choses dans l'extrême. Elle protégerait les siens jusqu'à la mort par devoir, elle passe des nuits sans dormir pour atteindre ce qu'elle veut et elle peut aller jusqu'au bout de ses réserves sans même s'en rendre compte. On ne sait qu'elle est à la fin que lorsqu'elle tombe. C'est un défaut que sa mère lui a souvent reproché, si Milah ne se rend pas compte où sont ses limites elle peut devenir vulnérable. Alors que le mot vulnérable est sans doute celui le moins adaptée à son caractère.
Milah mieux vaut l'avoir en amie qu'en ennemie. Mais Milah c'est l'ennemie du monde et elle n'a pas d'amis. Attention à ne pas lui faire confiance, ne pas croire qu'il faudrait la sauver d'elle-même. On a envie d'être autour d'elle mais contrairement au dicton, mieux vaut l'avoir loin de soi. Ne jamais la rencontrer c'est rester en sécurité.

Histoire

Lune et soleil. | Milah Ashken

Chapitre 1 – Hasard ou destin, la question n'est pas simple. Joseph Kessel



Les grands yeux marron du bébé suivent des yeux les visages. Silencieux et observateur il s’intéresse au monde qui l’entoure. Le jour d’abord des riches tissus, des grands sourires, des éclats de voix. La lumière, les couleurs, le bruit, on lui tire les joues, on babille devant lui. Puis dans l’obscurité des ombres surgissent. Murmures, chuchotements, regards alertes. On ne voit pas toujours les visages. Ils disparaissent vite, ils ne s’attardent pas. Au début le bébé a un hoquet mais comme une caresse une ombre le prend dans ses bras. Les ombres ne sourient pas avec leurs dents. Ils sourient avec les yeux. Et le bébé se calme.
Les présentations sont faites.
Les époux Ashken ont fait leur devoir dans leurs réseaux. La petite Milah a été montrée au monde. Eileen et Guildor. Guildor et Eileen. Deux mercenaires du Chaos et deux dessinateurs pour l’empire. Ils s’étaient rencontrés lors d’une mission à Al Jeit.
Eileen était une jeune femme élégante, avec les traits fins, de nombreux hommes la courtisaient. Elle avait les yeux clairs et marron, empreints d’une douceur infinie. Elle venait de la capitale et avait été repérée par les mercenaires très tôt à la suite d’une histoire familiale tragique. Malgré son air doux et inoffensif elle avait une énergie à toute épreuve et brûlait intérieurement d’un feu destructeur. Parfois brillait dans ces yeux une lueur de folie qu’elle n’arrivait jamais à satisfaire complètement mais qui disparaissait momentanément après avoir créé le Chaos autour d’elle. Elle s’habillait toujours avec de vêtements de la cour mais il ne fallait pas s’y fier elle savait se battre. Sa spécialité était les poisons ce qui lui permettait d’éviter de trop longs et fatigants combats. Elle était rusée et très réfléchie. Elle savait aussi utiliser son don du dessin, assez consistant pour avoir fait l’Académie de dessin d’Al Jeit mais pas assez brillant pour la mener plus haut malgré ses efforts. C’était aussi une cavalière hors paire et c’est lorsqu’il la vit sur un cheval que Guildor en tomba amoureux.
Guildor était un homme robuste dont les mains burinées trahissaient l’appartenance au peuple. Il venait du Nord, des plateaux d’Astariul où son père était forgeron dans une ferme fortifiée qui tenait bon face aux hivers, aux brûleurs, aux goules et autres monstruosités. C’était un homme du Nord, obstiné, dur à la tâche, discipliné et solide. Il était brillant, curieux, ambitieux, aventureux et les plateaux le frustraient. Il comprit très vite qu’il avait le don. Et il développa un esprit rebelle, combattif durant son adolescence. Il rencontrait souvent des frontaliers et des Thüls qui venaient acheter des armes à son père. Il les regardait avec envie mais ça n’était pas sa voie. Les Frontaliers obéissants et silencieux étaient forts mais stupides. Les Thüls étaient un peuple bien plus intéressant mais ils manquaient eux aussi d’ambition, de curiosité, de souplesse. Les Raïs risquait un jour d'être à leur porte si l'Empire ne faisait rien. Impossible pour Guildor de se battre pour des gens qu'il n'avait jamais vu et qui laissaient tomber leur peuple. Impossible d'obéir à un bataillon et de devenir une chair à canon. De perdre sa liberté et de mourir. Cela lui donna des ailes. Son père le laissa partir en lui offrant le plus beau sabre qu’il eut pu confectionner. C’était une véritable œuvre d’art, léger, tout en souplesse, l’acier était si fin et tranchant qu’on avait l’impression que c’était une arme éternelle. Même si son père n’était pas un véritable créatif il avait puisé dans son imagination pour rajouter des entrelacs et de fines écritures sur la poignée. Ils se dirent au revoir comme des hommes du Nord et Guildor partit avec une caravane pour Al Far. Il fit ses études sans cesser de s’intéresser à la politique et à l’histoire. Il en vint à découvrir les Mercenaires du Chaos, guilde disparue et oubliée et pourtant la seule qui proposait de changer l’ordre établi. Il traîna dans les pires quartiers pour obtenir des informations, il était sûr qu’un mercenaire au moins devait avoir survécu. Et à force de fouiller il attira un mercenaire en vadrouille. Il abandonna tout pour le suivre et obéit à chacune de ses directives sans sourciller pendant trois ans ne cessant jamais d’avancer dans la Voie, écrivant de la poésie du Chaos. Il découvrit que certains mercenaires ne partageaient pas sa vision du Chaos et il apprit cependant à obéir à la Guilde pour obtenir un but commun. Il s’approchait de la liberté totale pour servir le Chaos. Il alla jusqu’à Al Jeit pour une mission et pour s’y installer. Il rencontra Eileen qui devint folle amoureuse de lui, de son engagement passionné, de sa force et de sa stabilité.
Ils eurent un enfant fait dans l’amour et la bienveillance. Guildor et Eileen étaient âmes sœurs, meilleurs amis, amants, parents soudés, duo meurtrier. Ils formaient le rempart le plus imprenable entre leur fille et le monde. Ils l’emmenaient avec eux dans les caravanes et elle assistait attentive à leurs entraînements. Son père ayant toujours l’avantage en corps à corps. Elle apprit à monter sans selle toute petite. La liberté totale naissait dans les petites choses. C’était une enfant relativement silencieuse qui écoutait son papa et ses grands éclats de voix, son humour et sa sociabilité et les colères, les caresses, les protections de louve de sa mère. Milah était une enfant sage et perfectionniste qui ne souffrait pas l’échec. Ses parents la poussaient à être la meilleure partout en étant intransigeant. Elle attendait avec impatience le jour où elle pourrait manier le sabre, l’arbalète, les poignards. Elle priait le soir de recevoir elle aussi le don. Ce don si beau que sa mère maîtrisait assez pour la faire rêver, lui racontant des histoires accompagnées de vrais personnages, de couleurs, de cieux…
Elle avait été présentée très tôt aux mercenaires. On l’avait vu dans le QG dès son plus jeune âge. Ses parents étaient des membres influents et on les craignait assez pour qu’elle soit en sécurité. Il valait mieux avoir les Ashken en alliés qu’en ennemis. En plus de ça, la guilde attendait beaucoup de cette enfant qui avait bercé dans le Chaos depuis son enfance.
Elle avait déjà vu la mort et ses parents lui avaient bien expliqué les principes de violence, de destruction. Elle ne comprenait pas tout mais elle avait appris à ne plus en avoir peur. Si ses parents le faisaient c’est que ça devait être banal. Elle avait compris très tôt aussi qu’elle avait deux existences. Celle entre eux trois et celle en dehors, devant les autres.

Chapitre 2 – Un enfant, c'est un insurgé. Simone de Beauvoir


Les grands yeux marron de sa petite fille le regardait tandis qu’il passa maladroitement sa main dans ses cheveux ébène. Et elle lui répéta encore la question qui la taraudait sachant qu’il aurait la réponse. Il avait toutes les réponses.
 
-Mais pourquoi elle est fâchée ?
 
-Tu sais maman parfois elle … elle est un peu différente. C’est pas vraiment elle. Elle a comme une méchante bête à l’intérieur de son esprit comme un N’ralaï. Et ça lui fait peur et ça la transforme, alors elle préfère partir plus loin parce qu’elle t’aime très fort.
 
-Moi aussi je vais avoir le N’ralaï ?
 
-Non ma chérie toi tu ne vas pas l’avoir.
 
-Pourquoi alors maman elle l’a ? Et d’où ça vient ?
 
-Je vais te raconter l’histoire de maman si tu veux mais il vaut mieux ne pas lui en parler d’accord ? Sinon ça risquerait de la rendre triste.
 
-D’accord.
 
-La famille de maman vivait à Al Vor, la ville où il y a le grand marché. Son père était un couturier renommé. Mais il était attiré par les richesses et la noblesse d’Al Jeit. Il voulait devenir important et lui aussi participer aux dîners, porter les riches tissus qu’il faisait, ne jamais compter ses branches. Il avait été si pauvre et si misérable qu’il avait voulu gravir toutes les marches pour se rapprocher du sommet.
 
-Sommet d’une montagne ?
 
-Non plutôt le sommet des classes … comment dire… il voulait être riche et puissant. Il voulait être noble. Il avait travaillé fort pour arriver à se faire un nom dans Al Vor mais ça ne lui suffisait pas, Al Vor n’était pas assez. Alors ils sont partis pour Al Jeit. Sauf qu’à Al Jeit, il existait déjà des couturiers tous plus inventifs les uns que les autres. Ton grand-père s’est vite trouvé complètement pauvre et sans emploi car sa réputation à Al Vor le desservait ici. On le voyait comme un étranger.
 
-Mais Al Vor est dans l’Empire ?
 
-Je sais mais dans l’esprit des gens il existe des barrières entre les villes et au sein même de l’empire les hommes se rejettent entre eux. Il y a une hiérarchie pour eux, à Al Jeit ils se croient meilleurs qu’à Al Vor. Bon je reprends. Ils vivaient donc avec pas grand-chose et ils avaient souvent faim. Ta grand-mère lavait les vêtements et faisait le ménage où elle le pouvait avec ta mère et sa sœur.
 
-Maman a une sœur !
 
-Son grand-père suppliait les grandes maisons de couture de le prendre pour faire ses preuves. Et un jour un homme l’a vu et lui a proposé un emploi. Ce n’était pas un couturier mais un chapelier. Il faisait les chapeaux pour toutes les dames et tous les sires d’Al Jeit. Ton grand-père s’est mis à travailler comme un fou pour faire les plus beaux chapeaux et la plus belle qualité. Ils devinrent bientôt la maison la plus reconnue d’Al Jeit. Le vieux chapelier mourut et c’est ton grand-père qui prit la tête de la maison. Ils étaient riches et il habillait ses deux filles avec tant de goût qu’elles passaient presque pour des nobles. Tu sais comme ta maman est belle… avec ses beaux vêtements qu’elle met toujours. Sauf que la compétition était rude et il y avait beaucoup de jaloux. Et pour se maintenir à son niveau ton grand-père travaillait parfois tard dans la nuit, sans prendre de pause. Il dépensait sa fortune à acheter les meilleurs matériaux. Mais une autre maison a un jour trouvé un procédé qui rendait les chapeaux doux et soyeux. Les nobles tournèrent le dos aux chapeaux de ton grand-père. Alors il découvrit le secret de fabrication qui était en fait l’utilisation d’un produit très dangereux, du vif d'argent. C’était un travail plus risqué et plus dur que jamais, il passait ses nuits, torse nu devant une cuve de produits bouillants dont la vapeur rentrait dans ses poumons. C’était un poison pour le corps et pour l’esprit. Les nobles revinrent vers lui et redemandèrent des chapeaux. Tant et tant qu’il finit par devenir fou. Il toussait du sang, ses yeux étaient déments, ses dents claquaient, certains jours il ne se souvenait plus de rien si ce n’est qu’il devait faire des chapeaux. Les nobles riaient de lui en le voyant si pathétique. Un soir il se rendit compte de ce qu’il avait fait et de ce qu’il devenait alors il a mis le feu à sa boutique avec lui dedans. Elle a flambé comme une allumette parce que le vif d'argent est très inflammable. Sauf que dans la boutique il y avait aussi la petite sœur de ta mère qui essayait les beaux chapeaux de son père.
 
La petite avait les yeux écarquillés, une expression horrifiée.
 
-Mais c’est pas juste !
 
-C’est vrai. Ta grand-mère est morte peu après à cause du vif d'argent. Heureusement ta mère n’en avait pas trop inhalé mais tu comprends pourquoi elle a peur ?
 
-Elle veut pas nous brûler ?
 
-Voilà.
 
-Je voudrais jamais être noble.
 
-Moi non plus mais parfois pour détruire un système il faut d’abord jouer le jeu.
 
-Mentir !?
 
-Faire semblant, mentir oui. Pour te protéger mais aussi pour mieux attaquer. Regarde on va jouer à un jeu. Je suis le noble donc c’est moi qui fais les règles. C’est un duel. Le premier qui tape sur la tête de l’autre gagne.
 
La petite essaya de sauter en vain tandis que son père s’amusait de la voir ainsi, oubliant les problèmes précédents.
 
-C’est impossible !
 
-Parce que c’est moi qui ait créé les règles. Elles sont à mon avantage. Si tu veux gagner tu dois me piéger, faire semblant mais sans oublier que tu dois me battre. Un duel ne sera jamais juste, assure toi juste de l’emporter par tous les moyens possibles, même en trichant.
 
*
 
Il neige sur la plaine. Un vent violent forme des tourbillons. A quelques centaines de mètres se trouve la ferme fortifiée de son grand-père. Milah est sur son poney aux longs poils. Elle s’est éloignée des adultes qui surveillent le cadavre d’un siffleur et les empreintes d’un loup du Nord. Ses parents ont confiance en elle, elle est si à l’aise sur un cheval qu’il n’y a aucun risque.
Elle regarde les plaines qui s’étendent et au fond on peut apercevoir la chaîne du Poll. Milah rêve d’Al Poll cité maudite. Et au moment où elle se retourne pour retourner vers ses parents un bruit la retient. Un souffle vicié et rauque. Elle s’arrête sans bruit, ses grands yeux le fixent sous sa capuche en fourrure. Le temps s’arrête un instant. Milah n’a qu’une dizaine d’années mais elle sait que lorsqu’elle s’enfuira alors le loup la pourchassera. Tant pis il faut y aller. Elle frappe d’un coup de talon sur les flancs du poney qui s’élance et en même temps crie d’un air assuré comme si elle avait trouvé un trésor « PAPA ». Le loup attrape le poney à la gorge et Milah vole avant de s’écraser dans la neige. L’étalon de sa mère arrive tout de suite et elle dégaine déjà une flèche dans son arbalète. Son père arrive juste derrière puis deux Thüls et un homme de la ferme. Son père brûle la neige par le dessin devant lui avant de sortir son sabre pour faire face au loup. Les deux Thüls tiennent leur gigantesque masse devant eux. Eileen demande au fermier de ramener Milah à l’abri. Elle aperçoit 4 loups du Nord arriver au loin dans la neige. Elle voit son père commencer à danser et sa mère tirer deux flèches mais très vite elle est ballottée par le galop du cheval. Ce fermier qui n’y connaît rien et qui voit sa bête comme un animal domestique. Milah crie qu’elle veut participer et voir mais le vent étouffe les sons.
Le soir elle boude le regard dur et autoritaire. Ses parents sont fatigués mais les loups sont morts.
-Tu arrêtes ce caprice Milah et tu manges ta viande.
-Pourquoi je peux pas me battre ?
-Tu combattras quand tu seras entraînée et tu es encore trop jeune. Tu ne pourrais même pas tenir un poignard.
-Si ! Si je peux tenir un poignard !
-La discussion est close.
 
*
 
Il finit par lui apprendre à manier le sabre, d’abord en bois parce qu’il était trop lourd pour elle. Et elle suivait des cours chez un précepteur assez moyen qui lui apprit les bases de l’histoire, de la géographie, de l’étymologie, de la politique.
Sa mère lui enseignait les poisons et les plantes et … l’étiquette quand elle le pouvait. Milah avait la fâcheuse tendance à s’enfuir dans Al Jeit. Ils vivaient entre les lumières et les ombres de la ville. Ses parents gagnaient suffisamment leur vie pour avoir une existence paisible et confortable dans la capitale sans pour autant faire partie des plus riches et puissants. Milah n’était pas une enfant très sociable. Elle était trop dure pour avoir beaucoup d’amis. Elle avait du caractère, elle ne se laissait pas faire, elle questionnait et remettait en cause, comme son père. Elle passait son temps à fouiner, ses cheveux noirs en une natte bien serrée, son épée en bois. Elle revenait parfois avec une grosse bosse ou un œil au beurre noir parce qu’elle n’avait pas su tenir sa langue. Une langue froide et venimeuse, qui rendait la vérité piquante et parfois gênante. Les parents des gamins avec qui elle traînait ne l’aimaient pas trop et les amis de ses parents jalousaient cette enfant sage, concentrée et intimidante. Seule une autre enfant avait sa préférence, Elleynah Bathory, qu'elle voyait lors de voyage chez les mercenaires. Elleynah était la seule autre enfant chez les mercenaires. Milah n'avait besoin de rien lui cacher, elle n'avait pas l'impression d'être en décalage avec elle. Elles vivaient dans le même monde. Elleyna fut la seule amie, ou ce qui s'en rapprochait le plus de Milah. Elle appréciait sa présence et les voyait parfois plus tard en mercenaires du Chaos ensemble. Plus destructrices que personne.

Chapitre 3 – Le pouvoir sans abus perd le charme. Paul Valéry


Milah a 12 ans, toutes ses dents, un caractère bien trempé, le regard perçant et la langue insolente. Elle brûle d’impatience de s’aventurer sur la Voie, la seule qu’elle puisse imaginer. Elle s’entraîne un peu avec ses parents qui lui apprennent ce qu’ils savent. C’est un garçon manqué qui prend des risques mais toujours réfléchis.
Elle s’aventure dans Al Jeit, la ville aux milles lumières, sa ville. Elle passe dans des endroits sombres mais l’obscurité n’est pas du genre à lui faire peur, elle sait que c’est probablement là où elle est le plus en sécurité. Elle passe dans une ruelle assez sale et voit un chat errant dont une oreille a été arrachée. Elle s’approche doucement pour le caresser. Il est plein de puces. Une dame passe à côté et lui demande ce qu’elle fait là. Milah la regarde, la jauge avec ses yeux impénétrables.
 
-Pourquoi vous êtes habillée comme ça ?
 
-Je suis une prostituée ma chérie. Mais réponds à ma question, que fait une gosse de riche par là ? Tu serais pas une nobliarde ?
 
-Je suis pas une noble !
 
-Pourtant t’as la belle gueule. T’aurais pas un peu de monnaie par hasard ?
 
Milah file comme une fusée sans répondre pour sortir de cet endroit qui peut se révéler un traquenard. Elle n’a pas peur, elle est en colère. Et quand elle rentre elle s’empresse de raconter à sa mère ce qui s’est passé pour lui demander ce qu’est une prostituée. Au fur et à mesure de son histoire sa mère écarquille les yeux.
 
-Guildor ! Il faut prévenir ton père.
 
Elle sort un chuchoteur d’une cage et prépare son message. Ensuite elle prend sa fille dans ses bras.
 
-Milah… Milah… tu as le don !
 
Milah referme la bouche abasourdie. Elle ne comprend pas. Elle est heureuse bien sûr, elle attend ça avec impatience mais … elle se méfie, elle ne voit rien.
Eileen la prend dans ses bras et lui montre les petits éclairs qui se tenaient au-dessus de sa tête. Milah a un sourire immense !
 
-J’ai le don maman ! Je l’ai ! Je vais devenir la plus grande Mentaï du Chaos !
 
Sa mère sourit, elle sait que ça ne dépendra pas de sa fille mais de la puissance de son don. D’ailleurs les éclairs s’effacent déjà et elle ne sent plus la présence de Milah dans l’imagination. Mais si elle se trouve être douée dans le Dessin… Sa mère n’ose y penser. Ce serait une excellente nouvelle pour la Guilde. Il ne faut pas les prévenir avant que le don ne soit stable. Les yeux d’Eileen brillent. Tant d’opportunités peuvent s’ouvrir à eux, aux mercenaires, à Milah. Elle pourrait aller plus loin qu’ils ne sont jamais allés. Surtout qu’elle a les traits fins et la peau pâle comme les plus belles filles de la cour.
Guildor rentre plus tôt, il ramène du Kla et de l’extrait de Rougeoyeur glacé pour Milah. Ils mangent du rôti de coureur accompagné de racines de Niam. Repas de fête pour jour de fête.

Seulement le don s'estompa et ne revint que de façon sporadique et dangereuse au cours de sa pré-adolescence. Du feu par ci, la pluie par là, un bouclier, un envol d'oiseau.
Sa crise d’adolescence fut simple, elle ne voulait plus écouter son précepteur qui de toute manière ne pouvait pas suivre sa curiosité et avait appris tout ce qu’il pouvait lui apprendre. Il passait son temps à lui raconter l’histoire officielle qui ne l’intéressait plus. Son père en savait plus que lui. Elle était donc insolente et le remettait à sa place constamment. Il finit par démissionner. Et surtout … Milah voulait devenir mercenaire. Elle voulait commencer son entraînement. Être avec les autres de son âge, avancer dans la hiérarchie noble d'Al Jeit, trouver un bon mari tout cela ne l'intéressait pas. Elle préférait courir et grimper alors que ce n'était plus de son âge. Elle préférait partir à cheval dans les environs avec l'étalon de sa mère. Elle ne voulait pas faire de concession comme ses parents, se cacher toute sa vie, faire la comédie. Cependant elle n'était pas du genre à faire des caprices en public, elle n'élevait jamais la voix. Au contraire elle toisait, on sentait sa tension intérieure par son regard dur. Elle boudait ou faisait ce qu'elle avait décidé malgré tout. Quand elle était en colère c'était un rocher imprenable. Et si l'envie prenait de l'approcher elle lançait un regard glaçant ou la vérité la plus piquante qui blessait sans vergogne. Ne pas espérer une excuse. Mais pour ses parents elle faisait en sorte d'être plus attentive lorsque son mécontentement retombait.
Elle était aussi plus solitaire que jamais, sa seule amie, ou ce qui s'en rapprochait, s'était enfuie de chez les mercenaires. Sans nouvelles, Milah avait décidé de tirer un trait sur Elleynah qui ne réapparaîtrait sans doute jamais. Elle n'abandonna tout de même pas l'idée de la revoir un jour dans le quartier général des mercenaires pour une mission commune.

Chapitre 4 – La jeunesse est un art. Oscar Wilde

Milah à 17 ans était dans la fleur de l’âge. Tout lui souriait. Tous lui souriaient. Elle s’était assagie notamment par sa pratique du dessin et la fin de son adolescence. Elle avait enfin été prise au sérieux chez les mercenaires qui voyait en elle une future mercenaire qui mènerait le Chaos plus loin qu’il ne l’avait jamais été. Elle n’avait pas encore commencé son entraînement mais personne n’avait de doute sur son appartenance à la Guilde. Milah était douée dans le dessin, plus que ses parents. Milah était belle, d’une peau claire et lisse, d’un visage gracieux et quoique ses gestes pouvaient être brutaux elle se tenait droite et elle dégageait un charme qui pardonnait sa dureté. Ses longs cheveux noirs, relevés en un chignon sauvage la plupart du temps encadraient son visage, contrastant avec sa peau d’albâtre.
Ils avaient pris une formation privée très chère, travaillant deux fois plus, pour qu’elle puisse s’exercer au dessin afin d’avoir une longueur d’avance en entrant à l’Académie. Elle portait sur elle les espoirs de ses parents, de la Guilde mais sa plus grande pression venait d’elle-même. Il lui fallait être la meilleure partout, se dépasser, savoir tout faire pour pouvoir contrôler toute situation.
Milah était acharnée, intraitable, exigeante. Dès la fin de son année, ses parents l’emmenèrent chez un analyste qui fut catégorique, elle devait rentrer à l’Académie, son don devait être contrôlé. Elle pourrait faire de grandes choses.
A 18 ans, son formateur la recommanda chaudement à l’Académie et elle passa les tests haut la main sans pour autant s’en réjouir. Milah n’était pas du genre à se réjouir tant que le sommet n’était pas atteint.
Elle se retrouva dans une promotion d’élèves nobles, venant des plus hautes familles, disposant du plus grand luxe, de précepteurs privés renommés. Si quelques garçons n’avaient pas un nom noble, elle était la seule de sa promotion à porter un nom de roturier. Un nom dont elle était extrêmement fière. Heureusement pour elle, Milah était douée en dessin. Avec Thalianne, elles se partageaient la tête de classe dans ce début d’année. Mais Thalianne était dans son monde, elle brillait dans ses études et était entourée d’un groupe influent. Elle parlait bien et son attention était recherchée. Son charisme éclipsait tout autour d’elle. Milah était plus sociable qu’elle ne l’avait été. Ses parents l’avaient prévenue, elle devait se faire un réseau dans cette académie. Elle devait s’entourer des meilleurs. Ses résultats excellents nourrissaient même des espoirs secrets d’accéder aux plus hauts postes de l’Empire. Sentinelle ? Personne ne prononçait ce mot mais elle le surprenait dans les regards. Elle essayait alors de dompter ce côté sauvage et piquant en elle pour afficher un air plus enjoué. Cependant dès qu’elle dessinait son visage prenait une expression aussi froide et dure que l’acier. Autour d’elle se mêlait de jeunes étudiants espérant atteindre eux-aussi les hauteurs, la complimentant sur sa beauté, s’étonnant de sa non appartenance à la noblesse.
Les professeurs se frottaient les mains devant la puissance de son don, ils avaient eux-aussi de l’ambition pour elle. Elle avait tellement de potentiel. Thalianne était une pierre précieuse. Milah n’était qu’un cristal brut non travaillé.
Elle adorait apprendre le dessin, s’enfoncer plus loin dans les Spires, trouver de nouvelles solutions. A l’Académie elle s’éloignait un peu de ses parents, prenait son indépendance. Elle ne pensait plus à sa formation de mercenaire, elle la ferait après ses études. Ce fut l’année où Milah sourit le plus. Elle se découvrit plus à l’aise qu’elle ne l’aurait pensé, se surprit à accepter qu’une camarade prenne soin de ses longs cheveux que beaucoup lui enviaient. Elle était presque une étudiante comme les autres à la fin de l’année. Ses parents étaient mitigés, ils avaient peur qu’elle s’éloigne du Chaos, qu’elle s’éloigne d’eux.

Chapitre 5 – Jusqu'à la mort, nous espérons toujours. André Chenier


Milah traîne un peu après son cours. Elle sait qu’elle va passer en deuxième année. Tout se passe très bien, ses progrès ne s’arrêtent pas et le dessin lui offre encore tellement de choix. Ce soir elle a été invitée dans la demeure d’une de ses amies … ou du moins d’une de ses plus proches connaissances. Elle va demander à sa mère ce qu’elle devrait porter. Ça lui fait toujours bizarre d’évoluer dans ce monde là mais elle y arrive. Cela n’empêche qu’elle reste méfiante avec tous ces gens. Mais parfois contre son éducation, contre ses principes, le brillant de la cour l’attire elle aussi.
C’est la fin de l’année. Bientôt elle aura 19 ans. Peut-être pourrait-elle trouver un fiancé pour gagner un nom noble et rentrer dans les hautes sphères de l’empire. Pour l’instant elle s’y répugne, c’est une Ashken. Point.
Elle s’avance dans le dédale des rues d’Al Jeit dont elle ne se lasse pas. Avant de bifurquer sur la grande rue elle sent une main se plaquer contre sa bouche. Elle ne se laisse pas surprendre le moins du monde et attrape le poignet pour y effectuer une torsion et balancer le corps intrus par-dessus son épaule. Impossible. Une force vigoureuse la tire vers une impasse sombre. Elle lève son pied pour asséner un coup dans le genou mais impossible. L’assaillant se meut agile comme une ombre, fort comme un tigre. Marchombre ou Mercenaire se dit-elle. Elle se jette dans l’Imagination et emprunte la première Spire pour faire tomber une boule de feu. Boule de feu éteinte par une vague. Mercenaire donc puisque les stupides esclaves de liberté s’interdisent le dessin. Et elle entend à son oreille la voix d’Eileen.
 
-Calme-toi Milah.
 
-Maman ?!
 
Sa mère la prend dans ses bras et la serre aussi fort qu’elle le peut. Milah pétrifiée n’ose faire un mouvement.
 
-Que le Chaos soit loué, ils ne t’ont pas prise.
 
Milah remarque alors l’affliction sur le visage de sa mère, la lueur de désespoir intense qui luit au fond de son regard. Son regard l’observe de partout, il ne s’arrête nulle part, presque fou.
 
-Où est papa ?
 
Sa mère semble sur le point de tomber en sanglots mais l’expression change, passe par de la peur puis de la colère.
 
-Ils ont pris ton père ! Ils sont venus et ils l’ont arrêté. Devant tout le monde. Traître à l’empire.
 
Milah accuse le coup. Elle se demande pourquoi tout l’air de ses poumons vient de s’échapper.
 
-Il faut faire quelque chose. Ils vont le tuer si le tribunal le désigne coupable de trahison ! Il faut trouver un défenseur, des preuves de son innocence ! Il faut qu’on empêche le procès.
 
Elle prend la main de sa mère pour rentrer chez eux afin d’établir un plan d’évasion. Milah ne sait pas si son père est coupable ou non et elle s’en fiche. Elles vont le sauver. Eileen l’empêche de sortir en plein jour.
 
-On ne peut pas être vues, suis-moi.
 
Elle grimpe par la façade du mur. Milah la suit sans hésiter. Lorsqu’il n’y a plus de prise elle interroge sa mère du regard.
 
-Milah si un jour tu veux espérer être ne serait-ce que la plus minable des mercenaires tu dois être capable d’escalader ce mur.
 
Prise par défi et par orgueil, Milah suit sa mère avec rapidité, prenant parfois des risques inconsidérés mais l’adrénaline lui offre une meilleure vigilance.
Elles arrivent sur la maison. Eileen rentre par une entrée sur le toit. A l’intérieur tout est mis à sac. Heureusement toutes leurs armes sont cachées et les documents compromettants brûlés.
 
-Il doit être encore en cellule je vais voir le capitaine des Gardes, Oriss… tu l’as déjà vu avec ton père je pense. Va au tribunal voir s’ils préparent quelque chose ou s’il y est déjà.
 
Elles se séparent. Milah n’a pas encore d’armure et elle s’en mord les doigts, une longue capuche fera l’affaire. De toute façon elle peut passer facilement inaperçue de par sa taille et sa corpulence.

Chapitre 6 – La force de l'amour paraît dans la souffrance. Pierre Corneille

Treigh, un tout nouveau mercenaire la retient. Elle se débat comme un brûleur. Dans ses larmes elle ne voit rien. Elle hurle avant que la grosse main ne se plaque sur sa bouche pour enlever toute parole malheureuse.

*

La charrette s'arrête devant leur maison. Aucune bougie, la maison est dans le noir assombrie. Eileen boit un enième breuvage alcoolisé. Ses larmes ne se sont taries que parce que ses yeux n'en ont plus. Milah regarde de sa fenêtre, enfermée dans sa chambre. Les tremblements ont cessé. Elle a l'impression de ne pas respirer comme il faut, comme si ses poumons étaient broyés. Son regard est dur, froid. Quand elle voit sa mère récupérer le sac à l'aide de l'homme dans la charrette ses sourcils se froncent. Ses yeux s'embuent et elle s'essuie d'un geste rageur. Elle calme sa respiration, force son expression à redevenir neutre.
Comment dormir quand son père est revenu dans un vulgaire sac de toile. Comment respirer quand celui qui l'a élevé s'est fait assassiner en secret. Comment vivre sans avoir pu dire au revoir. Comment voir ce penseur passionné, ce père exigeant et aimant, ce mercenaire convaincu et convainquant en un corps froid et dur.

*

Un enterrement n'a pas de sens. Il y a si peu de monde à celui-là. Personne ne veut être vu à l'enterrement d'un traître. Les anciens amis tournent le dos en s'excusant de loin. Guildor rejoint la terre d'Al Jeit et pas sa terre du Nord, pas le temps d'aller si loin. Des chuchoteurs sont arrivés par des collègues et des mercenaires. La compagnie qui s'est occupée des pompes funèbres attend que Milah leur donne les branches. Elle les sort lentement de sa bourse qu'elle a trouvé dans la chambre de sa mère.
Elle reste sur la tombe de son père. La pluie tombe sur ses cheveux noirs qui collent à son visage. Il pleure sur la ville comme il pleut sur son cœur. Al Jeit n'a pas l'habitude d'avoir le ciel gris.

*

Sa mère est revenue. Autour d'elle une aura rougeoyante continue de la consumer. Elle a perdu l'amour de sa vie, elle est un peu moins saine d'esprit. Elle ne s'excuse pas devant sa fille, elle ne raconte pas. Elle apprend que Milah n'est pas retournée à l'Académie. Il ne reste que quelques jours avant l'été. Eileen l'aurait pris dans ses bras. Mais elle sait qu'elle est brûlante. Et Milah coupe désormais, comme un tesson de bouteille abîmé. Alors elle prend les choses en main, remet la maison en ordre, reprend contact avec des connaissances du monde du dessin. Il faut travailler. Et les choses se tasseront pour les autres. Elle s'emporte contre sa fille qui doit y retourner dès le lendemain. Sans discussion. Son père est mort. Sa voix se casse. Mais cela ne veut pas dire qu'elle doit tout abandonner y compris les études en lesquelles il croyait tant. Ils croyaient tant. Elle manipule sa fille, la fait culpabiliser. Milah ne dit rien. Son cœur bat si lentement.

*

Premier jour. Déception. Frustration. Colère. On la fuit comme la peste. Tous les nobliauds s'écartent sur son chemin. Ses oreilles sifflent. On parle d'elle comme d'une traîtresse. S'il savait. Milah aimerait les trouver dans leur lit le soir. Tous. Leur faire briller une lame devant les yeux et les tuer dans la terreur. Les professeurs fuient son regard, elle n'a pas besoin de leur demander d'explications. Elle est coupable, l'engeance du traître. Les Raïs ne font pas des Faëls après tout. Elle perd les sourires et découvre la suspicion. Elle perd la lueur d'ambition et trouve la peur et le rejet à la place. Reléguée au rang de prolétaire indésirable. Son avenir s'effondre en poussière devant ses yeux morts. Tout est perdu. Tout son travail. Non. Son travail reste. Son travail ne tient à rien d'autre qu'à elle. Mais elle voit ses rêves saignant d'avoir tant cru. Plus jamais elle n'aura de rêves se promet-elle. C'est trop douloureux.

*

Les sabots claquent sur le sol. Une nuit entière. L'écume de sa sueur envahit sa robe. Le cheval fou fuit au galop. Il passe le pont. S'arrête quelques heures et reprend. Jusqu'à l'agonie. Ils ont l'impression d'être arrivés au bout du monde. Il s'écroule. La cavalière saute prestement. Elle murmure à l'oreille de la bête à court de souffle. La bête s'apaise. L'ombre disparaît.
Les dentelles vives sous la lune dominent leur campement. Le vent du Grand Océan du Sud souffle.
Son ventre gronde atrocement. Et dans cette immensité silencieuse.
Elle crie.
Elle crie aux Montagnes. Elle crie à l'Océan.
Elle crie au Monde.
Elle jure l'injustice, la mort, l'Empire, les autres, l'harmonie qui n'existe que dans ceux qui ont le pouvoir, la perte de sa mère. L'anéantissement de son papa.
Jusqu'à ce que sa voix se casse.
Alors elle s'agenouille.
Sous sa capuche ses yeux gonflés et rougis sont fermés.
Le vide de la nuit lui répond.
Alors au bout du temps interminable qu'il lui faut, elle bouge. Se met à genoux. Puis se relève. Sa main aussi blanche que l'astre lunaire tire sa capuche. Et ses yeux aussi durs que l'acier fixent l'Océan. Le cheval a un faible gémissement. Le vent fait maintenant claquer la cape sur la silhouette immobile et droite. Ses longs cheveux noirs s'envolent.
D'un pas sec la cavalière retourne voir le cheval et son maigre paquet. Elle lui caresse l'écrin avec douceur. Sa main se mouille des efforts de l'animal. Elle défait la selle et le mors. Il respire mieux mais toujours de manière saccadée. Elle lui amène alors des herbes sèches autour d'elle, sort la carotte de sa poche. Il croque. Elle reste ainsi à ses soins. Petit à petit il récupère.
Elle mord difficilement dans cette viande amère de siffleur. Première nourriture depuis longtemps. Et elle en savoure le goût. Aussi amère et sèche que son cœur.

Ils verront.

Informations personnelles

Niquer la société ? Tranquilou bilou je fais ça au petit déjeuner. | Léo
Pseudo | Léo (mon pseudo dans mon autre fofo) ou Clem (mon surnom de la vraie vie)
Age réel | 21 ans
Pays d'origine | France métropolitaine - Ile de France
Parlez-nous de vous | Une petite biographie pour apprendre à vous connaître !
Familier avec l'univers de Pierre Bottero? | Bottero <3 J'ai lu (et relu ?) les trilogies de Gwendalavir mais mon coeur va à l'Autre. Et je suis brisée en pensant à Âmes Croisées. Par contre j'ai pas lu sa série dont il est co-auteur. Je place Bottero avant Harry Potter et c'est lui qui m'a donné envie d'écrire et de lire du fantasy. Bref merci RIP je t'aime toujours.
Comment avez vous connu le forum ? |  Frog (J'veux pas que ses chevilles gonflent elle se reconnaîtra)
Un commentaire sur le forum ? | Un commentaire positif ? C'est nickel propre, y'a un travail de dingue sur les détails, l'encyclopédie est archi complète, c'est mis à jour régulièrement, c'est beau. Bref. Vous êtes des bons.

Demande particulière | Alors euhm je me cherche encore pour l'avatar j'en ai vu un dans la banque d'image qui m'a plu, j'aime beaucoup celui fait par Aki (à part les taches rouges sur la tête de Milah aha ).
Je me suis inscrite dès que j'ai vu que Milah était déréservée donc me voici, l'histoire est bien avancée je dirais au 60% je vais en poster une partie mais je serais aussi ravie d'intégrer des liens dedans, je vais poster le début si ça vous donne envie (par exemple Oriss, Tarendal, Karaellys, n'importe quel mercenaire en soi) Je vous attends avec impatience  Face
Ah et encore un truc si jamais quelqu'un passe par là avec l'envie d'être apprenti Mercenaire, je le prendrais avec joie sous mon aile (ou sous l'aile de Milah) enfin s'il est assez maso.
En fait j'en finis jamais ... ma fiche va probablement faire environ 30 pages word je pense (entre 20 et 30 en tout cas) dsl pour la lecture j'essaie de raccourcir au max, je prends un +1 et j'espère que ça tiendra dessus sinon on s'arrangera  :rire2:

J'ai pris un avatar de la banque d'avatar au fait pour mon avatar de la fiche !

Code de validation | Hop je me suis replongée dans la lecture de tous les sujets cachant potentiellement le code. J'espère ne pas être tombée dans un piège telle une quiche.
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Milah Ashken
Combattante Dessinatrice

Histoire - Suite

Clair-obscur | Milah Ashken


Chapitre 7 – La colère ça fait vivre. Quand t'es plus en colère, t'es foutu. Richard Bohringer


Milah rentra et sa mère ne put rien dire si ce n'est tempêter autour d'elle sur l'état de son étalon. Eileen lui montra aussi ce qu'elle et son père avait prévu de lui offrir un jument à la fin de son apprentissage. Le cheval était encore trop jeune et ils l'avaient confié à un dresseur. Cette jument était fine et élégante, une belle race. Sa robe était noire et blanche. Milah l'avait caressé et observé avec curiosité. Sa mère avait toujours eu du goût avec les chevaux.
Eileen l'emmena plus tard chez un armurier pour qu'il puisse faire une armure de cuir. Milah savait ce qui se préparait et elle ne dit rien. C'était la suite logique. Il fallait qu'elle devienne plus forte, meilleure, dans tous les domaines. La vengeance et la haine parcouraient ses veines lui donnant l'énergie nécessaire pour avancer. Elle n'avait plus rêve ni espoir. Plus de peurs. Plus de rires. Elle attendait la suite, l'action pour guérir le deuil. La mort de son père n'était qu'un obstacle à surmonter. Il lui fallait un but plus grand qu'elle. Le Chaos. Puisque tout était une fin, une mort. Puisque l'ordre échouait, mentait sous couvert d'harmonie. Il fallait embrasser l'explosion naturelle de tout. Il fallait tout changer, annihiler ce monde tel qu'il existait. C'était un faux monde qui emprisonnait. Elle se rappela alors les poèmes de son père. Ils résonnaient plus forts plus vivants. Mais pour cela Milah devait devenir plus forte pour accomplir ce qu'on attendait d'elle, pour renverser le vieux monde. Pour elle-même. Pour son père. Meilleure que tous. C'était sa décision. Elle se perdrait dedans s'il le fallait. De toute façon elle n'existait plus. La nouvelle Milah sortait de sa mue.

*

Sans pitié. Sang. Sueur. Le maître n'est plus la mère. Le maître entraîne comme une punition. Les courbatures ne sont rien, les cloques ne sont rien, les plaies ne sont rien. Milah apprend qu'elle ne sait rien. Elle recommence sans cesse. Elle tombe sans cesse. Elle se relève jusqu'à ce qu'elle y arrive. Sans manger, sans boire, sans dormir, sans un mot.
Tout est difficile, tout est long et douloureux. Tout s'apprend avec lenteur, son corps se transforme lentement, son esprit se transforme trop lentement. Elle est trop lourde, trop lente, trop maladroite, trop faible, trop aveugle et sourde. Rien n'est simple et quand ça l'est elle se trompe.
Les tours de plus en plus hautes, de moins en moins de prises. Elle ne combat même pas, pas encore  prête lui dit sa mère, corps trop faible. Alors elle doit courir des heures et sauter et porter et s'assouplir. S'assouplir encore et encore, ses articulations trop raides se chauffent, se détendent. Son corps s'approche de la cassure et finalement se plie à ses volontés.

*

Le début de l'apprentissage se fit dans les règles, Eileen prit Milah comme tout apprenti sans la considérer une seule seconde comme sa fille. Sans même montrer un signe de bienveillance. La seule entorse qu'elle accepta fut qu'à la place de donner trois ans entiers Milah prendrait deux semestres dans lesquels elle ferait 10 cours, s'infligeant une charge de travail de deux fois la normale pour pouvoir ne prendre que « 8 mois » dans les 3 ans. Elle finirait ainsi son premier cycle et ferait une pause d'un an pour la dernière année d'apprentissage. Eileen se fichait de la dose de travail à l'Académie, elle avait déjà accepté que Milah continue, elle faisait perdre un peu de crédibilité à son élève face aux autres mercenaires. On la traiterait plus durement, on dirait qu'elle a été prise seulement parce que c'était sa fille. On dirait qu'elle ne méritait pas sa place. Milah devait être meilleure. Et Eileen aimait façonner sa fille comme elle la voulait. Parfaitement destructrice. Elle aimait la voir souffrir dans la difficulté. Comme si parfois sa folie reprenait le pas. La souffrance, souffrance, souffrance comme une mélodie autour de ses oreilles. L'Académie accepta ces horaires différentes. Cela retirait même une épine de leur pied, qu'elle disparaisse jusqu'à ce que les choses se tassent.
L'apprentissage mercenaire du Chaos dépendait de chaque maître mais il était éprouvant partout. Il ressemblait à un entraînement marchombre dans les épreuves physiques mais les maîtres ne s'arrêtaient pas là, ils enseignaient tout un arsenal d'armes. Ils apprenaient à tromper, trahir, mentir, assassiner usant de toutes les ruses possibles. Les premiers combats étaient un enfer. Les coups pouvaient surgir partout, rien n'était codifié. Chaque plaie pouvait contenir du poison, chaque coup cachait une lame. Un maître ne sauvait pas un élève s'il tombait d'une falaise. Ou s'il se faisait prendre lors d'un vol.
Certaines leçons étaient humiliantes.

*

-Bois.

Milah est plus que fatiguée, elles sont à côté d'Al Chen pour apprendre à nager à Milah. Elle sait nager mais ce ne sont que des bases rudimentaires. Eileen sait que son apprentie n'est pas à l'aise dans l'eau alors elle la pousse dans les pires courants. Milah aime être dans le contrôle, sur la terre ferme elle a ses appuis et ses repères, dans l'eau tout est contre elle. Et au fond d'elle se cache une peur tapie de se noyer.
Ce soir Eileen l'emmène dans une auberge pour se reposer croit son élève. Elle est trempée et ses muscles tremblent encore de l'effort de la journée. Elle ne rêve que d'un repas et d'un bon lit au chaud.
Assise à la table dans le fond de l'auberge, Eileen commande une bouteille de vin. Milah l'interroge du regard.

-Bois.

Milah se sert un verre et prend une gorgée en grimaçant.

-Finis ton verre.

Elle se force à finir son verre même si le breuvage lui pique la gorge. Elle n'a bu que deux fois dans sa vie sans jamais parvenir à apprécier le goût du vin.

-Encore.

Le geste est hésitant cette fois.

-Ne me force pas à te le faire avaler de force.

L'idée que sa mère la force à boire devant toute l'assemblée est assez humiliante. Elle a donné les trois années, elle doit obéir, tout le temps, partout. Sa mère la met au défi.
Elle vide son verre en fermant les yeux sans pour autant s'empêcher de froncer les sourcils quand elle sent le goût du vin.
Cela dure une heure. La bouteille est finie. Milah a l'impression qu'elle va s'évanouir. Tout tourne autour d'elle. Elle déteste ça. Elle déteste sa mère, elle déteste le vin, elle a l'impression que tout pourrait lui arriver et qu'elle ne pourrait rien faire. Sa bouche est pâteuse, son équilibre mauvais. Sa mère l'attrape par le poignet et la tire hors de l'auberge. Milah titube, trébuche. Elle veut parler mais sait que sa bouche ne voudra pas alors elle se tait. Tout est flou. Elle aimerait s'allonger et attendre.
Sa mère la lâche pour se mettre devant elle. Il fait nuit noire. Milah tangue et tombe sur les genoux.

-Relève toi.

Rien ne sert d'attendre que le sol arrête de bouger. Elle pause ses deux paumes sur la terre et appuie sur ses bras pour se remettre sur ses deux pieds.

-Bats-toi.

Pathétiquement Milah s'approche en courant vers sa mère. Celle-ci s'écarte et elle tombe emportée par son élan.

-Relève toi.

Un haut le coeur secoue Milah qui crache avant de se relever. Les barrières de son esprit semblent se craqueler. L'immense océan de colère, de haine et de rage bout. L'alcool affaiblit son corps, son âme, son mental.
Ses poings se mettent en garde devant son visage et elle décoche un coup sur sa mère qui esquive et la gifle du dos de la main. Puis elle lui envoie un coup de genou que Milah bloque mais trop faiblement pour empêcher l'estomac de recevoir un coup. Elle vomit dans l'herbe sur le côté, s'essuie du revers de sa main. Ça la dégoûte mais elle se relève, ses yeux brillent.

-Tu ne sais rien.

Eileen attrape Milah qui se laisse faire. Elle l'emmène au bord du lac et la pousse.

-Je t'attend à l'auberge.

Milah panique et elle ouvre la bouche et boit la tasse, s'enfonce dans l'eau. Elle n'entend plus que les bruits étouffés de l'eau qui résonne douloureusement dans son esprit embrumé. Au lieu de se laisser aller à la panique elle ferme les yeux pour ne plus voir les images tourner. Elle pousse l'eau de ses deux jambes jusqu'à ce que son corps atteigne la surface. Reprenant son souffle avec difficulté elle se rend compte qu'il n'y a personne. Elle doit se débrouiller seule. Elle lance ses deux bras avec force même si elle sait ses mouvements maladroits. Une fois sur la rive elle reste allongée dans la terre. Elle rejette le peu qu'elle a dans le ventre à intervalles régulières jusqu'à ce qu'il n'y ait que de la bile.
Elle regarde les étoiles un instant et dessine un rocher sur lequel elle s'appuie mais le rocher s'efface  et elle se retrouve le visage dans la terre. Milah serre les dents et se relève. Au bout d'un temps infini elle retourne à l'auberge dans la chambre.

-Tu es dans un état lamentable.

Milah lui jette un regard noir.

-J'espère que tu as compris la leçon. Boire c'est te rendre à ton adversaire. On a toujours l'avantage sur quelqu'un sous l'influence de l'alcool. Ne sois jamais vulnérable.

La leçon est acquise, Milah ne boira plus jamais. Perdre le contrôle c'est mourir. Elle est libre l'alcool emprisonne.

*

Eileen lui apprit à être toujours sur ses gardes. Certaines passions humaines peuvent rendre vulnérable. Une fois qu'elle comprit que Milah n'était pas du genre à succomber aux passions elle dut faire un travail bien plus dire. Sa fille n'était qu'une mercenaire du Chaos, elle faisait peur de loin et de près. Elle donnait des frissons par son regard qui ne pouvait mentir sur ce qu'elle pensait. Un vide noir et glacial. Presque inhumain. Le Chaos. Milah paraissait si calme que c'en était affolant. Ce silence, cette attente, c'était pire que la colère, le bruit ou la tempête.
Elle avait du caractère écrasant. Sa présence était oppressante. Hors les mercenaires étaient sous couverture. Ils se devaient d'être invisibles, ils devaient passer pour n'importe qui. Chaque mercenaire se devait d'être pris pour un simple alavirien sans aucun doute qu'il soit autre chose. Être mercenaire c'était se travestir. Milah ne pouvait être une dessinatrice si on avait peur d'elle. On la verrait comme une menace et on finirait immanquablement par l'arrêter. Pourtant elle avait la possibilité de passer inaperçue, elle n'était ni grande ni massive, ayant un physique assez lambda.
Pour son second semestre il fallait qu'elle arrive à passer pour une étudiante normale. Séduire, créer des amitiés, manier l'humour, sourire. Elles revinrent à Al Jeit. Sans pour autant abandonner l'entraînement physique commença un travail bien plus dur pour Milah. Un travail de souplesse mentale, d'imitation, de déguisement.
Eileen l'emmenait donc pour voir les autres gens de son âge, comment ils interagissaient entre eux. Elle lâcha un peu la pression pour pouvoir utiliser l'humour. Elle invitait sa fille lors de réunions avec des anciennes amies d'Eileen qui revenait la voir. Milah les trouvait hypocrites, fausses, stupides, ignorantes. Elle avait beau essayer de jouer le jeu c'était particulièrement dur. Ses rires sonnaient faux mais elle comprit qu'elle n'avait pas besoin de rire, qu'elle pouvait jouer des mots sans pour autant les adoucir, qu'au contraire dans la société chacun passait son temps à savourer les moqueries et les critiques dans le dos des autres. Milah avait de l'esprit et savait faire mouche avec des remarques bien placées. Elle gardait ce regard d'acier alors les gens préféraient l'avoir avec eux plutôt que dans le camp adverse. Et grâce à son beauté on appréciait sa compagnie. Si Milah restait tendue et n'oubliait rien, elle commença à comprendre les jeux de société et de pouvoir auxquels il fallait jouer. Elle comprit qu'elle ne pourrait devenir trop différente sans finir par être mise à jour, elle devait être elle-même mais en s'ouvrant, en laissant voir d'autres aspects qu'elle n'avait jamais développé, qu'elle laissait sur le côté car elle les trouvait inutile. Retrouver sa part d'humanité. Ainsi elle se remit à parler plus souvent, c'était amusant pour elle de participer à ces jeux, ces manipulations. Sa mère lui répéta bien souvent qu'être mercenaire ce n'était pas que savoir tuer, c'était aussi savoir voler, mentir ou même se fondre dans la masse. Mentir n'était pas naturel mais elle n'avait pas le choix. Combattre n'était que la moitié du statut de mercenaire, il fallait aussi s'infiltrer. Et pour cela Milah devait s'adapter.
Ainsi tandis qu'elle continuait de s'entraîner aux poignards, aux lancers de couteaux, à l'arbalète, au sabre, à la lance et surtout au combat à mains nues, elle devait surtout rentrer par effraction partout sans se faire remarquer, savoir improviser partout, se faufiler dans une foule sans qu'on puisse la reconnaître.
Lors de sa deuxième année qu'elle condensa en un semestre elle travailla plus fort que tous. Le sommeil était devenu accessoire. Et parfois Eileen reprenait son regard de mère, sa douceur d'avant, se demandant d'où venait l'énergie de sa fille. Elle connaissait sa propre colère, elle connaissait sa propre folie mais Milah était si différente d'elle. Cela faisait plus d'un an que Guildor était mort et Milah ne semblait toujours pas exploser comme l'avait craint Eileen. Puis son regard s'arrêtait sur la chevelure noire ébène de sa fille et cela lui rappelait trop de souvenirs. Elle serrait le poing sentant son esprit lui échapper.
Lors de l'année qui suivit elle se rendit compte que Milah avait tendance à utiliser son don en entraînement, elle se protégeait avec et profitait de son talent pour s'appuyer dessus. Eileen décida donc de se munir d'un gommeur. Ce fut extrêmement frustrant pour Milah qui n'avait plus accès à cette sécurité de l'Imagination d'habitude toujours à porter de main. Cependant elle n'en dit rien et travailla avec acharnement les différentes armes à disposition. Elle gardait toujours le sabre de son père dans son dos mais ne l'utilisait jamais. Sa préférence allait vers ses deux poignards qui lui donnaient une grande célérité d'action, un choix de mouvements très large et des possibilités partout de blesser ou tuer. N'étant pas particulièrement musculeuse Milah compensait par une vitesse et une souplesse imparables. Les masses, les haches, les armes lourdes n'étaient définitivement pas faites pour elle.
Eileen se rendit une nouvelle fois compte que son élève pouvait finir par trop se reposer sur ses armes. Elle lui confisqua ses armes et lui demanda de combattre. La jeune mercenaire finit par comprendre qu'elle n'avait pas besoin de ses artifices qu'étaient les armes. Qu'elle devait être une arme elle-même et que tout autour d'elle était possiblement une arme. Alors qu'elle avait toujours vu son père jouer des poings et des coups de pied puissants, elle découvrit qu'elle avait une autre force. La connaissance du corps humain qu'Eileen lui enseigna. Un léger coup pouvait suffir s'il était bien placé. Souvent elle s'entraînait en plus tard le soir pour répéter des mouvements. On aurait dit qu'elle dansait.

*

Milah a 21 ans et c'est la guerre au Nord. Les raïs s'avancent plus vite que jamais. L'héritier de la citadelle est mort et Al Far est en sérieux danger. Si pour l'Empire la situation est catastrophique, les mercenaires trépignent. Le moment est peut-être arrivé. Les missions s'enchaînent plus vite que jamais. Milah est sceptique, elle n'est pas du genre à anticiper les victoires. Elle attend. Si cela vient tant mieux elle participera au désordre nouveau, avec la déception de vivre le rêve de son père sans lui. Si cela ne vient pas tant pis. Le monde brulera de toute façon, les hommes sont ainsi faits.
Sa mère est une mercenaire mais la politique et les prévisions stratégiques, depuis que son âme est morte, lui font moins d'effet.
Eileen a reçu l'ordre d'aller voir où en sont les troupes raïs et à quel point ils se sont enfoncés sur le territoire.
C'est le début de l'automne, les vents commencent à souffler sur les plaines d'Astariul. Elles sont obligées de suivre l'Ombre pour être le plus à l'Ouest possible et éviter ainsi toute rencontre avec des Frontaliers. Sinon elles ont un alibi, trouver une dresseuse d'oiseau. Le danger rôde à tous les coins. Elles ont entendu les Goules une nuit. Partir sans caravane est de plus prendre un risque suicidaire. Sur les plaines la plupart du temps elles n'entendent que le bruit de l'eau. Elles finissent par tomber sur une ferme fortifiée. C 'est une bonne nouvelle, elles vont pouvoir dormir à l'abri et s'encquérir d'informations. Le lourd portail de bois est ouvert. Le silence qui les accueille ne signifie rien de bon. L'odeur non plus à dire vrai. Sa mère lève sa capuche la première. Les chevaux sont nerveux. Elles descendent et les accrochent dans un coin relativement caché vers l'entrée. Toutes deux alertes, sans dire un mot elles se séparent pour se fondre dans la ferme et trouver les habitants. Eileen ne trouve que des cadavres sanguinolents, en putréfaction dans les maisons. Milah découvre les dégâts dans l'étable, voit les chevaux morts. Certains bois de charpente sont bien dessinés, un sculpteur sur bois devait vivre ici. Aucun signe de vie. Les vivres ont pourris des semaines.
Alors Milah trouve entre l'étable et une maison l'endroit où se tenait probablement le feu commun. Mais au centre se trouve un amoncellement de cadavres, au-dessus des enfants en bas-âge. Certains n'ont plus leur oreille, d'autres leur nez, il manque un œil à un homme, une femme est scalpée. Des cadavres de raïs traînent ici et là. Les raïs n'enterrent pas leurs morts.
Sur le sommet se tient un corbeau qui reste immobile, regardant Milah d'un œil prudent. Un échange se fait silencieusement. Elle sent un lien particulier avec ce corbeau sur un tas de cadavre. Il lui tire un rare sourire qu'elle n'a jamais sous son rôle de mercenaire. On dirait un seigneur des enfers. Le seul qui reste après le Chaos des hommes.
Cela ne lui fait pas un seul instant remettre en question sa foi en le Chaos. Ce genre de massacre existe, existait et existera. Il est plus violent et plus direct que le massacre de l'Empire qui brime et coupe la langue et les mains à son peuple mais il en résulte des effets similaires.
Sa mère et elle se retrouve, ayant trouver les informations nécessaires. En plus de ne pas sentir très bon, ce charnier attire les prédateurs nécrophages, elles partent vite.

*
Ce fut la première fois que Milah rencontra Hadès. Hadès, le nom qu'elle finit par donner à ce corbeau qui sans qu'elle comprenne pourquoi revint la voir. Il restait sauvage et ne s'approcha qu'après des mois lui tournant autour. Pourquoi elle qui faisait peur à ses semblables attirait cette créature synonyme de malheur elle ne le sut pas. Eileen laissa faire tant que ça ne posait pas problème à son entraînement. Elle finit par estimer Milah suffisamment prête pour retirer le gommeur. Elle avait acquis les réflexes suffisants pour se débrouiller sans son don du dessin. D'ailleurs elle ne l'utilisait plus, ou en dernier recours. Elle n'en avait pas besoin la plupart du temps et n'en abusait pas. Plus elle était loin des spires plus elle était invisible. Sa présence à l'intérieure de l'Imagination était trop bruyante au vu de son Don. Elle préférait donc la discrétion. Eileen savait pertinemment que Milah était devenue plus forte qu'elle en terme de combat mais elle avait plus d'un tour dans sa manche. Lors de réels combats Eileen utilisait des poisons et venins qui lui donnaient systématiquement l'avantage. Si elle vous touchait une fois c'en était fini. C'est ainsi que Milah apprit que même l'adversaire qui semble le moins redoutable peut se révéler un porteur de mort. De plus Eileen connaissait des bottes secrètes dans les nerfs du corps humain. C'est ce qu'elle finit par apprendre à son élève qui la dépassait déjà. Elle ne pourrait rien lui apporter de plus. Le chemin qui lui restait à parcourir, Milah devrait le faire seule, qu'il soit mental ou physique.

*

En deux lignes les encapuchonnés forment une entrée. Au bout le feu. Derrière le Conseil. Un silence d'attente plane.
Le lourd son des tambours à la lueur des torches accompagne soudain son arrivée. La poussière du sol se soulève à intervalles régulières. Les voix graves des encapuchonnés fascinent. Les flammes du grand feu se battent entre elles. On entend l'éclat du bois parfois. L'assemblée est aussi froide que l'atmosphère est chaude. Le rythme des percussions entre dans l'âme et y bat à l'unisson. La transe de la musique et des lumières façonne les esprits.
Majestueuse, déterminée, inflexible et souple à la fois, la silhouette avance jusque devant le feu. Son regard de flèche transperce le feu qui s'éteint d'une pensée. Les voix puis les tambours se taisent. Comme impressionnés.

« Que demandes-tu ? »

La présence de sa mère surgit à ses côtés. Ses cheveux grisonnants prennent certains reflets. Des rides sillonnent déjà son visage.

« Je viens présenter mon élève au Conseil. »

Une voix s'élève alors.

- Que suis-tu ?
- La vérité.
- Jusqu'où ?
- Plus loin, plus fort, plus puissant.
- Pourquoi ?
- Le désordre.
- Pourquoi ?
- La liberté totale.
- Quelle est ton âme ?
- Vengeance. Insoumission. Volonté.
- Quels sont les mensonges du monde ?
- La hiérarchie et l'égalité, la justice et l'ordre, l'harmonie et l'obéissance.
- A qui obéis-tu ?
- Personne.
- A qui obéis-tu ?
- L'objectif.
- Quel est-il ?
- Le Chaos.
- Pourquoi ?
- Mourir pour renaître.


Chapitre 8 – L'homme ne naît pas homme, il le devient. Erasme


Milah avait 22 ans lorsqu'elle devint une mercenaire du Chaos à part entière. Mais cela n'était pas assez. Elle ne fêta pas sa victoire mais savoura le regard de sa mère intérieurement. Elle en savait assez pour tuer le noble visé par le complot de son père. Mais cela n'était pas suffisant pour brûler le monde. Sa haine s'était installée si profondément dans son cœur que rien n'aurait plus suffit. Sa vengeance ne visait plus un homme ou un groupe d'hommes. Elle visait l'Empire. Le Chaos seul avait du sens. Grâce à son entraînement, son acharnement et son silence, elle avait ravalé tout sentiment, à présent la colère s'était muée en un vent glacial qu'on pouvait voir souffler à travers ses yeux. Si son corps ne soufflait pas le danger son regard en donnait un avant goût. En attendant elle pouvait profiter de petits plaisirs. Les beautés d'Al Jeit, capitale du dessin. La liberté totale qui guidait ses pas, lui donnait l'énergie et dirigeait ses mains. Hadès qui se posait sur son épaule certains soirs. Voir le peuple d'Al Jeit continuer ses manigances, ses secrets, ses manipulations souterraines.
Elle reçut aussi Antiope, c'est ainsi qu'elle appela la magnifique jument qui lui appartenait enfin. Antiope avait été dressée très librement, ses parents avaient expressément demandé qu'elle soit encore sauvage. Sa mère savait qu'un cheval trop brimé et trop obéissant perdait de sa vigueur. Milah était assez bonne cavalière pour n'avoir pas besoin d'un esclave mais d'un compagnon. Lorsqu'elles étaient venues la chercher Milah avait été plus expressive que d'habitude, posant sa tête sur le col de son cheval, passant sa main dans sa crinière. Elle avait trouvé son nom dans la foulée. Antiope, superbe jument agile et gracieuse à la robe noire ébène et blanche comme les nuages. Sa tête était blanche ainsi que le bas de ses pattes. Milah la montait à cru quand elle pouvait mais la plupart du temps elle se devait de poser une selle, la plus simple et légère possible, ainsi que le mors et les rennes. Elle passait mieux inaperçue si elle se dotait de ses accessoires pourtant inutiles. S'excusant silencieusement auprès de sa jument. Elles s'offraient toutes deux de longs galops à l'abri des regards et dans ces moments Milah souriait que le vent passe encore dans ses cheveux revenant à une simplicité oubliée.
Elle entra au deuxième cycle de l'Académie de dessin d'Al Jeit. Elle avait moins cet air revêche qu'on lui avait connu mais sa langue n'avait pas perdu de son piquant. Elle arrivait à donner l'air de s'être adoucie la majorité du temps. Cependant elle savait qu'elle avait un chemin à suivre. D'abord elle voulait devenir Mentaï mais elle devait travailler son dessin pour ça. Et de l'autre côté, être Mentaï ne lui servirait pas si elle n'avait aucune couverture. Elle ne pouvait être une simple assassin. Il fallait qu'elle soit espionne, qu'elle monte elle-aussi dans la société alavirienne. Elle abhorrait ce qu'elle devait faire, imiter les nobles, adopter leurs codes. Mais c'était son devoir. C'était ce que son père aurait voulu, ce que sa mère espérait. Elle monterait les échelons non pas par son goût (malgré ses efforts elle n'en avait pas), ses flatteries (c'était trop lui demander), mais elle pouvait toujours espérer le faire par ses compétences, son esprit et son talent.
Elle se dirigea vers la spécialité des Dessinateurs combattants de manière assez évidente. Cela lui permettrait de combiner ses deux objectifs. Elle apprit qu'elle avait la capacité de faire le pas sur le côté et s'acharna à le maîtriser pendant toute la première année. Elle fit l'acquisition d'un chuchoteur  qu'elle nomma Verrue. Il se trouva être un chuchoteur particulièrement réticent qui n'en faisait qu'à sa tête et boudait … Milah n'ayant aucune idée que cela était possible, un mauvais chuchoteur, fut dépitée mais elle le garda. Il mordait parfois avec un air méchant comme s'il pensait intimider Milah qui levait un sourcil agacée.
Alors qu'on aurait pu penser qu'elle se remettrait de son entraînement mercenaire en soufflant, elle continua de s'entraîner aussi durement que si sa mère l'avait fait tout en apprenant de nouvelles techniques de combat lors de ses cours théoriques et pratiques. C'était littéralement la seule fille de sa promotion en dessinateurs combattants et la plupart des garçons était noble. Elle compensait par un mental digne des plus acharnés. Elle était intransigeante avec elle-même. Bien sûr lors des combats tout était très différent. Elle aurait pu les maîtriser un à un ces dessinateurs qui apprenaient ou perfectionnant leurs techniques de combattants mais son style de combat restait reconnaissable. Si elle s'était donné à fond cela aurait créé des suspicions alors elle apprit à développer un style de combat utilisant très peu ses capacités mais faisant l'illusion de lui donner un niveau de son âge. Elle s'appuyait énormément sur son dessin, ce qu'elle n'avait pas eu l'occasion de faire, ça au moins cela ne pouvait éveiller les soupçons. A côté de ça elle continuait de s'entraîner en cachette, montant les plus hautes tours de Al Jeit par plaisir, lançant couteaux sur couteaux jusqu'à atteindre sa cible toutes les fois, visant avec l'arbalète. Parant des coups imaginaires avec son sabre qu'elle n'utilisait jamais mais dont elle s'occupait comme d'un bijou. Dansant avec ses poignards ou sa lance. D'ailleurs elle prenait seulement son sabre, qu'elle ne quittait jamais, pour se déplacer en ville. Enfin … peut-être cachait-elle aussi quelques lames au cas-où.
Elle avait déjà aperçu un ou une marchombre sur une tour. Les mercenaires se devaient de rester dans l'ombre alors elle s'était éclipsée avant que sa présence ne soit repérée.
Dans son autre vie, chez les mercenaires, elle apprenait la hiérarchie, les rôles de chacun. Elle était reconnue comme l'une des leurs et elle se mit à reconnaître des visages. Ce n'était un secret pour personne qu'elle se présenterait pour devenir mercenaire et les Mentaï actuels la dévisageaient. Elle dégageait déjà une certaine prestance involontaire. Quand elle arrivait encapuchonnée, invisible, les yeux entraînés des mercenaires savaient reconnaître que le vrai danger ne résidait pas dans ce qui se voit, ce qui se montre mais au contraire dans ce qui ne se voit pas. Sa démarche parfois assurée semblait laisser derrière elle une traînée de mort, on vérifiait presque que la végétation ne noircissait pas. Et lorsqu'Hadès décidait de se poser sur son épaule et qu'elle relevait sa capuche pour toiser quelqu'un, cela donnait des frissons de crainte ou d'admiration selon les aspirations. Elle incarnait le dicton qui disait que les Mentaï étaient la mort. Alors on ne doutait pas de son ascension et certains la saluait d'un hochement de tête pour signifier leur appui. Elle se sentait à l'aise et bien plus libre chez les mercenaires que dans la vie quotidienne. Pendant les cours pratiques elle pouvait se permettre de laisser ses cheveux en un chignon décoiffé, mettre son armure de cuir mais dans les petites réceptions offertes par certains élèves auxquelles elle était invitée par sa réputation, elle devait s'occuper de ses cheveux pour les arranger mais aussi porter des vêtements élégants et raffinés. Elle pensait à ce qu'en aurait pensé la Milah de 16 ans, jamais elle n'aurait accepté, se moquant allègrement. On pouvait voir un léger soupir s'échapper de son torse lorsqu'elle enfilait des tenues mondaines. Elle pouvait compter sur l’œil de sa mère pour l'habiller avec goût tout en lui laissant la liberté de mouvement nécessaire au cas-où. C'était la condition sine qua non pour que Milah aille à ce genre de réception, un compromis entre l'élégance et la praticité. Elle ne faisait donc pas partie des femmes les plus réputées pour leur beauté et leur goût mais elle ne passait pas pour une femme du peuple non plus. Elle se tenait comme une athlète, une combattant et elle avait du mal à se tenir aussi théâtralement droite que les vraies femmes de la cour. Ce port de tête ridicule qui montrait le cou et laissait les regards passer au travers des cils lui échappait complètement. Au moins elle avait réussi à intégrer certaines manières et comme elle se taisait le plus souvent sa voix était écoutée lorsqu'on l'entendait. Elle pouvait aussi se montrer relativement enjouée, sachant se montrer sous son meilleur jour. Milah savait qu'elle avait un physique passe partout mis à part les traits fins de son visage. Elle était assez belle pour qu'on la veuille dans son cercle d'amis et elle n'était pas assez éclatante pour qu'elle puisse voler la vedette. De plus elle comprit très vite que les nobles aimaient la reconnaissance, ils aimaient qu'on les aime. Et elle dégageait une certaine dureté, cela la rendait d'autant plus attirante. Rien n'est plus attirant que quelqu'un qui nous résiste. Même si elle n'en disait rien cela se sentait. On loua ses talents de dessinatrice et on lui promit qu'on lui demanderait des services plus tard. Milah se rendit alors compte du pouvoir qui se trouverait entre ses mains si elle jouait finement.
C'est en partie pour cela qu'elle travailla dur. Les deux années furent entièrement ou presque consacrée à son apprentissage du dessin. En plus d'apprendre à maîtriser le pas sur le côté et de se doter des principaux lieux stratégiques dont elle aurait pu avoir besoin, elle apprit aussi à déguiser sa trace dans les spires. Naturellement sa présence était écrasante dans les spires et c'était un problème. Il fallait donc qu'elle change sa signature afin de passer plus inaperçue. Elle passa ainsi des heures la nuit loin de tout dessinateur pour jouer avec sa propre trace, se manipuler. Si elle l'avait changé entièrement cela aurait été grossier, elle trouva une clé de voûte à force d'étudier les arcanes de son propre dessin. Quant les rouages de son talent se dessinèrent devant elle comme les plans d'un palais elle ne put empêcher un sourire de satisfaction se poser délicatement sur ses lèvres. Elle y posa un petit verrou et pourtant cela eut pour effet d'invisibiliser un immense pan de son dessin, du caractère de celui-ci sans pour autant la gêner dans sa pratique. Les maîtres dessinateurs sauraient déceler une fissure ou une anomalie dans le dessin entièrement mais aucun n'aurait le temps d'étudier assez son don pour trouver ce qui clochait et découvrir les dessous. Cela aurait le même effet qu'un brin d'herbe qui gratte le mollet, rien de très irritant, juste une sensation légère. Et elle avait déjà remarqué ce genre de fissure chez certains dessinateurs qui n'arrivaient pas à dépasser des blocages qu'ils se mettaient eux-même. Indécelable. Elle était bien protégée. Ce fut à ce moment qu'elle put développer pleinement son don tout en maintenant une bride qui ne lui demandait plus vraiment d'effort. Elle travailla sur les deux faces du don sachant que la plupart des dessinateurs avaient leur côté préféré : la puissance et la précision. Étonnamment les petits dessins étaient les plus difficile à réaliser s'ils étaient précis et détaillé. Mais Milah était consciencieuse et elle savait que cet aspect était le plus technique et le plus important à réaliser. Tandis que la puissance du don demandait un lâcher prise contrôlé que Milah avait l'habitude de réaliser.
La classe des dessinateurs combattants était limitée car le combat n'attirait pas beaucoup les dessinateurs promis à un avenir plus pacifique.

*

Milah a 23 ans c'est sa deuxième année de second cycle. Tous les élèves de la classe des dessinateurs combattants sont ensemble pour un voyage très attendu, un passage pratique qui a été mis en place par les administrateurs de l'Académie. Ils veulent déclencher des vocations et recruter des dessinateurs pour l'armée qui en a bien besoin. C'est aussi très utile, même si dangereux, pour leur apprentissage. De toute façon ils seront bien protégés leur maître d'arme, responsable de la dernière année des dessinateurs combattants. C'est une leçon dont se souviennent en général les futurs dessinateurs combattants. Et depuis que Vitalys Nil'Cristo les accompagne aucun n'a jamais souffert d'une quelconque blessure.
Vitalys Nil'Cristo a décidé d'enseigner non pour la gloire ou le temps libre que cela lui offre mais parce que les dessinateurs sont, selon lui, trop peu équipés pour les vrais combats qui les attendent au-delà. Nil'Cristo est un homme d'honneur, un guerrier redoutable et un enseignant aussi dur que bon. En plus de ça il est bel homme. Il est apprécié de tous ses élèves même s'il les pousse au-delà de leurs limites. Parfois ses supérieurs réprouvent ses manières qu'il a d'apprendre les leçons à ses élèves comme tous les conservateurs désapprouvent les jeunes nouveaux avec des initiatives progressistes et efficaces. Ils le regardent avec méfiance parce qu'il est bon, meilleur que leurs anciens choix. Ils le regardent avec méfiance parce qu'il forme des bons dessinateurs combattants et que certains voient ça d'un mauvais œil, de peur qu'un jour les dessinateurs aient trop de pouvoir. Il faut équilibrer les pouvoirs se disent-ils. Les jeunes dessinateurs doivent rester de jeunes dessinateurs pas des guerriers capables de les maîtriser. Alors de temps en temps ils lui collent un apprenti professeur, son héritier sous-entendent-ils. Cet apprenti, inspecteur des travaux finis, elle le contraire de Vitalys, il donne l'impression aux plus talentueux qu'ils peuvent se reposer sur leurs acquis et il humilie ceux en difficulté en cassant leur plaisir à dessiner, créant des dessinateurs viciés et humiliés.
Milah a été tout de suite compris la valeur de Vitalys. Il a tout pour lui plaire. Dans son expérience, sa compétence, son caractère. Il a juste le malheur d'être du mauvais côté, et d'avoir une particule en trop.
Très vite il la remarque, d'abord parce qu'elle est la seule fille, ensuite parce qu'elle se démène alors qu'il est plus dur avec elle qu'avec n'importe quel garçon. Ça lui va bien à Milah parce que les autres prennent son parti, il y a toujours eu un truc avec les jeunes femmes sans défense qui rend les hommes protecteurs. Et puis ça lui va bien parce qu'elle n'est pas dupe de certains de ses regards. La première fois elle a capturé son regard sur sa nuque alors qu'elle transpirait, combattant contre un Nils tout en muscle. Ses cheveux en chignon tombaient et s'accrochaient à ses tempes. Elle tenait son épée trop lourd à deux mains, travaillant intérieurement à ne pas bouger trop rapidement et à la fois à tirer les enseignements qu'il lui faut. Trouver des points faibles vite. Esquiver et apprendre du mouvement de Nils. Vitalys était sur un coin de la salle, expliquant à tous les erreurs des deux combattants. Les bras croisés, il avait laissé son regard couler sur cette jeune femme aux traits nobles en plein effort. Regard rapide mais rien n'échappait à Milah.
En ayant compris qu'elle lui plaisait mais qu'il ne ferait rien elle continua de se donner à fond, mimant un véritable attachement à cet homme. Elle fit tout pour qu'il comprenne qu'elle voulait qu'il la reconnaisse. Alors qu'elle savait qu'il a trouvait déjà au-delà de ses espérances. Mais elle joua la carte du problème de confiance en soi. Tout en lui montrant ses piques épineuses. Elle jouait avec lui en lui répondant ce dont il n'avait certainement pas l'habitude. Cela créa une sorte de complicité qui continua sur une intimité. Il lui donna des cours particuliers à sa demande.
Ce fut long mais elle finit par le tenter assez pour qu'un baiser lui échappe. Elle fit mine de se retenir, de comprendre les sentiments qui le tiraillaient et elle le laissa tranquille alors qu'il n'avait vu que la naissance de ses seins. Il lui assura qu'ils ne se verraient plus en dehors des cours communs avant la fin de sa graduation.
Elle a une certaine fierté à avoir fait tomber ce roc de loyauté, justice et droiture. Il lui plait aussi jusqu'à un certain point. C'est un homme aux qualités indéniables. Et quand Milah pense à qualité elle ne pense pas à des qualités morales qui n'ont aucune valeur mais plutôt à son enseignement, son style de combat. Un véritable trésor ce professeur.
Toujours est-il qu'ils doivent tous partir au front pour donner un coup de main mais surtout pour apprendre la dure réalité du terrain.
C'est un voyage assez heureux pour tous. Ils découvrent les qualités de cavalière de Milah et Vitalys ronge son frein en la voyant monter avec tant de grâce. Arrivés au front, ils sont dépités de l'accueil rapide et non en grande pompe comme ils s'y attendaient. C'est chaque année la même chose. L'armée est un lieu dur et on n'encense personne. Rien n'égalise autant les hommes que la guerre. Les rendre tous au niveau de chair à canon pour l'Empire pense Milah.
Ils font des tâches pour rendre plus facile la vie aux Frontaliers, à tous ceux déjà sur le terrain. Ils sont même présentés au fils héritier.
Un des derniers jours ils participent à une bataille. Normalement ils ne sont que d'un soutien en plus pour les troupes déjà présentes. Une bataille contre les raïs ce n'est rien qu'ils connaissent déjà. Certains sont morts de peur, d'autres ont hâte d'y être pour que cela finisse. Milah est étonnamment calme. Vitalys s'approche d'elle pour se permettre un geste de douceur. Ça va aller lui dit-il pour la rassurer. Mais il entraperçoit une lueur étrange qui disparaît vite dans les yeux de Milah. Il espère que ça va aller pour eux tous. La fin du cycle devrait se terminer bientôt. Il pourra peut-être faire la cour en bonne et due forme à cette jeune femme au teint d'albâtre qu'il affectionne tant. Après tout s'ils se connaissent en armure et dans l'arène, ils n'ont jamais été proprement présentés. Il se demande à quoi ressemblerait la jeune femme dans un habit de soir. Magnifique probablement même s'il est sûr qu'elle hausserait les sourcils en entendant ça.
Ils entrent tous dans l'Imagination et commencent des dessins offensifs pour préparer leur venue. Les rangs des raïs subissent de lourdes pertes.
Mais malheureusement l'aile où les dessinateurs sont est tout de même débordée. Ils n'ont pas le temps de se replier et se retrouvent en plein dans la mêlée. Les raïs sont immondes, infâmes. Rien dans leurs yeux ne traduit la bienveillance ou une lueur d'intelligence. Leurs hurlements se répondent. Les dessinateurs se retrouvent écartés. Ils se débrouillent avec toutes les techniques qu'ils ont appris. Ils sont aveuglés par la brutalité, la rapidité, ce qui se passe autour d'eux. Ils ne peuvent faire de longs dessins, devant se protéger avant tout. Nil'Cristo ne perd pas son sang froid et protège ses étudiants comme il l'a toujours fait. Le champ de bataille le connaît, il sait qu'il survivra. Mais il ne voit pas Milah. Et même en faisant un pas sur le côté il ne la voit pas dans la tête où tremble la majorité des élèves. Il ne comprend pas, elle devrait réussir à faire un pas sur le côté, ils sont loin des marches de la citadelle. Il revient sur le front. Demandant aux autres de se replier il s'enfonce plus en avant et cherche Milah dans les Spires. Y découvrant une présence qu'il n'identifie pas bien. C'est alors que s'avance vers lui une créature presque surnaturelle. Sa peau pâle si pâle encadrée par ses cheveux noirs lui semble irréelle. Ses yeux ne sont pas ceux qu'il connaît. Elle est d'un calme olympien. Les raïs autour d'elle brûlent les uns après les autres sans pouvoir l'atteindre. Un corbeau est perché sur son épaule.

-Milah ! Milah il ne faut pas rester ici, ils sont trop nombreux.

Elle fronce les sourcils comme si elle venait de s'en rendre compte et accoure vers lui pour lui prendre la main. Elle l'embrasse et ça ressemble beaucoup trop à un baiser d'adieu. C'est assez doux et il y dénote une pointe de tristesse. Il la repousse violemment.

-Il faut y aller !

-Merci Vitalys, ce fut très instructif. C'est dommage.

Et pendant qu'il la regarde sans comprendre elle s'évanouit pour réapparaître derrière lui passant un sabre raï dans l'ouverture de son armure au niveau de son cou. Il meurt sur le coup. Le corbeau s'envole et Milah sort son sabre pour tuer un maximum de raï autour d'elle. Donnant la mort si facilement et si rapidement qu'ils ne peuvent approcher le corps de Vitalys. Elle le regarde avec un peu de pitié, le regret de ne l'avoir pas connu autant qu'elle l'aurait voulu et un brin de tristesse qu'elle préfère ne pas avouer. Une fois son sabre empli de sang de raï elle attrape le corps de Vitalys se compose une expression à la fois choquée, horrifiée et encore emplie d'espoir avant de se concentrer un instant pour effectuer un pas sur le côté tout en n'oubliant pas de modifier de nouveau sa signature. Mais une flèche d'arbalète s'encastre dans sa hanche avant qu'elle ne disparaisse. Elle n'a que le temps de se dire que c'est une idiote et que c'est assez bien situé pour que ce ne soit pas grave à long terme avant que la souffrance ne la gagne et qu'elle ne laisse les autres s'occuper d'elle et du corps de Vitalys Nil'Crisot, meilleur maître d'arme dessinateur que l'Académie ait jamais embauché.

*

Elle se remit assez vite notamment grâce aux rêveurs de Tintiane mais elle garda une cicatrice. La classe perdit un tiers de son effectif et le professeur Nil'Cristo fut longuement pleuré et accueilli comme un héros. Tout comme Milah qui l'avait vaillamment ramené au péril de sa vie. Sa mère aussi la félicita, tout comme les mercenaires qui lui avaient demandé de tuer ce professeur. Il formait des dessinateurs combattants performants et aptes à réellement protéger l'Empire. Le mercenaires espéraient que cela donnerait envie à certains de s'embaucher sur le front ce qui laisserait champ libre à l'intérieur du royaume. Les autres auraient peur. Tandis que les futurs dessinateurs combattants instruits par le prochain professeur seraient soit assez imbus d'eux-mêmes pour être des proies soit assez humiliés pour être corrompus. Les mercenaires l'espéraient tout du moins.
Cet assassinat aurait dû permettre à Milah à accéder au rang de Mentaï mais elle n'a pas passé la première épreuve. Dans le Chaos certains voient en elle un potentiel formidable, d'autres une menace interne. Elle est si jeune et si puissante déjà. Et surtout, elle n'avait pas de faiblesse connue. Les mercenaires se cherchaient toujours une faiblesse, un mari ou une femme, une impulsivité, des doutes. On ne savait d'elle que la mort de son père, son attachement à son cheval et sa relation plus qu’ambiguë avec sa mère. C'était de faibles armes. Pour autant personne n'avait besoin d'utiliser ce genre de faiblesse, Milah n'était jamais agressive et elle n'avait jamais remis à sa place un mercenaire, aucune inimitié ne la liait jamais avec un autre. Elle n'avait pas non plus de bienveillance, elle faisait juste ce qu'on lui demandait et jugeait strictement sur les capacités de chacun. Voulant que chaque mercenaire soit aussi utile qu'il puisse l'être. Elle croyait en le Chaos et pour elle chaque adepte devait vivre peu importe ce qu'elle pensait de lui. Cela les protégeait. Elle voulait conserver une cohérence dans la guilde.
Cependant … cela ne comptait pas pour les traîtres. Milah était souvent dépêchée pour les tuer. Ce qu'elle faisait avec une froideur imparable. Trahir le Chaos était une offense suprême que seule la mort et la souffrance pouvaient effacer.
Elle demanda finalement à devenir Mentaï quand elle se sentit prête. Sa mère voulait qu'elle attende encore un an mais Milah savait que c'était le bon moment. Elle voulut y aller seule, chevauchant avec Antiope dans sa longue cape. Elle était encore plus tranquille que d'habitude, concentrée, sans aucun stress ou tremblement. Elle n'avait pas hâte non plus. Elle allait faire ce qu'elle devait faire et c'était tout.

*

Arrivant au Quartier Général elle descendit d'Antiope en lui flattant l'encolure. Elle s'occupa elle-même de lui donner du grain et à boire avant de la brosser et de la desseller. Puis elle la laissa en posant le reste de ses affaires dans le box. Elle trouva un des garçons d'écurie et lui signifia très clairement qu'elle ne tolérerait aucun écart et aucun vol dans son box le temps qu'elle y était. Elle se fit accompagnée par un mercenaire ou un apprenti, qu'elle n'avait jamais vu. D'abord ils passèrent par une entrée dans le sol, des grottes aménagées puis elle eut l'impression de monter longtemps. L'homme tenait une torche et elle le suivait, sa capuche toujours baissée, il la dépassait d'une tête au moins. Son chuchoteur arriva et il lui transmis un mot de sa mère Fais nous honneur, il la mordit et elle lui asséna une tape mais il avait disparu. Elle avait vu un mercenaire mourir dans cette arène, si c'était celle à laquelle elle pensait. Il voulait devenir Envoleur mais il n'était pas assez bon. Certains échouaient seulement mais la mort donnait cet aspect dramatique, créait une intensité.
Milah aimait ça. Il n'y avait pas de victoire sans la mort de l'adversaire, cela elle l'avait appris de sa mère. La Milah qui se tenait devant les mercenaires n'était pas quelqu'un qui éprouvait de la pitié. Elle ne chercha pas sa mère dans l'assemblée, elle savait qu'elle s'y tenait. BATHORY s'avança devant elle et accepta la demande de la jeune femme, elle lui expliqua très simplement qu'elle devrait remporter le duel face à un Mentaï pour passer à la deuxième épreuve. Le Mentaï en question s'avança. C'était un homme petit et musclé finement, son teint halé et ses oreilles trahissaient un ancêtre Faël, il avançait comme s'il volait, il sourit à Milah avec une cruauté au fond des yeux. Elle n'avait toujours pas retiré sa capuche et elle ne réagit pas. Elle nota tout de même que la majorité des mercenaires s'était déplacé. Tant mieux.
Entrant dans l'arène en question elle fit quelques mouvements pour étirer ses muscles raidis par le voyage. Sa hanche fonctionnait bien. Elle entra dans les Spires pour détruire le verrou habituel qui brimait ses capacités. Cela lui fit du bien. C'était comme se libérer de poids. Une lame de vent arriva droit sur elle, une lame qui pouvait trancher les os. Elle tordit les molécules d'air pour forcer cette lame à former une sphère qui tenait dans sa main. Elle tourna la tête pour évaluer rapidement le terrain. Ils se tenaient en haut d'une tour. C'était très théâtral se dit-elle. Heureusement qu'ils avaient au moins une sphère graphe pour cacher cette tour aux yeux du monde. Elle pensa avec regret aux temps anciens où les mercenaires avaient assez de sphères graphes pour cacher une cité entière. Ces temps reviendraient se promit-elle.
Milah enleva alors sa capuche et jeta sa cape sur le côté. Son corps n'était pas particulièrement grand ou musclé mais elle se déplaçait avec une telle légèreté et une telle aisance. Elle s'élança et envoya la sphère de vent vers l'homme. La température avait refroidi de quelques degrés mais elle ne semblait pas s'en apercevoir. Elle portait une armure de cuir ainsi que son sabre dans son dos. Elle n'avait même pas pris la peine d'attacher ses cheveux. Combattre un Mentaï ne lui demanderait probablement pas un effort physique monumental. Elle n'avait pas pris ses deux poignards et elle donnait une impression de vulnérabilité trompeuse. Quand la sphère toucha une arcade, elle éclata dans un grand bruit. L'homme était déjà loin mais elle arma une arbalète et décocha une flèche rapide qui prit feu, vers lui. Derrière elle une dizaine d'autres flèches du même acabit arrivèrent. Il sentit qu'il avait trouvé une adversaire à sa hauteur et se mit à sourire plus franchement.
Il rivalisa d'ingéniosité, dessinant des solutions originales et destructrices à travers les spires mais Milah ne semblait pas s'en formaliser. Elle ne faisait que défendre. Reprenant en fait ses repères dans l'Imagination avec ses nouveaux chemins. Elle avait l'impression de respirer plus librement, de monter plus haut dans des spires lointaines et pourtant difficile d'accès. Le don fourmillait en elle pendant qu'elle balayait d'une main les attaques du mercenaire Faël.
Sa voix se fit alors entendre.

Chaos mon amour
Je te cherche dans mon monde
Autour de moi chaque seconde

Chaos avant tout
Les puissants verront
Quand leurs terres brûleront

Chaos battement de coeur
Les miens se battent depuis toujours
Pour détruire enfin l'ordre en cours


Au-dessus les nuages s'assombrissaient. Elle fixait des yeux le mercenaire qui, pris sous son emprise et une pression dans l'Imagination ne pouvait plus y accéder sans contrainte. Plus rien n'existait qu'eux et le ciel noir. Il voulait du spectacle, elle leur en donnerait. Les mots jaillirent encore comme des couteaux. Son dessin s'engouffrait partout, il donnait des frissons, sa présence rejaillit autour d'elle avec une force qui la surprit. Elle n'en laissa rien paraître mais son cœur battait fort dans sa poitrine. Elle dessina des corbeaux qui vinrent en un escadron attaquer le mercenaire. Il roula pour les éviter mais certaines griffes le touchèrent. Elle avançait lentement mais avec une telle détermination que même une armée aurait été insuffisante à l'arrêter.

Chaos terreur nocturne
Nous sommes humains, seconds, relégués, marginaux, violés, battus, soumis, brisés par ceux qui sont hors la loi et ceux qui croient que tout leur appartient, tout vit pour eux et en eux, ceux qui ont décidé de s'approprier la liberté et ceux qui la volent aux autres.


Milah sentit ses propres barrières plier dangereusement. Une haine l'envahissait. La haine passionnelle, celle des erreurs. Celle qu'elle avait enfouie si loin qu'elle l'avait oublié.

Chaos mes frères
Nous sommes indivisible parce que nous sommes divisés et partout. Nous sommes les mécréants, les voleurs, les tueurs, les espions.
La morale de ces hommes ne nous touchent plus nous volons au-dessus pour notre cause plus noble.
Ne retenez pas vos bras quand vous serez dans le dos de vos ennemis, ils n'ont pas retenus leurs coups quand ils vous toisaient dans la lueur du jour. N'hésitez pas quand vous devrez tout prendre, les gloutons ont eu leur part.
Les Hommes ont peur de la nuit parce qu'ils ne la connaissent pas. Ils ont peur de nous et du monde qui les entoure alors ils ont forcé la nature des choses pour que tout leur obéisse. Et ils n'ont pas la force de changer.
Les Hommes sont des enfants qui ferment les yeux suivant une morale prison et un monde immobile. Vous, mercenaires, êtes ceux qui peuvent.
Laissez le Chaos s'emparer des choses comme il l'a toujours fait. Libérez les Hommes de leurs doutes et de leurs peurs. Laissez les Hommes craindre autre chose que les Hommes. Libérez leurs instincts, leurs âmes, leurs passions. Libérez-les de leurs maîtres.
Futurs
mercenaires, vous vous avancez sur une Voie qui vous ouvrira l'esprit. Essayez tout. Osez tout. Soyez fort, vous serez les guides du monde futur, vous serez les gardiens du Chaos.
Les temps sont clairs et harmonieux en apparence et nos ennemis croient nous avoir réduit en cendres.
Mais tant que je me tiendrais, tous les mercenaires se tiendront à travers moi.
Répandez le Chaos autour de vous comme vous répandez les graines de la révolte.
Nous changerons le monde pour qu'il devienne plus vrai, plus vivant et bouillonnant.
La révolte gronde. Les temps arriveront où plus aucun puissant et plus aucun marchombre ne seront à l'abri. Réveillez-vous, ne déviez pas.
Que le Chaos guident votre main, votre cœur et votre regard.


Elle était arrivée devant le Mentaï après avoir lancé des éclairs, des jets de glace et une myriade de couteaux. Elle était essoufflée d'avoir tant parlé. La victoire était sienne mais il se releva aussitôt et dans l'énergie donnée par ses paroles à elle il lui fit face. Il était terrifié et galvanisé à la fois. Elle fit apparaître deux poignards à ses mains tandis qu'il sortit son épée de son dos. Il avait l'avantage de la force mais elle avait deux mains. Il piqua vers elle, elle l'évita en une acrobatie. Ses poignards disparurent et une nuée de centaines de corbeaux les enveloppèrent.
Le noir fut total.
Une voix en sortit.

C'était les mots de Guildor Ashken, mon père et un des plus grands penseurs du Chaos. C'est en son nom que je tenais à gagner ce combat. Puissent ces mots vous montrer la Voie comme ils m'ont guidé.

Les oiseaux s'envolèrent pour disparaître sauf un, elle était seule dans l'arène, Hadès à l'épaule. Sa présence écrasante n'était plus dans l'Imagination. L'air était lourd. Il allait pleuvoir c'était sûr.

*

Milah avait fait ses preuves en tuant le noble maître d'arme. Les mercenaires lui demandèrent néanmoins de voler une sphère graphe qui voyageait vers la Citadelle. Avant cela elle dut finir son mémoire pour terminer son deuxième cycle à l'Académie. Elle le fit sur l'utilisation de la défense en combat. Ce n'était pas vraiment que le sujet l'intéressait mais c'était un sujet qu'elle avait étudié en l'approfondissant chez elle. Et c'était aussi un sujet stratégique vu qu'elle était censée avoir survécu à une attaque de raïs qui avait tué son mentor. Quoi de plus normal après avoir vécu un tel traumatisme de s'intéresser à sa propre défense. Elle fut major de sa promotion même si elle doutait que ce fut encore par pitié. Milah rattrapa donc la caravane qui transportait le précieux contenu assez peu de temps après son départ et elle utilisa ses capacités au maximum pour subtiliser la sphère graphe sans devoir tuer une seule personne et sans que quelqu'un ne s'en aperçoive.
C'est ainsi qu'elle devint Mentaï.

Chapitre 9 –  La vie est une aventure, elle doit être sans cesse disputée à la mort. Albert Einstein


Une fois le deuxième cycle effectué et le grade de Mentaï obtenu, Milah se trouva donc à devoir grimper dans la hiérarchie par elle-même.
Elle continua de prendre des missions chez les mercenaires tout en gardant l'objectif de rentrer dans le Conseil au moment venu.
De l'autre côté elle commença son rôle de dessinatrice de l'Empire en tant que messagère et d'escorte pour nobles.
Envoyer des messages à travers les Spires fut une source d'information inépuisable tandis qu'être escorte la fit voyager partout dans l'Empire. Elle répertoria et collectionna un grand nombre de lieux où faire le pas sur le côté.
Elle finissait toujours par revenir à Al Jeit. Impossible de se défaire de la ville lumière.
Ce fut pendant ces années qu'elle rencontra le plus de monde. Fynn Fearain le pirate agaçant au possible qui aida les mercenaires à faire passer un chargement de la plus haute importance. Un type exécrable mais qui, très rarement, pouvait être quelque peu amusant.
Elle put aussi démontrer son savoir faire et son excellence du dessin lors d'escorte et devint le premier choix sur le marché, une dessinatrice de l'Empire réputée et demandée. Elle reçut même des demandes de Thalianne qui était devenue Sentinelle entre temps. Thalianne … Milah la détestait particulièrement. Elle représentait tout ce qu'elle haïssait par-dessus tout. Cependant devenir un choix de marque pour les Sentinelles était très intéressant. Elle ravala donc son venin et s'acquitta de ses tâches avec un sérieux et un zèle parfaits.
Durant ses voyages elle décida aussi de dresser Hadès qui se révéla être très utile. Il lui obéissait relativement bien, c'était un corbeau fascinant et très intelligent. Leur relation était faite de respect mutuel. Elle le nourrissait des meilleurs mets et il l'aidait comme il pouvait.
Verrue devint plus territorial que jamais. Un chuchoteur hargneux, jaloux, qui perdait des poils et qui mordait, avait-on déjà vu ça ?
Milah se rapprocha aussi de Lenka une autre Mentaï qui était efficace dut admettre l'exigeante Mentaï aux corbeaux. Bien qu'elle n'approuvait pas forcément les manières cruelles elle reconnut que Lenka était une Mentaï sur laquelle elle pouvait compter. Ce fut lors d'une mission commune que les deux découvrirent qu'elles formaient un duo très efficace.
Vers l'âge de 28 ans elle retrouva aussi une disparue. Elleynah… qu'elle n'avait pas revue depuis plus de 12 ans revint chez les mercenaires. Milah était méfiante comme tous. Mais elle savait que la Voie avait appelé Elleynah. Elle fut l'une des premières à la croire, intervenant parfois auprès du Conseil pour calmer les ardeurs de Kaelleyn. Le Chaos était la seule vérité qui permettait une liberté totale et Elleynah avait toujours été adepte de la liberté. Elle retrouva donc avec plaisir et prudence une amie d'enfance. Ce n'était pas à proprement parler une amie mais elle s'entendait avec elle. C'était une des rares, si ce n'est la seule, avec laquelle Milah ne montrait ni la froideur extrême de son statut de mercenaire ni l'hypocrisie de son rôle de dessinatrice. Une sorte d'entre-deux instable. Elle se perdait parfois et se montrait mutique ou fausse. Elle essayait aussi de pousser Elleynah plus loin dans la Voie car elle sentait qu'elle n'osait pas s'enfoncer plus loin.
Lorsqu'Elleynah s'était enfuie de chez les mercenaires après une dispute avec sa mère Milah n'y avait pas cru. Elle avait dû se rendre à la raison, c'était une traîtresse. Cela la fit devenir plus froide encore, plus dure encore, plus calme encore, plus terrifiante encore. Si tout cela était possible. La trahison des plus proches était une preuve du Chaos et Milah décida qu'il n'y avait décidément rien à faire dans la nature de l'Homme et qu'il fallait s'en détacher si elle voulait libérer tous les humains. Elleynah était faible, manipulée mais ça n'était pas une excuse. Elle la tuerai si elle la trouvait. Elle n'en tirerait aucun plaisir mais elle ferait ce qui devait être accompli. Le devoir importait plus.
C'était pour cela qu'elle voulait devenir membre du Conseil, pour emmener le Chaos plus loin, ranimer la flamme qui les avait amené à leur plus glorieux moments. Mais cette fois ils ne tomberaient pas.
C'était pour cela qu'elle était si consciencieuse dans ses missions de dessinatrice, elle voulait monter plus haut, qu'on la reconnaisse comme une des plus grandes dessinatrices combattantes de son temps, qu'on lui fasse confiance pour les plus grandes missions. Et pour cela il fallait qu'elle soit parfaite dans son art mais qu'elle soit aussi agréable de compagnie, ou du moins qu'on puisse lui faire confiance et qu'elle soit à la fois une noble et une combattante. Infiltrer le système pour le détruire. Elle devait maintenir un équilibre épuisant qu'elle tenait depuis tant de temps que c'était devenu la norme. Milah était double mais sa volonté était si puissante qu'elle se perdait dedans.
Elle ne comptait pas.
Ce qui comptait c'était la Voie et sa loyauté au Chaos.
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Karaellys Cedrith
Informatrice
Bienvenuuuuuue ! Happy 2

Oh oh oh, ça promet d'être intéressant *.* J'ai hâte de voir ta fiche complétée ! Et bien sûr tu peux avoir un lien avec Kara Face

Bon courage pour le reste de ta fiche, et pur ta quête d'un avatar ^^



~ Wanna hear a secret ? ~

Voir le profil de l'utilisateur http://rambling-of-a-potterhead.tumblr.com/
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Kalden Lowell
Maître Marchombre
Bienvenue à toi !!!

C'est cool de voir les rangs des mercenaires grandir cela peut donner des RP sympas pour plus tard.
Bon courage pour la fin de ta fiche, on attend tes 20-30 pages. Oh oui !

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Eleanor Nil'Lysah
Maître Marchombre
Hey heeey !! Bienvenuuuuue !!! J'ai cru entendre que tu arrivais avec une Milah par une personne dont on taira le nom Hi hi !

Bienvenue parmi nous !! Des cookies magiques et des paillettes arc-en-ciel pour toi ! thatlook *lance l'un dans les airs et donne les autres dans les mains de Milah, peut-être pas dans le même ordre*

Si tu as la moindre question, besoin d'un coup de pouce pour quoique ce soit, de câlins ou juste d'encouragements, je suis à ta disposition, n'hésite pas ! En tout cas, bon courage pour ta fichette, j'ai trop hâte de la lire, j'adore déjà la Milah d'origine, j'suis certaine que tu vas en faire une merco du tonnerre ! Oh oui !

*lance une dernière fournée de cookies aux paillettes*



Merci merci merci merciiiiiiiiiii Aki !!! ♥

I'm a Gourou. The Gourou Of Music. Cool !



Tous mes moi:


PAILLEEEEEEEEEEETTES:
Voir le profil de l'utilisateur http://ewilan.jeun.fr
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Akid Lissilyk
Dessinateur & Chercheur
Wilkommen, Bienvenue, Welcome ! Guitare *jette des paillettes magiques dans tous les sens*

Une mercenaire du Chaos ! Cela va être intéressant, j'ai hâte de lire ta fiche ! Bon courage pour la finir !


Voir le profil de l'utilisateur
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Syane Ril'Devah
Frontalière
Bienvenue en Gwendalavir


Bienvenue sur le forum, Milah !

@Milah Ashken a écrit:Je me suis inscrite dès que j'ai vu que Milah était déréservée donc me voici

Hum... on a eu un petit soucis de communication dans le staff. Je crois que c'était une vieille réservation qui n'avait plus lieu d'être et je l'ai dé-réservé un peu vite. My bad ! Dsl
Ceci dit, c'est bien que tu te sois inscrite tout de même. Tu pourras fuir plus vite participer à la vie du forum plus tôt et on pourra discuter lien. (Je suis le compte principal de Tarendal, btw.)

@Milah Ashken a écrit:En fait j'en finis jamais ... ma fiche va probablement faire environ 30 pages word je pense (entre 20 et 30 en tout cas) dsl pour la lecture j'essaie de raccourcir au max, je prends un +1 et j'espère que ça tiendra dessus sinon on s'arrangera

Tu veux nous tuer ou bien ? Face

Merci pour tous tes compliments, ça fait hyper plaisir. ♥
Et tu as tout bon pour le code, je te le valide.

Je t'invite à consulter l'Encyclopédie si tu as des questions sur l'univers de Gwendalavir.
Tu peux également aller jeter un œil au guide du Nouveau Joueur pour t'aider à bien débuter sur le forum et construire ta fiche.
Finalement, tu peux aller faire une demande de parrainage si tu en ressens le besoin.

Lorsque tu as terminé, tu dois passer par ce sujet pour le signaler. Cela nous permet de te recenser plus facilement.

Tu peux aussi nous rejoindre sur Discord, prend soin d'inclure ton pseudo du forum dans ton pseudo sur le serveur.

N'hésite pas à me contacter personnellement par MP pour toutes demandes ou questions !
Bon courage pour la rédaction de ta fiche.


Voir le profil de l'utilisateur http://www.ewilanrpg.com
avatar
Invité
Invité
Bienvenue ! Deadly Hug J'aime beaucoup le prédéfini, j'ai hâte de voir comment tu vas te l'approprier (30 pages Word, ça donne envie de découvrir tout ce que tu as bien pu imaginer ! Oh oui ! ) Puis, sans vouloir être chauvine, un Mercenaire du Chaos en plus, ça peut pas faire de mal.
avatar
Elleynah Bàthory
Maître Marchombre
Bienvenue à toi ! :D

Une fiche quasiment vide, ça rend curieux :D J'ai hâte de découvrir tout ce que tu nous réserves (un pavééééé).

Bon courage à toi, et au plaisir de te croiser en rp (ou de créer un lien avec ma mentaï, Lenka Xil'Naälhyr).

Happy 2



Merci Aki pour le kit *-*
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Kyllian Steredönn
Dresseur de chiens de traineau
... Léo? thatlook

Bienvenue sur Ewi! houray
Officiellement en tout cas, car si tu es qui je crois que tu es (oh c'te phrase pas claire) tu sais déjà que je ne suis qu'hystérie, paillettes et amour de te voir enfin ici ♥
In love In love ! lèche Rainbow Sheep

N'hésite pas si tu as la moindre question, comme l'a dit Sysy, on est là pour ca^^ Et en ce qui concerne l'avatar, tu est bien entendue libre d'en prendre un plus à ta convenance, tant qu'il respecte un minimum la description physique du personnage ;) Si tu as besoin de plus d'aide personnalisée, je te réfère à ce sujet, Demande d'aide pour avatar, un membre du staff ou du forum se fera une joie de te filer un coup de main

Je valide également ton code au passage, bravo pour l'avoir trouvé du premier coup houray




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