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Forum de RP dans le monde d'Ewilan, de Pierre Bottero. De nombreuses années ont passé depuis les aventures d’Ewilan et de ses compagnons et l’Empire a plus que jamais besoin de votre assistance.


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Nem Jezakins ~ A pirate's life for me ♪ Yo Ho ♪

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Nem Jezakins
Capitaine Pirate Aline
Nem Jezakins
Étrangère | Aline | Capitaine du Dragon des Mers

Généralités

Nom | Jezakins
Prénom | Nem
Sexe | Femme
Âge | 32 ans
Lieu de Naissance | Archipel Aline
Peuple | Pirate Aline
Métier | Capitaine de navire marchand

Description Physique

La beauté est propre à chacun, je sais. Mais j'avoue être jalouse de voir tous ces marins se retourner sur son passage... | Enna Catháin
L’une des premières choses que disent les membres de l’équipage à son propos est qu’en vieillissant, elle ressemble de plus en plus à sa mère. Si bien que c’est à se demander si la pirate est véritablement le fruit de deux personnes. Et malgré l’identité inconnue du géniteur, tout le monde s’accorde pour dire que plus elle vieillit, plus elle est le portrait de sa mère. Les traits de leur visage suivent la même forme en se terminant sous un menton arrondi, un nez en pointe, des lèvres charnues et des yeux clairs qui captent la moindre activité sur le navire. Les deux femmes se ressembleraient à s’y méprendre si ce n’était de leurs expressions faciales totalement singulières. Même si certaines mimiques lui viennent de Seiyah, Nem garde une lueur de moquerie presque en permanence au fond de son regard. Seiyah avait été plus sévère, sérieuse et ses traits trahissaient rarement ses émotions. Le contraire se voit chez la fille. Nem laisse son visage exprimer le fond de sa pensée et lorsqu’elle est sur son navire, le sourire la quitte très rarement.

La jeune capitaine a hérité des mêmes mèches blondes que sa mère. Un blond qui rappelle plus le blanc d’une perle que l’or du soleil à son zénith. Ses cheveux sont d’un doré presque décoloré et n’atteignent que peu souvent ses épaules. Elle préfère les garder courts et les plus longues mèches lui arrivent à peine au menton. Il y a longtemps maintenant qu’elle a pris cette décision et elle ne le regrette pas. D’un geste distrait, elle peut facilement les repousser en arrière pour qu’il ne gêne plus et le vent du large les repousse avec facilité sans lui envoyer en plein visage. C’est bien plus pratique ainsi. Elle n’a pas à s’en soucier et il ne la gêne pas.

Ses yeux bleus-gris sont clairs et rappelle un ciel nuageux, pourtant éclairé par la lumière. Au fond de ses pupilles danse une lueur qui en dit long sur ses véritables pensées. La plupart du temps, c’est une lueur amusée, mais elle peut aussi s’avérer triste ou furieuse. Elle ne s’inquiète pas que les gens puissent lire dans son regard, car elle n’a rien à cacher et le plus souvent, ses lèvres formeront les mots qui suivent la pensée s’affichant dans son regard. Si elle ne le dit pas avec des mots, elle le dirait avec ses yeux.

De son mètre soixante, Nem ne peut pas être qualifiée de grande, mais elle ne se considère pas comme une petite personne qu’on peut écraser. Au contraire. Même si la plupart des matelots la dépassent de quelques centimètres à une tête complète, elle sait s’imposer et attirer l’attention sans effort. Il se dégage d’elle une grande confiance et une force tranquille, farouche, qui décourage les plus averties de la défier. Malgré sa taille fine, elle ne manque pas de force pour fermer le clapet des plus embêtants. Elle ne se laisse pas facilement approcher et fuit les mains qui se tendent vers elle lorsqu’elle avance entre les tables d’une taverne bien remplie. Elle déteste que quelqu’un pose les mains sur elle sans qu’elle l’ait autorisé et elle s’en tient à des poignées de mains pour sceller un contrat et c’est tout. Il faut être bien proche de la capitaine pour qu’elle ne s’offusque pas d’une simple tape sur l’épaule.

Elle se montre très douée en combat que ce soit un duel ou un combat naval et son sabre aline ne quitte jamais son côté. Elle le traine partout avec elle et s’assure de sa bonne qualité. Elle garde aussi quelques couteaux au cas, mais le sabre reste son arme préférée. Elle a toujours eu un certain talent pour le maniement du sabre et s’est entraînée longuement pour pouvoir vaincre chacun des matelots en duel. À ce jour, peu sont ceux qui peuvent se vanter de l’avoir vaincu dans un combat un contre un. Mais elle ne s’assit pas sur ses lauriers et continue de s’exercer tout en relevant les défis amicaux des pirates de l’équipage.

L’Aline n’a aucune honte à se promener en tenue légère. C’est bien plus agréable lorsque le soleil frappe sa peau pâle et salée par l’air marin. Elle adore particulièrement laisser ses bras et épaules à l’air libre et parfois son ventre peut recevoir les caresses du soleil lorsque le navire se trouve dans le Sud. Elle ne s’importune pas de vêtements lourds ou de entravant. Elle opte pour les pantalons et les tenues plus courtes qui lui permettent une liberté dans ses mouvements. Sa couleur favorite est le bleu et plus particulièrement un bleu royal. L’étendard de son navire porte cette couleur tout comme la cape qu’elle porte sur ses épaules lorsque la chaleur ne la décourage pas. Lors de passage au nord de l’Empire, elle enfile des vêtements chauds, une veste de fourrure et de grosses bottes, mais rêve toujours de les échanger pour ses tenues légères.

Sur son cou, un tatouage subtil prend place. Il est d’un beige foncé. Et certains le prennent plus souvent comme une tache de naissance, mais si on y porte un peu plus d’attention, on y découvre une rose des vents typiquement aline. Sans le crier sur tous les toits, ce tatouage confirme sa fierté en tant que pirate Aline et elle ne nie pas l’appartenance à son peuple. Elle n’a aucun autre tatouage pour l’instant, mais pense à se tatouer un dragon de mer sur la hanche.

Caractère

Le vent, les eaux, le Dragon des Mers, tu es comme tes passions, Nem. Insaissisable. | Tedric Nhazar
Nem est pirate. Mais pas seulement. Elle est capitaine. Un brin de femme assurée, qui s’affirme et se fait respecter. Ce n’est pas le genre de femme qui passe inaperçu. Au contraire, elle devient rapidement le centre de l’attention lorsqu’elle ouvre la bouche, que ce soit pour donner des ordres brefs ou raconter une histoire. Elle a un caractère bien trempé et tout le monde s’entend pour dire qu’elle n’a pas la langue dans sa poche. Lorsqu’elle a quelque chose à dire, elle le dit simplement. Elle ne passe pas par quatre chemins et va droit au but. Tout de même, elle sait garder certaines choses sous silence et les mensonges ne lui sont pas inconnus. Ceux-ci peuvent se révéler pratiques.

Nem est une femme forte et indépendante. Elle dégage une grande fierté et une autorité qu’on ose rarement défier. Elle déteste qu’on la sous-estime et n’hésitera pas à se lancer dans un duel pour prouver sa valeur. Il est déconseillé d’insulter son navire ou son équipage, car elle les défendra sans toujours penser aux conséquences de ses actes et un duel contre la pirate n’est pas aisément gagné. Les membres de son équipage sont sa famille. Elle considère son devoir de veiller sur eux et ne laissera personne lever la main sur l’un d’eux sans réagir. Elle n’accepte pas non plus les insultes visant son peuple, mais elle ne mettra pas son commerce en périls. Par contre, elle n’hésitera pas à répliquer.

Elle est impulsive et mord aux provocations parfois trop facilement. Elle n’a pas peur des ennuis et son tempérament explosif lui facilite la tâche pour les attirer. Elle s’en sort plutôt bien malgré tout. Elle est téméraire et certains la considèrent tête brûlée comme elle ne refuse pas les pires projets pour le profit. Pourvu que sa couverture en Gwendalavir ne soit pas entachée et que ça respecte ses propres valeurs.

La capitaine à un sens de l’humour marqué et prend beaucoup de choses à la légère. Elle préfère rire plutôt que de se prendre la tête. Elle rejette toutes formes de formalité bourgeoise et n’hésite pas à dire ce qu’elle pense réellement. L’étiquette alavirienne est un terme qui lui reste inconnu. Elle se tient éloignée de la bourgeoisie et la tolère simplement lorsque celle-ci lui propose une bourse bien remplie. Elle adore rire et prend la vie comme elle vient. Elle vit au jour le jour. La bonne compagnie est un plus qu’elle ne s’empêche pas. Elle n’hésite pas à prendre une soirée pour boire dans une taverne, entre chant et histoire. De plus, Nem est une excellente conteuse et la plupart du temps, elle attirera l’attention de tous pour raconter les exploits de son navire.

Faire du commerce au noir, trafiquer la réalité et contourner le système ne lui cause aucun problème. Elle ne ressent pas le moindre remords à faire le commerce entre les îles Alines et le continent alavirien. Elle est discrète sur ses affaires et cache ses illégalités sous le secret professionnel. Ces secrets sont protégés sur parole d’honneur de la part de la pirate. C’est une femme d’honneur et lorsqu’elle donne sa parole, elle ira jusqu’au bout de celle-ci. Elle n’a pas le remords facile et fait ce qui est bon pour elle, son navire et son équipage. Les lois alaviriennes lui importent peu et ceux qui se mettent dans son chemin ne l’empêcheront pas de mener à bien ses objectifs. Elle peut être considérée comme une femme sans code moral. En fait, c’est surtout son code d’honneur qui prime. Ce code est celui qui importe et chacun des membres de son équipage se voit imposer ce même code. Il veut mieux s’en tenir et ne pas s’opposer à la capitaine. Ceux qui la trahisse se voient rayer de sa liste et il vaut mieux pour eux de ne jamais recroiser sa route.

La pirate est le genre de personne qui apprécie la bonne compagnie d’une nuit et qui repart à l’aurore sans attaches émotionnelles. Elle garde ses relations simplement charnelles et si quelqu’un se montre trop intéressé, elle disparait sans intention de retour. Elle est très réticente à s’engager dans une relation à long terme et refuse les avances sérieuses. En fait, elle a peur de perdre son indépendance. Elle gère son équipage et c’est tout. Elle ne veut pas se compliquer la vie avec une relation amoureuse. Même si son cœur a déjà désiré un peu plus, elle refuse d’accepter une relation. Elle ne se sent pas apte à aimer quelqu’un à ce point. Son premier amour est et restera son navire. Le second est l’océan. Il faut profondément toucher la jeune capitaine pour arriver à faire flancher son cœur complètement.

Histoire

Nem est ma fierté. Je sais qu'elle saura prendre soin du navire et de l'équipage. C'est une enfant de la mer après tout et une pirate. | Seiyah Jezakins
Résumé de la vie de Nem:
Nem avait grandi sur le pont du Dragon des Mers. Ses pieds avaient foulé d’autres planches, mais son cœur n’avait jamais appartenu à un autre navire. Elle avait grandi auprès de sa mère, qui était à l’époque la capitaine du navire. Elle n’avait jamais connu son père, mais quelle importance ? L’équipage avait été pour elle une famille et ce n’était pas les modèles masculins qui lui avaient manqué. Les autres enfants pirates qu’elle avait côtoyés étaient souvent dans la même situation qu’elle ; ils n’avaient qu’un seul parent ou aucun même. Un jour, elle se posa quelques questions sur celui qui avait causé sa présence dans ce monde. Elle avait glissé quelques mots lors des repas à sa mère, mais n’avait jamais reçu de réponse sur cet homme qui avait déserté le navire. Elle était libre de s’imaginer ce qu’elle voulait, mais elle s’en désintéressa bien vite. Sa mère était pour elle son modèle, celle à qui elle voulait un jour ressembler. C’était pour cette raison qu’elle la suivait presque partout, lors des échanges commerciaux et lors de réunions où elle n’était pas chassée de la cabine.

Enfant, Nem était un rayon de soleil sur le navire. Elle courait d’un côté à l’autre sans cesse et elle participait toujours lorsqu’on lui demandait un peu d’aide. Elle aimait beaucoup prendre soin du navire de sa mère. En vieillissant, Nem avait continué à participer activement et à comprendre la vie de pirate. Elle s’était vite rendu compte qu’il lui fallait se montrer forte pour ne pas se laisser marcher sur les pieds. Après quelques problèmes avec d’autres jeunes, elle s’était promis de devenir plus forte et de leur prouver à tous sa valeur. C’était à ce moment qu’elle s’était coupés pour la première fois les cheveux et avait décidé d’adopter cette coupe pour de bon.

À l’adolescence, elle en eut assez d’être traitée comme une gamine. Elle voulait se faire respecter par l’équipage pour celle qu’elle était et non parce que sa mère était derrière elle. Cette idée derrière la tête, elle avait voulu prouver sa valeur à chaque homme à bord du Dragon des Mers. Elle avait commencé à lancer de petits défis d’un côté et de l’autre dès que quelqu’un lui ordonnait quelque chose. Elle se montrait arrogante et fière, pourtant elle était souvent perdante. L’expérience lui manquait, mais elle n’abandonnait pas. C’était après un défi que Thorsig, un des membres de l’équipage, avait décidé de lui enseigner le maniement du sabre. Elle s’était rapidement améliorée et après quelques années, peu pouvaient la battre en duel.

Atteignant l’âge adulte, Nem prit sa place parmi les hommes et gagna leur respect. Ce fut à l’âge de 22 ans que la pirate fut officiellement nommée lieutenante par Seiyah. Elle agissait déjà en tant que seconde de la capitaine, mais Seiyah la considérait maintenant prête à recevoir le titre. À partir de ce moment, Seiyah permit à Nem de participer activement aux échanges et lui apprit tout ce qu’elle devait savoir. Nem ayant toujours suivi sa mère dans son commerce, elle n’eut pas trop de difficulté à se joindre aux discussions et put même prendre en charge certaines ventes.

À l’âge de 27 ans, Nem hérita du Dragon des Mers. Ce fut soudain pour la pirate et celle-ci eut du mal à se remettre de la mort de sa mère. Seiyah s’était fait prendre dans une embuscade tendue par les pirates de l’Espadon, ennemi du Dragon des Mers. Seiyah s’était défendue et personne n’en était sorti vivant, semblait-il. Nem n’avait pas cherché à venger sa mère, celle-ci ayant déjà tué son meurtrier. Elle avait donc repris en main le commerce familial avec le cœur lourd. Mais Nem avait toujours vu plus grand que sa mère et voulait agrandir son réseau commercial. Ce fut lors d’une soirée à l’Archipel que cette idée devint possibilité. Le capitaine Fynn Fearàin l’encouragea et lui apprit les bases du commerce en Gwendalavir. Nem développa ensuite ses propres techniques et se glissa sur le territoire alavirien. Quelques-uns la prenaient pour une navigatrice alavirienne et les autres pour une fille de l’Amiralerie. Tant que le commerce fonctionnait, elle n’avait aucun intérêt à le démentir.

L’équipage du Dragon des Mers ne s’entendait pas avec la guilde des navigateurs et leurs échanges se montraient froids ou moqueurs. Nem s’en fichait bien. Tout allait bien avec la guilde des marchands et c’était ce qui lui importait pour son profit. Son réseau s’étendit un peu partout sur le continent alavirien et le Dragon des Mers pouvait se trouver autant dans le Nord qu’au Sud. Elle continua à faire affaire avec l’Amiralerie et, dans le plus grand secret, avec l’Archipel Aline. Elle n’avait jamais été préoccupée par les problèmes politiques entre les trois endroits. Pourvu que le commerce lui rapporte, c’était tout ce qu’elle prenait en compte.
Récemment, Barthèn, le quartier maître, avait trouvé une enveloppe adressée à Nem de la part de Seiyah. C’était un croquis et une requête de la part de sa mère. La capitaine accepta de retrouver l’objet pour sa mère tout en continuant son commerce.

La petite courait sur le pont du navire qui l'avait vue grandir sans se soucier des marins qui l’interpellaient avec colère. Elle ne leur accordait aucune attention et continuait sa course effrénée vers la poupe. Elle évitait de justesse la plupart des obstacles et sauta dans l'escalier, au risque de faire tomber le quartier maître qui en descendait. Elle arriva sur le pont supérieur, mais ne s'arrêta pas là. Elle continua et en arrivant au bout du navire, elle sauta pour s’agripper au bastingage avec conviction. Le souffle court, elle passa son visage par-dessus la muraille de bois et une vague se fracassa contre la coque, lui envoyant de l’eau au visage. Un rire cristallin s’échappa joyeusement de ses lèvres. Le vent fouettait ses cheveux pâles, la petite appréciait la fraîcheur salée de l'océan sur sa peau. Son regard était fixé sur l’étendue d'eau devant elle. Elle chercha. Puis, un cri mêlant joie et étonnement quitta sa gorge. Elle se leva le plus possible par-dessus la rambarde pour mieux apercevoir l’immense forme grise qui était apparue à la surface de l’eau. Une dame ! Il n'y avait aucun doute. C’était la première fois qu’elle en voyait une de ses yeux. Elle était si immense et la fillette ne put pas décrocher son regard de l’endroit où venait de disparaitre le majestueux mammifère. Une voix douce s’éleva derrière elle.

- Recule un peu, Nem. Tu vas tomber.

- Une dame, maman ! J’ai vu une dame pour de vrai de vrai ! Elle était trop belle ! Et gigantesque !

Descendant de son perchoir d'un saut, elle ouvrit grand les bras pour exprimer à sa mère combien la dame était grande. Sa mère lui répondit par un petit rire et frotta les cheveux de l’enfant. Elle ne pouvait s'empêcher de sourire en regardant l'émerveillement sur le visage de sa fille. Une fois que Nem eut terminé de lui raconter à quel point la Dame était jolie, Seiyah lui fit signe de suivre et repartit vers le pont. Toujours ébahie par ce qu'elle venait de voir, Nem se mit en route derrière sa mère après avoir jeté un coup d’œil par-dessus son épaule. Elle descendit, lentement cette fois, l’escalier en se tenant contre la rampe. La tête dans les nuages, elle avançait distraitement sans écouter ce que sa mère disait. Lorsque quelqu'un avait crié qu’il avait vu quelque chose à l’horizon, Nem n’avait pu s’empêcher d’accourir pour constater ce que c’était. Elle le faisait à tous les coups. Dès qu’il y avait quelque chose au loin, elle se dépêchait d’aller voir. Il y avait tant de merveilles qu'elle n'avait pas encore vu dans l'océan, alors elle se dépêchait pour capter le moment. Et elle avait finalement vu une vraie Dame. De loin, mais c’était mieux que rien.

La sortant soudainement de sa rêverie, un matelot lui tendit une corde en lui demandant un peu d’aide. Un grand sourire éclaira alors le visage de la petite fille et elle prit la corde pour s’entraîner à faire un nœud. Les matelots étaient très gentils avec elle et lui proposaient souvent d’aider pour lui apprendre comment faire. Nem adorait participer et se mêler à l'équipage. Elle voulait comprendre comment s’occuper du navire de sa mère. Parce que sa mère, c’était la capitaine du bateau. Du Dragon des Mers. La petite était parfois trop fière d’être la fille de la capitaine, mais elle ne se montrait jamais hautaine. C’était un petit rayon de soleil sur le pont qui illuminait même les journées les plus sombres de son sourire encore innocent. Sa mère gardait toujours un œil sur elle, mais Nem avait la liberté et le loisir de se promener où bon il lui semblait sur le navire et d’aider lorsque possible. Elle s'amusait souvent à regarder les matelots s'atteler à la tâche et collaborait avec joie lorsque possible. Reportant son attention sur la tâche qui lui avait été confiée, la petite fronça les sourcils. Le nœud était horrible et elle essaya de comprendre ce qu’elle faisait de mauvais. Le rire gras du pirate à ses côtés fit apparaitre une moue sur le visage de Nem. Il lui montra ensuite et elle répéta l’opération plusieurs fois, jusqu’à ce que ce soit parfait. Il fallait que ce soit parfait, sinon ça ne comptait pas.

***
12 ans

Nem était assise sur un baril du port et regardait les gens qui passaient. Constructeurs, ouvriers, pêcheurs, pirates. Chacun vaquait à leurs occupations sans se soucier de la jeune enfant d'une douzaine d'années qui les regardaient avec attention. Elle observait précautionneusement chaque personne présente sur le port à la recherche d'un butin à attraper. L'ennui ainsi que l'envie de richesse l'amenaient à trouver le moindre petit objet à glisser dans sa poche. Les membres de l'équipage étaient occupés à décharger le navire des caisses vendues et à embarquer les nouvelles destinées à l'Amiralerie. Seiyah lui avait interdit d'aider. Elle lui avait demandé d'aller se promener sur le port et de s'amuser un peu. Sauf qu'il n'y avait pas grand-chose à faire. Elle avait donc décidé de partir à la recherche d'un objet d'intérêt. Il devait bien y avoir quelque chose du genre à cet endroit.

Deux garçons lui offrirent finalement ce qu'elle cherchait. Ils se disputaient de petites billes brillantes que Nem reconnut comme des perles qui devaient valoir un petit quelque chose d'intéressant. Pour décider qui les prendrait, l'un des deux garçons sortit un paquet de cartes de sa veste. Ce fut à ce moment que Nem se leva. Il n'aurait pas pu lui offrir une meilleure chance. Nem s'approcha des deux garçons qui devaient avoir deux ou trois ans de plus qu'elle et s'arrêta à leur côté.

- Je peux jouer ?
Demanda-t-elle, un sourire dans la voix.

Un des garçons grogna en lui faisant signe de partir et l'autre répondit sans la regarder, occupé à brasser les cartes :

- On n'a pas envie d'traîner avec une gamine. Dégage.

- Vous avez peur de perdre, c'est ça ? J'peux comprendre, continua-t-elle en s'assoyant sur le sol devant eux.  

Un sourire en coin s'affichait sur son visage et les deux garçons la fixèrent d'un œil mauvais un moment. Cependant, ils avaient leur orgueil et c'était ce qui permettait souvent à la jeune pirate d'arriver à ses fins. À leur âge, la seule envie que cette réplique clichée éveillait en eux, était l'envie de la battre. Et puis, elle se faisait trop souvent sous-estimer alors qu'elle avait pas mal de chance dans ce genre de jeux. Comme de fait, ils acceptèrent avec réticence sa présence et expliquèrent les règles rapidement. La partie commença. Le sourire ne quitta pas une fois le visage de Nem alors que les deux garçons poussaient des jurons lors de la fin d'une manche. Lorsqu'ils arrêtèrent, la jeune fille avait récolté plus de la moitié des perles. C'était assez pour elle. Alors que les garçons demandaient une revanche sous forme d'un autre jeu, Nem se leva.  

- J'suis plutôt satisfaite, moi. Je vais rentrer. J'me suis bien amusée en tout cas, merci.

Elle se détourna en retenant un rire. Elle avait eu ce qu'elle voulait et elle n'avait même pas eu besoin de voler. C'était encore plus amusant que ce qu'elle avait pensé. Elle tenait le petit sac de perles dans sa main et avait hâte de raconter cet exploit à sa mère. Les jeunes garçons avaient toujours trop de fierté. Elle s'éloignait lorsqu'elle entendit les deux garçons se lever derrière elle. Elle ne s'en préoccupa pas jusqu'à ce que l'un des deux pose la main sur son épaule pour l'arrêter.

- Attends un peu ! On a pas terminé. Les perles sont à nous.

- 'Sois pas mauvais perdant. Je les ai gagnées, j'te signale.

- R'donne-nous les perles tout d'suite, tricheuse !

Il n'en était pas question. Nem jeta un regard furieux sur le garçon. Elle avait gagné ces perles honnêtement, pour une fois qu'elle ne volait pas, et elle n'avait aucunement l'intention de les lui redonner. Il allait devoir trouver un autre butin à miser avec son ami. Elle cria son refus et profitant de l'effet de surprise qu'elle avait créé, elle poussa violemment le garçon qui tomba presque à la renverse. Elle s'enfuit sans attendre en courant vers les bateaux, cherchant le Dragon des Mers des yeux pour aller s'y réfugier. Elle savait que les deux garçons la prendraient en chasse et il lui fallait donc se dépêcher. Sans ralentir, elle se glissa entre des boîtes et barils qui s'apprêtait à être embarqué, contourna un chariot qui approchait dangereusement et évita les nombreuses personnes qui achalandaient le port. Elle réalisa alors qu'elle s'était un peu trop éloignée en se promenant autour du port, mais si elle passait entre les ruelles des maisons et commerces près d’elle, ce serait un raccourci.

Sans y réfléchir davantage, elle bifurqua et s’engouffra dans la petite ruelle qui sentait atrocement le poisson. Elle courait le plus rapidement qu’elle pouvait, mais avec leurs grandes jambes, ses poursuivants n’eurent pas trop de difficulté à la rattraper. Elle entendait leurs pas résonner entre les murs et leur voix lui crier de s'arrêter, en n'oubliant pas de l'insulter au passage. Même si le souffle commençait à lui manquer, il n’était pas question qu’elle arrête sa course. Elle tourna au coin d’une dernière maison lorsque le port se montra enfin à sa vue. Elle y était presque. Elle accéléra le rythme en réalisant que les deux garçons approchaient dangereusement. Malheureusement, eux aussi voyaient le port et ils savaient très bien que si elle l’atteignait, c’était fichu. Ils prirent de la vitesse, beaucoup plus qu’elle n’aurait pensé, et arrivèrent bientôt à sa hauteur. Elle tenta un mouvement rapide vers la gauche pour éviter la main du jeune qui se tendait vers elle, mais celui-ci put attraper ses cheveux qui suivaient avec un temps de retard. Une fois le point refermé sur les mèches blondes de la fille, il tira brutalement.

- Tu pensais t'en tirer, hein, p'tite emmerdeuse ?  

- Lâche-moi !


Entraînée par la force du garçon, Nem tomba à la renverse et son dos accueillit le sol avec douleur. Elle serra les dents et les garçons s’esclaffèrent. Ils voulurent lui arracher les perles, mais elle se recroquevilla sur elle-même et serra le sac de perles contre sa poitrine. Elle aurait pu simplement leur donner, mais elle avait plus de fierté que ça. Voyant qu’elle ne lâchait pas, le plus grand de deux la frappa de son pied avec l’espoir qu’elle abandonne enfin. Elle n’en fit rien. Ils continuèrent à la battre à coup de pied en lui criant de lâcher, mais elle ne bougea pas. Elle recevait les coups en serrant la mâchoire, retenant ses larmes et tenant les perles très fort contre elle.

- Qu’est-ce que vous faites, bande d’ingrats ?! cria soudainement un vieux pêcheur.

Les deux garçons poussèrent quelques jurons avant de prendre les jambes à leur cou. Nem ne bougea pas gardant les yeux fermés, essayant de contrôler les tremblements de son corps. Le vieil homme s’approcha d’elle et se pencha.

- Qu’est-ce qui s'passe, ma p'tite ? Tout va bien, ils sont partis. J'peux t'raccompagner chez toi si tu veux.


Nem ouvrit finalement les yeux pour voir le visage ridé de l’homme qui lui souriait gentiment. Il lui tendit une main et la jeune pirate la prit pour se relever. Elle avait mal partout. Ses jambes la supportaient avec peine, mais elle se tint haute. Elle remercia en refusant son offre et reprit son chemin vers le navire. Elle n'allait pas se montrer faible. Elle allait se rendre calmement jusqu'à sa cabine sans laisser la chance à personne de voir sa douleur autant sur son corps que dans son orgueil. Elle monta lentement la passerelle en serrant les dents et marcha jusqu’aux cabines en évitant soigneusement le regard des autres. Une fois dans sa chambre, elle laissa échapper un long soupir. Elle s’assit sur son lit et regarda le sac poussiéreux qu'elle tenait dans ses mains. Cette douleur pour ce simple sac de perles un peu précieuses. Cette douleur pour sa propre fierté mal placée. Elle n'était peut-être pas mieux que ces deux garçons... Une larme coula sur sa joue. Avec colère, l'enfant l'essuya. Son geste brusque raviva la douleur dans sa joue et elle gémit. Elle se décida finalement à attraper le miroir rangé dans le tiroir de sa petite commode. Elle se regarda. Ses cheveux étaient en bataille, la terre lui tachait le visage et les ecchymoses viraient déjà au mauve. Elle essuya le sang qui tachait sa lèvre fendue et posa le miroir sur la commode, accoté sur le mur. Elle se regarda longuement. Elle se trouvait misérable. Elle s'était fait prendre de façon ridicule. Pitoyable. Elle s'en voulait. Elle prit le petit couteau qu’elle gardait toujours dans son tiroir et l’observa longuement. Une pensée s'était frayé un chemin dans son esprit. Intention qui devint conviction. Elle attrapa ses cheveux et les coupa brusquement. Des larmes de honte et de rage apparurent au coin de ses yeux. Elle se fixa d’un regard furieux dans le petit miroir. Elle laissa tomber ses mèches blondes, pourtant si belles, par terre. Elle se promit de devenir plus forte. Elle se promit de ne plus laisser une situation aussi stupide exister.  

- Tu veux en parler ?

Seiyah se tenait debout à l’entrée de la petite cabine, les bras croisés et un regard sérieux posé sur sa fille. Nem ne répondit pas. Elle baissa les yeux en secouant négativement la tête. La capitaine s’approcha et prit le couteau des mains de sa fille qui jouait inconsciemment avec. Délicatement, elle commença à arranger la coiffure de l'enfant en silence. De nouveaux cheveux retrouvaient les autres sur le sol et les courtes mèches libérer des mains de Seiyah retombaient avec désordre autour du visage de la plus jeune. Lorsque Seiyah eut terminé, Nem passa plusieurs fois la main dans ses cheveux fraîchement coupés avec une drôle d’impression. Ses cheveux lui arrivaient un peu en dessous des oreilles et encadraient parfaitement son visage. Étonnement, ça lui allait très bien. Elle préférait même se voir comme ça. Un petit sourire éclaira finalement son visage. Elle allait devenir plus forte. Elle pourrait s'en sortir par elle-même. Elle allait leur prouver. Elle ne fuirait plus. Elle croisa le regard de sa mère au travers du miroir. La capitaine lui sourit avec fierté. Elle posa sur le bureau un baume pour les petits soins et approcha sa main de la joue de Nem pour en appliquer sur ses ecchymoses et blessures légères.

- Merci maman.

- Maintenant, accroche un sourire fier sur ton visage et retourne sur le pont pour aider. Si quiconque te demande ce qu’il s’est passé, je te donne la permission de les envoyer balader. Tu es forte, Nem.

Seiyah ébouriffa avec affection les cheveux courts de sa fille et quitta la cabine sans un mot de plus. Nem la regarda s’éloigner et son sourire s'élargit. La jeune pirate sauta sur ses pieds et courut vers le pont. En sortant au soleil, c’était un sourire fier et reconnaissant qui s’affichait sur son visage. Elle croisa le regard de sa mère et se dirigea vers Lettmit, le maître d’équipage, pour recevoir une tâche à son tour. Elle ignora les regards qui s'attardaient sur ses blessures et se mit au travail sans attendre.

***
16 ans

Elle en avait assez qu’on la repousse dans son coin sans la prendre au sérieux. Elle pouvait faire autre chose que serrer des nœuds et passer la serpillère. Elle avait passé sa vie sur ce navire. 16 années durant lesquelles elle avait observé et appris le métier de pirate. Enfin, presque. Elle n’avait participé à aucun vrai combat, aucun abordage ou pillage, mais ce n’était pas pour cette raison qu’il fallait la considérer comme une simple mousse. Elle avait appris beaucoup auprès de sa mère et la confiance n’était pas quelque chose qui faisait défaut à la jeune fille. Elle se considérait à la hauteur pour être traitée comme une pirate à part entière. Elle comptait bien leur montrer qu’elle était aussi bonne qu’un autre. Et elle ressentait encore plus ce besoin de se prouver étant une femme parmi tous ces hommes. Sa mère avait toujours assuré sa protection, veillant à ce que tout le monde la traite avec respect, mais c’était différent que d’être respectée pour ce qu’elle était, pour ces capacités. Elle était décidée à gagner le respect de tout l’équipage par elle-même. Elle était assez âgée pour s’occuper d’elle-même et si elle voulait cet avenir glorieux de piraterie, elle devait leur montrer à tous qu’elle n’était pas le genre qu’on prenait à la légère, qu’elle ne se laissait pas marcher sur les pieds. Elle voulait être à la hauteur de sa mère. Elle avait donc commencé à lancer quelques défis par-ci et par-là, lorsque la situation se prêtait, aux autres matelots qui n’hésitaient pas à les relever. Parfois, elle gagnait. Souvent, elle perdait. Elle serrait les dents et promettait que ce n’était pas fini. Elle manquait seulement d’entraînement par moments. Certains de ses adversaires faisaient cela depuis longtemps et elle devait admettre que parvenir à leur hauteur nécessitait des habiletés un peu plus développer. Malgré tout, elle ne se décourageait pas et reprenait de plus belle. Un jour, elle y arriverait bien. Il fallait simplement un peu de volonté, ce qui ne lui manquait pas du tout, et de la pratique. Voilà.

Cette journée-là, la mer était calme et l’océan s’étendait à perte de vue. Si tout se passait bien, dans une journée et demie, ils arriveraient à l’archipel pour terminer leur commission et se reposer dans une des nombreuses tavernes. Nem avait tout juste commencé à les fréquenter et trouvait la compagnie de certains très désagréables lorsque l’alcool leur montait à la tête et qu’une jolie jeune fille était à proximité. La seule soirée qu’elle avait vraiment apprécié jusqu’à maintenant s’était présentée sous un flirt avec le mousse d’un autre équipage. Elle avait passé une bonne soirée et il était mignon. Elle ne l’avait pas revu, mais il n’avait été qu’une compagnie agréable durant une soirée. Elle se demandait comment sa prochaine soirée se passerait… Et ses pensées auraient continué à s’envoler si une voix grave accompagnée d’un grognement ne l’avait pas ramenée à la réalité.

- Descend de là, Nem !

- Pas question ! Laisse-moi tranquille, blanc d’œuf.

L’homme passa une main exaspérée sur son crâne devant ce surnom débile qui venait de lui être attribué. Un peu de respect ne serait pas de refus, trouvait-il. Et puis, elle n’en faisait qu’à sa tête dernièrement. Nem continua à grimper dans les cordages avec une attention subtile.

- C’est pas ton boulot d’être là-haut. Occupe-toi de nettoyer le pont.

- Fais-le toi-même ! Moi, je m’occupe de ça aujourd’hui.

- Arrête de faire l’imbécile. C’est Riwall qui s’en occupe.

- Et pourquoi je ne pourrais pas le faire ?

- T’es ni désignée ni entraînée pour ça. Maintenant, descends.

- Je suis aussi fiable que n’importe quel homme à bord, je te signale. J’peux très bien m’en charger.

- Ha ouais ?
demanda l’homme avec un soudain amusement.

Avec méfiance, Nem baissa le regard vers l’homme qui ne se cachait qu’à peine pour retenir un rire. Et cela eut le don d’énerver la jeune pirate au plus haut point. D’accord. Il voulait du concret ? Eh bien, il en aurait ! En quelques mouvements précis, elle était de retour sur le pont, mains sur les hanches et elle fixa un regard impétueux sur l’homme. Puis, un sourire provocant apparut sur ses lèvres. Elle croisa les bras, un air de défi au visage.

- Je peux te prouver ma valeur.


Elle vit dans son regard que ça l’intéressait. Il fallait dire que la plupart des pirates de l’équipage s’amusait à relever les défis que leur lançait l’adolescente. En plus, ça faisait passer le temps parfois long sur le navire. Elle rajouta de son air toujours aussi insolent :

- Qu’en penses-tu ? Et je te laisse même choisir.

- Très bien,
ria le pirate. Alors, que penses-tu d’un duel au sabre ?

Un air d’étonnement, qu’elle cacha rapidement, apparut sur son visage. Elle ne s’attendait pas à quelque chose d’aussi sérieux. Ce genre de duel se passait normalement entre membres voulant régler un conflit, non ? Quelques matelots s’étaient approchés et ne se privaient pas pour rire en lâchant des commentaires. Ça ne prit que quelques secondes avant que les paris se mettent de la partie. Nem avait l’habitude de lancer de petits défis insignifiants, aussi lorsqu’on lui tendit le sabre aline, elle le prit lentement. Le regard fixé sur l’arme, elle ne se préoccupait plus de son entourage. Elle bougea la lame dans l’espace autour d’elle. Elle n’avait pas l’habitude d’utiliser un sabre et son poids la surprenait toujours un peu. Elle avait sur elle une simple dague, savait la manier, mais c’était tout. Elle ne participait pas au combat et il n’y en avait pas souvent. Seiyah préférait éviter les batailles en mer, car elles pouvaient s’avérer mortelles pour l’équipage. Et bien que Nem ait toujours voulu apprendre le maniement du sabre, elle n’avait jamais réellement demandé. Ne lâchant pas l’arme des yeux, elle se dit que c’était le moment de perfectionner et pratiquer les bases théoriques qu’elle connaissait.

- Prête, fillette ? lui demanda Thorsig, autrement surnommé blanc d’œuf par la plus jeune qui sortait justement de ses réflexions.

- La ferme, répondit-elle simplement.

- D’accord. En garde,
s’écria Komgall qui s’était proclamé arbitre de ce match improvisé.

Nem leva son arme devant elle, se concentrant sur son adversaire. Puis, le signal du départ fut donné. Elle eut tout juste le temps de redresser le sabre pour bloquer celui de son opposant qui lui fonçait dessus. Un peu plus, et elle aurait perdu en moins d’une seconde... Sur la défensive, Nem ne pouvait pas du tout attaquer. Si elle arrêtait de se protéger, c’était perdu. Ce duel ne s’annonçait pas très bien pour elle et le pirate avait une très nette longueur d’avance sur elle. Elle eut l’impression que ses mouvements se faisaient moins précis et plus lents alors que son adversaire accélérait sans cesse la cadence. Elle reculait sous les coups, sans pouvoir reprendre sa place. Elle grinça des dents en le réalisant et serra le pommeau de l’arme dans sa main. Elle ne pouvait pas se permettre de perdre. Pas après avoir mis sa valeur en jeu de façon si évidente. Elle devait se reprendre avant d’être coincée dans un coin du navire et se faire désarmer lamentablement.

Dans un mouvement rapide et consciemment dangereux, Nem se jeta vers la droite, passant de justesse sous l’arme de son opposant et elle se retrouva en possession de ses moyens. Ce ne fut pas très long avant que le pirate ne suive son mouvement, mais ça laissa le temps à la jeune de riposter avec une première attaque. Elle put se lancer quelques fois sur son adversaire, sabre levé, avant de retrouver une position défensive. L’expérience lui manquant malheureusement, elle ne pouvait plus tenir ce duel très longtemps. Ses gestes décalaient de ceux de Thorsig, ses attaques se faisaient encore plus rares qu’elles ne l’étaient déjà et ses défenses faiblissaient à chaque nouveau coup arrêté. Quelques assauts s’ajoutèrent et elle fut désarmée. Le sabre vola pour atterrir quelques mètres plus loin sur le pont. Des rires gras se firent entendre, l’équipage rappelant sa présence. Arme à la gorge, lèvres pincées, Nem était furieuse et honteuse de sa défaite. Le pirate souriait fièrement devant elle, bien heureux de l’avoir remise à sa place. Il abaissa finalement l’arme et Nem se détourna. Elle se dirigea avec résignation vers la serpillère qui traînait près de l’escalier, mais elle n’eut pas le temps de s’y rendre, car Thorsig l’abordait à nouveau.

- C’était pas mal, petite. Je m’attendais à c’que ça dur moins longtemps.

La jeune femme posa son regard bleu-gris sur le pirate, essayant de savoir s’il se moquait d’elle, mais le regard sincère et le sourire amical de l’homme la convainquirent du contraire. Elle hocha simplement la tête, mais une pointe de joie perça son cœur. Au moins, elle l’avait un peu impressionné. Non ? Puis, il ajouta autre chose semant la surprise et l’interrogation sur le visage de Nem.

- Ramasse le sabre et approche, Jezakins.

Sans comprendre, elle s’avança tout de même vers le sabre toujours sur le pont et se pencha pour le ramasser. Elle posa un regard sur le pirate, sabre à la main. Elle n’allait pas refaire un duel tout de suite, c’était certain. La revanche viendrait plus tard et encore, revanche était un bien grand mot. Elle ne ressentait aucune rancune envers Thorsig pour avoir perdu, mais elle aimerait bien gagner un de ces jours. Enfin. Un sourire mêlant amusement et mystère prit place sur le visage du pirate. Il lui fit signe d’approcher et Nem suivit l’indication.

- T’as du talent, Nem. Ce serait dommage de le gâcher. Viens ici, j’vais te montrer quelques techniques qui te serviront plus que la théorie.

Un petit sourire s’afficha enfin sur le visage de la fille. Elle avait peut-être perdu, mais ce combat lui avait tout de même permis de prouver sa valeur. Après tout, il fallait prendre en compte le manque d’expérience dans tout ça et Nem avait réussi à tenir un petit moment sans technique. Elle pouvait être fière d’elle et la proposition du pirate confortait cette idée qu’elle avait. Il lui proposait de lui apprendre le maniement du sabre. Et ça, plutôt que de passer la serpillère, c’était nettement mieux. Et puis, une vraie pirate devait savoir se battre. Elle ne pouvait pas passer à côté de cette chance, et elle n’y comptait pas. Elle allait se donner à fond dans cet entraînement et une fois les bases et premières techniques apprises, elle pourrait continuer par elle-même. Elle ne laisserait certainement pas tomber et allait continuer de se perfectionner pour que la prochaine fois, elle gagne le duel. Se plaçant en position devant l’homme, Nem laissa un grand sourire arrogant s’afficher sur ses lèvres.

-Allons-y !
***
18 ans

- Navire en vue, Capitaine !

Nem leva le regard vers Riwall qui leur faisait signe du haut de son perchoir. Son ton de voix ne laissait présager rien de bon. Il semblait perplexe, incertain et pourtant, dans une urge d’avertir Seiyah des arrivants. Cela ne prit que quelques secondes avant que la capitaine se tienne aux côtés de sa fille. Nem jeta un coup d’œil au visage sévère de sa mère. Sourcils froncés et yeux bleus fixant le point noir qui grossissait au loin, la femme réfléchissait à toute vitesse. Elle tendit la main droite vers Riwall qui se pressait de la rejoindre. Sans un regard, elle attrapa la longue vue qu’on lui tendait et la colla à son œil. Un grognement d’exaspération traversa ses lèvres pincées. Nem regardait sa mère sans réagir. Seiyah donna la longue vue et s’accota au bois du navire. En fixant son regard, Nem pouvait comprendre qu’elle envisageait toutes les possibilités, dont celle d’éviter ce navire inconnu de la plus jeune. Nem posa un regard curieux et méfiant sur la masse qui approchait. Ce n’était pas de bon augure lorsque sa mère était dans cet état. Barthèn s’était approché de Seiyah et s’entretenait avec elle à mi-voix. Plusieurs matelots continuaient leur boulot distraitement en jetant quelques regards à leur capitaine et au navire au loin. Nem décida de s’approcher plus près pour entendre ce qui se disait.

- … ils peuvent nous rattraper sans problème, Barthèn. Ils nous ont certainement déjà remarqués. Le connaissant, il fonce droit sur nous, répondait Seiyah en serrant le bois sous ses doigts. Nem pouvait voir ses phalanges blanchies et la frustration qui s’échappait de sa mère la rendait mal à l’aise.

- Qui sont-ils ?
demanda la jeune pirate, s’attirant le regard surpris de Barthèn et Seiyah.

Les deux se consultèrent du regard, comme pour savoir s’ils devaient partager cela avec elle. Puis, Seiyah haussa les épaules et fit face à sa fille.

- Le navire au loin est celui de l’Espadon. Il est plus petit que plusieurs navires alines, mais sa vitesse en est d’autant plus impressionnante.

- L’Espadon…

- Tu en as peut-être déjà entendu parler. Sa technique préférée est de rentrer dans les navires ennemis avec sa proue fortifiée et armée. Son capitaine ne jure que par le nombre d’âmes volées et de bateaux coulés au fond des mers. En plus, il n’a aucune notion de commerce…


Avec un soupir, Seiyah se résigna à la rencontre presque inévitable. Elle lança quelques directives à son équipage et Nem resta accotée à fixer la forme qui se définissait de plus en plus au loin. Elle se rallia ensuite aux préparatifs en cas d’affrontement. Le capitaine de l’Espadon était reconnu pour être peu cohérent dans ses décisions, en plus d’être rancunier et bagarreur. Chacun voulait être prêt si les choses tournaient mal. Nem glissa un couteau dans sa botte et s’assura d’avoir son sabre à la lame bien aiguisée à ses côtés. En s’entraînant avec Thorsig et plusieurs autres au fil du temps, elle était devenue très douée et peu pouvait la battre dans un combat à la loyale. Cependant, ce ne serait sûrement pas ce genre de combat et elle n’avait jamais participé à un combat à mort. L’équipage du Dragon des Mers évitait le plus possible les combats en mer qui pouvait s’avérer mortelle. Quand ils pouvaient se le permettre, ils utilisaient d’autres techniques comme le chantage ou la menace.

Une heure passa avant que l’Espadon ne les rattrape pour de bon et Nem constata qu’ils n’auraient effectivement pas pu fuir bien longtemps. Seiyah gardait son regard fixé sur l’autre navire et les matelots occupés gardaient un œil sur la situation aussi. La jeune pirate s’approcha de sa mère et croisa les bras. Le silence s’était peu à peu imposé sur le navire, ce qui était plutôt rare, mais tout le monde avait conscience des risques dans la balance. Par chance, l’Espadon n’avait pas encore comme objectif de les attaquer. Lorsque les deux navires furent côte à côte, Nem remarqua un homme large d’épaules, à la courte barbe brune et au sourire fourbe leur faire signe. D’un geste de la main, Seiyah donna l’ordre de baisser l’ancre et son regard dur se posa sur le pirate que Nem devina être le capitaine. Une passerelle fut placée entre les deux navires et l’homme barbu s’avança encadrer par deux autres hommes, l’un au visage inexpressif et l’autre qui déshabillait Nem du regard. La jeune pirate posa une main sur sa hanche avec mépris. Elle se tenait un peu derrière Seiyah, prête à intervenir si les choses tournaient mal et elle savait ne pas être la seule. Elle sentait la tension derrière elle et la confiance devant.

- Baldwin, annonça sèchement Seiyah.

- Jezakins ! Tu n’pensais pas pouvoir m’éviter pour l’éternité ? Si ?

Le rire s’entendait dans sa voix rude et Nem fronça les sourcils.

- Tu me dois encore ma part. On avait passé un accord…

- Tu as eu ta part. Tu n’avais qu’à m’amener autre chose que des pacotilles. La vente de ces camelotes ne m’a rien rapporté. Je suis presque resté coincé avec la marchandise. J’ai tenu l’accord, tu n’avais qu’à trouver quelque chose de valeur si tu voulais plus.

- Allons, allons. Tu exagères !

- N’importe quels bijoutiers et forgerons à deux balles pouvaient dire que la qualité ne valait rien. Que c’était majoritairement faux. J’ai bien failli perdre des clients par ta faute. Tu as eu ce que ça rapportait. Contente-toi de ça.

- Je te trouve bien sévère… Je connais d’autres pirates capables de vendre ces objets pour un bon prix,
répondit-il avec nonchalance, en sortant un couteau qu’il se mit à nettoyer.

- Eh bien, fais affaire avec eux. J’ai fini avec toi.

Seiyah se tourna vers la droite, amorçant un mouvement du bras, pour préparer au départ.

- Oh, Jezakins… On a pas encore fini tous les deux. Je veux mon argent.

- Je n’ai rien de plus pour toi.


Il secoua la tête en signe de désolation. Il se prenait un peu trop pour le maître du monde et sa fierté finirait bien par l’étouffer. Nem ne se mêla de rien. Elle savait qu’elle n’avait pas tous les morceaux pour comprendre cette histoire. Elle commençait à peine à s’intéresser au commerce et sa mère était le genre de personne à rester discrète sur ses affaires. L’équipage portait une grande confiance en elle et elle n’avait pas besoin d’expliquer le moindre détail de ses choix. Mais ça pouvait aussi mener à des situations ambigües où l’équipage ne savait pas comment réagir. Nem n’osait pas bouger ou parler, au risque de mettre sa mère dans le pétrin. Le capitaine du navire opposant fit jouer son arme entre ses mains.

- Si tu ne me laisses pas le choix, je devrais aller le chercher par la force, continua celui-ci.

Nem dégaina son arme, accompagner de plusieurs matelots en voyant l’équipage ennemi s’armer sous les dires de leur capitaine. Seiyah leva rapidement un bras à l’horizontale pour empêcher un mouvement hostile de son équipage envers celui de l’Espadon.

- Tu ne devrais pas faire ça, Baldwin. Tu sais très bien que ça n’avantage personne dans cette histoire. Il y aura plus de pertes que de gains. Ne sois pas ridicule.

- J’ai bien envie de tenter ma chance…


Il sortit son sabre de son fourreau et s’avança, tout sourire vers Seiyah. Cette dernière dut se résoudre à dégainer pour faire face au capitaine. Le premier cours fut porté par Baldwin. Seiyah le bloqua facilement, mais il indiqua aussi la charge pour les pirates de l’Espadon. Ceux-ci se ruèrent sur le pont du Dragon des Mers et le combat s’engagea. Nem se retrouva contre le garçon qui la regardait avec envie un peu plus tôt. Perdre était hors de question. Elle allait lui faire regretter son comportement insultant. Elle n’était pas trop inquiète, ses capacités s’étaient beaucoup améliorées et elle pouvait rivaliser avec n’importe quels pirates de son équipage. Elle ne sous-estimait pas son adversaire, mais une confiance tranquille s’était installée en elle. Le garçon lui faisant face amorça le premier mouvement. Il sauta vers elle avec force et Nem fit un pas sur le côté pour éviter l’arme qui filait en ligne droite. Elle leva son sabre pour bloquer l’attaque suivante qui arrivait sur elle et riposta. D’un coup du pied, elle déstabilisa son adversaire qui avait les yeux rivés sur les deux armes. Elle n’attendit pas et se lança pour plusieurs attaques rapides qui obligèrent son opposant à reculer. Elle ne lui laissa pas une chance de reprendre le dessus et elle put avec habileté le désarmer. Elle posa la pointe de sa lame sur la gorge du garçon avec un sourire en coin. Il posa un regard enragé sur elle en portant la main à sa jambe.

- Je ne ferais pas ça si j’étais toi. Laisse cette lame où elle est et retourne gentiment sur ton navire. D’accord ?

Elle appuya un peu plus l’arme sur la gorge du garçon qui déglutit, devenant blanc d’un coup. Il ne se le fit pas dire deux fois et s’enfuit vers son navire, n’oubliant pas de lui crier une insulte au passage. Sourire aux lèvres, Nem se tourna pour réaliser que le reste de l’équipage était en plein combat aussi. Seiyah tenait en respect Baldwin et Barthèn, malgré son âge avancé, empêchait son adversaire de faire un pas de plus. Mais ce n’était pas tous les membres qui avaient cette facilité. Nem accourut vers Tedric pour lui donner un coup de main. Elle assomma par surprise un des deux adversaires du garçon et lui fit un clin d’œil.

- Besoin d’aide ?

- Je ne vais pas refuser une offre si généreuse.


Un sourire trouva place sur les lèvres du garçon qui n’avait pas une fierté mal placée. Nem appréciait cela chez lui. La pirate se positionna dos à lui et ils se lancèrent dans le combat en surveillant attentivement les arrières de l’autre. Puis, Nem vit un pirate ennemi s’engouffrer dans la cale de leur navire. Elle fronça les sourcils. Criant à Tedric qu’elle le laissait se débrouiller un instant, elle donna un violent coup de la manche de son sabre et du pied et poussa son opposant par-dessus bord. L’homme s’accrocha, mais Nem ne fit pas attention. Elle ne prit pas une seconde de plus et courut pour rejoindre la cale. Elle remarqua qu’elle n’était pas la seule à avoir eu cette idée et descendit accompagner de Nedelec, un bon marin dans la trentaine avancée.

Sabre à la main, elle descendit en silence pour ne pas se faire remarquer. Elle s’avança suivie de l’autre pirate et trouva le matelot de l’Espadon. Elle ne vit pas ce qu’il faisait, mais c’était de mauvais augure. Elle s’approcha. Puis, son pied frappa un petit objet qui alla rouler jusqu’au pirate ennemi. Celui-ci se retourna vivement et croisa le regard de Nem. Il grogna et sauta sur la femme, la prenant par surprise. Il repoussa son arme et alors que Nedelec voulait l’aider, un autre pirate caché dans l’ombre l’attrapa et le poussa sur un mur de la cale. Étourdi, il se releva et se défendit devant le grand gaillard lui faisant face. Nem, sous le poids de l’homme qui ressemblait affreusement à un reptile, tomba à la renverse et celui-ci plaqua son poignet au sol, l’obligeant à lâcher son arme. L’homme au teint maladif fixa ses pupilles noires sur la jeune femme avec fureur. Nem se débattit, mais pour une personne de petite taille, ce n’était pas la force qui manquait à son adversaire. Elle serra les dents et se pencha sur le côté gauche en relevant son genou pour approcher sa botte de sa main. L’homme prit cela pour une tentative de défense vaine et ne vit pas le poignard se glisser dans la main de Nem. Il avait sorti son propre couteau pour poser sur la joue de la fille.

- Je ne peux pas te laisser t’en sortir. Même si tu es jolie.

Avant qu’il n’ait pu dire quoi que ce soit d’autre, Nem leva le bras et son poignard s’enfonça dans son ventre. L’homme hurla en se reculant, porta la main à sa blessure. La pirate roula sur le côté dès que possible et se releva sans attendre, poignard levé devant elle. Elle posa son regard glacé sur le reptile devant elle et l’homme respirait bruyamment en la fixant d’un œil mauvais. Il tenait son ventre d’une main et son couteau de l’autre. Ils se défièrent du regard un long moment, puis il amorça le premier mouvement. Nem se jeta sur le côté et voulut frapper le ventre blessé de son adversaire. Sans succès. Il s’y attendait, il se tassa. Il repassa à l’attaque, furieusement. Nem se retrouva en position défensive. Elle n’osait pas riposter, car la vitesse des attaques qui arrivaient sur elle ne lui laissait pas grand temps. Des coupures apparurent sur ses avant-bras, mais elle se défendait plutôt bien avec son poignard.

Dès qu’elle vit une ouverture se glisser entre les coups, elle s’y précipita. Elle passa à côté de l’arme qui lui frôla la joue. Elle longea le bras levé de son adversaire, tournant sur elle-même et frappa. La lame du poignard caressa mortellement la gorge du reptile qui s’effondra, un cri s’étranglant dans sa gorge. Tremblante, Nem regarda le corps à ses pieds, les yeux grands ouverts. Le poignard dans sa main dégoutait du sang qu’il avait volé et elle sentait une étrange terreur s’emparer d’elle. Elle ne pouvait pas bouger. Elle ne pouvait décrocher son regard du cadavre. Elle avait conscience que c’était elle ou lui. Tout de même, l’arrière-goût amer ne voulait pas quitter sa gorge. Elle ne savait pas quoi faire. Ce fut une voix qui la sortit de sa contemplation morbide. Nedelec s’approcha d’elle et posa la main sur son épaule.

- Nem ? T’es pas blessée, ça va ? (Elle secoua lentement la tête en levant le regard vers l’homme un moment. Puis, son regard retomba sur le corps) Nem… Ça va aller. Regarde-moi.

- Nem ? Nedelec ?


La tête blonde de Seiyah apparut en haut des escaliers menant au pont. Nedelec leva un regard désolé vers elle et haussa les épaules en pointant la jeune femme qui n’avait pas réagi. Le regard de Seiyah s’attarda un moment sur le mort et le poignard en sang avant de revenir sur l’homme. Elle secoua la tête en retenant un soupir. Elle s’adressa au pirate, incertaine de si Nem allait écouter :

- C’est terminé. Vous vous êtes bien défendu. Mais ce n’est pas fini. Ils se sont repliés parce que le fils de Baldwin a été gravement blessé. Il faudra rester sur nos gardes la prochaine fois qu’on croise l’Espadon. Monte aider sur le pont. Nous nous en sommes sorti, mais… Enfin, va t’occuper des blessés et on part dès que possible. (Il fit un mouvement vers Nem et Seiyah secoua la main) Je m’en occupe. Monte.

Sans un mot, Nedelec se tourna et monta deux à deux les marches pour se rendre sur le pont. Une fois qu’il eut disparu, Seiyah s’approcha de sa fille avec un soupir. Elle posa la main sur son épaule et la frotta gentiment.

- Nem ?

- Maman ?


La jeune porta son regard confus sur sa mère. Elle reprit finalement conscience du temps qui filait autour d’elle. Elle secoua la tête et posa le couteau sur la table de bois non loin d’elle. Elle regarda ses mains. Il n’y avait aucun sang. Elle les essuya sur son pantalon. Elle passa une main troublée dans ses cheveux courts. Elle ne parla pas tout de suite. Sa mère attira son attention en serrant son épaule.  

- Je suis désolée, Nem. La vie de pirate n’est pas toujours facile.

- Je sais…

- La liberté vient avec ses conséquences. Il y en aura qui voudront toujours te barrer le chemin. Toutes les âmes ne sont pas pures. Je ne suis moi-même pas un exemple de bonté. Je me bats pour ce que je veux, pour ce que je considère important, pour mon honneur. Et je n’échangerais cette vie pour rien au monde. Chacun fait pareil. Ce genre de personne, les pirates de l’Espadon, n’arrête pas avant que la mort les attrape. C’était toi ou lui, Nem.

- Je me sens… étrange. J’ai l’impression que… je ne sais pas.

- Il faut se battre pour survivre, Nem. Montre-leur à tous que cette vie, tu la vivras jusqu’au bout et que personne ne pourra t’en empêcher. Tu peux te rendre loin, Nem. Ne laisse rien barrer ta route. Promets-le-moi.


Nem leva le regard sur sa mère. Les yeux bleus sévères et pourtant si doux de Seiyah étaient posés sur elle et elle attendait. Nem vit la sincérité de ses mots et la fierté qu’elle portait en elle. La jeune pirate sentit une force nouvelle en elle. Il fallait se battre. Il fallait survivre pour vivre. Elle n’allait pas mourir. Elle se tiendrait fière et victorieuse devant les épreuves. Elle savait que la vie pirate n’était pas rose, c’était un monde qui pouvait s’avérer très cruel sans la force et la volonté nécessaires. Malgré tout, voler une vie était différent de voler une perle et de vendre une réplique à quelqu’un. Il n’y avait aucun retour en arrière. Ce n’était cependant pas ce qui allait l’empêcher de vivre cette vie qu’elle voulait. Elle ne comptait pas laisser des millions de morts dans son sillage, mais elle ferait regretter à la moindre personne qui essayerait de lui voler sa vie et sa liberté. Elle en avait la force. Seiyah l’encourageait. Un regard assuré, Nem sourit finalement.

- C’est promis.

[...]

Informations personnelles

J'avais complètement oublié cette citation Facepalm | Bamboo
Pseudo | Je suis un Bamboo
Age réel | J’ai encore 21 ans pour l’instant
Pays d'origine | Canada Heros !

Parlez-nous de vous | Je suis faible et atrocement lente pour finir une fiche. J’ai la maladie des pavés et j’adore (A-DO-RE) le chocolat. J’suis hystérique devant les trop bonnes idées de RP et J’suis amoureuse de ce forum.
Familier avec l'univers de Pierre Bottero? |
| Oui ! ♥ Mais les Alines restent un peuple mystérieux
Comment avez vous connu le forum ? | Initialement, il est apparu comme par magie sur mon moteur de recherche alors que je cherchais des forums d’Ewilan.  
Un commentaire sur le forum ? | Je le trouve parfait !

Demande particulière | Hésitez pas à me taper sur les doigts pour les incohérences. Je connais pas les bateaux en vrai, ni la navigation, ni la mer, ni le commerce. J’suis une petite inculte pour tout vous dire '___' Hi hi !
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Nem Jezakins
Capitaine Pirate Aline

Histoire

Je l'ai vu grandir cette petite. Elle est devenue une femme redoutable et elle a toute ma confiance. | Barthèn Koserre

22 ans

La vague passa par-dessus le bastingage sans peine et les pirates durent se tenir fermement aux cordages pour ne pas être balayé par la force de la mer. La pluie tombait des nuages sombres et les éclairs leur offraient quelques moments de lumière pour vérifier ce qui se passait sur le navire. La mer était déchaînée et le déluge s’abattait sur le Dragon des Mers sans pitié. Nem se tenait sur le gaillard arrière, prête à se précipiter sur le pont en cas de besoin. Seiyah se tenait derrière le gouvernail, essayant de contrôle le navire qui était remué d’un côté et de l’autre. La tempête leur était tombée dessus par surprise, mais ils auraient dû prévoir les nuages qui ne présageaient rien de bon. Kafrith, le maître voilier, monta les quelques marches menant au gaillard arrière pour aviser Nem que les voiles étaient fermées et solidement attachées. La pirate hocha la tête et cria la nouvelle à sa mère avant de dire au matelot d’aller se mettre à l’abri. Nem descendit à la suite de Kafrith pour rejoindre Lettmit et avoir des nouvelles de la cale. Il fallait empêcher le plus possible de laisser l’eau entrer. Il lui confirma qu’ils s’en occupaient en ce moment même. Nem se dirigea vers la cale tout de même pour s’assurer que tout était sous contrôle. Tout en passant, elle obligea les mousses à rester tranquilles dans un coin sans les gêner. Il n’était pas temps que quelqu’un tombe par-dessus bord. Nem remonta ensuite rapidement pour rejoindre sa mère et Barthèn.

- C’est bon. Maintenant, il ne reste qu’à attendre que ça passe.

Seiyah hocha la tête distraitement, elle gardait sa concentration sur sa tâche pour que le navire n’aille pas se fracasser quelque part ou se renverse sous la puissance des vagues. Après avoir donné les nouvelles, Nem retourna sur le pont et alla aider les matelots restants. Elle cria quelques ordres brefs sur les manœuvres et se tint auprès de Kafrith, accrochée fermement et évitant les vagues qui voulaient l’entraîner. Les heures qui suivirent passèrent beaucoup trop lentement. Barthèn et Nem relayèrent Seiyah à un moment qui ne sentait plus ses bras. Nem utilisa son don pour l’aider, mais la tempête ne voulait pas se calmer. Puis, une éclaircie se fit entre les nuages. Le vent tomba presque radicalement et la mer se calma peu à peu. La pluie continuait de leur couler sur la tête, mais le navire tenait bien. Nem lâcha le gouvernail, pour laisser la place à Barthèn qui se tenait derrière elle. Elle rejoignit sa mère sur le pont inférieur qui s’assurait que rien n’avait été endommagé durant la tempête. Elle se laissa glisser sur le sol, trempée et tremblante sous l’effort qu’elle avait fourni. Elle reprenait son souffle et malgré la pluie froide, elle avait chaud. Elle passa une main pour repousser ses courtes mèches qui lui dégouttaient dans le visage. Elle soupira et s’informa sur les fournitures. Il n’y avait pas grand problèmes et le charpentier était déjà sur les quelques petits soucis. La jeune pirate hocha la tête et ferma les yeux. La pluie se faisait plus fine lorsque Seiyah revint vers elle avec un sourire content.

- Bon travail, Nem. Tu as bien mené l’équipage.

Un petit sourire éclaira le visage de Nem. Elle souffla un « merci » nonchalant, mais Seiyah savait à quel point cela la touchait. Puis, la femme tendit une main à sa fille pour lui proposer de la suivre. Sans attendre, Nem l’attrapa et se dirigea vers la cabine de sa mère, vite rejointe par Barthèn alors que les matelots reprenaient leur travail sur le pont, supervisés par Kafrith et Lettmit.

Après concertation, les trois personnes réapparurent sur le pont. Le navire avait repris la route sans d’autres problèmes et filait vers l’Amiralerie où ils avaient quelques caisses à livrer. Seiyah monta les quelques marches menant au gaillard et demanda l’attention de tout le monde. Le mot se passa et rapidement, l’équipage fut rassemblé devant la capitaine. Nem se tenait devant la troupe, près de l’escalier, Barthèn à ses côtés. Les pirates attendirent la nouvelle que les trois semblaient avoir à leur dire. Seiyah ne passa pas par quatre chemins pour certifier le rôle de Nem :

- Nem est maintenant officiellement lieutenante du Dragon des Mers. Elle me secondera dans mes tâches de capitaine. Si ça pose problème à quelqu’un, qu’il le dise tout de suite, et je m’occuperai personnellement de son cas.

Seiyah jeta un regard sévère, qui défiait quiconque de la contredire, sur l’assemblée et Nem ne put retenir un rire. Un sourire fier et moqueur s’afficha sur ses lèvres. Elle posa une main sur sa hanche et s’accota de façon provocante en jetant un coup d’œil à l’équipage.

- Je peux m’en occuper aussi sans problème. Après tout, c’est à moi de défendre mon poste.

Personne ne trouva utile de défier l’une des deux femmes qui leur faisaient face. L’équipage se contentait de ce choix. Après tout, en tant que fille de la capitaine, il y avait longtemps que Nem était désignée comme héritière du navire et elle agissait déjà en tant que seconde du capitaine. Le titre n’était qu’une formalité et officialisait le tout, sans plus. Tout de même, Seiyah considérait que Nem méritait maintenant pleinement ce rôle et elle voulait le laisser savoir à tous, mais surtout à sa fille. Nem ressentait une fierté grouillée dans son estomac. Elle était heureuse que sa mère la considère prête et personne ne protesta. Elle savait avoir gagné sa place dans l’équipage et le respect des hommes. Chacun savait depuis longtemps qu’il était inutile de lui courir après. Le seul qui tentait encore sa chance était Tedric, mais Nem l’aimait bien alors elle ne s’empêchait pas de flirter ouvertement avec lui. Mais il n’y avait rien de sérieux dans tout cela.

Une fois que l’équipage se fut dispersé, il vint la rejoindre pour la féliciter. Il posa ses mains sur les hanches de la jeune femme d’un air présomptueux et Nem lui sourit moqueusement. Elle posa la main sur son épaule et approcha son visage du sien.

- N’oublie pas tes corvées, Tedric.

Elle passa à ses côtés, son corps frôlant le sien avant de se diriger vers Seiyah qui soupira. Elle monta les marches menant au gaillard en répondant un « oui, oui… » à l’avertissement de sa mère d’arrêter ce flirt ambigu.


***
23 ans

Nem était assise devant le bureau de bois foncé, la tête accotée contre sa main, lisant distraitement le papier qu’elle avait sous les yeux. Inventaire, comptes et cartes. Tout était éparpillé sur le bureau dans un ordre précis. Nem retenait un soupir las en lisant les longues listes de ventes et d’achats. Le commerce était un art qui l’intéressait beaucoup et qui pouvait apporter son lot de richesse en plus de permettre de s’aventurer loin de l’archipel, mais cela faisait des heures qu’elle révisait tous ces papiers avec Seiyah. Être capitaine venait avec son lot de responsabilités qu’il fallait apprendre. Nem avait toujours porté attention aux affaires de sa mère, mais comment tenir un livre de compte lui était inconnu. C’était ce que sa mère lui apprenait. Nem comptait bien se lancer dans le commerce elle aussi, mais il y avait quand même une question qui lui trottait en tête.

- Et pourquoi ne pas étendre notre commerce ?

- Qu’est-ce que tu veux dire ?
lui demanda Seiyah en fronçant les sourcils, sans relever les yeux de ses notes.

- Nous faisons des échanges avec l’Amiralerie et l’Archipel depuis longtemps, mais tu n’as jamais pensé à y mêler l’Empire ? Je suis certaine qu’on pourrait faire encore plus de profits et trouver de bien belles choses sur leur terre.

- C’est trop dangereux, Nem. Je ne suis pas prête à mettre l’équipage à mort pour quelques trésors de plus. Tu sais comment sont ces pantins alaviriens. Un pirate et c’est la pendaison.

- Mais la Perle des Sables le fait bien. Fynn fait du commerce en Gwendalavir. Pourquoi ne pourrions-nous pas nous aussi ?

- Le capitaine Fearàin mène son équipage comme il l’entend et j’en fais de même. Pas question qu’on pose le pied sur le continent de l’Empire.


Nem soupira bruyamment. Sa mère n’était pas du tout ouverte aux nouvelles idées. Elle voyait bien qu’il n’y avait aucune discussion qui tenait. Seiyah n’avait même pas montré le moindre petit attrait à faire commerce avec les Alaviriens. C’était assez décevant. En agrandissant leur empire commercial, ils pourraient aller chercher encore plus de richesse et avoir accès à des marchandises que les Alines n’avaient peut-être pas. Mais elle savait n’avoir aucune chance de faire flancher sa mère. Elle laissa donc cette idée à peine germer dans son esprit pour se concentrer sur la liste qu’elle avait dans les mains. Elle reprit où elle était rendue et s’obligea à tout assimiler le plus rapidement possible. Elle voulait être apte à s’occuper des échanges à n’importe quel moment. Elle voulait savoir le fond des choses et leur façon de fonctionner. Et bientôt, elle pourrait prendre en charge certains échanges par elle-même. Mais bon, avant ça, elle devait apprendre les bases du commerce et celle de capitaine, ce qui s’avérait être beaucoup de travail pour ce titre respectable. Par chance, elle avait déjà l’habitude de suivre sa mère lors de ses activités commerciales. Les gens n’étaient donc pas surpris de la voir se pointer et certains appréciaient même s’entretenir avec la jeune femme. Seiyah laissait Nem prendre en charge les négociations lorsque cela arrivait, mais restait attentive, au cas.

Cette journée-là, Nem et Seiyah sortaient d’un échange à l’Amiralerie. Les choses auraient pu mieux se passer, mais bon, elles étaient quand même ressorties avec ce qu’elles étaient venues chercher. Par contre, elles auraient voulu mettre la main sur un objet que le marchand possédait. Elles en auraient eu besoin pour une autre vente, l’acheteur leur avait promis une belle prime si elles arrivaient à lui emmener. Malheureusement, l’homme n’avait rien voulu savoir d’échanges ou d’achats pour. Il avait même rapidement clos la discussion et leur avait demandé de partir, leur commerce était terminé. Nem avait finalement suivi Seiyah qui, d’un regard, lui avait interdit de faire quoi que ce soit. Contrariée, la pirate avait emboité le pas à sa mère.

Elles se dirigeaient vers le navire, Nem pestant entre ses dents, lorsque Seiyah ralentit, son attention portée sur une silhouette qui s’avançait avec hésitation entre les caisses du port peu achalandé à cette heure. Nem finit par lever le regard pour constater la présence de cette personne qui se dirigeait vers un grand navire pirate dont la passerelle permettait l’accès facile. Seiyah fronça les sourcils et s’avança rapidement, en silence. La capitaine s’approcha furtivement et dans un chuintement, la lame du sabre de Seiyah se posa sur la gorge de l’inconnue qui s’arrêta vivement. Le regard dur, Seiyah fit un mouvement de la tête, lui demandant d’enlever sa capuche. Nem s’en occupa. Tirant brusquement, elle dévoila le visage d’une jeune femme. Celle qui leur faisait face leva les mains devant elle et posa un regard effrayé sur les deux femmes qui l’entourait.

- S… S’il vous plait…

Des larmes commençaient à apparaitre aux coins des yeux de la jeune personne. Seiyah la fixa un moment, puis abaissa son arme en continuant de détailler l’inconnue. Nem croisa les bras en lançant un regard méfiant à la jeune. Seiyah la jaugea du regard alors que la personne déglutissait difficilement. Elle ne devait pas avoir l’habitude de se retrouver face à des pirates. Ses membres tremblaient légèrement et Nem essaya de comprendre pour quelles raisons elle avait voulu s’embarquer sur le navire, vu sa réaction apeurer. Elle n’avait pas l’air bien menaçante. Ses cheveux bruns étaient sales et mêlés, retenus par une corde de cuir. Ses vêtements froissés rappelaient ceux d’une pauvre fermière et la cape qui recouvrait ses épaules n’était pas en très bon état non plus. Son visage crasseux cachait quelques ecchymoses. Depuis combien de temps errait-elle dans le village ?

- Qui es-tu ? demanda soudainement Seiyah, ce qui fit froncer les sourcils de Nem.

- Je me nomme Enna, répondit la femme d’une petite voix.

- Que cherchais-tu à faire ?

- J-Je suis désolée… Je n’avais aucune mauvaise intention. Je vous le jure ! Je… veux simplement partir d’ici… Je ne peux plus rester.


Seiyah hocha la tête. Elle rangea son arme et Nem posa un regard étonné sur elle en entendant la suite.

- Suis-moi. Raconte-moi.

Elle fit signe à la jeune femme de monter sur le navire. Nem bondit presque sur sa mère avec de grands yeux ronds en pointant la femme qui se dirigeait lentement, toujours avec cette petite hésitation, vers le pont. Elle chuchota avec désaccord :

- Qu’est-ce que tu fais ?!

- Nem. Ne discute pas mes ordres.


Nem grogna comme seule réponse. Elle aurait préféré oublier cette jeune femme au regard niais. Elle grimpa sur le navire après Seiyah et marcha vers la cabine du capitaine, où la dénommée Enna était envoyée. Nem s’installa dans un coin, bras croisés, regard froid, et écouta en silence la discussion. Bla, bla. Besoin d’aller voir ailleurs. Bla bla. Père violent, mariage arrangé. Bla bla bla. Seiyah l’accueillit sur le Dragon des Mers avec un demi-sourire. Mais elle devait se montrer à la hauteur, ne pas se plaindre, travailler avec les autres. La vie de pirate n’était pas facile. Était-elle prête à tout laisser derrière pour de bon ? Si elle s’engageait, ce n’était pas pour des vacances. Mains serrées et promesses échangées, elle faisait partie des membres de l’équipage. Mousse à qui il fallait tout apprendre. Nem en grinçait des dents. Elle allait sortir de la cabine lorsqu’elle entendit sa mère oser lui assigner la tâche de s’occuper de la jeune femme. Scandalisée, elle posa son regard sur Seiyah prête à protester, mais sa mère leva une main. Elle indiquait son refus d’argumenter et lui fit signe de sortir. La fureur devait se lire sur son visage, car lorsqu’elle s’avança sur le pont, les marins sautaient de côté pour lui laisser le passage libre. Des messes basses se faisaient entendre sur ce qui avait pu mettre la lieutenante dans cet état, mais la concernée n’y prêtait pas du tout attention. Tedric se risqua à s’approcher, mais elle l’envoya rapidement balader. Il resta tout de même à ses côtés, faisant de son mieux pour cacher son petit sourire devant cette réaction exagérée.

Après quelques minutes, Nem se calma enfin. Elle prit une grande inspiration et l’odeur marine lui fit grand bien. Le navire filait le long de la voleuse et allait retrouver la mer très bientôt. La voyant plus détendue, Tedric se risqua à attirer son attention d’un raclement de gorge. Nem tourna la tête vers lui et lui sourit. Il s’approcha d’elle, mais un regard vint interrompre son mouvement. L’attention de Tedric se porta derrière Nem. La lieutenante, intriguée, se retourna pour réaliser qu’Enna les observait fixement. Son regard brun passait d’elle à Tedric dans un mouvement répétitif. Le garçon ne décrocha pas son regard de la nouvelle arrivée, curieux de sa provenance. Nem donna un coup de coude à l’homme qui haussa les épaules, d’un air contrit. La pirate soupira et préféra s’éloigner. Alors qu’elle passait à côté d’Enna, celle-ci émit un bruit exclamatif pour attirer son attention. Nem s’arrêta, posa un regard irrité sur la personne et prit la parole la première :

- Écoute-moi bien. Je ne veux pas te voir me traîner dans les pattes. C’est clair ? Je te dis quoi faire et tu le fais. Fin de l’histoire.

Elle continua son chemin, sans même attendre un signe d’affirmation de la part d’Enna. Ce n’était pas matière à débat. Elle n’avait aucune envie de s’occuper d’elle et de lui enseigner la vie de pirate. D’abord, elle était contre l’idée d’embarquer cette fermière. Ensuite, elle ne l’aimait pas. Bon. Tedric accourut pour la rejoindre, et Nem ne l’avoua pas, mais elle était bien heureuse de l’avoir à ces côtés. Au moins un qui ne se souciait pas de la nouvelle venue.

La première semaine, Nem gardait cet air renfrogné dès qu’Enna entrait dans son champ de vision. Elle lui donnait quelques tâches, lui montrait rapidement et l’envoyait vers un autre membre de l’équipage pour ses questions. Elle s’éloignait ensuite sans porter plus d’attention à la jeune femme. Elle l’énervait tout simplement. Elle était lente, elle n’était pas forte, elle avait toujours ce sourire niais sur le visage. Les pirates semblaient apprécier la fraîcheur qu’apportait la jeune femme, mais elle avait bien de la difficulté à refuser les avances de certains et c’était Nem ou Seiyah qui devait la défendre. Seiyah avec un sourire, Nem avec une expression énervée. Les jours passèrent et Enna s’habitua à la vie de marin. Elle prit sa place au sein de l’équipage, gagna en assurance et n’hésitait pas à refuser les avances déplacées, mais de façon douce. Elle pouvait se débrouiller seule et Nem n’avait plus à s’occuper d’elle. Et même si elle ne l’avouait pas à qui que ce soit, elle commençait à apprécier la jeune femme et sa confiance nouvelle. Il n’était pas rare que Nem lui lance une ou deux piques sur son travail mal fait ou ses réactions infantiles, car elle avait cette façon d’être à la fois naïve, mais au courant de la dure réalité de la vie, et Enna n’hésitait plus à lui répondre avec un petit sourire. Elle trouvait sa place dans l’équipage du Dragon des Mers et appréciait cette vie de piraterie entre vols, ventes et beuveries. Elle avait plus d’une fois étonné Nem avec sa capacité à tenir l’alcool légendaire. Elle qui ne devait pas avoir souvent bu avant de s’embarquer sur le navire. Enna arrivait bien souvent à faire rire Nem de ses réactions complètement inattendues. Elle ne savait pas comment elle pouvait garder cette sorte d’innocence sur le monde et pourtant se montrer si compréhensive et prête à la pire idée pour faire un peu d’argent facile. Mais Nem ne se laissait pas éclipser. Une certaine amitié ponctuée de rivalité se développa entre les deux, mais Nem continuait de nier cette amitié. Cependant, Seiyah n’était pas dupe et elle savait que Nem pourrait prendre soin d’Enna si quelque chose arrivait. Elle appréciait la jeune femme plus qu’elle ne l’avouerait. Elle était satisfaite de savoir que sa fille ne voulait plus jeter la mousse par-dessus bord. Et Enna brillait sur le pont du navire, ayant trouvé sa place dans ce monde.

***
26 ans

Les jours s’écoulaient et la vie suivait son cours à bord du Dragon des Mers. Nem se concentrait sur ses tâches de seconde et se mêlait régulièrement au commerce de sa mère. Dans ses temps libres, elle discutait avec les hommes de l’équipage, se promenait avec Enna dont la présence ne lui dérangeait plus ou bien passait du temps avec Tedric loin des regards indiscrets. Le jeune homme se montrait un peu plus insistant dans ses avances, mais il n’avait pas encore réussi à faire flancher le cœur de la jeune femme. Il n’abandonnait pas et Nem restait fidèle à elle-même.

La lieutenante appréciait beaucoup le jeune homme et se sentait proche de lui. Elle aimait les moments qu’ils partageaient, mais n’était pas prête à se lancer dans une véritable relation. Elle ne réalisait pas qu’elle blessait le garçon du même coup. Elle ne voulait simplement pas que leur relation change. Elle était bien avec la façon dont les choses étaient. Une relation lui semblait trop sérieux. Elle ne se sentait pas amoureuse au point de se donner complètement à l’autre. C’était malheureux, mais c’était la vérité. Elle n’osait pourtant pas lui dire de laisser tomber, qu’ils ne se passeraient rien entre eux, car honnêtement elle ne le savait pas. Elle avait tout simplement envie de continuer à ce petit manège. Elle aimait lorsque ses mains touchaient son corps dans une douce étreinte et lorsqu’elle se glissait hors de celle-ci avec un sourire. Lorsqu’il l’attirait vers lui pour lui chuchoter à l’oreille et qu’elle répondait, leurs lèvres se caressant dans un presque baiser qui ne venait jamais. Elle aimait la chaleur de son corps lorsqu’ils étaient assis côte à côte sous le ciel nocturne. Mais elle n’osait pas aller plus loin. Elle gardait cette distance, l’empêchant de s’approcher trop près, toujours fuyante devant ses avances. Elle avait parfois peur qu’il ne lui glisse entre les doigts, mais elle n’arrivait pas à agir autrement. Aussi, s’ouvrit-elle un jour à sa mère. Cela devait faire un an, ou peut-être plus que les deux jeunes adultes se tournaient autour sans rien officialiser, sans aller plus loin.

- Tu sais que je désapprouve ton comportement frivole. Si tu l’aimes, admets-le et va de l’avant. Il t’attend, tu le sais.

- Je… sais. Mais je ne pourrais pas dire que je l’aime. Il m’aime, c’est évident. Beaucoup plus que mes sentiments à son égard. Je ne sais pas si je pourrais y faire face, si je pourrais être à la hauteur de ce qu’il veut. En restant à distante, je…

- Tu te protèges,
la coupa Seiyah.

Nem resta silencieuse, réfléchissant un instant. Oui, c’était exactement ce qu’elle faisait. Elle se protégeait, elle restait loin de toutes ces attaches émotionnelles. Elle ne voulait dépendre de personne et que personne ne dépende d’elle. Elle avait peur que ce soit ce qui arrive si elle se laissait prendre au jeu. Elle avait besoin de son indépendance. Elle ne voulait pas s’engager dans une relation et risquer de blesser encore plus le jeune homme. Elle ne voulait pas qu’il réalise qu’au final, elle ne l’aimait pas autant qu’il l’aimait. Parce que c’était probablement ce qui se passerait. Mais elle ne pouvait pas le laisser partir. Elle se dit qu’elle devrait un jour se décider, mais pour l’instant, elle voulait garder ces moments paisibles qu’elle avait avec lui. Encore un peu. Elle ne pouvait pas s’en empêcher malgré tout. La lieutenante ressortit de la cabine de sa mère quelques heures plus tard, après plusieurs discussions sur le métier de Capitaine et quelques partages plus personnelles. Elle se dirigea vers la proue, où elle s’accota, laissant le vent chasser ses pensées. Il fallait prendre la vie comme elle venait. C’était ce qu’elle ferait.  

***
27 ans

Le soleil était haut dans le ciel cette journée-là. Il allait bientôt commencer sa descente vers le large, mais pour l’instant, sa chaleur brûlait les épaules dénudées de la femme malgré le vent du large qui tentait de la rafraîchir. Nem se tenait sur le pont supérieur, bras accotés sur le bastingage, et regardait deux oiseaux marins se tourner autour dans le ciel sans nuages. La journée avançait lentement. C’était ennuyeux et elle tournait en rond depuis plus d’une heure en essayant de trouver quelque chose de divertissant à faire. Rien ne lui était venu à l’esprit. Elle se laissait donc choir d’un côté du bateau en attendant la fin de la réunion à laquelle elle n’avait pas été conviée. Enfin, Seiyah sortit de sa cabine et s’avança sur le pont en compagnie de Barthèn. Elle parlait à voix basse, ce qui était contraire à son habitude et attisa tout de suite la curiosité de Nem. La pirate s’approcha avec nonchalance des deux personnes, mais les murmures se turent avant qu’elle n’ait posé le pied à leurs côtés. Seiyah n’accorda pas un regard à sa fille en donnant son dernier ordre :

- Tenez-vous-en à ce que j’ai dit. C’est tout.

Puis, elle s’éloigna. Nem jeta alors un regard interrogatif vers Barthèn, mais celui-ci ne se contenta que de hausser les épaules en marmonnant un : « Les ordres sont les ordres… » dans sa barbe. Il s’éloigna à son tour laissant la lieutenante à nouveau seule. Cette dernière croisa les bras et posa son regard sur sa mère qui vérifiait la lame de son sabre. La capitaine, satisfaite, rangea l’arme et attrapa la bourse que lui tendait un jeune mousse. Elle l’attacha à sa ceinture tout en discutant avec deux pirates qui devaient l’accompagner pour cet échange, et se dirigea ensuite vers la passerelle, suivi des deux hommes. Lorsqu’elle passa près de Nem, elle tourna son visage aux traits sévères vers elle. Un sourire trouva sa place sur le visage sérieux de Seiyah et Nem y répondit alors que sa mère la serrait dans ses bras. Elle fut surprise par cette démonstration soudaine d’affection, mais ne dit rien. Puis, sa mère retira son chapeau tricorne et salua l’équipage d’un air solennel auquel chaque pirate répondit en retirant leur bonnet et autre chapeau. Elle se détourna ensuite pour quitter le navire. Ce geste dérangea Nem. Il semblait trop sérieux, un au revoir auquel chaque pirate avait répondu. Elle ne comprit pas. Elle savait que Seiyah devait s’occuper d’un dernier échange avant qu’ils ne lèvent l’ancre, mais cela ne devrait pas lui prendre trop de temps. Tout de même, Nem n’avait pas compris pourquoi elle ne pouvait l’accompagner cette fois. De vieilles connaissances, semblait-il, qui voulaient la voir seule. Elle avait quand même accepté d’emmener deux matelots avec elle en cas de mauvaise rencontre. Ils savaient que l’Espadon avait été aperçu dans le coin quelques jours plus tôt. Mieux valait ne pas prendre de chance. Seiyah avait donc accepté la compagnie, mais refusait que quiconque entre avec elle. Et de leur côté, le reste de l’équipage devait préparer le navire au départ selon ce que Barthèn et Lettmit donnaient comme consigne. Nem observa un moment la silhouette de sa mère s’éloigner sur le port, puis elle se détourna pour participer aux préparations avec un petit soupir et un mauvais pressentiment au creux de son ventre.  

Le soleil était rendu bien bas lorsque Barthèn fit irruption sur le pont. Il demanda l’attention de tous, un air sombre sur le visage. Nem se leva des escaliers dans lesquels elle était assise pour se diriger vers lui, l’intrigue et l’inquiétude se glissant une place dans son cœur devant son expression. Quelque chose se passait et elle ignorait quoi. Elle détestait cela.  

- C’est l’heure. Lança-t-il avec résignation. Larguez les amarres...

- Non ! Un instant.
(Nem s’était approchée pour lui faire face) Je ne vois pas la capitaine. Où est-elle ?

Elle savait que quelque chose n’allait pas. C’était trop long. Seiyah devrait être revenue depuis longtemps d’un simple marché. Et jamais Barthèn n’aurait ordonné un départ sans que Seiyah ne soit de retour. Jamais, sauf si celle-ci l’avait demandé. Mais il n’était pas question que Nem l’abandonne en arrière. Qu’importait la raison, elle n’allait pas laisser sa mère sur cette île.

- Il faut lever l’ancre, Jezakins. Il faut s’en tenir au plan.

- Je ne pars pas sans la capitaine.


La colère commençait à s’entendre dans la voix de la femme. Il n’était pas question qu’elle reparte sans Seiyah. Peu lui importait les ordres et les protestations des membres de l’équipage. Elle n’allait pas la laisser en arrière, l’abandonner. Il fallait s’en tenir aux ordres, mais elle ne les avait pas entendus de la bouche du capitaine. Après tout, elle n’avait pas participé à la réunion et elle commençait à comprendre pourquoi. Elle ressentait le malaise ambiant, mais personne ne semblait réagir et évitait consciencieusement son regard. Elle s’en fichait bien. Elle se retourna et marcha d’un pas décidé vers la passerelle pour quitter le navire. Barthèn s’avança rapidement vers elle en criant.

- Nem, attends !

L’interpellée se retourna et fixa son regard dans celui du quartier maître. Son ton était glacial lorsqu’elle lui répondit :

- Je ne pars pas sans ma mère.

Et elle lui tourna le dos, sans accorder plus d’attention à l’homme. Elle commençait sa descente lorsqu’elle entendit ce dernier soupirer et se dépêcher de demander à deux autres hommes de la suivre. Elle ne vit pas le regard désolé qu’il lui portait alors qu’elle s’éloignait. Pour le moment, rien d’autre n’importait, mise à part retrouver sa mère. Elle devait simplement la retrouver...

Elle fit le tour du port sans trouver celle qu’elle cherchait. Elle s’aventura dans le petit village, mais il n’y avait que trois personnes dans l’auberge de l’endroit et la plupart des commerces étaient vides. Plus le temps avançait et plus Nem sentait qu’elle devait se dépêcher. Les deux hommes qui la suivaient cherchaient d’un œil rapide, mais s’assuraient surtout de ne pas la perdre de vue. Elle se résigna finalement à s’éloigner du port, suivant la plage de galets qui s’étendait autour de l’île. Elle approchait d’une vieille cabane délabrée lorsqu’un reflet lumineux l’aveugla. Plissant les yeux, Nem s’approcha de l’objet métallique. Planté dans le sol au milieu des galets, surmonté d’un chapeau tricorne qu’elle aurait reconnu n’importe où, un sabre aline captait les derniers rayons du soleil tranquillement, indifférent au sang qui coulait sur sa lame.

Dépassant l’arme, Nem courut vers la cabane, mais n’eut pas besoin d’y entrer. Accotée sur le mur de bois marqué par les intempéries de la mer, une femme se reposait. Pour l’éternité. Nem reconnut les cheveux blonds, couleur semblable à la sienne, qui tombait d’une toque normalement si parfaite et le visage trop paisible de Seiyah. Elle se figea sur place. La mort, elle l’avait déjà confrontée, mais elle n’était pas encore prête à celle-ci. Son regard ne pouvait se décrocher du corps inerte de sa mère et ce fut Thorsig, un des hommes qui l’accompagnait, qui s’approcha du corps le premier. Il secoua la tête avec regret et posa son regard sur Nem qui n’avait pas bougé. Après plusieurs minutes, elle s’obligea à avancer. Elle s’agenouilla près de sa mère et constata la blessure qui lui barrait le ventre. Elle posa sa main sur la joue de celle qui l’avait élevée et elle serra le corps entre ses bras ne se préoccupant aucunement du sang qui tachait ses propres vêtements. C’était un adieu. Des larmes emplirent ses yeux. Elles brouillaient sa vue, mais ne coulaient pas.

Nem n’eut pas pleinement conscience de la suite des événements. Thorsig et Sigward avaient fait le tour des lieux pour assurer leur sureté. Ils avaient trouvé cinq cadavres à l’intérieur et un plus loin sur la plage. Ils en avaient tenu Nem au courant, mais avaient vite réalisé qu’elle n’écoutait rien. Ils avaient dû la tirer du corps pour la ramener vers le navire. Les mêmes pensées et questionnements tournaient en boucle dans sa tête. Que s’était-il passé ? Pour quelles raisons ? Qu’ignorait-elle ? Et elle ne pouvait pas la laisser là. Elle ne pouvait l’abandonner comme ça. Elle ne pouvait pas accepter le départ de sa mère. Elle ne s’était pas aperçue que les deux hommes l’avaient traîné jusqu’au navire. Sous son regard brouillé, il lui semblait encore voir le cadavre de sa mère. Ce ne fut qu’en montant la passerelle qu’elle reprit conscience de ce qui se passait. Elle voulut se retourner, aller chercher le corps, ne pas l’abandonner, mais Sigward la retint fermement et l’obligea à monter, lui promettant qu’ils s’en occuperaient.

Barthèn l’attendait sur le pont et Nem posa son regard désespéré sur lui. Sans paroles, il lui tendit un parchemin roulé. D’une main tremblante, Nem s’en empara. Elle savait ce que c’était, mais elle ne se sentait pas prête à lire tout de suite. Elle ne comprenait pas pourquoi. Ce qui s’était passé. Elle se dirigea d’un pas lent, tremblant, vers sa cabine. Les membres de l’équipage lui jetaient des regards tristes, comprenant son désespoir. Ce ne fut qu’une fois sur son lit, seule, que les larmes coulèrent. Maintenant qu’elle prenait douloureusement conscience de la réalité. Maintenant qu’elle était en sécurité au fond de sa cabine. La tristesse gonflait sa poitrine. La douleur se fit insupportable. Les sanglots prirent d’assaut ses épaules et Nem se laissa aller à sa peine. La vie était incertaine et dure. Elle le savait. Et pourtant, ça ne changeait rien à la douleur qu’elle ressentait à ce moment. Assise dans un coin de son lit, ses mains passaient sans arrêt, d’un geste répétitif, sur son visage pour essuyer les larmes qui n’arrêtaient pas. Le parchemin était toujours fermé sur le bureau.

Le soir était bien avancé lorsque Nem fit irruption sur le pont. Elle tenait à la main un parchemin dont le sceau avait été ouvert et elle jeta un coup d’œil circulaire pour se rendre compte que tous les yeux étaient posés sur elle. N’y prêtant pas plus d’attention, elle continua sa recherche, mais Barthèn se présenta devant elle avant qu’elle ne l’ait remarqué. Il lui tendit le sabre ainsi que le chapeau de sa mère. Nem les accepta et posa son regard sur l’équipage.  

- Nous partons. Je veux mettre le plus de distance possible entre cette île de malheur et le navire avant le lever du soleil. Et nous avons encore quelques marchandises à livrer, autant terminer le travail. Je vous tiendrais au courant pour le reste… Barthèn ?

Elle échangea un regard entendu avec Barthèn et hocha la tête. En se détournant, elle posa le chapeau sur sa tête. Capitaine du Dragon des Mers. Personne n’avait protesté. C’était ce qui était prévu. C’était ce qui était écrit. Elle se dirigea vers la cabine du capitaine. Sa cabine. Elle n’hésita qu’une seconde avant d’entrer. Une grande inspiration et elle s’engouffra dans la pièce sombre. Cette pièce qui était maintenant la sienne. Elle s’approcha du bureau pour constater qu’il y avait encore plusieurs papiers étendus. Elle s’assit sur la chaise et laissa ses yeux fouiner sur les papiers qui étaient maintenant les siens. Seiyah lui avait dit beaucoup, mais elle ne lui avait pas tout dit. À partir de ce moment, c’était à elle de s’occuper de cet équipage, de leur voyage, de ce navire. Capitaine du Dragon des Mers. Ce titre lui plaisait malgré la douleur toujours présente dans son cœur. Ressasser le passé ne ramènerait pas sa mère. Il fallait aller de l’avant et c’était ce qu’elle ferait. La douleur s’apaiserait avec le temps et l’équipage comptait sur elle.

Avec un soupir, elle se plongea dans la paperasse. Elle empila certains papiers et tria les autres. Elle ouvrit quelques parchemins inconnus qu’elle ne comprit pas et les rangea plus loin, pour une autre fois. Elle fouilla dans les tiroirs et dans les coffres. Elle découvrait la cabine d’un point de vue différent. Toutes ces choses lui appartenaient maintenant. Farfouiller dans les affaires de sa mère ne l’aidait pas à mettre de côté ses sentiments, mais elle le devait. Une réorganisation s’imposait et elle ne se ferait pas tout seule. Oublier la douleur, la tristesse et les larmes. Se plonger dans le travail. C’était tout. Et peu à peu, la douleur laisserait place aux souvenirs heureux.  
***
27 ans

Cela faisait quelques mois depuis la mort de Seiyah. Nem avait repris en main le commerce familial, mais cela non sans difficulté. Elle se montrait forte et dirigeait l’équipage, mais la douleur l’assaillait toujours autant que les premiers jours. Elle ressentait l’absence de sa mère et cela lui faisait mal. Malgré tout, elle prenait sur elle. Mais elle avait parfois besoin d’un peu de temps pour elle. C’était bien pour cette raison qu’un soir alors que le Dragon des Mers était accosté au port d’une île Aline, Nem donnait la soirée libre à l’équipage. Ils seraient sûrement sur l’Archipel quelques jours, alors qu’ils en profitent. De son côté, elle pourrait prendre du temps pour réfléchir et essayer de faire son deuil. La capitaine se dirigea donc vers une taverne tranquille où elle était presque certaine d’avoir la paix. Elle s’avança entre les tables, se dirigeant vers le comptoir. L’endroit était peu rempli et lorsqu’elle arriva au comptoir, l’homme qui nettoyait ses verres leva un regard ennuyé vers elle. La pirate ne prit pas la peine de faire la discussion et demanda ce qu’il y avait de plus fort. Le tavernier posa un verre devant elle, le remplit à moitié et la femme l’attrapa pour le boire d’une traite. Elle secoua tête en plissant le nez. La chaleur dans sa gorge lui faisait le plus grand bien. Elle poussa le verre et commanda une bière. Elle attrapa la pinte remplie, posa quelques pièces sur le comptoir et s’éloigna. Elle chercha une place des yeux. Bon, ce n’était pas les tables libres qui manquaient à ce moment, mais il ne fallait pas choisir son coin à la légère, trop frisquet près de la porte et trop chaud près des cuisines. Alors que son regard se baladait sur l’endroit, un pirate attira l’attention de la femme. Un sourire discret se dessina sur ses lèvres et elle s’approcha.

- Je peux m’asseoir ?

Elle n’attendit pas de réponse pour se glisser sur la chaise faisant face à l’homme et son regard bleu-gris se posa sur le capitaine de la Perle des Sables. Quand s’étaient-ils vus pour la dernière fois ? Cela faisait un moment. Étonnement, elle était heureuse de le trouver dans cette taverne calme. Elle aurait pu le laisser tranquille, d’ailleurs elle avait elle-même eu l’intention d’être seule, mais maintenant qu’elle se retrouvait devant lui, elle avait bien envie de discuter. Alors, elle entama la discussion légèrement. Rien de bien précis. Le beau temps et les voyages. Les navires et le commerce. Fynn se laissa entraîner dans la discussion, au plaisir de Nem. Les verres se remplirent et se vidèrent bien rapidement au fil de la soirée. Ils parlaient de tout, de rien. Ils évitaient soigneusement les sujets sensibles. Puis, l’alcool lui monta à la tête. Les filtres se firent plus rares, elle avait simplement envie de parler avec quelqu’un qui la connaissait. Après tout, elle connaissait Fynn depuis qu’ils étaient enfants. Il avait connu Seiyah. Ils avaient marchandé quelques fois ensemble. Elle ne savait pas s’il était au courant pour Seiyah, s’il avait entendu pour sa nomination de capitaine. Mais elle voulait lui dire. Parce que c’était lourd et elle ne pouvait pas se montrer blessée devant l’équipage. Elle était Capitaine. Elle devait diriger le navire. Mais elle avait mal, elle aussi. Beaucoup plus que le croyaient les marins. Le deuil, elle ne l’avait pas encore fait.

- Je suis capitaine, Fynn. Capitaine du Dragon des Mers. C’est un beau titre. Mais je ne pensais pas qu’il pouvait être si dur à porter.

Elle but une nouvelle gorgée. Une très longue gorgée et finit sa pinte. Elle leva le bras, commanda autre chose. Voilà, elle devenait sentimentale. Elle but à nouveau lorsque son verre arriva. Elle avait chaud, ses joues étaient rouges par l’alcool, mais en cette soirée, boire lui faisait le plus grand bien. Elle n’oubliait pas la douleur, mais elle se confortait un peu dans ce liquide qui lui chauffait la gorge. Elle ne pleurait pas, elle avait assez pleuré, mais sa gorge restait nouée lorsqu’elle parlait de Seiyah. Elle ne savait pas s’il était au courant des choses, mais elle ne savait pas grand-chose non plus. Elle passa les détails du pourquoi. Il ne demanda pas. Assez parlé d’elle. La femme était conscience de ne pas être la seule à avoir des problèmes. Les mots se passaient. Les nouvelles allaient parfois lentement, mais elles se rendaient souvent aux oreilles les plus indiscrètes qui savaient écouter. Nem voulut se risquer en terrain glissant. Elle voulait de ses nouvelles. Ils n’étaient pas proches plus qu’il ne le fallait, mais c’était parfois de ce genre de personnes dont on avait besoin.

Elle joua avec son verre, le regard passant du liquide au visage du capitaine devant elle. Elle était incertaine de ses droits à entamer cette discussion, mais elle le connaissait, Ross. Elle les avait souvent côtoyés, lui et Fynn, étant enfant. Et elle continuait de s’intéresser à eux, même si leur chemin se croisait rarement. Plus jeune, Nem les avait considérés comme les seuls amis de son âge qu’elle avait. Ils n’étaient pas très proches, mais elle s’était toujours bien entendue avec les deux garçons, les côtoyant lors de ses passages sur la Perle des Sables. Et Kaïllane était son amie. Une amie à laquelle elle tenait, mais elle avait maintenant le sentiment que les choses allaient se compliquer. Elle avait entendu parler des activités de Ross et elle n’était pas certaine de vouloir s’y mêler. Surtout avec ses idées commerciales. Si Kaïllane se trouvait désormais avec Ross, elle se demandait comment allait évoluer leur relation. Nem porta le verre à ses lèvres, laissant le silence se poursuivre. Du coin de l’œil, elle vit le capitaine passer une main dans ses cheveux, les repousser d’un geste et soupirer. Elle décida alors qu’elle n’avait pas le droit d’en parler. La douleur devait être encore présente pour lui aussi.

Pour ne pas continuer de s’enfoncer dans des pensées douloureuses, Nem changea de sujet, sans avertissement, sans logique. L’alcool s’en balançait bien, alors elle aussi. Elle lui parla à nouveau de son navire. Le Dragon des Mers. Puis, de ses intentions, des envies qui lui prenaient. Elle y avait déjà pensé il y avait bien longtemps, mais maintenant ce but pouvait véritablement se réaliser. Mais elle hésitait encore. Pouvait-elle se glisser en Gwendalavir sans se faire prendre ? L’alcool étant un très bon ami et embuant le cerveau, Nem avait laissé tomber les cartes de la méfiance pour parler avec Fynn de son propre commerce. Oh, rien de bien personnel. Seulement savoir comment il s’y prenait. Simple curiosité. Ou peut-être lui demandait-elle des conseils, sans totalement l’avouer. Étonnement, il l’encouragea à aller dans cette branche. Il lui expliqua le principe du commerce sur le continent de l’Empire. La contrebande et la marchandise légale. Les risques et les bénéfices. Nem était attentive et gravait chacun des mots dans sa mémoire. Ce n’était pas la boisson qui la ferait oublier les dires du capitaine Fearàin. La soirée s’annonçait bien plus intéressante qu’une buverie solitaire dans ces pensées tristes. Fynn lui offrait la possibilité d’étendre ses relations commerciales. Quelque chose que Nem voulait depuis bien longtemps. Elle avait bien fait de s’arrêter sur cette île, de s’aventurer dans cette taverne. La boisson était bonne et la compagnie plus intéressante qu’elle aurait parié. Elle ne voyait pas Fynn bien souvent, alors ça lui faisait plaisir. Elle appréciait et respectait le capitaine de la Perle des Sables. Qu’il accepte de partager ses connaissances sur l’Empire avec elle la réjouissait et elle n’hésita pas à payer une nouvelle tournée, sourire aux lèvres.

En une soirée, Nem en apprit beaucoup. Fynn acceptait même de l’aider pour ses premiers pas à travers Gwendalavir. Quelques trucs et noms pour commencer. Nem se sentait prête à se lancer dans cette nouvelle aventure. Comme promis à l’équipage, ils restèrent quelques jours sur l’Archipel et cela permit à Nem de bien arranger ses affaires, de prévoir le prochain voyage, le premier sur les terres alaviriennes avec intention de commerce. Mais elle ne devait rien laisser au hasard, car ce pouvait être bien risqué. Elle réunit son équipage dès qu’elle fut prête pour leur annoncer la nouvelle. Ils allaient commencer leur nouveau commerce. D’abord, avec la Perle des Sables pour se glisser tranquillement sur le continent, puis ils se débrouilleraient bien. Le truc, c’était de ne pas trop attirer l’attention et surtout, de ne pas dire qu’ils étaient des pirates.

- Alors, prêt ? lança la capitaine avec un sourire provocant à son équipage.

Les hommes crièrent leur accord avec joie. Après ce repos, ils étaient tous plus qu’impatients de repartir en mer. Et puis, cette nouvelle aventure leur semblait des plus intéressante. Nem donna le signal du départ.

***
28 ans

Elle n’était pas d’accord. Cette décision soudaine ne faisait pas du tout le bonheur de la capitaine. Il lui disait ça, comme ça, et lui tournait le dos ? Ce n’était pas de cette façon que les choses fonctionnaient. Que pensait-il ? Que ça ne l’affectait pas ? Qu’elle n’avait pas son mot à dire ? Et bien, il avait tort. Il n’allait pas s’éloigner comme ça, c’était hors de question. Furieuse, Nem traversa rapidement les quelques mètres qui la séparaient de Tedric. Elle l’attrapa par le bras, l’obligeant à se retourner. Elle ne voulait pas faire un scandale sur le pont du navire, mais il ne lui laissa pas grand choix. Il lui annonçait cette nouvelle avec l’intention de disparaitre juste après, alors elle n’avait d’autre choix que de répliquer maintenant si elle voulait se faire entendre. L’homme posa son regard sur elle et la douleur présente dans ses yeux la coupa dans son élan un instant. Elle ne comprenait pas. Il avait l’air si triste, alors pourquoi partir ? Personne ne l’obligeait. Ce n’était pas ce qu’elle voulait. La capitaine retrouva son calme et son regard bleu-gris traduisait sa tristesse.

- Tedric...  

- Je ne peux pas rester, Nem. Tu le sais,
répondit-il simplement.

- C’est n’importe quoi ! S’emporta-t-elle.

- Comprends-moi... Je t’aime et je sais bien que ce n’est pas réciproque.  

- C’est faux. Je t’aime auss...

- Pas de la façon dont je t’aime Nem. Et c’est dur d’être près de toi en sachant que tu ne seras jamais à moi. Je...

- Ça ne veut pas dire que tu dois partir.

- Écoute ! J’ai envie de toi, Nem. De ton corps. Chaque jour qui passe, toujours plus. Je ne peux plus simplement te sourire et prendre ta main comme un enfant. Nous n’sommes plus des enfants, Nem. J’ai besoin de plus, ce que tu ne peux pas m’offrir. C’est bien mieux si je pars.


Elle eut soudainement le sentiment d’avoir tort. Lentement, elle abaissa la main. Elle n’avait pas le droit de le retenir. Il avait bien raison. Elle ne pouvait pas lui donner ce qu’il voulait. Et elle savait qu’elle jouait avec ses sentiments, mais elle n’avait pu se résoudre à fermer complètement la porte. Elle sentit sa gorge se nouer. Tedric replaça son sac sur épaule. Il savait que la discussion était terminée. Elle ne pouvait rien ajouter à cela. Il en avait marre d’attendre pour quelque chose qui ne se passerait jamais. Elle le savait. Elle soutint son regard, mais ne put rien ajouter. Il avait raison. Ils n’étaient plus des enfants depuis longtemps. Elle l’avait fait souffrir en lui refusant son amour, mais en répondant pourtant à ses avances. Et elle était allée voir ailleurs. Il ne l’avait jamais empêchée de passer son temps en bonne compagnie et elle n’avait jamais fait attention à ses désirs à lui. En fait, si. Elle en avait eu conscience et c’était bien pour cette raison qu’elle n’avait jamais osé faire quoi que ce soit. Une part d’elle l’aimait et elle avait eu peur de laisser ce désir brûler ses ailes. Alors, elle avait préféré en rester à des caresses inoffensives. Elle se sentait désolée, mais elle n’avait pas le droit de s’excuser. Et puis, ça ne changerait rien. Absolument rien à la vérité.

Avec un regard sérieux, il lui fit son dernier adieu. Il se pencha et posa un baiser sur sa joue. Puis, il se retourna. Alors qu’il descendait la passerelle, elle ne bougea pas. Puis, elle ne put s’y résoudre. Elle se lança à sa course.  

- Non, Tedric ! Attends !  

Devait-elle le laisser partir ? Elle ne savait plus. Elle ne pouvait pas être celle qu’il lui demandait, mais elle aimait l’avoir à ses côtés. Aussi égoïste que cette pensée puisse paraître, c’était la vérité. Elle appréciait la compagnie du jeune homme. Elle l’aimait beaucoup. Elle aimait son sourire, ses caresses et leurs moments intimes. Cependant, elle ne voulait rien de plus. Elle passa entre les gens, les questions tournant dans sa tête. Devait-elle simplement retourner sur le navire ? Regretterait-elle ce qui venait de se passer ? Elle ne savait plus, mais le destin sembla choisir pour elle. Il n’était nulle part. Elle ne le trouva pas. Il s’était évaporé. Nem s’arrêta et reprit son souffle en regardant les nombreuses vies qui se promenaient sur le port. Elle le savait pourtant. Elle avait toujours su que ce jour arriverait. Qu’il finirait par lui glisser entre les mains. Elle n’avait pas pu se résoudre à accepter une relation. Il avait raison. Elle ne l’aimait pas comme il l’aimait. Et pourtant, ce départ la faisait souffrir plus qu’elle n’aurait pensé.  

Après quelques minutes, elle s’obligea à abandonner cette recherche vaine. Elle prit une grande inspiration, oubliant la peine qui la guettait. Elle ferma les yeux, passa une main dans ses cheveux et replaça son chapeau. Puis, elle fit demi-tour, le cœur lourd. Cette histoire se terminait comme sa mère lui avait dit. Elle s’en remettrait, elle n’en doutait pas et un certain malaise prit place dans son cœur à cette pensée. Il était probablement mieux qu’il ne reste pas. Elle ne pouvait pas le rendre heureux. Pas dans sa façon d’être. Et elle ne pouvait pas changer pour lui. Elle était celle qu’elle était. Éternelle amoureuse des eaux et de son navire. Besoin de liberté et d’espace. Elle n’avait pas de place pour l’amour dans sa vie. Pour l’instant, elle se contentait bien de ce qu’elle avait. Et elle ne pouvait qu’espérer que Tedric trouve le bonheur qu’il cherchait. Avec un sourire vers le ciel, elle lui souhaita bonne chance et remonta sur le navire. Ignorant les questions des matelots, elle donna le signal du départ.
***
30 ans

Nem terminait le compte des boîtes de la cargaison, s’assurant que tout y était. Le dernier voyage venait d’être effectué et elle pouvait affirmer qu’il ne manquait aucun élément. Bien. Elle se tourna ensuite vers le marchand qui attendait patiemment près d’elle. Elle faisait affaire avec celui-ci assez régulièrement maintenant et il lui accordait sa confiance sans vérifier le contenu de chaque baril comme il le faisait avant. Ils échangèrent quelques banalités comme à l’habitude, des nouvelles sur l’Empire que Nem écouta d’une oreille distraite, puis elle attrapa la bourse que lui tendait l’homme. Elle soupesa le poids et rangea la bourse en se promettant de compter plus tard. Pour être bien certaine.

Une fois l’échange terminé, Nem fut invitée à boire un verre et elle ne put bien évidemment pas refuser. Ils avançaient tout en discutant des futurs échanges commerciaux, de ce que Nem pourrait lui procurer, pour quel prix et dans combien de temps. Ils avaient jeté leur dévolu sur une petite taverne près du port qui était très apprécié des marins en passage à Al-Chen. L’endroit était bien souvent rempli lorsque le soleil commençait à décliner, mais comme l’après-midi venait de commencer, c’était calme et il n’y avait pas grand clients. L’homme barbu au comptoir les accueillit avec un grand sourire et leur conseilla leur nouvelle bière à la framboise. Nem accepta avec joie d’essayer cette nouvelle boisson. Ses papilles dansèrent sous le goût sucré de la framboise mêlé à la bière douce. Elle reprit deux autres verres avant de remercier l’homme tout en annonçant son départ imminent. Elle ne comptait pas rester longtemps dans la ville alavirienne. Elle n’était que de passage pour livrer les biens et comptait reprendre la route. Elle avait encore quelques marchandises à livrer dans des villages plus au sud et ensuite, le Dragon des Mers mettrait le cap sur l’Amiralerie. Elle quitta donc la taverne en compagnie d’Enna et du maître d’équipage qui avait tenu à l’accompagner et se dirigea vers le navire tout en annonçant leur prochaine destination. Dès leur retour sur le navire, les ordres seraient donnés pour le départ.

Tout en marchant, Nem avait repris la bourse pour compter les pièces. Elle le faisait rapidement, sans attirer l’attention, et constata avec plaisir que le montant était bon. Elle rangea à nouveau la bourse et mit ensuite le cap sur le navire. Par contre, avant de se rendre à destination, la pirate fut interpellée par une voix qu’elle ne reconnut d’abord pas. Elle se retourna, la curiosité dans le regard, et lorsqu’elle réalisa qui lui faisait face, un petit sourire s’afficha sur son visage. Elle pencha la tête et salua de manière impertinente son navigateur préféré. Que lui voulait-il cette fois ? Sa mine renfrognée indiquait qu’il n’était pas très heureux de la croiser. Elle se demandait toujours pourquoi il continuait de lui parler si tel était le cas. Mais bon, ça l’amusait alors elle ne s’en plaignait pas. Il s’approcha d’elle avec le même regard méfiant qu’à chaque fois.

- Qu’est-ce que tu fais ici ? On n’veut pas te voir traîner dans les parages.

- Un simple échange. J’ai des clients ici aussi,
tu sais, répondit-elle en souriant.

- Tes cargaisons louches, tu peux les garder pour toi. On n’sait pas où t’es allée les chercher. Je sais que tu travailles dans le noir. J’peux juste pas le prouver encore.

- Je ne vois pas pourquoi tu m’accuses comme ça. C’est quelque chose que j’ai fait ?
continua-t-elle innocemment.

- C’est juste toi que j’peux pas sentir. T’es pas nette.

- Je suis offusquée. C’est tout ?

Le navigateur marqua une pause devant le peu de réaction de la capitaine. Ce n’était pas la première fois qu’il l’accusait ainsi et promettait de découvrir ce qu’elle cachait. Il n’avait pas encore avancé d’un simple pas. Il ne l’aimait tout simplement pas. Et même s’il n’était pas très loin de la vérité, elle ne le laisserait pas avoir raison. Ses marchandises étaient souvent légales, mine de rien. Et elle faisait affaire avec les îles Alines, mais ça restait secret. De toute façon, elle gardait toutes ses transactions sous secret professionnel. Tout de même, elle n’avait pas peur d’annoncer ses échanges avec l’Amiralerie. Elle ne passait pas souvent pour une navigatrice Alavirienne. Quelques fois seulement, mais la plupart de ses clients la prenait pour une fille de l’Amiralerie. Ça lui allait comme ça. Pourvu que personne n’apprenne son appartenance aux pirates Alines même si elle n’aimait pas cacher ses origines dont elle était fière. Elle ne faisait qu’omettre certains détails. Malgré tout, si quelqu’un lui posait directement la question, elle n’avait pas peur d’annoncer ses véritables origines. Mais le navigateur devant elle ne se doutait pas du tout d’avoir affaire à une pirate. Il croyait simplement dur comme fer que c’était une marchande de contrebande, alors que ce n’était pas réellement le cas. La plupart des contrebandes qu’elle revendait lui venaient directement de Fynn. Sinon, elle restait assez légale pour une pirate. Mais bon. Que ce soit légal ou non, pourvu qu’elle ait de l’argent dans ses coffres, c’était tout ce qui lui importait. Les sujets de politiques entre l’Empire, l’Amiralerie ou les Alines lui passaient très haut au-dessus de la tête. Tout ce qu’elle voulait, c’était étendre le plus possible son réseau commercial et garder ses coffres bien remplis. Le reste, elle s’en fichait.

Elle s’assurait de ne jamais faire de faux pas et elle ne s’inquiétait plus d’être démasquée. Elle gardait quelques cartes dans sa manche et surveillait chacun de leurs gestes et déplacements pour ne pas se retrouver dans une situation délicate. Elle faisait de son mieux pour éviter les autorités alaviriennes, juste au cas, mais s’ils l’abordaient pour affaire, elle n’hésitait pas à accepter avec le sourire. Elle reste en bon terme avec l’Empire malgré quelques accrochages, mais qui n’en a pas ?

Comme elle n’avait pas le temps de jouer avec l’homme devant elle, elle lui sourit innocemment en lui souhaitant bonne chance dans ses recherches. Puis, elle lui tourna le dos pour s’avancer vers son navire. Elle ne se retourna pas, mais elle savait bien qu’il pestait à l’instant même dans son dos et le rire d’Enna lui confirma. C’était ce qu’il faisait toujours après une altercation avec la capitaine du Dragon des Mers. Nem ne le prenait pas du tout au sérieux, mais elle n’allait pas non plus lui laisser une chance de s’approcher de la vérité. Elle chassa bien vite cette rencontre qui devenait presque une habitude lors de ses passages dans la région du Lac. Les navigateurs ne l’aimaient pas beaucoup, mais bon. Ce n’était pas avec eux qu’elle faisait affaire de toute façon. Elle grimpa sur le pont sans attendre et donna les dernières nouvelles. Cap sur le Sud.
***
31 ans

C’était toujours plaisant de retrouver les îles Aline. Son appartenance. Elle avait grandi sur les mers, son navire était sa maison, mais son port d’attache représentait une partie de ce qu’elle était. Une pirate Aline. Elle n’était pas une Alines de l’Amiralerie et encore moins une commerçante alavirienne. Le sang de pirate bouillait dans ses veines et même si elle appréciait le commerce avec l’Empire, qui se trouvait être enrichissant monétairement, elle n’en hésitait pas moins à contourner les règles de bienséances. Voler, pourquoi pas. Se battre, avec joie. Elle était pirate jusqu’au plus profond de son âme. Elle avait des alliés et des ennemis. Et les rancunes se gravaient dans son cœur, ne pouvant disparaitre totalement.
Elle avançait calmement, seule, au bord de l’eau. Elle avait marché longtemps et au loin, elle apercevait les étendards d’autres navires arrimés au port. Elle continua sa route pour s’en approcher. Le Dragon des Mers n’était pas parmi eux. Il était plus loin, haut et fier, seul à son quai. Les yeux qui se posaient sur son navire avec émerveillement lui gonflaient la poitrine de fierté. Elle ne voulait pas qu’il se perde entre les autres. Il méritait sa propre place. Et puis, ce serait plus pratiquer pour finaliser les quelques réparations. Elle l’avait donc laissé au soin du charpentier.

La lune était bien haute dans le ciel cette nuit-là. Elle laissait ses pensées vagabonder. Elle ne se pressait pas, car aucune obligation ne l’attendait, personne non plus. Les membres de l’équipage devaient traîner dans une taverne quelconque et certains restaient surveiller le navire. Nem avait passé le début de la soirée avec tout le monde à boire et manger, mais lorsque ses joues en feu avaient demandé la fraîcheur du soir, elle s’était éclipsée. Cela devait faire une bonne heure qu’elle se promenait autour de l’île. Elle commençait à se dire qu’elle pourrait retourner s’enfermer au milieu des boissons, mais un étendard retint soudainement son attention. Elle plissa les yeux pour bien distinguer le symbole qu’il affichait. Son cœur sembla exploser entre la douleur et la fureur lorsqu’elle reconnut le signe bien distinct de l’Espadon. Dents serrées, elle s’approcha du navire qui se reposait à son quai, tanguant tranquillement sous les vagues. Elle le détestait. Ce navire. Cet équipage. Ce capitaine. Elle les détestait. Leur chemin ne s’était pas croisé depuis la mort de Seiyah et c’était tant mieux pour eux. Maintenant, la seule envie qui la démangeait était de faire disparaitre ce navire dans les profondeurs noires de l’océan.

Elle avait appris qu’ils étaient responsables de la mort de sa mère. Alors qu’elle se rendait à une rencontre, ils lui avaient tendu une embuscade. Le tout n’avait été qu’un piège. Aucun ami, aucun échange. Un piège mortel. Malgré tout, Seiyah s’était bien défendue. Ils avaient retrouvé le corps du capitaine de l’Espadon, Baldwin, parmi les morts. Seiyah avait eu sa revanche avant de s’éteindre complètement. De ce que Thorsig avait supposé, Seiyah et Baldwin s’étaient entretués et la mère de Nem avait pu sortir de la cabane avant de fermer les yeux pour de bon. En apprenant la vérité, une fureur s’était répandue au creux du cœur de Nem, mais elle avait mis cette rancune de côté. Elle n’allait pas entraîner son équipage dans une chasse mortelle simplement pour se venger. D’autant plus que le principal concerner était déjà mort. Elle avait continué de vivre comme elle l’entendait. Mais maintenant qu’elle se retrouvait devant ce navire ennemi, c’était comme si le destin lui donnait sa chance.

Elle s’approcha discrètement. Sur le pont de l’Espadon, elle ne remarqua que deux matelots complètement ivres. Ils ne seraient pas durs à berner. L’un dormait presque sur la table. L’autre chantait aux étoiles sans se soucier de ce qui l’entourait. Les autres devaient très probablement être dans une taverne pour profiter de leur moment à terre. Nem sourit. Un sourire en coin qui affichait sans l’ombre d’un doute ses mauvaises intentions à l’égard de ce bateau. Elle se glissa dans les ombres de la nuit et monta sur le pont en faisant le moins de bruits possible. Personne ne la remarqua, mais personne ne se doutait que quelqu’un monterait sur le navire. Elle descendit à la cave sans rencontrer de résistance. C’était presque trop facile, mais elle n’allait pas s’en plaindre. Elle se rendit en fond de cale et découvrit ce qu’elle cherchait. Un coin sec et caché des regards. Un peu de paille, du bois sec et un peu de feu. La paille s’enflamma immédiatement et dès qu’elle entendit le bois en feu craquer, elle put remonter satisfaite.

L’étage au-dessus, elle reprit le même processus. Elle installa la paille avec du bois sec et jeta la chandelle qu’elle tenait dans ses mains. Le feu prit rapidement et ce ne fut pas bien long avant que les flammes ne viennent caresser le bois du navire. Nem n’attendit pas plus longtemps pour ressortir comme elle était venue. Sans être vue. Elle s’éloigna rapidement, le sourire aux lèvres, et en sentant son cœur battre avec jubilation. Elle se dirigea vers les collines et les falaises qui surplombaient la petite ville portuaire. Là-haut, elle se tint immobile. Le vent soufflait dans ses cheveux courts et elle n’attendait que de voir la première flamme orangée atteindre la surface. Avec le vent du large, ce serait un vrai carnage. Le feu s’étendrait si rapidement et deviendrait impossible à contrôler pour les deux hommes endormis par la boisson. Dans le ciel sombre, elle commençait à distinguer la fumée noire synonyme de danger brûlant. Un sourire carnassier s’afficha sur ses lèvres et, comme elle avait prédit, le vent s’empara du feu pour le répandre sur le navire.

Le mot finit par se passer et les gens des tavernes se retrouvèrent sur le port. Les pirates de l’Espadon essayèrent de leur mieux d’arrêter le feu et d’empêcher leur navire de sombrer dans les fonds marins. Mais il était trop tard. Lorsque les premiers rayons du soleil éclairèrent le port le lendemain, tout ce qu’il restait était une carcasse de cendre sur le sable chaud. Nem était de retour à son navire et commandait le départ avec une bonne humeur qui laissait présumer sa participation à ce feu « accidentel ». Ils mirent le cap sur le large et Nem jeta un dernier coup d’œil derrière elle. Adieu, adieu L’Espadon.
[...]
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Nem Jezakins
Capitaine Pirate Aline

Histoire


31 ans

Le Dragon des Mers revenait des territoires du nord de l’Empire. L’équipage ne s’y rendait pas très souvent, car le froid dérangeait la Capitaine. Cependant, le commerce avec les clans Thüls pouvait s’avérer intéressant. Elle transportait aussi la marchandise provenant d’Al-Far pour eux à un prix raisonnable ce qui pouvait leur épargner le temps d’un déplacement jusqu’à la ville. Elle ne traînait cependant jamais dans les territoires du Nord. Elle déchargeait les cargaisons et marchandait avec certains, puis le navire rebroussait chemin pour se diriger vers le Sud. C’était la même chose cette fois-ci. Les échanges s’étaient bien déroulés et le Dragon des Mers était en route pour Al-Far. Ils y feraient un arrêt bref pour réapprovisionner le navire et être payés pour la cargaison. Dans quelques heures, les remparts de la ville à la réputation douteuse apparaitraient à l’horizon. C’était déjà ça, mais Nem n’avait qu’une hâte et c’était de retrouver les eaux du sud. Elle attendait avec impatience le moment où elle pourrait retirer cette lourde veste de ses épaules. Et encore, elle avait de la chance que ce soit l’été. Il faisait un peu moins froid. Mais pas assez à son goût. Elle voulait revêtir ses habits légers, laissant ses épaules griller sous le soleil chaud et pas être étouffé par d’immenses vêtements chauds. Enfin, dans une semaine à peu près, elle y serait. Et puis, le commerce valait la peine de patienter un peu au froid.

Enfin, après quelques heures telles que prévu, le navire accosta à Al-Far. Nem s’enquit de quelques échanges, ramassa son dû pour le transport de marchandises et s’assura du bon ravitaillement. Ils étaient presque prêts à repartir lorsque la capitaine remarqua un homme qui la fixait depuis un moment. L’homme lissait sa courte barbe noire parsemée de blanc en la détaillant de son regard gris. Posant une main sur sa hanche, la pirate posa un regard méfiant sur l’homme. Un petit sourire satisfait apparut sur les lèvres de l’homme et il s’approcha calmement. Nem garda son air méfiant en le détaillant. Il ne fallait jamais être trop prudent avec les gens d’Al-Far. Elle reconnut la posture droite et fière des nobles d’Al-Jeit et ses habits criaient le luxe à qui le voulait. Ses doigts étaient décorés de bagues et bijoux étincelants. Que faisait-il à Al-Far ? Fut la première question de la pirate. Que lui voulait-il ? Fut la deuxième. Elle attendit sans parler. L’homme d’une cinquantaine d’années s’arrêta devant elle. Il devait bien la dépasser d’une tête, mais ne l’intimidait pas le moins du monde. Il la salua d’un mouvement de tête avant de prendre la parole.

- Capitaine Jezakins, c’est bien cela ? (Nem ne répondit pas tout de suite, mais soutint son regard) J’ai entendu parler de vous. Je me nomme Gwilherm Mil’Onen.

- Que me vaut l’honneur ? Répondit-elle simplement avec ironie.

Elle ne prenait pas les rôles au sérieux. L’étiquette alavirienne ne l’avait jamais préoccupée, ce n’était pas maintenant qu’elle allait commencer. Elle se fichait bien d’être devant un noble, un marchand ou un fermier. Tout ce qui importait était l’argent qu’il y avait à faire. Son air défensif le fit rire et il continua :

- J’aurais besoin de vos services pour gagner Al-Jeit rapidement. Vous vous dirigez bien vers la Capitale, n’est-ce pas ?

- En effet, mais le voyage n’est pas donné.

- Cela n’est pas un problème,
lui annonça-t-il.

Il lui tendit une bourse que Nem attrapa d’une main. Elle l’ouvrit pour découvrir avec bonheur plusieurs branches d’argent.

- Et vous aurez le reste à votre arrivée à Al-Jeit.

Nem posa son regard pâle sur l’homme avec une lueur d’intérêt dans ses pupilles.

- C’est d’accord,
dit-elle simplement.

Elle lui serra la main, ce qui scella l’entente, et appela deux matelots pour monter les effets personnels du noble dans le navire. Puis, elle se tourna pour remonter sur le pont. Le départ allait être donné et il valait mieux s’assurer que tout était prêt. Elle indiqua aussi la cabine où poser les valises du noble et avec bonheur celui-ci ne la dérangea pas de nouveau. Le départ se fit et le Dragon des Mers prit la route d’Al-Jeit. Nem avait plus que hâte de quitter le froid du Nord.

En soirée, la Capitaine se promenait sur le pont, saluant les matelots à leur poste, s’informant des conditions et de leur avancée vers la Capitale. Elle traînait près de la poupe lorsqu’elle fut rejointe par le noble. Elle lui jeta un regard en coin, mais n’engagea pas la discussion. Celui-ci fit un tour et s’arrêta finalement près d’elle. Il resta un moment silencieux. Nem ne lui accorda pas plus d’attention. Il engagea finalement la discussion sur des banalités. Sur le commerce, la vie de navigateur. Nem répondait, sans savoir où il voulait en venir. Il n’avait pas l’air du genre de personne qui se sentait obligé de faire la conversation et elle ne se montrait pas très ouverte à la discussion non plus. Alors pourquoi voulait-il lui parler ? Nem avait pensé qu’il resterait dans sa cabine ou peut-être qu’il se promènerait sur le pont durant la journée, mais elle avait pensé être tranquille le soir venu.

- Vous n’êtes pas la première pirate Aline que je rencontre, Capitaine.

Nem s’immobilisa soudainement et tourna lentement son regard vers le noble. Elle ne s’attendait pas du tout à cela et il venait de la surprendre. Voyant son air curieux, il sourit et pointa son cou.

- Il est subtil, mais je sais reconnaitre un tatouage Aline lorsque j’en vois un.

Nem ne sut pas comment réagir. Ce devait être la première fois qu’un Alavirien faisait un commentaire sur son tatouage, qui ressemblait plus à une tâche de naissance pour certains. Elle resta silencieuse en dévisageant la personne devant elle, essayant de comprendre ses motifs. Pourquoi lui annoncer de cette façon qu’il connaissait ses origines, que voulait-il avoir en retour ? L’air de la pirate l’amusa et il laissa un rire envahir le silence. Il reprit ensuite la parole.

- Je n’ai aucune mauvaise intention, Capitaine Jezakins. Je choisis simplement mes relations. Et vous avez attiré mon attention. Je suis certain que nous pouvons nous attendre sur certains points.

Un sourire prit place sur son visage et Nem écouta la suite avec attention. Elle était de plus en plus intriguée par le personnage. Il n’agissait pas de manière aléatoire. Au contraire, il contrôlait le moindre de ses faits et gestes avec un objectif derrière. Il avait entendu parler de la femme comme commerçante navigatrice. Certains la pensaient alavirienne, d’autre de l’Amiralerie. Mais après l’avoir vue, il avait su que la vérité était tout autre. Ce qui l’avait davantage attiré vers la femme. Son nom à lui était connu, il tirait les ficelles de plusieurs pantins et certaines fois, il ne pouvait pas avoir ce qu’il voulait de façon honnête. Mais il lui fallait des gens de confiance, pas de simples et ridicules brutes. Son passage à Al-Far concordait par coïncidence avec celui de la pirate. Il avait donc décidé d’employer ses services pour atteindre Al-Jeit plus rapidement tout en se faisant une idée par lui-même. Il n’était pas déçu. Ils parlèrent un bon moment et Nem apprécia rapidement l’homme aux grandes ambitions. Elle apprit qu’il était un dessinateur de l’Académie très doué et qu’il était haut placé à la cour.

Les jours suivants, ils continuèrent à discuter de leur ambition respective, en se gardant de tout mettre sur la table, et de ce qu’ils pourraient s’apporter l’un et l’autre. Nem accepta sa demande pour lui apporter les trésors qui ne lui serait d’aucune utilité et Gwilherm lui promit de belles sommes pour ses efforts. Il appréciait l’honneur qu’il voyait elle et sa façon de mener son équipage. Il put aussi constater le respect que lui accordaient les hommes de son entourage et même les marchands avec qui elle faisait affaire sur le chemin vers Al-Jeit. Ses origines pirates ne le dérangeaient pas du tout, et l’arrangeaient même d’un certain point. Il savait pouvoir compter sur ce genre de personne qui ne jurait que sur son honneur et non sur les lois alaviriennes pour se procurer ce qu’il lui manquait. Et puis, il l’aimait bien.

Ils arrivèrent à Al-Jeit quelques jours plus tard. Comme promis, Gwilherm lui donna une autre bourse bien remplie pour le voyage et Nem afficha un grand sourire en la recevant. Elle avait encore quelques petites choses à faire dans la capitale, mais elle comptait bientôt reprendre la route vers les îles Alines. Un peu de repos les attendait et elle devait aussi finaliser certains contrats. Elle accompagna l’homme un moment et lorsqu’elle s’arrêta pour faire demi-tour, il la salua d’un signe de tête.

- Capitaine. Vous avez un allié puissant à Al-Jeit. N’hésitez pas à venir me voir si vous avez des problèmes avec les autorités alaviriennes. Tant que nous faisons affaire ensemble, il est dans notre avantage à tous les deux de vous garder loin de la pendaison, n’est-ce pas ?

- J’en prends note. Je passerais dire bonjour lors de mes passages à Al-Jeit si ça en vaut la peine.


Avec un grand sourire moqueur, elle salua le noble et reprit le chemin de son navire. Elle était ravie de la tournure des événements. Avoir un contact fiable et puissant dans la capitale était quelque chose qu’elle n’avait pas pensé, mais qui pouvait s’avérer très utile. Il devenait l’un de ses clients les plus importants et elle comptait bien lui réserver ses meilleures trouvailles pour une jolie bourse et une protection était toujours appréciée. En remontant sur le navire, elle annonça le cap sur le sud avec joie.
***
32 ans

C’était une soirée fraîche et humide. Le navire était accosté au port de ce village naval alavirien. Le vent rappelait l’hiver qui venait de terminer, mais l’équipage ne le ressentait aucunement, entassé dans une petite taverne aux arômes épicés. La nuit était bien avancée, la lune bien haute et les verres toujours remplis. Assise à une table bien tranquille, la pirate buvait son verre en écoutant les hommes chantés sans se soucier de leur talent quasi inexistant. Elle ne se mêlait pas à la foule, observant sans plus, mais un des matelots s’approcha finalement d’elle. Il prit place à ses côtés et un grand sourire s’affichait sur son visage. La boisson lui était montée à la tête et il demanda d’une voix forte :

- Une histoire Capitaine ?

Un petit sourire qu’elle cacha derrière son verre apparut sur le visage de Nem.

-Une histoire ? Laquelle ?

Les membres de l’équipage qui écoutaient crièrent chacun l’histoire qu’il voulait entendre dans une cacophonie incroyable. Certains se disputèrent pour voir son choix approuvé et d’autres continuaient simplement de crier celle qu’il voulait. Cette situation l’amusa, mais elle avait déjà choisi son récit. Elle se leva, verre à la main, et s’avança devant l’assemblé. D’abord, ce ne fut que les pirates de son équipage qui se plongèrent avec elle dans le récit, puis le reste des clients finirent par s’approcher avec curiosité. Elle racontait en captivant un peu plus à chacun de ses mots les clients de la taverne.

Les minutes, les heures passèrent. Elle était assise sur le comptoir de la taverne et personne n’avait cru bon de l’y en déloger. Les grands gaillards l’entourant s’en fichaient bien et du haut de son comptoir, elle les surplombait avec satisfaction. Un verre à moitié plein à la main et un sourire au coin des lèvres, elle les observait se disputer pour une bricole sans importance. La dispute venait d’éclater, la coupant dans l’élan du nouveau récit qu’elle avait entamé. Les hommes saouls ne restaient jamais concentrés bien longtemps. Il fallait tout un talent pour accaparer leur attention. Ou bien des formes au bon endroit. Et par chance, elle avait les deux.

- Taisez-vous bande de bougres si vous voulez l’entendre, cette histoire !
 
Elle avait parlé rudement, mais la lueur amusée ne quittait pas son regard. La dispute déjà oubliée, l’attention de tous se porta sur elle. Tranquillement, elle but une gorgée du rhum qu’elle tenait à la main sans quitter des yeux l’assemblé amassé devant elle. Jambes croisées, regard malin, elle savait les avoir captivés à nouveau.  

- Alors, reprit-elle. Comme je disais, le navire filait sur le fleuve, le soir était tombé depuis peu, mais tout le monde s’était accordé pour avancer le plus loin possible. Le voyage ne faisait que commencer. Et comme pour leur donner un peu de chance avant cette nouvelle aventure, une Dame avait décidé de saluer l’équipage. Seuls les plus chanceux purent apercevoir, dans le noir de l’océan, les reflets argent de la lune sur sa peau lisse...  

Elle replongea dans son récit, enfermant l’attention de chaque personne présente dans ses mots, ses phrases, son histoire. La soirée était avancée, mais tant que le soleil n’était pas levé, ils avaient du temps.

Quelques heures plus tard, elle avançait sur le quai pour rejoindre son navire lorsque Barthèn l’interpella. Elle posa son regard sur l’homme qui descendait du Dragon des Mers. Il s’approcha d’elle et en silence lui tendit une enveloppe. Avec curiosité, Nem l’attrapa. Son nom était écrit délicatement sur le papier. Elle déchira le haut de l’enveloppe pour voir ce qu’elle contenait. Une lettre, un croquis et une petite carte. Elle observa le croquis d’un poignard et la carte qui informait sur différents trajets. Elle regarda la lettre. La signature toute au bas était celle de sa mère. En le réalisant, elle leva le regard rapidement vers Barthèn qui haussa simplement les épaules. Il lui expliqua qu’il était tombé là-dessus en triant l’une des boîtes de Seiyah que Nem avait simplement poussée dans un coin sans jamais retoucher. La capitaine hocha la tête. Elle n’avait jamais osé regarder les lettres et papiers personnels de sa mère. Elle n’avait pas pu se résoudre à les jeter non plus. Elle reporta son attention sur la lettre.

« […] Nem, peux-tu faire une dernière chose pour moi ? Je n’ai jamais réussi à mener à bien cette tâche. Je suis certaine que tu le pourras. Trouve-le. C’est important pour moi. Pour toi. Retrouve-le s’il te plait. »

Elle ne comprenait pas pourquoi. Sa mère ne lui en avait jamais parlé. Barthèn ne savait pas. Elle devrait fouiller dans les affaires de sa mère pour comprendre ce que c’était. Elle allait le retrouver. Pour Seiyah. Pour sa mère. Une nouvelle aventure se profilait à l’horizon. Et elle était certaine que ses relations commerciales lui seraient utiles pour en apprendre plus.


Pardon pour ce pavé
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Kyllian Steredönn
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Bienvenue en Gwendalavir


Bienvenue sur le forum, Nem !
*distribue des cookies de bienvenue*

Je suis tellement heureuse que tu ai décidée d'adopter ma petite Nem! J'adore ce personnage et j'avais hate de la voir jouée ♥ Bravo également pour avoir posté une fiche terminée et aussi complète, vraiment ca fait plaisir à voir. J'ai la maladie des pavés moi-même, donc t'inquiète pas Face Oh et une canadienne, comme moi, ca fait plaisir à voir, on est des oiseaux rares sur les forums RPG xD

Je valide ton code, et je tente de corriger ta fiche le plus rapidement possible ;)

Je t'invite à consulter l'Encyclopédie si tu as des questions sur l'univers de Gwendalavir.
Tu peux également aller jeter un œil au guide du Nouveau Joueur pour t'aider à bien débuter sur le forum.
Finalement, tu peux aller faire une demande de parrainage si tu en ressens le besoin.

N'hésite pas à me contacter personnellement par MP pour toutes demandes ou questions !




Administratrice aux cotés de Syane Ril'Devah
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Nem Jezakins
Capitaine Pirate Aline
Ouii ! J'ai finalement posté cette présentation ! houray
J'espère que Nem vous plaira toujours sous ma plume thatlook J'ai adoré écrire son histoire ♥

Bon courage pour les corrections !
Et Merci ^^
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Eleanor Nil'Lysah
Maître Marchombre
Aaaaaaaaaaah je ne suis que joie et hystérie Oh oui ! Ourzy hug ! Re-bienvenue mon chaaaaaat !!!! ♥
Depuis le temps qu'on l'attend et depuis que je sais que tu vas la prendre thatlook

Tu m'en veux pas si je lis ton ENORME pavé appétissant demain ? Quand j'aurais le temps ? /vamourir

En tout cas je ne suis qu' hystérie de voir une des rares femmes que Kaïllane aime être jouée Oh oui !



Merci merci merci merciiiiiiiiiii Aki !!! ♥

I'm a Gourou. The Gourou Of Music. Cool !



Tous mes moi:


PAILLEEEEEEEEEEETTES:
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Kyllian Steredönn
Dresseur de chiens de traineau
Fiche Validée


Ce fut un réel plaisir de te lire, comme toujours! Ta plume est fluide et agréable, vraiment, le pavé s'est lu tout seul ♥ Sans compté que tu a compris le personnage à la perfection, l'emmenant encore plus loin que j'aurais pu l'espéré. Tu as rendue Nem humaine en te l'appropriant, et déjà que j'aime d'amour ce petit bout de pirate, je l'adore maintenant qu'elle est à toi :bouhou: Les passages avec Fynn sont parfait également, j'ai encore plus hâte maintenant qu'on puisse discuter de leur lien actuel. Je te réserve un petit RP entre Alines, d'ailleurs, si cela t'intéresse ♥

Bref, cette fiche étant très complète et parfaite, je peux la déclarer officiellement VALIDÉE !

N'hésite pas à faire ton journal de personnage.
Tu peux également faire une demande de RP et une demande de lien.
Enfin, tu peux allez jeter un œil aux quêtes !

L'équipe administrative reste toujours disponible pour toutes demandes ou questions.
Bienvenue encore parmi nous et bon jeu !




Administratrice aux cotés de Syane Ril'Devah
Aperçût de mes personnages:
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Nem Jezakins
Capitaine Pirate Aline
Ohh, merci merci ! Je suis vraiment contente thatlook
Nem était déjà un personnage merveilleux et dès que Je l'ai vue, j'ai eu le coup de foudre. Je pouvais pas la laisser là. Ce Rp, Je le prends avec plaisir ! Réserve-le moi Ha ha ! Et Je suis dispo quand tu veux pour discuter lien ^^


Mais oui, prends ton temps ma Lea Hi hi ! Je comprends que ça peut être décourageant en regardant comme ça xD Tu me donneras ton avis quand tu auras terminé, si tu veux bien. Hug Et on développera le lien d'amitié entre ces deux pirates épiques *^*
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Syane Ril'Devah
Frontalière
Bienvenue à toi, jolie Nem ! Happy 2

Ce personnage est tellement badass. Bon, malheureusement, je n'ai pas encore pris le temps de lire la fiche mais je suis sûre que ce sera top !

On va avoir un petit lien négatif avec un autre pirate, qui est mon QC : Ross Crainn. Face


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Elleynah Bàthory
Maître Marchombre
AAAAAAAAAAAH NEM Ourzy hug ! In love Happy 2

Je n'ai malheureusement pas le temps de tout lire maintenant, mais rien que le début... ** Depuis le temps que tu es sur cette fiche, j'ai hâte de lire thatlook

(Faudra qu'on fasse un rp avec ce compte aussi)

In love !



Merci Aki pour le kit *-*
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