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Forum de RP dans le monde d'Ewilan, de Pierre Bottero. De nombreuses années ont passé depuis les aventures d’Ewilan et de ses compagnons et l’Empire a plus que jamais besoin de votre assistance.


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L'homme est un loup pour l'homme [Luanllō Nil'An, Kyllian Steredönn & Eïleen Mirshaï]

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Eïleen Miyrshaï
Sculptrice sur bois
Cela fait longtemps que tout ce que je connais a disparu derrière moi. Au fil du temps, les arbres ont pris une apparence et une couleur que je ne connais pas. Ambre et Automne, les deux loups qui m'accompagnent, ont adopté un comportement plus méfiant. Je sais qu'ils ne sont pas rassurés de s'engager ainsi dans un endroit qu'ils ne connaissent pas. Et en même temps, tout comme moi, ils sont curieux. Curieux de savoir ce qu'il y a là-bas, au-delà de ces frontières que l'on a toujours connu. Y a-t-il d'autres humains comme moi ? Y a-t-il d'autres loups comme eux ? Est-ce que c'est grand, dehors ?

Malgré tout, une pointe de peur cisaille ma poitrine. Je ne sais pas à quoi m'attendre. Mon coeur bat à un rythme régulier, mais le moindre bruit l'affole. Je ne suis jamais partie aussi loin de chez moi, auparavant. C'est à la fois excitant et étrange. Je suis sur le dos d'Ambre, ce qui ne semble pas déranger la louve dans sa progression. Elle a l'habitude de me porter, depuis tout ce temps. Automne non plus n'est pas entravé dans ses mouvements, et pourtant, il porte sur son dos toutes mes affaires, dans deux gros paniers que j'ai fabriqué pour l'occasion. A l'intérieur, il y a beaucoup de bois, parce que je ne suis pas sûre d'en trouver là où l'on va, et je veux continuer à sculpter. Il y a aussi les affaires de maman. Je n'ai pas pu les laisser là-bas, surtout que je ne sais pas quand je reviendrai.

Le soleil est déjà haut dans le ciel lorsque j'entends mon ventre gronder. Ambre relève la tête vers moi, d'un air interrogateur, et je lui fais un signe de tête. Elle s'arrête, et je descends de son dos. Quelques minutes plus tard, elle revient avec notre repas entre les crocs. Nous mangeons tous les trois la viande fraîche, encore ruisselante de sang. En mémoire de l'animal sacrifié, je trace des traits sur mon visage avec son sang. C'est un rituel que ma mère m'a apprise quand elle était encore en vie. Il faut toujours respecter les animaux et la nature. Il n'y a rien de plus grand et de plus fort que la nature, et sans les animaux, nous ne serions rien. Nous avons besoin d'eux pour vivre.

Lorsque nous sommes rassasiés, je remonte sur le dos d'Ambre et nous repartons. Les loups ont le poil maculé de sang, et moi, j'en ai partout sur la peau. Il n'y avait pas de ruisseau pour que je puisse me nettoyer. Mais ça n'est pas grave, je le ferai plus tard. Au fil de notre avancée, les arbres deviennent de plus en plus espacé. Cela fait longtemps que nous sommes sortis de la forêt profonde, mais à ce rythme, il ne va bientôt plus y avoir d'arbres. Cette idée m'effraie. Je ne sais pas ce qu'il peut y avoir d'autre que les arbres.

Lorsque Ambre et Automne dresse les oreilles sur leurs têtes, je me redresse moi aussi. Ils ont entendu un bruit. Un bruit anormal. Lentement, je rabats mon masque en bois sur mon visage, et j'attrape ma lance. Une brise tranquille se lève, et mes loups comprennent qu'il faut ralentir. Brusquement, Ambre commence à grogner. Je suis quasiment debout sur son dos, à l'affut du moindre mouvement devant nous. Et soudain, je la vois. La silhouette, juste là. Mes yeux s'agrandissent tandis que je l'observe. Mon coeur accélère dans ma poitrine, et une certitude naît en moi. Je ne suis pas seule.


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Luanllö Nil'An
Maître Marchombre
Tous les sens en éveil, Llö laissait son regard parcourir l’horizon avec une admiration non feinte. Si elle finissait toujours par revenir vers l’océan et ses merveilles, ces paysages nordiques ne la laissaient toutefois jamais indifférente. Ces immenses sommets enneigés, ces montagnes infranchissables qui s’élevaient vers le ciel avec un mélange subtil de force et de grâce, ce parfum d’aiguilles de pin qui plainait dans l’air en permanence : au beau milieu de ces contrées sauvages et vierges de toute présence humaine à des kilomètres à la ronde, la jeune femme avait l’impression de pénétrer dans un autre monde. Littéralement.

La Marchombre coula son regard derrière son épaule pour croiser celui de son compagnon de route. Les yeux brillants de bonheur, elle lui décocha un immense sourire, pétillant et rayonnant. Elle était vraiment heureuse de pouvoir faire ce petit bout de route avec son ancien amant, même si ces moments passés ensembles réveillaient en elle des sentiments qu’elle aurait voulu garder enfouis très profond. D’ailleurs, elle s’efforçait de ne pas y penser ; elle avait bien remarqué cette tendresse et cette étincelle d’amour qui s’allumait dans le regard de son ami à chaque fois qu’il posait les yeux sur Aelya. C’était vraiment mignon, et Llö se surprenait quelquefois à espérer, qu’un jour, quelqu’un la regarde de la sorte. Rien que d’y penser, la jeune femme sentit ses joues prendre une teinte rose soutenue et elle secoua alors vivement la tête comme si de rien n’était.

La caravane était bien arrivée à destination et le travail de Kyllian s’arrêtait là pour l’instant, mais avec Llö, ils n’avaient pas attendu longtemps avant de reprendre la route. Le jeune homme avait besoin d’apprendre à connaître son fils, d’appréhender sa toute nouvelle paternité. Paternité qu’il avait tout de même apprise dans des circonstances un peu spéciales : contrairement à beaucoup de futur parents qui avaient de longs mois pour se préparer à ce tournant radical que prendrait leur vie, son ami, lui, n’avait eu que quelques secondes pour le comprendre et l’accepter. La jolie Faëlle ne se voyait vraiment pas repartir de son côté en laissant son ancien amant faire face tout seul à son tout nouveau rôle de père. Même si elle avait souvent regretté la présence du Thül tout au long de sa grossesse, elle n’avait jamais été seule. Son père, sa famille, ses plus proches amis, tous avaient été là pour répondre à ses interrogations et ses angoisses et aujourd’hui, c’était à son tour de rassurer Kyllian. Elle n’en doutait pas, il faisait déjà et ferait toujours un père fantastique pour Adalrick.

*


Le soleil était haut dans le ciel, même si la mi-journée était passée d’une bonne heure ou deux. Allongée sur les pierres chaudes, les pieds dans l’eau de la rivière, Llö appréciait la douce chaleur des rayons du soleil qui réchauffait sa peau nue. Un bras sous sa nuque, les yeux mi-clos, la jeune femme poussa un soupir d’aise. Ses seins lui faisaient moins mal maintenant que le petit avait tété avec un appétit qui lui tirait à chaque fois un sourire attendri. Et qui étonnait toujours autant son père. Les deux compagnons de route s’étaient arrêtés dans un petit bosquet, près duquel coulait, en contrebas, une petite rivière. Ils ne savaient pas réellement où ils allaient ; à vrai dire, Kyllian appréhendait sa toute nouvelle paternité et Llö s’attendrissait chaque jour un peu plus en voyant le père et le fils se découvrir doucement. C’était ça, la vraie liberté : profiter des petits instants magiques qu’offrait le présent.

Cependant, quelque-chose n’allait pas. La Marchombre rouvrit les yeux, tous les sens en alerte, mais ne pris pas la peine de se relever – pas maintenant, du moins. Les abords de la rivière étaient bien trop calmes pour que cela soit naturel. La jeune femme se redressa sur un coude en sondant de son regard gris clair les fourrés. Rien. Pas un bruissement. Pas un mouvement. Pas un bruit. Cela pouvait tout aussi bien être un prédateur un peu curieux, alors Llö haussa simplement les épaules toute seule, avant de se rallonger. Mais cette impression d’être observée était plus forte. La jolie Faëlle décida finalement de se relever lorsqu’au loin retentirent les aboiements des chiens de Kyllian : Kaya, Iki… Ils avaient senti quelque-chose. Ou quelqu’un. La jeune femme restait étonnement calme et sereine, bien qu’un peu méfiante tout de même. Sans mouvement brusque, mais prête à réagir au moindre danger, elle remonta un peu plus sur la rive de la rivière, là où elle avait laissé ses vêtements en tas. Au moment même où ses doigts se refermèrent sur le manche de son poignard, Kaya bondit à ses côtés, avant de filer en trottinant à quelques dizaines de mètres en amont de la rivière. Elle aboyait bruyamment, grognait.

Llö retint la chienne par le collier in-extremis. Elle venait d’apercevoir deux loups d’une taille imposante : Kaya n’aurait jamais fait le poids ! Son regard se posa sur la fille qui se dressait entre les deux prédateurs qui semblaient lui obéir : elle avait le visage couvert par un masque de bois étonnant et ressemblait à une parfaite sauvageonne ! Mais ses grands yeux d’un brun chaud l’observaient avec une telle curiosité que la Marchombre rabaissa doucement sa garde. C’était une gamine et elle n’avait pas l’air bien dangereuse. Juste un peu surprenante dans cet accoutrement. Elle donnait clairement l’impression de venir tout droit d’une autre planète. La jeune femme se demanda même un instant si elle ne nageait pas en plein délire. En plein rêve. Peut-être le soleil avait-il tapé un peu trop sur sa tête ?

Secouant toute seule la tête, Llö jeta un bref coup d’œil par-dessus son épaule pour croiser celui de son ancien amant, brillant de surprise et d’étonnement. Elle observa encore un instant sa réaction, avant de reposer son regard sur la fille. Non, apparemment elle ne rêvait pas ! Cette gamine était bien réelle. La Marchombre hésitait à faire un pas vers la fille, mais elle pouvait tout aussi bien les attaquer ou s’enfuir en courant. Pas la peine non plus d’essayer de lui parler, il y avait de grandes chances qu’elle ne comprenne même pas leur langue. Alors la jeune femme ne bougea pas. Ne parla pas. Elle retint juste son souffle en laissant la fille faire un premier pas.




Océan, miroir de mon âme
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Kyllian Steredönn
Dresseur de chiens de traineau
Les choses sont compliquées. Incroyablement plus compliquées maintenant qu’il y a à peine quelques semaines, à vrai dire. Mais pour tout avouer, Kyllian n’échangerait pas ces complications pour sa vie d’avant, ni même pour tout l’or du monde. Il est encore maladroit, à l’impression d’avancer sur un chemin sans lumière et il ignore de quoi son avenir sera fait, mais il est heureux. Vraiment heureux.

Ils n’ont pas encore tout prévu. Difficile de le faire, de toute façon, avec leurs deux rythmes de vie complètement nomade et non-orthodoxe. Elle marchombre, fille des eaux du sud, et lui guerrier thül, fils du nord. Mais ils prennent les choses un jour à la fois pour l’instant. Ils n’ont pas besoin de plus.

Le vent qui balaye la région, faisant voler quelques rafales de sable et de poussière de la terre sèche du nord de l’Empire, fait momentanément plisser les yeux à Kyllian. Par réflexe, as tout à fait encore par habitude, il relève le bras afin de protéger les yeux et le visage d’Adalrick. Callé contre son torse, dans une grande écharpe bleue nouée autour de ses épaules et de sa hanche, le nourrisson dort à point fermé. Kyllian suspend un instant son geste pour contempler son fils et laisse un sourire heureux et ému se dessiner sur son visage.

Il arrive encore à y croire difficilement. Sorti de nulle part, sans avertissement, sans préparation, Adalrick a été une bombe dans sa vie. Une bombe de bonheur que Kyllian ne sait pas encore très bien comment gérer. Llö lui apprend jour après jour à s’occuper de lui, comblant les lacunes de ses compétences, mais pour Kyllian qui a toujours adoré les enfants et voulu une famille, tout vient assez naturellement. C’est plutôt le fait de réaliser qu’il est père qui met du temps à se forger une place dans son esprit, malgré l’amour incommensurable qu’il ressent déjà pour cette petite boule de vie.

Le thül reprend sa tâche, finissant de ranger les bols vides de nourriture pour ses chiens. Ces derniers, heureux d’avoir le ventre plein et d’être libres, courent en jappant joyeusement autour du campement. L’atmosphère légère se tend soudainement et Kyllian relève la tête vers ses chiens soudainement silencieux en fronçant les sourcils. Zuko, qui est tout près de lui, se met alors à grogner, et Kyllian le fait taire d’un petit sifflement. Il n’a malheureusement pas le temps de rattraper Iki et Kaya qui s’élancent droit dans la direction qu’a prise Luanllö un peu plus tôt. Kyllian réussit à rassembler rapidement autour de lui le reste de sa meute puis se dirige au pas de course dans la même direction.

Lorsqu’il arrive enfin sur les bords de la rive, Kyllian ne voit d’abord pas ce qui excite autant ses chiens, mais avise plutôt une Llö complètement nue. Son premier réflexe est d’ouvrir la bouche de surprise, tel un brochet, puis de se couvrir les yeux d’une main.

« Par le Dragon, je suis désolé. »

Il sent le rouge lui monter aux joues et un malaise s’emparer de lui. Il connait le corps de Luanllö, plus que bien même – le contraire serait étonnant avec la présence de leur fils contre sa poitrine – mais Kyllian et la marchombre ne sont pas un couple, ils ne l’ont jamais été, et ils ne sont plus amants. Le cœur du Thül bat même plutôt pour une autre, à vrai dire, ce qui rend ce spectacle pourtant loin d’être désagréable relativement compliqué.

Les jappements et grognements soutenus de ses chiens lui font néanmoins baisser sa main et froncer de nouveau les sourcils alors qu’il tente de comprendre ce qui se passe. Ce n’est pas Llö qui les rend ainsi, les chiens sont habitués à elle, et ils semblent d’ailleurs regarder plus loin, vers la forêt plus dense…

Lorsque les yeux de Kyllian se posent enfin sur la silhouette des deux grands loups blancs du nord qui se détache à peine de l’arrière-plan, son cœur rate un battement et il resserre sa prise sur son fils, dans un geste protecteur. Parmi tous les dangers qui courent les contrées du nord de Gwendalavir, et si les goules sont celles qu’il déteste le plus, les loups du nord sont ceux qu’il craint par-dessus tout. La raison est d’ailleurs très simple : sa meute. Entre chiens et loup, il n’existe pas de bonne entente. Sans compter que malgré le fait que ses chiens thül soient d’énormes boules muscles et de crocs, Kyllian sait qu’ils ne pourront jamais faire le poids face au prédateur ultime des plaines enneigées.

Le thül pousse rapidement un sifflement strident et la meute se resserre autour de lui. Iki et Kaya reviennent à ses côtés également, mais l’attention de tous les canidés reste centrée sur les deux loups. Kyllian garde un œil particulier sur la forme blanche de Zuko, le plus agressif et territorial de ses chiens, alors qu’il s’approche à pas lents vers Luanllö, évitant tout mouvement brusque.

Il remarque alors la présence d’une jeune fille, entre les deux loups, et un sentiment d’urgence le saisit encore plus à la poitrine. Son premier réflexe est de vouloir l’aider, la secourir, mais quelques secondes de plus à l’observer lui apprennent que la jeune fille n’est pas en danger, loin de là. L’étonnement le plus total remplace l’urgence et la gravité sur ses traits, et Kyllian tourne ses iris acajou vers ceux d’un magnifique bleu clair de Llö.

« Dis-moi que je n’hallucine pas et que tu vois la même chose que moi. »




Administratrice aux cotés de Syane Ril'Devah
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Eïleen Miyrshaï
Sculptrice sur bois
Je ne suis pas rassurée. Les choses prennent une tournure que je n'aime pas, et j'ignore comment je dois réagir. Les loups sentent que quelque chose ne va pas, et moi aussi je le sens. C'est une sensation nouvelle, que je découvre comme un premier poison. C'est un frisson qui secoue mon corps et mon coeur, mais il n'est pas dû au froid. Après quelques instants où je n'ose pas bouger, je vois un petit loup se diriger vers nous à toute vitesse. Automne se ramasse sur lui-même, prêt à bondir, et je fronce les sourcils. Il ne faut pas que les loups bougent ! Le vent se lève de plus belle, et secoue leurs pelages blancs. Presque instantanément, ils obéissent et semblent se calmer. Le petit loup étranger a été retenu par la silhouette, et j'en vois une seconde se dessiner juste derrière elle.

Je reste bouche bée devant ces deux êtres que je ne vois pas très bien. J'ai envie de m'approcher, mais mon coeur bat à toute vitesse. Est-ce qu'ils sont gentils ? Est-ce qu'ils sont comme moi ? La présence des petits loups me rassure un peu. Cela signifie que j'ai déjà un point commun avec eux, je crois. Ca ne m'empêche pas d'être terrifiée, mais il faut que je fasse quelque chose. Hors de question que je reste plantée là. Je veux m'approcher, les regarder de plus près, savoir qui ils sont, et comprendre. Leur présence me prouve que je ne suis pas la seule à vivre dans cette immense forêt qui semble bien plus vaste que ce que j'avais imaginé. Comme souvent, la curiosité l'emporte sur la crainte.

Sans faire de geste brusque, je me laisse glisser sur le sol. Je serre ma lance si fort dans ma main que mes phalanges blanchissent. Sans détacher mon regard des deux silhouettes, je m'accroupis sur le sol. Ma main libre se pose sur la terre boueuse, encore recouverte de neige par endroit. Un grondement guttural s'élève de mes lèvres closes. Mes loups restent difficilement en place, mais je sais que les choses risquent de mal tourner si jamais ils désobéissent. J'essaie de respirer calmement, et toujours accroupie sur le sol, j'avance progressivement vers les deux silhouettes inconnues. Ambre et Automne s'agitent derrière moi, mais ils n'avancent pas au-delà de la limite invisible que je leur ai fixé. Ils ne la franchiront que si je suis en danger.

La deuxième silhouette a sifflé, et les petits loups sont tous retournés vers lui. C'est sûrement lui le chef de meute. J'observe avec attention les deux grands êtres. Le premier est totalement nu, et mon regard s'attarde sur ce corps qui me rappelle tant celui de ma mère. Je me sens un peu rassurée par ces ressemblances. Je m'arrête à une distance encore raisonnable d'eux, et mon regard se pose sur le deuxième être. Lui est différent. Je ne saurais pas expliqué pourquoi, ni comment, mais il est à la fois comme la première, et à la fois totalement singulier. Déjà, il n'est pas nu comme l'autre. Il porte quelque chose d'étrange sur son torse, qui m'intrigue grandement, d'une couleur vive que je n'ai pas l'habitude de voir.

Comme hypnotisée par eux, je continue à avancer, presque sans m'en rendre compte. Mes yeux passent de l'un à l'autre, puis se posent sur les petits loups. Lentement, et sans lâcher ma lance, je m'approche d'eux, et mes loups derrière grognent de plus en plus, inquiets à cause de mon imprudence. Je ne peux pas leur lancer un regard, de crainte que les inconnus ne m'attaquent. Il ne faut jamais tourner le dos aux loups qu'on ne connait pas. Je suppose qu'avec eux, c'est pareil. Ils pourraient me sauter dessus à tout instant. Alors qu'il n'y a plus que trois mètres qui me sépare du premier être, je m'arrête. Je pose ma lance sur le sol et je laisse ma main dessus. Je suis toujours accroupie, et je penche la tête sur le côté. Je n'ai jamais vu des cheveux comme ceux du premier être. Ils ont la couleur du soleil d'hiver.

D'un geste presque impulsif, je relève mon masque, dévoilant mon visage sûrement encore maculé de sang. Ma main frotte mon visage ainsi découvert, alors que je ne sais plus ce que je dois regarder. Tant de choses nouvelles, tant de choses intrigantes et étranges... Je passe presque frénétiquement de l'inconnu étrange avec le tissu noué autour du torse, aux petits loups agités mais qui ne semblent plus vouloir m'approcher, au regard de la couleur de l'eau que possède l'être à la chevelure de soleil. Je m'attarde un instant sur ce dernier, captivé par la beauté étrange qui émane d'elle, et comme hypnotisée, je me sens attirée. Toujours accroupie, je bascule légèrement en avant. Mes mains sont toutes les deux sur le sol, et j'avance dans cette position, sur la pointe des pieds, les genoux ne touchant pas le sol, et les mains accrochants la terre comme si c'était mon dernier rempart contre ces choses étrangères.

J'avance comme ça jusqu'à l'être-soleil, et je m'arrête une nouvelle fois, quand je suis suffisamment proche d'elle pour l'atteindre en tendant la main. Je suis agitée, et je peine à contrôler mes émotions. Derrière moi, mes loups hurlent, plus inquiets que jamais, mais je ne prête qu'à moitié attention à eux, captivée par ce qu'il se passe. Je pose un genou à terre et lentement, très lentement, je tends ma main gauche vers l'être-soleil. Je veux la toucher, m'assurer qu'elle est bien vivante, qu'elle n'est pas dangereuse. Elle me fait tant penser à maman que je sens ma gorge se nouer. J'ai envie de me précipiter dans ses bras, et de me blottir contre ce corps si familier. Sans même le vouloir, j'ai laissé ma lance derrière moi. Si jamais je dois me défendre, j'ai encore un poignard accroché à ma taille, mais ça ne sera pas pareil. Peu importe.

Mes doigts frôlent un bref instant sa peau pâle, tandis que nos regards semblent accrochés l'un à l'autre. C'est un moment incroyable et étrange, durant lequel tout le reste a l'air totalement suspendu, comme si plus rien d'autre n'existait. Mais brusquement, un petit cri très étrange s'élève du tissu sur le torse de l'autre être, et je sursaute. Cette chose est vivante ?! Vive comme la foudre, je bondis vers ma lance, je l'attrape au passage, et je cours me réfugier auprès de mes loups. Ils ont perçu le brusque changement d'ambiance, et ils montrent tous les deux les crocs, très agressifs. Mon coeur bat la chamade, et je ne sais pas comment je dois réagir, face à toutes ces choses bizarres. Est-ce que je suis en danger ?


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Luanllö Nil'An
Maître Marchombre
Cette fille…

La Marchombre aurait bien volontiers cru à une apparition des plus étrange si elle n’avait pas capté la lueur complètement ahurie dans le regard sombre, mais si expressif, de Kyllian. Franchement troublée, la jeune femme opina en silence en réponse au Thül. Un petit sourire flotta un instant sur ses lèvres ; c’était amusant de constater qu’après autant de temps passés ensembles, ils avaient très souvent des réactions similaires. Inconsciemment, ils s’accordaient le plus naturellement du monde. Secouant toute seule la tête, la jolie blonde reporta son attention sur la fille et ses deux compagnons à quatre pattes. Etonnant comme elle pouvait ressembler à un animal sauvage et indomptable.

Soudain, la fille bougea et tous les muscles de Llö se raidirent. Tous ses sens étaient en alerte la plus totale : la Marchombre était prête à réagir au moindre signe d’agressivité aussi bien de la part de la fille, que de l’un de ses compagnons poilus. A mesure que l’inconnue approchait d’une démarche méfiante et intéressée à la fois, la Faëlle prodiguait des caresses rassurantes sur le crâne de Zuko. Le chien grognait sourdement, défendant à la fois sa meute et son territoire.  Mais la fille ne semblait pas s’accommoder de la menace que pouvait constituer la bête : elle continuait de réduire la distance qui les séparaient l’une de l’autre.

Complètement figée, Llö ne bougeait plus. Elle était à la fois immobilité et mouvement. Calme et vivacité. Sa respiration, lente et mesurée, était à peine perceptible. La Marchombre pouvait sentir son sang battre ses tempes avec force, tandis que tout son corps vibrait au même rythme que les battements de son cœur. La fille était près – si près qu’elle pouvait maintenant sentir son souffle chaud sur sa peau, et ses doigts effleurer son visage. Pourtant, la jolie blonde ne cilla pas. Lorsqu’elle releva son masque, Llö fut à peine étonné de constater que ce n’était ni plus ni moins qu’une gamine. C’était à peine si elle lui donnait dix-huit ou dix-neuf ans. Avec tout ce sang qui barbouillait son visage, la jeune inconnue avait l’air d’une parfaite sauvageonne. Et alors qu’elle l’observait avec une fascination non feinte, la Marchombre savait tout au fond d’elle qu’elle n’était pas dangereuse. Au contraire, elle ressemblait beaucoup plus à un jeune louveteau un peu trop curieux.


Le vent du nord siffla aux oreilles de Llö, s’engouffrant malicieusement dans ses longs cheveux d’un blond si clair qu’ils paraissaient presque blancs. On aurait dit que le temps avait suspendu son cours. Ou alors qu’il s’étirait à l’extrême pour former une bulle de lumière autour des deux femmes. Dans son dos, la Marchombre pouvait clairement sentir le regard un peu inquiet de son compagnon de route, ce qui lui tira un petit sourire distrait. Oh non, elle n’avait pas peur ! Au contraire, elle était sereine – parfaitement sereine. Et même étonnée de lire autant de fascination dans les yeux de la gamine. Il lui semblait que cette fille rencontrait pour la tout première fois de sa vie un autre être humain. Mais était-ce seulement possible ?

Et puis, soudain, le temps reprit ses droits et les secondes recommencèrent à s’égrainer doucement. La bulle éclata au moment exact où Adalrick émit un petit cri de protestation. Vive comme l’éclair, la gamine bondit en arrière, pour se réfugier derrière ses deux imposants loups, qui grognaient sourdement. La fille était désormais clairement sur la défensive et son attitude confirma les doutes de Llö, qui soupira légèrement en sentant ses seins se tendre douloureusement. Plissant le nez, elle tourna le dos à l’inconnue et aux deux prédateurs. Cela aurait pu être considéré comme une erreur grossière de se détourner face à deux puissants loups du nord, mais la Faëlle savait pertinemment que les deux canidés n’attaqueraient que si la gamine en donnait l’ordre expressément. Ce qui ne serait pas le cas, la Marchombre en était certaine. Et elle faisait entièrement confiance à Kyllian pour maîtriser sa meute de chiens. C’est pourquoi elle se dirigea d’un pas tranquille vers la souche ou elle avait laissé ses vêtements, soigneusement pliés. Enfilant son pantalon de cuir souple aux teintes bleues grises, ainsi que ses bottes doublées de fourrure, Llö pris le reste de ses vêtements sous le bras avant de se diriger vers Kyllian. Evidemment, elle remarqua la teinte rose soutenue qu’avaient pris les joues du Thül, qui loucha quelques secondes sur sa poitrine. Le visage de la blonde se fendit d’un large sourire amusé, avant de porter son attention sur son fils qui exprimait de nouveau son impatience.

- « Il a faim ce bonhomme, on dirait… »

Soulevant le bébé avec une délicatesse extrême, la Marchombre entreprit de le bercer quelques secondes tandis qu’elle s’adossait contre le tronc d’un imposant chêne centenaire. Bien assise confortablement, elle offrit son sein à Adalrick qui se mit aussitôt à téter vigoureusement, comme s’il n’avait pas mangé littéralement depuis huit jours – alors qu’il avait été nourri il y a trois heures à peine. Comme à chaque fois qu’elle donnait le sein au bébé, Kaya vint se poster près d’elle observant le petit bout d’homme avec la plus grande attention, oreilles dressées sur son crâne. Le regard de Llö croisa un instant celui de Kyllian, à qui elle offrit un sourire tendre, puis se posa sur la fille, afin de guetter sa réaction.




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