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Forum de RP dans le monde d'Ewilan, de Pierre Bottero. De nombreuses années ont passé depuis les aventures d’Ewilan et de ses compagnons et l’Empire a plus que jamais besoin de votre assistance.


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Cette route n'aura jamais semblé aussi longue...

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Wyska Benorith
Acrobate & Apprentie Marchombre
Wyska était assise sur le sol, les yeux fermés, et répétait son numéro dans sa tête. Chacun des mouvements était ancré dans son corps, mais elle prenait toujours le temps pour le repasser dans sa tête avant de le présenter sur scène. Elle ouvrit les yeux lorsqu’elle entendit les acclamations du public en réaction au dernier numéro. Elle se releva et prit une grande inspiration. C’était bientôt son tour. Elle s’avança vers le rideau séparant scène et coulisse et jeta un coup d’œil au jongleur qui saluait le public. C’était l’une des dernières représentations de la troupe pour ce spectacle. Wyska comptait donc en profiter au maximum. Elle allait se donner à fond pour éblouir les spectateurs avec ses acrobaties mêlant agilité et flexibilité. Un sourire s’afficha sur ses lèvres lorsqu’elle entendit son nom prononcé. Elle s’avança, une roue et un saut, elle était sur la scène, bras levés, saluant le public d’un immense sourire. La musique se fit entendre et avec un sourire mystérieux et invitant, elle capta l’attention des spectateurs dans sa routine. Elle sauta, se rattrapa, roula, se releva, glissa, s’élança et bondit. Ses pieds frôlaient le sol avant de se retrouver à nouveau en l’air. Sa tresse tournait dans son dos, suivant ses mouvements, fouettant l’air. Son costume captait la lumière et l’acrobate brillait sur la scène de façon éclatante. Qui pouvait décrocher son regard de sa prestation ? Le numéro se termina presque trop abruptement. Wyska s’immobilisa sur la scène en même temps que la musique arrêtait. Elle se baissa bien bas pour saluer son public qui éclata en applaudissement. Un dernier petit sourire et l’acrobate disparu derrière les rideaux pour laisser place au prochain numéro.

La nuit était bien avancée lorsque le spectacle se termina. Dès les dernières salutations faites, la jeune femme s’était précipitée pour enlever son maquillage et revêtir une tunique verte d’apparence banale. Elle se dirigea ensuite vers son oncle qui demandait l’attention de la troupe. Wyska se trouva une place près de sa mère et écouta l’annonce. Une courte nuit s’annonçait, ce qui tira un soupir à la jeune artiste. Dès que son oncle eut transmis les nouvelles, elle disparut pour retrouver son lit. S’ils devaient se lever tôt, autant profiter des quelques heures qui lui restaient. Comme elle s'en doutait, le matin arriva bien trop rapidement. Helvia la réveilla gentiment en lui demandant de se préparer. Ce fut avec un grognement que Wyska s’était levée, habillée de son habit d’entrainement préféré et était sortie pour aider aux préparatifs du départ. La troupe avait la possibilité de voyager avec une caravane protégée jusqu’à Al-Far et son oncle n’allait pas refuser une telle offre pour quelques heures de sommeil de plus. C’était une chance que les deux caravanes se rendent au même endroit. Les membres du cirque se dépêchèrent à tout remballer et se mirent en route pour rencontrer le chef caravanier qui acceptait gentiment leur présence. Wyska suivait la troupe sans trop se soucier de ce qu’il se passait. Pourvu qu’elle puisse avoir ses moments à elle, se greffer à une autre caravane ne la dérangeait aucunement.

Ainsi, le départ se fit très tôt d’Al-Chen. Le soleil commençait à peine à réchauffer la terre de ses rayons. Wyska préféra rester enfermée dans sa maison toute la matinée, à somnoler et préparer son nouveau numéro, mais elle passa le reste du voyage coucher sur le haut de son chariot, les yeux rivés sur le ciel. Sa mère lui demandait toujours de descendre, car c’était dangereux, mais comme celle-ci était occupée ailleurs, Wyska en profita et laissa libre cours à ses pensées sur la vie. La journée passa tranquillement et comme à son habitude, Wyska ne se mêla pas à la troupe ou à la caravane qu’ils accompagnaient. Ça lui allait très bien comme ça.

Le soir se pointa bientôt et il fut décidé que la caravane s’arrêterait pour la nuit dans une vallée. Les bêtes furent prises en charge, le souper fut préparé et la soirée s’anima rapidement. Wyska se glissa entre les gens pour aller chercher son assiette et s’éclipsa rapidement. Elle préférait se tenir loin de cet attroupement de voyageurs qui, elle en était presque certaine, commencerait à chanter à tue-tête pour fêter le départ. Surtout qu’il y avait de la boisson pour aider. L’acrobate voyait sa famille plus loin s’entretenir avec d’autres voyageurs et n’avait aucune envie de faire de même. Elle s’éloigna donc de la foule, regardant autour pour se trouver un endroit tranquille. Son choix s’arrêta sur un arbre situé à l’autre bout du convoi. C’était parfait. Elle s’approcha pour s’asseoir sous les immenses branches du feuillu. Elle posa son assiette à ses côtés, n’étant pas très affamée, et jeta un regard circulaire sur ce qui l’entourait. Elle entendait encore les éclats de voix des gens, mais c’était beaucoup plus paisible de son côté. Elle était en vue des roulottes et elle avait remarqué un guerrier posté non loin. Elle n’avait rien à craindre. Elle pourrait toujours crier et accourir vers la personne si quelque chose se passait. Elle leva le regard vers le ciel qui commençait à se remplir d’étoiles et soupira. Elle laissa libre cours à ses pensées moroses. Elle commençait à préparer un nouveau numéro, pour le nouveau spectacle. Comme elle l’avait toujours fait. Une nouvelle tournée du continent serait prévue et elle suivrait la troupe. Encore et toujours... Elle ramena ses jambes vers elle, posa ses bras croisés sur ses genoux et abaissa le regard vers l’assiette qu’elle n’avait pas touché. Elle piqua la nourriture pour tromper son ennui et soupira à nouveau.
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Yohan Keëndal
Escorte de Caravanes
"Un an déjà, et ce petit n'a pas changé d'un poil."

Ainsi parla la grand-mère du garçon. Oh, bien sûr, il n'en sut rien, elle avait attendu que la caravane ait à nouveau franchi les portes d'Al-Chen, comme pour prolonger un peu sa présence à l'auberge. Il n'en était plus à son premier voyage, le petit Yohan, et à chaque caravane qui revenait toute la famille avait peur de le retrouver changé. Différent. Rendu amer par les gardes, le manque de sommeil, la compagnie douteuse de ces hommes en armes, rendu muet par les horreurs de la route et la dure réalité d'un monde en guerre. Ou absent, simplement absent, et de ne voir qu'Ayden Steredönn devant leur porte, avec une épée ébréchée et des condoléances creuses - mais c'était une de ces peurs qu'on n'avouait pas, qu'on ne mentionnait même pas, comme pour conjurer le froid, les Raïs et les bêtes sauvages.

A chaque retour heureusement, la Dame en soit remerciée, c'était une boule d'énergie qui avait bondi dans les bras de la famille en brandissant sa solde, un baluchon de souvenirs enroulés dans du linge sale, et des histoires à n'en plus finir, et le Héron gris avait pour quelques temps repris son allure d'avant, avec les babillages incessants de son serveur emblématique. Le toit était réparé désormais, mais Yohan continuait les escortes au grand dam de sa grand-mère et de sa mère. Le grand-père, lui, comprenait l'envie d'Ailleurs de son petit-fils, ses yeux qui brillaient différemment quand il racontait les paysages enneigés que peut-être sa mère avait vus, et des aventures parfois aussi peu glorieuses qu'un concours de boisson qui l'avait vu finir bon dernier, mais qui prenait des couleurs indicibles parce qu'il s'était déroulé entre guerriers thüls quelque part entre Al-Far et le Nord sauvage. L'ancien soldat comprenait, tempérait les craintes des femmes de la famille qui n'avaient pas les mêmes souvenirs radieux que les hommes. Que le garçon profite de sa jeunesse, il était en de bonnes mains.

Ce soir, le dernier soir avant le départ de la caravane, le Héron gris était relativement vide. En cause, une troupe d'artistes itinérants qui s'était installée sur la place pour la soirée et drainait la clientèle. Surprenant les fréquents coups d'oeil de son demi-Thül de petit-fils vers la porte entre deux babillages, la matriarche prétexta soudain une douleur quelque part entre deux de ses vieux os pour sortir prendre l'air en s'appuyant lourdement sur le bras du garçon. En réalité elle le mena droit vers le spectacle, où elle usa sans vergogne de son grand âge et de sa petite taille pour se glisser au premier rang, suivie d'un cortège de "Pardon pardon", "Excusez-moi" et autres "Mais Mémé, vas-y sans moi, tu vois bien que je gêne les gens !" entrecoupés de sourires gênés aux gens en question. Une fois traîné au premier rang par la vieille dame, néanmoins, Yohan oublia très vite son mètre quatre-vingt trois pour admirer les artistes avec les yeux émerveillés d'un gamin de cinq ans qui va au cirque pour la première fois. Il applaudit avec l'enthousiasme et le sourire radieux d'un tel gamin à la fin du numéro du jongleur, et commença aussitôt à commenter ce qu'il venait de voir à sa grand-mère qui, habituée, se contentait d'opiner vaguement du chef en attendant de pouvoir en placer une. Une voix tonitruante annonça alors un nouveau numéro, et il leva machinalement la tête. Une roulade, un saut, un sourire immense, et il se tut. L'acrobate qui venait d'entrer en scène avait réussi l'exploit de le couper en pleine phrase. Mémé lui pinça le bras, l'air soudain sévère, et il reprit une position de spectateur normal sans penser à reprendre la parole, les yeux rivés sur la jeune femme et sa souplesse à la limite de l'impensable. Il était si absorbé par le numéro qu'il en oubliait de cligner des yeux, retenait son souffle à chaque nouvelle figure insensée, une angoisse dans le ventre à l'idée qu'elle puisse tomber et mal se recevoir - et à chaque fois le soulagement émerveillé de la voir, radieuse, se redresser et enchaîner sur plus spectaculaire encore.

Lorsque l'acrobate quitta la scène avec une dernière pirouette, il applaudit pour trois ou quatre, ou peut-être pour douze comme le grogna plus tard sa grand-mère dont l'imagination s'emballait dès que son petit-fils regardait une jeune fille plus de trois secondes. Yohan ne pensait sincèrement pas à mal pourtant, il avait simplement été ébloui par la performance de l'artiste, sa souplesse, la précision de ses mouvements aussi parfaite que son geste quand il essuyait un gobelet, et la beauté du résultat qui était quand même infiniment supérieure à celle d'un gobelet rutilant, fallait avouer. Il avait fait de gros progrès avec une épée depuis qu'il escortait les caravanes, mais ses exploits physiques restaient largement inférieurs à ce qu'il venait de voir. Il devinait sans pouvoir les quantifier les heures de travail, les courbatures, les ampoules, la fatigue, et tout ça avait été sublimé pour devenir quelque chose de beau. Pas seulement beau d'ailleurs, joyeux, vivant, une sorte de beauté contagieuse qui dépassait la seule perfection du geste et illuminait les yeux des gens un instant, gommait leurs soucis et les faisait paraître plus jeunes. Même Mémé avait perdu une ride ou deux dans l'affaire, de sûr !

Yohan n'eut hélas pas le temps d'assommer l'acrobate ou son employeur de son admiration éperdue, sa grand-mère le traîna à l'auberge dès qu'il eut versé son écot à la fin du spectacle. Il avait des verres à essuyer.



Le jour du départ était toujours le plus difficile. On avait beau dire, beau faire, on se disait toujours qu'on se voyait peut-être pour la dernière fois et ça filait le bourdon à tout le monde. Yohan broya affectueusement quelques côtes à chacun des membres de sa famille, avant de se précipiter à travers la nuit vers la caravane des Steredönn. Une fois les portes d'Al-Chen franchies au petit jour, il s'écoula au moins vingt minutes durant lesquelles on put voir Yohan le visage fermé, sérieux, inhabituellement muet, autrement dit franchement déprimé. Il ne s'y ferait probablement jamais. Mais déprimer n'a jamais aidé personne à revenir en un seul morceau, comme disait Pépé, alors il finit par relever la tête, observer les alentours, bref faire son travail, et même plaisanter un peu avec ses voisins - mais le coeur n'y était pas complètement. Pas encore.

La journée s'écoula rapidement, sans encombre, comme c'était généralement le cas pour les premiers jours de voyage, quand on était encore proche des villes, que les routes étaient bien entretenues et que les bêtes sauvages et les brigands n'osaient pas encore attaquer. Les charrettes ne s'embourbaient pas et ne se brisaient pas, on ne manquait pas d'un ustensile vital, personne n'était aux portes de la mort, on avait assez de provisions pour la durée théorique du voyage, bref tout allait bien et c'était presque une balade. En armure et l'épée au flanc, mais une balade quand même. Une autre caravane suivait le convoi, pour bénéficier de la protection du nombre et des gardes. C'était habituel, le jeune homme ne s'en préoccupa qu'à peine.

Lorsque la caravane s'arrêta et commença à se préparer pour passer la nuit, Yohan fila rapidement du côté des cuisines qui se montaient, goba de quoi tenir jusqu'à la fin de son quart, et alla se poster en lisière du camp. Le mécanisme était déjà bien rodé après un an de voyage. Il était à portée de vue et de voix du camp, et de deux autres membres de l'escorte en cas de souci, tout allait bien. Il fallait juste ne pas regarder dans la direction du camp pour que ses yeux restent habitués à l'obscurité, mais il ne faisait pas encore complètement nuit et la lune brillait déjà assez pour éclairer loin à la ronde. Tout allait bien. Il y avait un arbre non loin aussi, et... quelqu'un au pied de l'arbre. Alerte.

"Hey ! Ca va ?"

Il s'approcha rapidement de l'arbre et de la personne - une fille visiblement. Ah. Oups. Bah, ça pourrait être un père de famille qu'il dirait la même chose, ça passe.

"C'est pas sérieux d'être aussi loin du camp à la tombée de la nuit, tu sais ? On est pas très loin d'Al-Chen et c'est à peu près tranquille, mais c'est pas une raison, c'est dangereux. Pourrait y avoir n'importe quoi qui nous tombe dessus, une bête ou n'importe quoi. Ca serait mieux que tu restes avec le reste de la caravane. Plus prudent. Plus simple pour protéger tout le monde en cas de problème. C'est déjà arrivé qu'en s'isolant on se fasse attaquer par des ours élastiques ou des loups en plein jour, alors heureusement c'est pas trop le coin des ours élastiques mais les loups ça reste possible..."

Il se risqua à se pencher un peu.

"Euh... pourquoi t'as l'air tout triste, ça va pas ? Il s'est passé quelque chose ? Tu veux en parler ? Je peux t'aider ?"

Le visage de la fille ne lui disait rien de prime abord, elle ne faisait pas partie des habitués de la caravane ou de l'auberge. Mais seize ans au Héron gris avaient fait de Yohan un excellent physionomiste, et après une demi-seconde de silence le temps de respirer il décida qu'il l'avait déjà vue quelque part - et qu'à ce moment-là elle n'avait certainement pas cet air déprimé.

"Ca te va pas de faire la tête comme ça tu sais ? Enfin je veux dire, je suis sûr que je t'ai déjà vue et que tu étais beaucoup plus joy..."

Les neurones du jeune homme produisirent un déclic sonore qui se traduisit par un silence soudain d'un quart de seconde et de grands yeux verts émerveillés.

"...euse. Attends. C'était toi l'acrobate hier, pas vrai ? Sur la place, à Al-Chen ?"

Sans attendre la réponse, il reprit son souffle, prêt à déverser un torrent d'admiration éperdue sur la pauvre fille qui n'avait rien demandé à personne...
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Wyska Benorith
Acrobate & Apprentie Marchombre
D'accord. Elle ne s'y attendait pas. Pas du tout. C'était bien pour cette raison que la surprise secoua ses épaules. Elle pensait avoir trouvé un coin tranquille, loin de tout le monde. Et elle avait pensé que les gardes ne se préoccuperaient pas d'elle plus qu'il fallait. Après tout, elle était simplement assise tranquille. Elle s'était apparemment trompée et cette voix l'avait surprise plus qu'elle ne voudrait l'avouer. C'était à elle qu'on parlait, n'est-ce pas ? L'acrobate releva la tête de son assiette, remarquant la silhouette qui se découpait dans la pénombre. Elle jeta un rapide coup d'œil aux alentours et dut se résoudre à accepter les faits. Cette personne se dirigeait vers elle. Ha non... Elle ne s'était pas éloignée pour rien. Elle ne voulait pas parler à qui que ce soit et elle détestait se faire aborder par des inconnus. Qu'est-ce qu'elle lui dirait ?! Elle aurait préféré que l'ombre passe tout droit, sans se préoccuper de son cas, mais elle savait que c'était trop demandé. Cette personne venait clairement lui parler. Avec un soupir, l'acrobate se prépara mentalement à une discussion indésirable. Tout ce qu'elle avait à faire, c'était de rassurer la personne et lui dire au revoir. Ce serait simple, non ?  

Voilà, la personne s'arrêta devant elle et Wyska leva le regard. Ses yeux détaillèrent le garçon qu'elle reconnut comme un des membres de l'escorte. Il ne devait pas être bien plus vieux qu'elle, bien qu'il soit plus grand, mais ce n'était pas très difficile à battre, il fallait avouer. Elle avait la taille d'une Alavirienne moyenne, quoi que peut-être un ou deux centimètres de moins. Mais ça n'avait pas vraiment d'importance actuellement. Ça n'avait jamais d'importance en fait, elle se fichait bien de sa taille ou de celle des autres. Elle continua à observer le jeune homme alors qu'il prenait la parole. Et Wyska constata que lorsqu'il ouvrait la bouche, c'était un flot de paroles qui se déversait. Était-il en train de... lui faire la morale sur les dangers de s'éloigner du groupe ? Vraiment ? C'était bizarre de se faire réprimander (si on pouvait dire ça comme ça) par quelqu'un de son âge. Et puis, comment pouvait-il utiliser tant de mots pour simplement dire : « Tu devrais rester près du camp, car c'est dangereux » ? Bon, elle n'avait qu'à lui dire de ne pas s'en faire, qu'elle se débrouillait bien seule, mais avant d'avoir pu en placer une, ce qui semblait être un exploit en présence du jeune homme, se dit Wyska, celui-ci se pencha vers elle. Et il vit son visage en proie aux inquiétudes qu'elle gardait pour elle-même.  

Devant ses questions, l'acrobate détourna le regard en reculant le buste pour mettre un peu plus de distance entre lui et elle, qu'il ne voit plus son visage. Elle voulut se cacher un peu plus dans l'ombre. Elle n'aimait pas qu'on la voit comme ça. Elle préférait sourire, se montrer joyeuse, mais cette soirée-là, elle n'avait aucune envie d'afficher un sourire sur son visage. Et elle ne voulait pas non plus s'expliquer à quelqu'un qu'elle ne connaissait pas. Mais il continuait. Il reprenait la parole et même si elle ne pouvait pas être en désaccord avec ce qu'il disait, elle tiqua lorsqu'il lui dit que faire la tête ne lui allait pas. Tsss. Comment pouvait-il le savoir, d'abord ? Ils ne se connaissaient pas. Wyska savait ne l'avoir jamais rencontré, mais le garçon semblait penser le contraire. Elle vit soudainement le regard du garçon changé alors qu'il la reconnaissait. Oh, oui. Elle n'y avait pas pensé à celle-là.  Il fallait dire que ce n'était pas tout le monde qui la reconnaissait après un spectacle sans son maquillage de scène et ses habits éclatants. Et surtout durant la nuit. Le garçon ne cessait de la surprendre, elle devait bien l'avouer. Elle remarqua qu'il était prêt à se lancer dans une nouvelle tirade et pour l'empêcher de repartir de plus belle, Wyska leva prestement les mains pour l'intimer au silence et parla sans attendre, ce qui pouvait être rare dans  son cas, mais elle avait quand même eu le temps de réfléchir pendant que le garçon s'exprimait. Elle se lança donc avant d'être envahie sous un nouveau flot de paroles:  

- Euh... Ha ! Oui, ce doit être moi...

Bon, ça, c'était dit. Devait-elle se présenter ? Elle préféra éviter. Après tout, il prendrait peut-être ça pour de l'intérêt de sa part et voudrait continuer la discussion. Non. Il valait mieux éviter et simplement terminer rapidement cette rencontre. Mais elle n'avait aucune intention de retourner au cœur de la caravane. Ce serait trop bruyant, elle n'avait pas envie de sourire et d'être gentille avec les gens. Elle voulait rester dans son coin. Ce n'était pas ce jeune homme de l'escorte qui allait la faire changer d'avis. Ce n'était pas si dangereux... Elle avait l'habitude d'être avec elle-même, de s'éloigner de la troupe. Elle portait toujours attention à son entourage, à ce qui se déroulait et rien ne lui était jamais arrivé. D'accord, ce n'était pas une raison pour prendre les choses à la légère, mais il n'était pas loin de toute façon, non ? Elle ne lui dirait peut-être pas comme ça, mais elle n'en pensait pas moins. Elle ne causerait pas de problème. Aussi, décida-t-elle de rassurer, si on voulait, le garçon :  

- Ne t'en fais pas pour moi. J'ai l'habitude, tu sais. Et je promets de courir vers la caravane en cas de problème.  

Elle leva la main droite pour donner un peu de poids à cette promesse soudaine. Un sourire aurait bien suivi cette phrase si elle avait été de meilleure humeur. Elle réalisa qu'elle pouvait paraître plutôt désagréable en ce moment. Elle pensa un instant à s'excuser, puis se dit que ça ferait surement fuir le garçon plus rapidement. Mais comme il ne semblait pas vouloir bouger, elle n'eut d'autre choix que d'en rajouter encore un peu.  

- Ce n'est rien. Vraiment. Je... J'ai simplement besoin d'espace. Seule.

Était-ce trop subtil comme message ? Sûrement pas. Il comprendrait probablement ce qu'elle insinuait et il pourrait retourner à son poste. Il allait la laisser en paix, n'est-ce pas ? C'était ce qu'elle demandait après tout. Elle n'avait vraiment aucune envie de continuer cette discussion inutile. En plus, elle n'était pas très aimable en ce moment. Le garçon passerait une meilleure soirée s'il ne lui trainait pas autour. De toute façon, pourquoi resterait-il près d'elle ? Il n'avait aucune raison. Et ne venait-elle pas de clore la discussion ?
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