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Forum de RP dans le monde d'Ewilan, de Pierre Bottero. De nombreuses années ont passé depuis les aventures d’Ewilan et de ses compagnons et l’Empire a plus que jamais besoin de votre assistance.


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Entre musique et spectacle

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Wyska Benorith
Acrobate & Apprentie Marchombre
Deuxième mois de l'automne

Elle ne lui avait pas adressé la parole depuis leur départ d’Al-Far. Elle lui avait jeté quelques coups d’œil, mais sans plus. Au début, elle n’avait pas réalisé qu’il voyageait avec eux. Elle avait pensé que la troupe et lui partaient tout simplement en même temps, mais en fait, il s’était arrangé avec son oncle pour faire un bout de chemin avec la troupe. C’était Helvia, sa mère, qui lui avait fait part de la nouvelle. Wyska s’était contentée de hausser les épaules et de continuer ce qu’elle faisait. Le convoi avait continué sa route. Ils se dirigeaient vers l’Est, suivant la route qui filait vers les montagnes. Selon ce qu’avait prévu son oncle, la troupe s’arrêterait dans deux jours et s’installerait pour le prochain spectacle. Wyska n’avait pas prêté d’attention particulière à l’annonce et avait terminé son repas, perdu dans ses pensées. Elle aurait cependant dû écouter, car en plus d’expliquer l’itinéraire, l’homme avait mentionné le rôle du nouveau venu.

Deux jours plus tard, Wyska se tenait debout devant le chapiteau de couleur ocre. Elle n’y avait pas encore mis le pied et se disait qu’elle pouvait très bien s’entraîner ailleurs. Elle pouvait rester dans son coin jusqu’à la générale et à ce moment, elle répéterait sous les voiles du chapiteau. Elle jeta un coup d'oeil à sa mère qui se tenait derrière elle. Elle ouvrit la bouche pour lui faire part de ses pensées, mais avant qu’un son ne sorte de ses lèvres, Helvia la poussa gentiment à l’intérieur du chapiteau, sans pour autant la suivre. Wyska n’eut d’autre choix que de s’avancer. Elle tourna la tête avec l’intention de parler, mais constata que sa mère était partie. Elle ne devait pas être bien loin encore, mais l’acrobate se dit qu’elle pourrait toujours…

Son regard tomba alors sur lui et elle ne bougea plus. Elle l’observa longuement pour la première fois depuis qu’il voyageait avec eux. Puis, elle s’avança. Lentement. Finement. Avec quelques incertitudes à savoir comment agir. Il tenait à la main un instrument. Bien évidemment. Devait-elle lui parler de son numéro tout de suite ? Ou peut-être que se présenter en premier lieu serait mieux ? Elle s’arrêta à quelques pas de lui. Son nom lui échappait. Est-ce que quelqu’un le lui avait dit ? Non. Ou elle n’écoutait pas. Maintenant qu’elle se tenait devant lui, elle se sentit un peu idiote de ne pas savoir comment il se nommait. Après tout, ils allaient travailler ensemble. Avec un peu de chance, il se présenterait après elle. Elle ouvrit la bouche, puis la referma. Elle réfléchit. Se présenter lui semblait la meilleure idée. Il ne devait pas savoir qui elle était après tout.

- Je m’appelle Wyska. Je suis acrobate.

Elle se tut. Mais peut-être devrait-elle ajouter quelque chose ? Elle pourrait lui demander si ce qu’elle avait entendu était juste. Mais le seul fait qu’il se tienne au milieu du chapiteau lui indiquait que c’était le cas. Elle ne savait pas quoi dire de plus.

- Tu… Euh. Vous ferez la musique du spectacle, c’est bien ça ?

Bravo. C’était une super tentative de discussion. Un soupir inaudible sortit de ses lèvres alors qu’elle voulait s’assener une gifle mentale. Elle devrait se contenter de se taire, comme elle en avait l’habitude. Ça lui éviterait de dire des évidences idiotes comme celle-ci. Bon... Oublier cela et passer à autre chose. Elle se détourna et amorça son mouvement pour aller se placer au centre du chapiteau alors qu’elle sentait ses joues s’empourprer de honte.
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Owen Finnegan
Musicien
Une nouvelle caravane à accompagner ? Jouer tous les soirs pour divertir les membres de ce groupe, les faire danser au rythme de ses musiques endiablées ? Oh, non. Cette fois-ci, tout était radicalement différent. Par chance ou simple hasard, seule la Dame peut le savoir, une troupe s'est mise sur la route du musicien. Pas n'importe laquelle, une troupe d'artistes en tous genre, s'arrêtant dans les villes et villages dans l'espoir de faire rêver leurs habitants l'espace de quelques heures, au coeur de leur grand chapiteau.
Quelle opportunité ! Lorsqu'il s'est présenté, jamais ô grand jamais, il se serait douté qu'on lui proposerait de faire l'entièreté de la musique. Il ignore encore comment cet exploit a pu être possible, mais les faits sont là.
En cet instant, Owen fait parti d'une troupe et jouera pour chacune de leurs prestations. Il ne peut être plus heureux qu'en cet instant même. Combien de fois il a rêvé d'une telle chance ? Il a arrêté de les compter.

Jouer le temps d'un spectacle complet. C'est un défi énorme pour un musicien, il est cependant dans ce monde depuis bien assez longtemps pour penser y arriver seul. Alors, il est présent à chacune des répétitions. Pour tous les artistes, il est là, joue et demande ce qu'on attend de lui. Malheureusement, il ne peut voir les mouvements de ces danseurs, et autres artistes. Il est donc bien obligé de connaître chacun d'eux et de savoir ce qu'ils attendent en matière de musique et instruments. Pour cela, on lui décrit les gestes, on les lui explique, on en parle. Et il trouve le moyen de se caler sur les mouvements, il écoute, marque dans son esprit les temps et essaye de faire de son mieux. C'est un travail de chaque seconde qui prend énormément de temps.

Flûte en mains, il fait quelques gammes, des accords, essaye quelques quintes et octaves. Il cherche des notes, des mélodies. Et tombe sur quelque chose de pertinent, passionnant, collant parfaitement à ce qu'on vient de lui décrire. Il brise le lien de ses lèvres avec le bec de son instrument, tourne la tête vers le jeune homme qu'il accompagne à l'instant même, sous ce grand chapiteau.


- Alors ? Ca te plait ?

Il perçoit sa respiration essoufflée, il l'entend s'approcher, s'assoir lourdement sur le sol pour se reposer.

- C'est... attend, je reprend juste mon souffle...

Owen sourit, enlevant la tête de sa flûte pour la nettoyer à l'aide d'un petit bout de tissu prévu à cet effet. L'intérieur du bec reflète extrêmement bien la séance. Humide de fond en comble, on devine qu'ils ont passé du temps à perfectionner le tour du jeune homme. La notion du temps échappant à leur perception, Owen est donc incapable de donner une durée à la répétition.

- Waouw, euh, c'était juste génial. Vraiment, je sais pas comment tu fais pour...

- Caler ma musique sur les numéros ? Un don, peut-être !

Owen éclate de rire, sachant pertinemment ce que le jeune artiste allait lui dire. Comment fait-il pour voir ? C'est une histoire de sensations, c'est tout bête. Sauf qu'il faut perdre un sens pour percevoir tout ça aussi bien que lui. Ou être particulièrement réceptif.
Il entend le rire du jeune garçon, il a compris que l'aveugle rit de sa cécité comme on rit de tout et de rien.


- En tout cas, c'est génial. J'ai hâte qu'on fasse la première, le public va être conquis ! Sur ce, j'y vais. J'ai une obligation en cuisine, dans quelques heures et j'vais aller faire une sieste. A plus tard, Owen !

L'aline-faël salue le garçon avant qu'il ne disparaisse dans un bruit de toile du chapiteau. Il se retourne alors, cherche à tâtons la fourre en tissu de sa flûte. Il la trouve enfin, entend des pas discrets se rapprocher. Pourtant, il ne tourne pas la tête, se concentre sur son activité. Tant que Ewth ne grogne pas du fond de son trou, il n'y a aucun danger.
L'inconnu se rapproche de lui, s'arrête à quelques pas. Owen range sa flûte dans son étui après avoir remis le bec sur son corps, range l'instrument dans la fourre de sa guitare. Il se retourne, essaye de faire face à cette personne toujours silencieuse.
Et elle parle. C'est une fille, oui, pas de doute, cette voix est féminine. Il lui sourit amicalement.


- Salut, moi c'est Owen, musicien. Et oui, il semble que c'est mon rôle de faire toute la musique du spectacle. Stressant, hein ? En tout cas, j'ai jamais fait ça auparavant, donc c'est un peu effrayant de le faire seul.

Quelques secondes à peine, la jeune fille file. D'abord, il croit qu'elle s'en va. Puis, il réalise qu'elle se place au centre du chapiteau, il perçoit toujours sa respiration. Elle semble plutôt stressée, elle aussi. Peut-être qu'il se trompe, mais dans tous les cas, il va lui sourire et essayer d'être gentil. Il prend alors son bâton de marche, le laisse frôler le sol alors qu'il s'avance à son tour vers le centre. Son sourire s'étirant toujours sur son visage.

- Une acrobate, hein ? J'ai toujours voulu faire des pirouettes. Malheureusement, j'ai essayé une fois et je me suis cassé le nez. Autant te dire que ça a bien fait rire tout le monde, moi y compris. Je me suis reconverti en musicien, ça me va bien mieux. C'est moins dangereux pour mon nez.

Sa lèvre émet un léger mouvement vers le haut, il poursuit.

- Et toi ? Tu as toujours fait ça, acrobate ? Tu voulais faire autre chose ?

Il ne lui laisse pas même le temps de répondre qu'il enchaîne.

- D'ailleurs, il faut que tu me parles de ton numéro, je veux touuut savoir. Il faut bien choisir un instrument, j'ai guitare, trois flûtes différentes, tambourin, chant. J'espère que tu vas trouver ton bonheur !

Là, il se tait. Et la laisse prendre la parole si elle le souhaite.





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Wyska Benorith
Acrobate & Apprentie Marchombre
Owen. Il s’appelait Owen. Musicien, comme elle le savait déjà. Un sourire amical ne quittait pas son visage et il répondit à sa question sans arrière-pensées, disant ce qui lui passait par la tête. C’était en tout cas l’impression qu’il donnait à la jeune femme. Stressant, disait-il. Oui, elle pouvait bien l’imaginer. C’était un gros poids que la troupe lui posait sur les épaules. C’était un long travail demandant beaucoup de temps, de répétitions et ce serait épuisant. Malgré tout, Wyska ne pouvait douter qu’il y arriverait. Et elle était certaine qu’il éblouirait tout le monde. Même les artistes. Elle ne l’avait pas souvent entendu jouer, mais de ce qu’elle avait observé, il était très apprécié et son talent était indéniable. Et devant la joie de vivre qu’il dégageait, Wyska ne put empêcher un sourire d’apparaître à la commissure de ses lèvres.

Puis, il approcha. Surprise, l’acrobate fixa ses iris verts sur lui. Alors qu’il avançait avec à la main son bâton de marche, elle en profita pour le détailler davantage. Il était grand, plus qu’elle n’avait pensé en le voyant de loin. Ses yeux avaient quelque chose de vivant malgré la pâleur caractéristique du vide auquel ils avaient accès. Ses cheveux étaient blonds, presque bouclés. Il avait du charme. D’accord, il était mignon. Wyska se dit qu’il devait avoir du succès auprès des demoiselles. Mais ce n’était pas une simple question de physique. Il se dégageait de lui une bulle de bien-être qui donnerait envie à n’importe qui de s’y glisser. Même si sa vie ne devait pas avoir été facile tous les jours. Il donnait une impression de joie de vivre qui gravait un sourire sur le visage des gens qui croisaient sa route. Il était plus qu’un beau garçon. Wyska ne saurait expliquer d’où lui venait cette impression. Ce bonheur qu’il dégageait, en harmonie avec sa musique, donnait l’envie de vivre ainsi. Avec toute cette joie. Elle ne pouvait expliquer. Il avait simplement ce talent pour mettre les gens à l’aise, peut-être. Ou tout ça n’était qu’une impression qu’il voulait donner. Elle ne pouvait dire.

Mais avec son sourire amical, l’acrobate n’avait qu’une envie. Qu’il l’apprécie. Elle ne voulait pas être cette personne désagréable, qu’il pense qu’elle le regardait de haut ou qu’elle ne considérait pas utile de lui répondre. Elle ne savait tout simplement pas comment entretenir une discussion. Elle ne savait pas quoi dire, même si elle avait voulu. Elle ne le connaissait pas. Elle ne savait presque rien de lui, alors elle n’arrivait pas à se décider sur un sujet de discussion. Elle ne voulait pas non plus devenir agaçante. Elle réfléchissait beaucoup trop, mais aucun son ne voulait franchir ses lèvres. C’était bien pour cette raison qu’elle parlait peu. Ce fut une chance que ce soit lui qui reprenne la parole, la coupant dans ses réflexions inutiles. Mais il parlait beaucoup. Il enchaînait sans laisser le temps à Wyska de dire un mot, si elle en avait eu l’intention. Ce qui n’était pas le cas, car rappelons qu’elle ne savait pas quoi dire. Cela la surprit aussi. De l’entendre glisser d’un sujet à l’autre se suivant pourtant logiquement. Elle garda ses yeux sur lui en recevant ce qu’il disait.

Il réagit d’abord sur son métier d’acrobate et Wyska sourit en l’entendant s’y intéresser. Elle ne put empêcher un petit rire de résonner devant cette anecdote plutôt comique. Ça l’avait toujours amusé de voir, ou dans ce cas si d’entendre, les essais infructueux des gens aux cirques. Ça avait parfois l’air facile en regardant, mais le faire était totalement autre chose. Il enchaîna ensuite sur une question. Question qui fit disparaitre le sourire du visage de la jeune fille. Si elle avait l’envie de faire autre chose… Son esprit s’égara vers les montagnes, vers la lune, vers un chemin différent. Oui. Elle aurait voulu. Elle pouvait encore, mais… Qu’est-ce qui l’en empêchait ? Elle se tenait là, au milieu du chapiteau à préparer un spectacle, comme toujours. Alors que ce n’était pas totalement ce que voulait son cœur. Comment une simple question de la bouche d’un inconnu pouvait réveiller ce trou en elle ? Il ne savait pas et pourtant, il avait posé une question qui la hantait. L’entendre prononcer à voix haute était étrange. Mais avant qu’elle n’ait pu se perdre davantage dans ses pensées obscures, Owen la ramena sur terre en abordant un autre sujet. Celui du spectacle. Puis, il ne parla plus, attendant probablement qu’elle prenne la parole. Avec une pointe de malaise qui ne voulait pas quitter son estomac, Wyska hocha lentement la tête, même en sachant qu’il ne la voyait pas. Et elle se lança. Après tout, parler de son numéro était quelque chose qu’elle pouvait faire sans problème.

- Euhm… alors, mon numéro commence au centre de la scène. Il est plus statique au début. Je reste sur place avec des acrobaties au sol. Ensuite, je m’éloigne vers les extrémités pour les sauts acrobatiques. Le numéro devient alors plus rythmé. Je fais trois séries de sauts acrobatiques, des pirouettes au sol, puis je reprends ma place au centre. Il y a trois cibles accrochées en haut du chapiteau ; une à droite, une à gauche, et la dernière en face de la scène. Je lance un couteau par cible, chacun trouvera le centre et coupera la corde qui s’y trouve. Cette corde laissera tomber des confettis sur les spectateurs. Et c’est la fin de mon numéro et du spectacle.


Tout en expliquant grossièrement le numéro, Wyska se promenait sur la scène suivant sa chorégraphie pour bien indiquer au garçon où elle se trouvait à ce moment du spectacle. Elle n’avait pas encore mis les temps sur ses mouvements, mais chaque chose en son temps. Avant de se lancer plus en détail dans le numéro, elle avait cette envie de répondre à la question qu’il lui avait posée plus tôt. Alors, elle changea de sujet.

- Je suis née ici, dans le cirque. Je suis la fille d’Helvia, la funambule. Alors d’aussi loin que je peux me rappeler, j’ai toujours fait des acrobaties. (Un sourire triste s’afficha sur son visage) Être acrobate, c’est génial, mais… il me manque quelque chose. Je ne saurais l’expliquer. Ce qui est certain, c’est que les acrobaties feront toujours partie de ma vie, mais peut-être plus de la même façon.

Elle laissa une légère pause passée et changea ses pensées d’un geste de la main.

- Pardon. Cela n’a aucune importance, je ne veux pas t’ennuyer avec mes réflexions. Alors, reprenons. Le numéro.

Elle frappa dans ses mains pour se redonner une contenance et oublier ce qu’elle venait de dire. Ce n’était pas le moment d’aller énerver les autres avec des problèmes qui n’en était pas vraiment. Ils avaient un gros travail à faire pour ce spectacle, alors ils feraient mieux de s’y mettre tout de suite. Wyska se mit en mouvement et se plaça en position pour commencer. Elle jeta un coup d’œil vers Owen, à qui elle n’avait pas laissé le temps de réagir.

- Je vais faire le numéro une fois complètement en t’indiquant où j’en suis. Ça te va ?

Elle voulait se montrer enjouée et faisait de son mieux pour cacher ce soupçon d’incertitude qui s’était glissé dans sa voix. Elle était acrobate. Elle adorait ça et elle avait un numéro à préparer. Il n’était pas le temps de penser à autre chose. Elle s’efforça d’afficher un grand sourire, plus pour elle que pour Owen et attendit son accord.

Hors-Rp:
Tout d'abord, Je tiens à m'excuser pour mon manque de talent flagrant en ce qui concerne le cirque. Je n'ai aucune idée de ce que J'écris, alors soyez indulgent avec moi ♥
Ensuite, s'il y a quoi que ce soit, faut pas hésiter  lèche J'ai pas pu résister pour les confettis  thatlook
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Owen Finnegan
Musicien
Owen sait écouter. Mieux que personne. Alors, lorsqu'il laisse la parole, ses membres sont impassibles. Seuls les muscles de son visages se plient et se déplient à la simple volonté de ses émotions. Il sourit, réagit, ses sourcils se froncent, sursautent, son nez gigote parfois, ses pommettes rient. Son visage est un fourmillement de sentiments lorsque ses yeux sont absents, morts. Et il écoute. Toujours.
L'acrobate semble hésitante, mais lui raconte son numéro. Et lui, il est sur-excité à l'idée de l'accompagner. Parce qu'il le sent, que ça doit être magnifique. Il ne peut empêcher son index de dessiner les lignes de sa danse, il ne le sent même plus bouger contre le bois de son bâton.
Son numéro est le dernier. Il doit être spectaculaire. Autant visuellement qu'à l'oreille. Et le musicien sent dans son ventre cette envie de défier l'ouïe du spectateur, de leur offrir une symphonie en parfaite harmonie avec la danse merveilleuse du petit oiseau qu'il observeront lorsqu'il sera dans l'ombre, à la couvrir de lumière.

Elle tourne sous le chapiteau, lui indique où elle se trouvera à quel instant, puis il rit lorsqu'elle lui parle de la fin. Des confettis. Et il se surprend à essayer de les imaginer... Il ouvrit la bouche pour lui poser cette simple question... A quoi ça ressemble, des confettis ? Comment c'est, une pluie de confettis ? Est-ce que c'est joli ? Bien sûr que c'est joli. C'est une pluie de confettis. Quel son cela produit ? Pas une simple question, mais des tentacules d'interrogations.
Elle le devance. Change de sujet, revient sur la question évitée de l'aline-faël.

L'acrobate est fille de funambule, née dans le cirque. Elle a toujours vécu ici, toujours fait des acrobaties. Le mot toujours est triste dans sa bouche, une légère pointe qu'il perçoit dans sa gorge lorsqu'elle lui raconte. Il lui manque quelque chose, elle le dit d'elle-même. Et elle ne sait le trouver, ce quelque chose. Le musicien penche très légèrement la tête sur le côté, il a l'impression de la comprendre. Cette sensation d'avoir un manque, un quelque chose qui ferait de vous quelqu'un de comblé.
Légère pause réflexion de l'acrobate, elle enchaîne. Et s'excuse. Les yeux d'Owen s'ouvrent grands, alors qu'il l'entend se placer une seconde fois au centre du chapiteau, sans même lui laisser la chance de réagir à tout ça. Parce qu'il est certain qu'il aurait dit quelque chose.


- Je vais faire le numéro une fois complètement en t'indiquant où j'en suis. Ca te va ?

La jeune fille feint la bonne humeur, il le sait. Pour l'avoir feint lui-même des années. Aujourd'hui, il l'est réellement. Constamment de bonne humeur. Il a trouvé ce qui faisait vibrer son coeur, cette petite étincelle qu'il manque en Wyska. Et ce coeur vibrant d'harmonies musicales, il veut aider. Il veut lui redonner le sourire, à l'acrobate. Il veut qu'elle trouve ce qui est fait pour elle, ce quelque chose qu'elle n'a pas encore trouvé.
En temps normal, il aurait sûrement donné matière à discussion pour aller plus loin encore. Sauf qu'elle vient de lui dire très clairement qu'elle ne souhaite pas en parler plus longtemps. Alors il sourit, retourne vers ses instruments, vérifie qu'ils soient bien tous à portée et qu'il sache surtout où ils sont. Deux flûtes à gauche, le luth contre le banc à droite, le tambourin sur une sorte de chaise derrière lui. Bien. Il tourne sa tête vers le centre du chapiteau, ignore s'il la regarde elle ou le vague. Sûrement le vague.


- Très bien, allons-y. Cherchons la musique qui te correspond !

Ta propre musique, petite acrobate...

Et ils se lancent... Premier instrument. Sa voix seule. Des paroles ? Non. De longs mélismes pour soutenir ce silence, gestuelle fixe. Et lorsqu'elle commence réellement à bouger, il sourit. Et attrape une de ses flûtes. Grande, elle laisse échapper des sons graves, portant les vols de l'acrobate. Le rythme s'accélère, il perçoit chacun de ses mouvements. La musique, il l'ajuste comme il peut sur ses pas, sur son souffle. Et soudain, il a une idée. D'une main, il attrape sa guitare, de l'autre repose l'instrument à vent.
Et il commence à gratter. Vite. Au fur et à mesure qu'il l'écoute bouger, danser, émerveiller, il s'imagine les accords parfaits, les notes éclatantes.
Et il chante. Sa voix cassée se fait forte, douce, tremblante, menaçante. Elle passe par bien des états, racontant une histoire d'amour entre danse et musique. Et l'homme-aveugle sourit. De toutes ses dents, alors qu'il chante si fort.

Il se souvient. Les cibles. Il arrête de chanter, la musique s'arrête nette. Il sait que la tension grimpera. Qu'il attendra le bon moment. Celui où le TAC retentira, trois fois...
TAC. TAC. TAC.
Ses mains, comme retenues d'un fil imaginaire, se ruent sur l'instrument, les cordes vibrent, le chant reprend plus vif encore, acclamateur, élevant la jeune fille par son chant.
Et là, elle se stoppe. Owen sourit, tremble d'excitation à imaginer cette dernière scène. Les confettis. Il a hâte. Le musicien stoppe sa musique, presque nette. Et il entend déjà les applaudissements.

Owen pose sa guitare, se lève et se précipite au centre du chapiteau. Et se rend compte qu'il est parti même sans son bâton... Son sourire s'élargit, il essaye de se diriger plus ou moins mal. Et s'arrête finalement, peu importe où. Il sait juste qu'il la regarde. A quelle distance ? Très bonne question. Il entend son souffle dans cette direction.


- C'était gé-ni-al ! Bon... c'est qu'un test, hein, va falloir qu'on essaye plusieurs fois pour être sûrs que ce soit parfait, mais je pense que commencer par de l'accappella et finir guitare-voix avec une belle montée en pression et un silence pendant tes tirs, ça peut être énorme !

Ses bras s'agitent devant lui, il est tellement excité par ce spectacle.

- Bon, je m'excuse pour la coordination de la musique et de tes mouvements, il me faut juste un peu de temps pour comprendre exactement à quel moment tu fais chaque geste pour pouvoir m'ajuster...

Il devrait retourner vers ses instruments... Sauf qu'il ne sait plus où aller et Ewth est endormi quelque part, peut-être même pas sous le chapiteau... Il lui sourit, un peu gêné.

- Euh... tu peux me raccompagner au bord de la piste, s'il te plait ? J'ai oublié mon bâton et je sais plus où sont mes instruments, dans l'excitation je me suis un peu précipité sur la scène, comme un pauvre raï...

Et il repense à ce qu'elle disait, à ce sentiment qu'il a aussi ressenti. Et il glisse, d'une voix presque muette, une petite attention.

- Tu sais, je suis certain que tu vas trouver ce quelque chose qui te manque, pour combler le vide que tu sens. J'ai réussi à le trouver, ça va être du gâteau pour toi, j'en suis sûr.

Il lui sourit amicalement, tentant de ne pas paraître trop enfantin. Tout le monde le prend pour un enfant... Et c'est peut-être à cause de ce genre de réflexions...





[ Je m'excuse du retard, je suis vraiment une pauvre larve Panique ♥ ]





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Wyska Benorith
Acrobate & Apprentie Marchombre
« Très bien. »

C’était ce qu’elle attendait. Il ne revenait pas sur ce qu’elle avait dit et elle lui en était reconnaissante. Elle prit une grande inspiration et posa son regard sur le garçon. Il était prêt. Elle aussi. Elle se lança. D’abord, doucement. Ses mouvements s’enchaînaient, pratiquer maintes et maintes fois. Une gestuelle qui faisait partie de son corps. Il y avait longtemps qu’elle n’était plus une amatrice. La chorégraphie qu’elle avait créée pour ce spectacle était déjà ancrée dans ses muscles. Aucune hésitation dans cette danse acrobatique. Elle plongeait, se relevait, roulait, sautait. Le cirque, les acrobaties et la musique trouvèrent le chemin jusqu’à son cœur. Elle se laissa entraîner. Les soucis complètement disparus. Tout se suivait si bien. Chacun de ses mouvements s’accordait à la musique. Un rythme en parfaite harmonie avec ses déplacements sur la scène. Lent ou rapide, au sol ou au ciel. Cette première fois lui semblait comme une répétition mainte fois reprise, mais où il y avait encore quelques accrochages. L’étonnement aurait pu recouvrir son visage si elle n’avait pas été aussi transportée dans son numéro. Elle ne pensait plus. Elle ressentait tout simplement. Elle arriva finalement au moment des cibles. Elle s’arrêta, le souffle court, les yeux fermés. Elle se concentra. Chacun des couteaux trouva sa cible. La musique repartit et Wyska en même temps. Quelques sauts et figures pour la grande finale et elle s’immobilisa sur la scène, sentant presque la chaleur des lumières sur elle et la foule l’acclamer.
 
Essoufflée, mais radieuse, elle ouvrit les yeux qu’elle avait fermés et un rire éclaira son visage. Son regard brillant se posa sur Owen qui accourait déjà vers elle. Elle aurait voulu se ruer vers lui aussi, mais il l’avait pris d’avance. Elle leva les bras, pour l’arrêter de peur qu’il ne lui fonce dedans dans son excitation, mais il s’arrêta miraculeusement à quelques pas d’elle. Wyska sautillait sur ses pieds en acquiesçant à ce qu’il disait. Ce fut presque parfait. Elle avait adoré ! D’accord, elle regrettait maintenant d’avoir hésité à se pointer à cette répétition. C’était merveilleux. Il connaissait la musique et ses idées étaient formidables. Elle avait été complètement happée par le rythme de la musique et ses acrobaties. Bien entendu, il faudrait encore quelques répétitions pour ajuster le tout, elle en avait conscience, mais pour une première, c’était assez incroyable. Ce spectacle sera géant. Elle avait déjà hâte à la prochaine répétition où ils harmoniseraient encore mieux le tout. Le soir du spectacle, elle imaginait déjà le numéro coulé sans effort. Elle devait avoir des étoiles plein les yeux alors qu’elle pensait à ce spectacle. Son cœur battait vite et elle retenait un rire au coin de ses lèvres pour ne pas interrompre le garçon qui lui parlait.  

Puis, il lui sourit et elle remarqua une certaine gêne s’afficher sur son visage. L’acrobate garda son regard sur lui avec curiosité. Il n’avait pourtant pas eu l’air timide depuis qu’elle avait mis le pied sous le chapiteau alors sa mine l’intrigua soudainement. Mais il répondit rapidement à sa question. Elle ne savait pas si elle pouvait rire ou ça l’offusquerait, mais elle ne put empêcher un rire léger de glisser de ses lèvres. Elle se serait précipitée elle aussi s’il ne l’avait pas fait avant. Elle garda le sourire, prête à répondre, mais avant de pouvoir ouvrir la bouche, il ajouta une dernière chose. Le sourire s’effaça de son visage, sans qu’elle le réalise et elle posa de grands yeux sur lui, oubliant ce qu’elle voulait dire. Elle réfléchit. Il l’avait surprise, mais ce ne fut pas bien long avant qu’un petit sourire ne s’affiche à nouveau sur son visage.

- Merci.

Ce fut tout ce qu’elle dit en ouvrant la bouche. Elle leva le regard vers le toit du chapiteau. Entendre ces simples mots arrivait à la rassurer. Se le dire ou l’entendre de sa mère était différent. Cette personne devant elle la connaissait à peine et malgré tout, il était capable de comprendre sa détresse, de lui dire qu’elle s’en sortirait. Elle était sincère. Elle ne pouvait penser à une autre façon de lui exprimer ce qu’elle ressentait devant ses mots. Un simple merci dans lequel elle disait tout pour qui savait écouter. Un sourire reprit sa place sur son visage et elle passa à autre chose. Enfin, presque.

- Aller, je te raccompagne. Oh, je me suis complètement laissé entraîné aussi. C’était génial pour une première répétition. Ça va être le meilleur numéro !

Ça y était, elle s’emportait un peu. Elle ferma la bouche pour se concentrer à sa tâche : ramener Owen à ses instruments. Elle se demanda alors comment elle devait s’y prendre. Elle leva les bras et hésita. Elle n’allait pas le pousser, ça semblait impoli. Elle pourrait peut-être prendre son bras ? Finalement, elle choisit de glisser sa main dans la sienne, comme elle avait l’habitude de le faire pour ses jeunes frères. Elle serra la main du musicien avec une légère hésitation, prête à la retirer si elle sentait le moindre mouvement de recul. Il ne semblait pas se crisper ou essayer de dégager sa main avec dégoût. D’accord, c’était bon signe. Il était peut-être habitué à ce genre de situation, qui sait ? Mais il semblait assez gentil pour ne pas prendre mal son geste. En serrant sa main dans la sienne, elle réalisa que ce n’était pas du tout la main d’un enfant. Elle savait qu’Owen n’en était pas un, mais elle avait tant l’habitude de tenir les mains de ses frères que ça lui fit étrange de tenir celle d’un garçon plus grand qu’elle. Enfin, ce n’était pas important. Elle tira gentiment sur la main du musicien en se mettant lentement en marche. Et elle reprit la parole tout en avançant :

- Je ne devrais pas trop me lamenter sur ma condition tout de même. J’ai même un indice pour m’aider...  

Elle ne savait pas pourquoi elle avait cette envie de lui parler. Ils se connaissaient peu et il n’était pas là pour l’écouter parler de ses inquiétudes, pourtant, elle ne pouvait s’empêcher de continuer à radoter sur le sujet. Peut-être pourrait-il lui en apprendre plus, même si c’était peu ? C’était peut-être cette impression qu’elle avait qui lui donnait l’envie de continuer la discussion au risque d’ennuyer le musicien.

- Mais je suis peut-être trop lâche pour le suivre... En même temps, je ne sais pas du tout comment m’y prendre. Toute seule... C’est difficile.  


Elle n’osait pas non plus tout simplement se lancer dans un monologue interminable qui expliquerait de façon confuse ce qu’elle ressentait. Owen était là pour jouer de la musique. Mais il était passé par là lui aussi, sur un chemin semblable au sien, n’est-ce pas ? C’était ce qu’elle avait cru comprendre de ses mots et elle ne pouvait que se poser des questions. Il semblait encore jeune. Ça ne devait pas lui avoir pris si longtemps pour trouver ce qui le rendait heureux, mais elle ne savait pas ce qu’il lui était arrivé non plus. Elle se demandait. Comment avait-il trouvé ce qu’il cherchait ? Avait-il réussi seul, par lui-même ? De son côté, elle se reposait beaucoup trop sur les autres, elle le savait. Elle sortait à peine de l’adolescence et sa tête qui réfléchissait trop la retenait de partir du jour au lendemain.  

- Et puis, ma vie d’acrobate n’est pas si mal, alors il m’arrive souvent d’hésiter.  


Elle était bien dans le cirque. Elle vivait bien et était quand même heureuse d’une certaine manière. Bien que ce trou en elle restait ouvert, elle avait du plaisir avec la troupe. Elle regrettait parfois de ne pas prendre son courage et foncer, mais que pouvait-elle faire de plus ? Tout ce qu’elle savait faire, c’était des pirouettes. Elle retint un soupir en secouant la tête. Parfois, elle s’en voulait d’hésiter autant.  

Ils arrivèrent enfin au bord de la piste. Quelques pas de plus et ils étaient à côté des instruments d’Owen. Wyska s’arrêta en regardant le sol. Un petit sourire s’afficha sur son visage.  

- Je... en fait, je suis désolée. Je ne sais pas pourquoi j’ai envie de te parler de tout ça...  

Elle posa son regard sur Owen et une question se glissa dans son esprit. Elle se demandait s’il voyageait régulièrement seul. Si oui, comment faisait-il ? De son côté, ça ne lui dérangerait pas de se promener seule et d’aller où bon lui semblerait, mais... comment devait-elle s’y prendre pour s’occuper d’elle sans problème ? Les routes étaient dangereuses. Déjà avec la caravane, c’était souvent dangereux et compliqué de s’aventurer sur certaines routes. Et puis, il y avait le problème de l’argent. Toute seule... Ça semblait être un gros défi.  

- Owen... Raconte-moi ton histoire.  

Pour elle, cette question résumait toutes les autres. Elle ne prit pas la peine d’en ajouter plus. Elle espéra qu’il accepterait de lui répondre. Elle voulait savoir. En savoir plus sur ce musicien qui voyageait avec eux, mais aussi sur comment il avait trouvé la voie qui le rendait si heureux. Elle garda son regard curieux posé sur lui, souhaitant entendre cette histoire. Et avec toutes ces réflexions, elle avait oublié qu’ils étaient rendus à destination. Tenait-elle encore sa main ? Elle baissa le regard. Oh... Complètement happée par ses pensées, elle ne l’avait pas réalisé. Un peu gênée, elle desserra lentement les doigts.
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Owen Finnegan
Musicien
Il n'est pas surpris du silence. Pas qu'il s'attende à recevoir une réponse dans la minute, simplement qu'après cette heure, il commence à cerner la jeune acrobate. Et soudain, elle émet un son. Un mot. Deux syllabes. Et Owen sourit. Parce qu'aux yeux extérieurs cette réponse peut sembler fuguée, évitée, mais qu'aux siens il n'est rien. Lui, il a su lire dans ce souffle d'un instant le réel sentiment de la jeune fille. Il a su voir la vérité et ce remerciement sincère. Ni fugué ni évité. Il sourit, parce qu'il a été à sa place. Et qu'il aurait aimé, comme elle en cet instant, avoir une oreille qui sait écouter, avec qui partager ses craintes, ses doutes. Alors il sait, qu'elle est touchée. De sa remarque. Surtout parce qu'elle ne le remballe pas, parce qu'elle continue vite à parler. Et sa voix est identique. Même notes si douces, même grâce dans les courbes de sa mélodie de phrases.

Il sourit lorsqu'elle affirme que ce sera le meilleur numéro. Au moins, ils sont sur la même longueur d'ondes ! Ce sera sans aucun doute le clou du spectacle. Une pièce unique, féérique. Un bijou d'art.


- Bien sûr, il va l'être, le meilleur numéro !

Ils se taisent. Soudain, Owen sent une main délicatement se glisser dans la sienne. Douce, si petite. Dans la sienne, il la sent fine. Lui, ses mains sont caleuses, aussi étonnant que ça puisse paraître pour un jeune homme qui plus est aveugle. Pourtant, il s'est toujours débrouillé seul. Ca implique de grandes mains caleuses. Le bout de ses doigts strillés de marques laissées par les cordes de sa guitare. A force, elles ne partent plus.
Elle serre sa main, légère hésitation. Elle semble mal à l'aise, le musicien ne peut s'empêcher de trouver ça drôle. Pourtant, il ne rit pas, de peur de la vexer. Et se contente de la suivre lorsqu'elle commence à marcher, tirant gentiment sur sa main.
L'acrobate casse le silence, l'aveugle l'écoute patiemment.


- Je ne devrais pas trop me lamenter sur ma condition tout de même. J'ai même un indice pour m'aider... Mais je suis peut-être trop lâche pour le suivre... En même temps, je ne sais pas du tout comment m'y prendre. Toute seule... C'est difficile. Et puis, ma vie d'acrobate n'est pas si mal, alors il m'arrive souvent d'hésiter.

Et il l'entend, cette détresse. Cette certitude d'appartenir à un monde hors de portée, cette envie de le rejoindre sans réellement savoir comment. Un monde inaccessible qui vous tend les bras. Mais tu es aveugle, tu ne le vois pas. Tu le rate de peu. Tu tourne autour.
Lui, il l'entend. Et il sait, parce qu'il l'a vécu. Chercher en vain ce monde perdu, puis tomber enfin dessus... Et sourire de le retrouver. Ce monde tant recherché.

Wyska s'arrête soudain. Le faël-aline ignore s'ils sont arrivés, peut-être. La distance déjà parcouru le lui fait penser, à force il intègre vite les distances qu'il parcourt. Au bord de la piste, peut-être, ou même vers les instruments ? Peu importe à vrai dire. Parce qu'il est bien trop concentré sur les paroles de la jeune fille. Et elle s'excuse. De lui parler de tout ça. Owen sourit, rit un peu.


- Ne t'excuse pas, y a aucun soucis, ne t'inquiètes pas ! Et puis, je t'ai posé des questions aussi, on va dire que je t'ai forcé la main.

Et il rit, clair. Se calme vite. Et le silence revient. Brisé aussi vite par la voix de la jeune acrobate.

- Owen... Raconte-moi ton histoire.

Raconte-moi ton histoire...

L'écho résonne quelques instants dans sa tête alors qu'il sent les doigts de la jeune fille glisser des siens. Son histoire... Toute son histoire ? Il ne peut pas. Ne veut pas. Elle ne peut pas l'entendre. Pas son enfance. D'où il vient, qui il est. Il ne raconte pas. Il l'a fait, mais ne recommencera plus. Parce qu'il n'aime pas en parler. Pourquoi raconter alors qu'aujourd'hui tout est plus beau ? Pourquoi raconter la fuite de sa mère, pourquoi décrire la mort de son père, pourquoi expliquer la disparition de la seule fille qu'il n'a jamais aimé ? Il préfère narrer ses aventures nouvelles et rire de celles qu'il vit.
Son histoire... Cachée au coeur de sa musique, de ses compositions. Cachée et pourtant évidente. Pourtant, lui seul ressent ces émotions lorsqu'il chante. Cette balade pour son père, cette chanson de romance pour cette fille.
Owen ne raconte pas. Il chante. Owen ne dévoile pas son triste passé. Il se contente de l'observer de loin et d'en apprendre les erreurs.

Seulement, il sourit. Et essaye de s'avancer jusqu'au premier rang des spectateurs. A tâtons, il y arrive et s'assied tranquillement pour ne pas tomber maladroitement. Il entend toujours Wyska proche de lui. Et il étouffe le silence de sa voix.


- Mon histoire ? Oulala, je n'sais pas par où commencer !

Il rit, légèrement. Le rire, toujours. Arme aiguisée pour qu'on le laisse tranquille. Façade qui le rend enfantin lorsqu'il a déjà vécu bien des choses du haut de ses vingt-trois maigres années d'existence.

- Elle n'est pas très passionnante, à vrai dire. Plutôt triste, parfois. Le drame d'un orphelin.

Owen sourit, toujours. Mais il ne rit plus. Ce n'est plus l'heure de rire.

- Ah oui, je suis orphelin, haha, tu ne t'en doutais pas, n'est-ce pas ? Mais ne t'inquiètes pas, je le vis plutôt bien, ça fait depuis longtemps, l'eau a passé sous les ponts. C'est plus douloureux, au contraire même, j'ai tous les bons souvenirs intactes alors que la douleur s'est estompée avec le temps.

Il ressent une certaine gêne soudaine. Emet alors un léger rire.

- Mais je n'vais pas te raconter les passages tristes de ma vie, de toute façon, elle est essentiellement heureuse !

Ce mensonge lui arrache la gorge. Essentiellement heureuse ? Elle l'est uniquement depuis qu'il parcourt le monde. Il a tant donné pour tout perdre. Lorsqu'il aime, c'est passion. Intense. Brûlante. Et il les a perdu, ces anges qu'il a aimé. A jamais. Essentiellement heureuse ? Sûrement pas. Enfance d'orphelin à la rue. Solitude absolue au départ de cet amour détruit d'une stupide dispute. A cause de sa faiblesse...
Sa vie n'a jamais été essentiellement heureuse. Il a simplement su faire la part des choses et prendre ce qu'on lui donnait, sans se plaindre. Jusqu'à l'instant fatal où il faut se quitter.
Owen s'attache, les adieux ne le blessent plus. Et il sourit toujours, parce qu'il veut profiter de la vie. Simplement.


- Tu veux savoir comment j'ai trouvé ma Voie ?

Question rhétorique. Il le sait.

- J'ai toujours aimé la musique, petit. J'écoutais tout, je n'parlais pas beaucoup. Je préférais écouter et rêver les sons, imaginer dans la nuit les formes de toutes ces mélodies que j'entendais. Et un jour, j'ai eu ma guitare. Et au début, j'étais vraiment nul, je t'assure ! Une vraie catastrophe... Je pouvais faire exploser des oreilles ! Et puis j'ai travaillé, beaucoup. Lorsque j'ai commencé à être un expert une guitare en main, je me suis mis à la flûte. J'avais déjà une base musicale, mon apprentissage de ce nouvel instrument est allé bien plus vite. Et j'ai commencé à chanter. La voix est ce que je préfère. Je peux en faire exactement tout ce que je veux, j'ai un total contrôle sur elle. Et j'en suis là. Musicien, de caravane en caravane.

Le demi-aline lève la tête, sent un léger rayon de soleil sur son visage.

- Je suis musicien grâce à mon passé, grâce à mes rencontres. Depuis tellement d'années que je rencontre des personnes extraordinaires en voyageant de caravane en caravane, parcourant le monde de long et en large. Ces personnes, elles m'inspirent dans mes compositions. J'aime dire que j'ai appris la vie et que je la partage de mon talent. Parce que ma Voie, c'est celle-là. Rencontrer, partager, jouer. Et elle est venue seule jusqu'à moi.

Et toujours dire adieu, le coeur empli de nouvelles expériences. La certitude de retrouver des personnes avec qui vivre de nouvelles aventures.





Ils sont gentils, si si :


Spoiler:
Cadeau de mariage de mon épouse, Las d'amour ♥♥
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Wyska Benorith
Acrobate & Apprentie Marchombre
Raconte-moi ton histoire. C’était ce qu’elle lui avait demandé. Ce qu’elle voulait savoir. Son histoire à lui. Mais elle n’y avait pas pensé davantage avant que ces mots ne traversent ses lèvres. Elle avait simplement voulu en apprendre plus sur ce musicien et sur la façon dont il avait trouvé sa voie. Celle qui le rendait heureux. Sa curiosité l’avait emporté. Elle avait demandé. Mais en fait, peut-être la trouverait-il impertinente, indiscrète ou malpolie ? Il ne voulait peut-être pas en parler, et surtout pas à une acrobate qu’il ne connaissait que depuis quelques heures. Le passé d’une personne était quelque chose de personnel. Elle pouvait comprendre qu’on ne le racontait pas au premier venu. Alors, d’un coup, elle se demanda si elle n’aurait pas mieux fait de retenir ses mots. Un silence s’était installé après sa demande. Et ce fut assez pour qu’elle s’imagine lui avoir manqué de respect. Pourtant, Owen n’avait pas l’air du genre de personne qui prenait la moindre remarque personnelle. Il n’avait pas l’air de se mettre en colère rapidement pour si peu. Mais elle ne voulait pas empiéter sur son espace intime. Elle réfléchissait bien trop.

Lorsqu’il s’avança jusqu’au premier rang des spectateurs, elle le suivit. Elle s’assit à ses côtés et le sourire qu’elle vit sur ses lèvres la rassura un peu. Puis, il accepta sa demande et elle sentit une boule de joie l’inonder. Elle s’installa confortablement sans que son regard quitte le visage du garçon. Elle était concentrée, elle ne voulait manquer aucun des mots qu’il lui partagerait. Elle restait silencieuse à ses côtés, se faisant discrète, écoutant avec respect. Pas très passionnante, dit-il. Elle se demanda. Triste, continua-t-il. Oh, elle ne savait pas. Elle ne voulait pas lui rappeler de mauvais souvenirs, s’il ne voulait pas en parler, elle comprendrait. Mais elle ne dit rien. Ce n’était pas à elle de parler. Elle lui avait demandé une histoire et elle allait l’écouter jusqu’au bout. Que ce soit triste ou joyeux. Elle ne promettait pas de comprendre, mais ce n’était pas ce qui lui était demandé. Après tout, c’était elle qui avait voulu savoir.  

Elle ne se doutait pas de la vie qu’il avait eue. Elle le voyait heureux. Et elle n’avait pas conscience de la douleur qui pouvait se cacher derrière un sourire. Elle ne connaissait pas la souffrance ou les difficultés d’une vie. Un passé sombre, un passé triste. Tout cela lui était inconnu. Elle avait eu une enfance heureuse. Elle avait eu de la chance. Alors, elle ne pouvait pas comprendre. Elle pouvait compatir, parfois. Mais elle pouvait aussi bien s’en ficher. Cependant, elle appréciait Owen. Elle ne s’en fichait pas. Elle écoutait attentivement, profondément heureuse qu’il accepte de lui partager quelques passages de sa vie. Même s’il en omettait, elle ne lui demandait pas de s’ouvrir à elle complètement, de toute façon. Qui serait-elle pour demander une telle chose ? Ce qu’elle voulait savoir véritablement, il le savait déjà.  

Elle aurait pu être triste pour lui, mais ça ne donnerait rien de plus. Le temps passait. Elle pouvait comprendre la douleur qui s’estompait avec le temps, un peu. Juste un peu, mais c’était au moins quelque chose qu’elle pouvait un peu comprendre. De bons souvenirs. Elle lui souhaitait réellement, qu’il garde des souvenirs heureux, que la douleur ne l’assaille plus, que sa vie soit heureuse. Elle ne le connaissait pas plus que ça, mais elle ne pouvait s’empêcher de lui souhaiter tout le bonheur du monde et d’être heureux. Son sourire l’avait rassurée aujourd’hui. Alors elle ne voulait pas qu’il le perde un jour. Est-ce que ces pensées faisaient sens ? Enfin, ça n’avait pas d’importance tant que ça restait des pensées. Elle continua de l’écouter, accota sa tête contre sa main, absorbée par les paroles du musicien.

Elle voulait savoir. Oui, c’était pour cela qu’elle posait cette question. Mais il le savait. Elle ne répondit pas, car elle n’en avait pas besoin et il reprit. Il lui parla de la musique, de lorsqu’il était enfant. Elle sourit lorsqu’il évoqua son talent inexistant à ses débuts, garda le sourire en entendant la suite. Musicien de caravane en caravane. C’était une jolie voie. Pas la sienne, elle le savait, mais une jolie voie tout de même. Elle hocha la tête, même s’il ne la voyait pas. Est-ce que sa propre voie viendrait jusqu’à elle aussi ? Il lui semblait l’avoir déjà approchée, presque effleuré, mais cette illusion s’était envolée bien trop rapidement. Avant qu’elle n’ait pu comprendre ce qu’elle voulait réellement. Que voulait-elle réellement ? Le retrouver ? Ou retrouver ce sentiment qui l’habitait lorsqu’elle se tenait près de lui ? Ce sentiment que le monde dansait avec lui. Une danse à laquelle elle voulait participer. Par contre, elle ne savait pas danser. Elle devrait apprendre.  

Elle laissa le silence se poursuivre après que Owen eut terminé. Elle réfléchit. À ce qu’il avait dit. À sa voie à lui. À la façon dont elle l’avait trouvé. Et elle espéra trouver la sienne. Elle ne pourrait pas l’expliquer, mais elle avait l’impression qu’entendre l’histoire d’Owen lui avait redonné un peu de courage. Comme pour la convaincre de ne pas abandonner, de continuer à entrevoir la voie qu’elle attendait. Elle laissa un sourire étirer doucement ses lèvres. Elle voulait le remercier. Mais elle ne savait pas comment. Elle ne savait pas comment lui dire à quel point ses mots la touchaient et l’encourageait. Depuis le début de cette rencontre, il avait su apaiser ses angoisses et pourtant, ils ne se connaissaient pas.  

- Je suis contente que tu m’aies raconté. Merci.

Elle avait finalement brisé le silence. De simples mots pour commencer, pour reprendre la discussion. Elle ne savait plus trop quoi dire. Elle n’avait pas grand-chose à raconter de son côté. Elle lui avait un peu expliqué sa vie. Une certaine routine qui n’en était pas totalement une, mais elle avait quand même l’impression de rester coincer dans une boucle qui reprenait sans cesse. Et elle n’arrivait pas à s’en sortir. Mais Owen avait compris sa détresse et maintenant, elle croyait à la fin de cette boucle. Un jour, elle trouverait ce qu’elle cherchait. Même si tout était encore très abstrait pour elle. Ce qu’elle voulait... Elle n’arrivait pas encore à y mettre des mots.  

- C’est peut-être comme tu dis. Je commence à savoir ce que je veux. Je crois. Mais je ne sais pas comment l’atteindre. Je dois peut-être attendre qu’elle se présente à moi d’elle-même.

Elle tourna les yeux vers lui. Comment pouvait-elle se sentir aussi rassurée, sous ce chapiteau auprès d’un musicien qu’elle avait tout juste rencontré ? Mais elle appréciait ce sentiment. Ne pas s’inquiéter, ne pas angoisser. Elle se sentait calme. Et elle avait envie de tout lui raconter. Sa rencontre avec Shaert. Ce qu’elle avait vu. Ce qu’elle avait cru comprendre. Ce qu’elle voulait devenir. Vers où la poussaient les étoiles. Ce que lui murmurait le vent. Son cœur qui ne battait plus en harmonie avec le cirque, mais avec une voie dont elle ignorait tout. Mais elle resta silencieuse. Ne sachant par quoi commencer. Ne sachant si elle avait le droit d’ainsi se confier. Alors elle se leva. Elle arrêta de fixer le garçon avec l’envie de dire quelque chose qui ne traversait jamais ses lèvres. Elle ne voulait pas que ce silence paisible devienne malaise. Elle s’avança vers les instruments. Elle ne toucha à rien cependant, car elle n’oserait pas. Elle ne fit qu’observer. Puis, un mouvement attira son attention vers la gauche. Elle se tourna rapidement lorsque la couleur vive lui passa sous les yeux et elle s’immobilisa.

- C’est... C’est un renard ?

L’étonnement s’entendait dans sa voix. Elle n’en avait jamais vu d’aussi près. Seulement de loin. Que faisait-il au milieu du chapiteau celui-là ? L’acrobate se pencha vers l’animal qui posa son regard brun sur elle. Ils se dévisagèrent un moment et Wyska lui demanda :

- Qu’est-ce que tu fais ici ? Tu es perdu ?

Elle aurait voulu tendre la main, caressé le pelage roux de l’animal qui semblait si doux. Elle hésita. Il n’avait pas l’air méchant, mais il fallait rester prudent. En tout cas, il était vraiment joli. Elle avait toujours trouvé que c’était de belles bêtes. Elle sourit tout en se tournant vers Owen. Elle allait ajouter quelque chose lorsque le renard se dirigea vers le musicien et Wyska posa un regard curieux sur ce duo. Ils se connaissaient ?
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