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Forum de RP dans le monde d'Ewilan, de Pierre Bottero. De nombreuses années ont passé depuis les aventures d’Ewilan et de ses compagnons et l’Empire a plus que jamais besoin de votre assistance.


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Flashback - Bulle d'air.

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Owen Finnegan
Musicien
Les cris d'un itinérant sortirent notre musicien de son sommeil profond, dorloté par les mouvements saccadés du chariot. Pourquoi ce vacarme ? Si son but était d'ôter un second sens à l'aveugle, c'était en bonne voie.
Le jeune homme ne bougea pas d'un poil. Pourquoi bouger ? Après tout, le chariot bougeait encore. Et que pouvait-il faire à part parler au conducteur ? Pas grand chose. Et la Dame savait qu'ils venaient de parler pendant plusieurs heures déjà. Owen voulait être un peu seul. L'homme à l'avant avait beau être de bonne compagnie, rien n'empêchait cette envie de se retrouver seul et d'écouter ces harmonies qui s'envolaient autour de son oreille. Et d'imaginer des symphonies à offrir aux flammes réceptives. A défaut de voir des sourires et des danses, il les imaginait sur ses mélodies. A défaut de pouvoir voir les itinérants observer son jeu, il écoutait leur coeur, leur souffle.
Owen ne faisait qu'écouter. Dans le chariot aux mouvements brusques.

Le chariot se stoppa net. Le cri était le signal de la halte. Celle de midi ? De la nuit ? Il n'en avait absolument aucune idée. Il tendit alors son oreille, se releva légèrement. Il rampa vers l'avant du chariot, sortit sa tête pour sentir un léger vent sur son nez.
Le conducteur n'était déjà plus sur son siège, il devait sans doute dételer les chevaux, aux bruits qu'il percevait devant lui. Il perçut des voix partager quelques mots et en déduit bien rapidement que c'était la halte de nuit.


- Eh, Owen ! Tu crois qu'tu nous joueras un truc ce soir ? J'ai bien envie de danser !

Un sourire vint se dessiner sur les lèvres du musicien.

- Ah parce que c'était pas déjà le programme de ce soir ?

Il rit, puis reprit.

- Par contre, t'arriverais à m'aider à sortir de là ? J'ai pas trop envie de me casser quelque chose en descendant.

Owen s'obligeait à garder le sourire. En réalité, il se faisait violence pour ne pas rager sur son incapacité à se débrouiller seul. Toujours à demander de l'aide, à attendre que les choses se passent.
L'itinérant l'aida gentiment à descendre. Ils étaient tous gentils, ici. Attentionnés. Comme toujours. S'obligeant à s'occuper de temps à autre du pauvre petit aveugle.
Pourquoi toujours ces pensées ? Pourquoi toujours penser qu'il était incapable de se débrouiller seul ? Pourquoi ces noires idées ? Ces envies de partir seul à l'aventure pour ne dépendre plus jamais de personne ? D'ailleurs, pourquoi penser qu'il dépendait des autres alors que jusqu'ici, il avait presque toujours été seul, livré à lui-même ?
... Owen est un concentré de contradictions... de pensées noires refoulées...
Il sait être ce Finnegan aventurier et débrouillard, mais sent au fond de lui que ce n'est qu'une illusion. Être aveugle... C'est ça son truc.


- * - * - * -

Si une certitude existe au fond de Owen, on la trouve au coeur de sa musique. Il ne pouvait vivre sans. Lorsqu'il gratte sur sa guitare, souffle dans sa flûte... Rien ne peut le faire se sentir plus vivant que de sentir l'air traverser sa gorge pour faire trembler le bois de son instrument...
Et ce soir, il souffle. Debout au centre d'une danse folle, il sent ses poils se hérisser alors que les danseurs créent un vent autour de lui à chacun de leur pas endiablé. Dans sa flûte, il souffle. Guitare suspendue autour de son torse, attendant son tour. Ses doigts dansant sur le bois sombre de l'alto. Et cette mélodie endiablée accompagnée de chants puissants d'itinérants heureux.

Owen range sa flûte dans sa poche, ses mains ne perdent pas une seconde, prennent le manche de la guitare et grattent. Sa voix sonne alors, haute et claire, clamant une nouvelle mélodie, surprenant pas le moindre monde. Tous occupés à danser, quoique la musique puisse bien devenir. Ecoutent-ils réellement les paroles ? La mélodie ? Le musicien s'en moque bien. Il joue, il amuse, il rit. Et danse un peu sur place, la tête balançant dans tous les sens, sa gorge résonnant bien plus fort encore.
Et il chante. Il joue. Généreux, il offre tout à son public. Ne leur épargnant rien. Et il se sent si bien, comme s'il avait sa place. Comme s'il était quelqu'un d'important, comme s'il était... comme les autres. Un voyant.
Les harmonies lui rendent la vue. Elles font de lui celui qu'il aime être, celui qu'il veut être. Et il imagine être soudain seul. Au milieu d'une grande forêt, à ne jouer que pour son seul plaisir.
L'aline rêve de danser. Alors il joue. Pour sentir les autres autour de lui le faire. Il revient sur terre, entend à nouveau les rires des itinérants, leurs chants. Sa voix à lui, surpasse toutes les autres. On n'entend presque que lui, concerto pour cordes et voix. Alliance parfaite de son corps entier dédié à la musique et à la symphonie d'une joie d'une seule nuit.

Soudain, son corps s'arrête. Ses mains quittent l'instrument, il ouvre les bras vers le ciel. Continue à chanter. Un large sourire éclairant son visage. Il sent les autres s'arrêter à leur tour, se retourner pour observer leur chanteur. Alors, il laisse échapper les dernières paroles, vibrations de sa voix couvrant chaque souffle. Et le silence. Celui qu'il aime entendre après une prestation. Celui qui précède les applaudissements, les rires et l'explosion d'une joie à peine contenue.
Et la pluie tombe. Pluie de mains qui claquent, pluie de cris, pluie de bonheur. Et Owen rit. Fort.


- Arrêtez, vous allez me faire rougir !

Ils scandent son nom, veulent une autre chanson. Le musicien lève les mains, rit. Avant de prendre la parole.

- Promis, je vous en fais une autre après ! Mais là, j'vais boire un coup.

La musique, ça fatigue. Il faut donner de soi.
Owen n'a toujours pas bougé, debout au milieu de ce qui tenait lieu de mess. Les applaudissements se tarirent lentement, ils comprirent que c'était l'heure de la pause pour l'aveugle. Ce dernier siffla une fois. Il sentit alors, quelques secondes plus tard, un museau frais caresser le bout de ses doigts. Il sourit, caresse la tête de son ami roux. Il prend sa queue touffue et le suit jusqu'à une place où il pourrait s'assoir.

Assis, le musicien repose ses instruments derrière lui. En tailleur, il sent les pattes avant de Ewth se poser sur ses genoux, sa tête à la suite. La main de l'aline se pose sur la tête poilue de l'animal, joue avec ses oreilles. Et souffle un peu.







Ils sont gentils, si si :


Spoiler:
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Aelya Ceriosé
Marchombre
Qu’il semblait loin, le tourbillonnement enivrant de cette caravane qui s’agite, l’effervescence de cette foule qui vue d’ici paraissait décousue et désuète. Il n’en était rien, elle le savait bien. Chacun ici s’était vu attribuer un rôle qui lui était indissociable – c’est ainsi que cuisinier côtoyait gardes, marchands et agriculteurs, voire simple famille venue du Nord à la recherche d’une « vie meilleure ». Chaque membre de cette caravane nourrissait l’espoir de trouver quelque chose dans ce qu’ils nommaient le Grand Sud. Des clients, de la famille, une maison ou un travail. Un paysage bien différent de celui qu’ils admiraient depuis des semaines. Elle respectait cette vision futuriste où s’entremêlaient rêves et projets fous. Elle la comprenait, même, bien que pour sa part, elle n’avait aucune envie de quitter les plaines enneigées de ces Terres du Nord qu’elle adorait tant.

Les pieds enfouis dans trente centimètres de neige, Aelya observait l’affolement du campement sans réellement le voir. Ses yeux glissaient sur les chariots, s’attardaient sur une ou deux silhouettes avant de retrouver les flancs enneigés des montagnes alentours. C’est ici qu’elle se sentait encore le mieux, dans le silence des monts, les yeux rivés sur les nuages effilochés qui s’accrochaient à leurs pointes ; peut-être pourrait-elle avoir l’audace d’en gravir un au hasard, un jour. De prendre le temps de contempler ces merveilles qui l’entourent, de se glisser corps et âme dans ce que la Nature lui offre. Peut-être, mais pas aujourd’hui. Ce soir, comme chaque soir depuis leur départ, Aelya veillait.

Une volute de fumée s’échappa de ses lèvres entrouvertes, tandis qu’un fin sourire éclaira finalement son visage. Le vent sillonnait sa nuque, envolant au passage la longue tresse ébène qui lézarde son dos. Elle n’avait pas froid, pourtant. Le manteau de fourrure qui recouvrait ses épaules aurait tendance à confirmer cette hypothèse, bien qu’à lui seul il ne suffisait pas à contrer le terrible vent de ces Terres. Inspire, expire. Vieille mécanique rôdée par le temps et habitude qui l’impressionnait. Les secondes s’étiraient tandis que ses poumons s’ouvraient puis se refermaient à un rythme régulier.

Lentement, Aelya tendit un bras devant elle. Genoux légèrement pliés, elle soustrait ensuite l’émeraude de son regard au monde – mais ce n’est que pour mieux se dévoiler. Les mouvements étaient amples, doux et à la fois puissants, tendres et à la fois sauvage. L’énergie qui vibrait dans ses veines se plait à tout écraser sur son passage ; fatigue et amertume ne furent bientôt plus qu’un vague souvenir qu’emporta à son tour la brise. Combien de temps resta-t-elle ainsi, plongée dans cette gestuelle qui lui était propre, à danser sur le dos de cette solitude qui était la sienne ? Elle n’aurait su le dire. Lorsque de nouveau ses yeux s’ouvrirent et la révélèrent, Aelya se sentit apaisée. Revigorée.

Un autre souffle se mêla au sien – plus chaotique, plus embrasé. Le sourire sur ses lèvres s’accentua lorsqu’elle se détourna et croisa le regard de son compagnon de toujours. Brusquement, la jeune femme quitta son immobilité relative pour se mettre à courir. Elle esquivait et tourbillonnait tandis qu’Astan la poursuivait, soulevant des mottes de neige sur son passage. N’importe qui aurait trouvé le spectacle curieux ; elle, tournoyant sur elle-même comme un feu follet et lui, témérité même et symbole de force difficilement contenu, galopant dans son sillage en s’ébrouant vivement. Elle s’immobilisa – lui aussi. Leva les bras vers le ciel et rit, rit aux éclats lorsque les antérieurs du bai se soulevèrent, lorsqu’il se cabra de toute sa hauteur et laissa ses membres battre l’air. Astan était ainsi. Libre. Pourra-t-elle prétendre le dominer un jour ? Non, clairement non. Mais ce n’était pas le but de cette relation, et sûrement ce qui contribuait à consolider ce lien qui existait entre eux.

Haletante, Aelya finit par baisser les bras, permettant ainsi à l’étalon de redescendre sur la terre ferme. Oreilles pointées dans sa direction, il semblait attendre d’elle un signe. Elle s’approcha de lui à pas lents, effleura son chanfrein du bout des doigts, prolongea sa caresse de l’encolure jusqu’au garrot avant de s’emparer d’une poignée de crins. Un mouvement souple la hissa directement sur le dos du bai, avant qu’elle ne se penche pour murmurer :


« Rentrons. »

Il n’attendait que cela – ce signe. D’un bond, Astan s’élança en direction de la caravane.

*

Ils dansaient. Les mains claquaient, battaient de toute leur force sur le rythme endiablé qui leur était imposé. Les jambes se levaient et les corps ondulaient. Mais ce qu’elle appréciait le plus, en dehors des éclats de rire qui fusaient de toute part, c’était cet échange de regard. Il n’y avait besoin d’aucun mot pour transmettre aux autres l’étincelle de ce bonheur qui n’appartenait qu’à eux. Moment d’ivresse, moment de partage. Moment d’innocence comme ceux qu’ils connaissaient à une certaine époque, du temps des culottes courtes et des premières découvertes du monde. Comme quoi, l’expression « Le passé finit toujours par vous rattraper » possèdait aussi sa dose de positivité.

Et au milieu de cette foule aux clameurs chantantes, au sein même de cette fête qui déposait sur leur cœur un peu de sa ferveur, il y avait lui. Aelya ignorait ce qui l’attirait chez cet homme, lui qui n’avait ni la grandeur d’un Thül, ni la froideur des Frontaliers ou l’audace des Dessinateurs. Etait-ce sa chevelure blonde ? Ce sourire qui fendait son visage en deux et éclairait de sa joie contagieuse tous ceux qui l’entourait ? Ou alors ce don pour le chant et la musique ? Songeuse, la marchombre observa attentivement l’aisance avec laquelle le barde donnait de son art aux autres. Il était doué et apparemment adoré, à en juger par la manière avec laquelle il fut applaudi une fois qu’il eut terminé. En quelques secondes, son choix était fait. Des années après, Aelya ignorera encore ce qui la poussa à l’aborder, ce soir-là. Peut-être voulait voir ce que dissimulaient ces prunelles claires et confirmer ses premières impressions.

Elle se glissa entre les corps qui la séparait du jeune homme, ombre délicate que nul ne semblait remarquer. Lorsqu’elle parvint à le rejoindre, Aelya prit le temps de s’installer tranquillement à ses côtés. Il savait qu’elle était là, inutile donc de se presser.


« Votre musique semble les rendre incroyablement heureux. »

Ses prunelles quittèrent les visages rayonnants qui leur faisaient face pour s’ancrer sur celui de son voisin de siège.

« Je m’appelle Aelya. »

Elle n’était pas de ceux qui aimaient créer des liens, Aelya. Encore moins de ceux qui ne perdaient jamais une occasion de s’ouvrir aux autres. Pourtant, ce soir-là, tandis que ses iris décrivaient la douceur des traits de cet inconnu, la marchombre laissait faire son instinct sans broncher. Après tout, lui ne l’avait encore jamais trahie.

HRP:
Pouala ce retard, je suis impardonnable Facepalm J'espère que tu m'aimes quand même thatlook Plein de bisous sur ta bouille ♥


« Je chante et pleure, et veux faire et défaire,
J’ose et je crains, et je fuis et je suis,
J’heurte et je cède, et j’ombrage et je luis,
J’arrête et cours, je suis pour et contraire. »
[Abraham de Vermeil]


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Owen Finnegan
Musicien
Le rire tonitruant de l'aveugle résonne fort, n'arrive toutefois pas à dépasser le brouhaha de discussions autour du grand feu de joie. Et pourtant, la Dame sait que le rire d'Owen est reconnaissable et persistant. Face à lui, deux thüls se lancent des blagues de plus en plus ridicules et atroces. Pourquoi voyager de caravanes en caravanes ? Pour tout ça. Ces fêtes, ces rires, ces chants, ce partage incessant. Pouvoir faire des rencontres toutes plus étonnantes les unes que les autres et les apprécier à leur juste valeur. Les garder précieusement en soi jusqu'à les masquer d'un voile d'émotion et de nostalgie. Chaque voyages a été particulier, chaque personne exceptionnelle. Et pourtant, Owen ne peut s'empêcher de vouloir en rencontrer davantage. En faire toujours plus. Ce soir, il s'est donné. Sa gorge commence à l'irriter un peu, le bout de ses doigts marqués par les cordes de son instrument. Ca encore, il en a l'habitude et sait qu'il a des cornes. Peu importe, de toute manière. Il s'amuse et rit. Voilà tout ce qui importe réellement.

- Owen, tu veux une bière ? Avec tout ça, ces rustres ne t'ont même pas proposé de quoi te rafraichir le gosier alors que tu viens de t’époumoner pour eux !

Cette voix, l'aveugle la reconnait comme celle de Olie, la cuisinière en titre de la caravane. Il l'aide en cuisine de temps à autre, pour rendre service en plus d'animer chaque soirée de sa musique et de son entrain. Elle est bienveillante avec lui, se préoccupe toujours de ses besoins. Un peu comme une mère. A vrai dire, elle l'est. De deux garnements qui ne peuvent rester en place plus de deux minutes. Six et huit ans. L'aline les adore, Ewth encore plus. Il passe des heures à jouer avec eux. D'où son état de fatigue actuel, ronflant sur les genoux de son ami l'humain.
D'un geste de la main, il salue Olie où qu'elle se trouve et lui sourit.


- Eh bien écoutes, volontiers ! J'ai la gorge si sèche qu'on dirait le désert des Murmures.

Les deux thüls soufflent.

- Baah, Olie, il nous a enivré de sa musique, on y peut rien, nous !

- Y a pas que sa musique qui vous enivre, bande de sales gamins.

Et la cuisinière repart sans doute vers son chariot de cuisine, tout en ronchonnant. Owen rit doucement, les thüls un peu plus fort avant de recommencer à parler haut et fort. L'aline-faël oublie alors de les écouter, les laissant débattre de qui a la plus grosse barbe entre tous. Il se perd dans le brouhaha de la foule et des rires, des discussions endiablées et des secrets murmurés, il se laisse aller. La fatigue le rattrape un peu.
Et soudain, il sent comme une présence s'assoir à côté de lui. Un mouvement passant du ciel au sol, quelqu'un qui s'assied. Et il sourit. Quand est-ce qu'elle va prendre la parole ? Qui est-ce ? Le malheur d'être lui, c'est de savoir que quelqu'un s'est assis à côté de lui avant même qu'on ne l'aborde, mais de ne pouvoir deviner ni son sexe ni son âge ni même s'il ou elle le connait déjà. Alors il attend.

La voix est celle d'une femme. Claire. D'une finesse indescriptible, d'une douceur sans pareille. Comme du sable. Fine et douce à la fois. Et il se surprend à attendre une suite alors qu'il entend bien qu'elle attend une réponse de sa part... Il est préoccupé par cette voix... Comme jamais il n'en avait perçu... Les voyants auraient pu la comparer à... du crystal.

Elle est belle.


- J'en ai bien l'impression, même si ma musique ne doit pas en être la seule cause.

Sa tête est déjà tournée dans sa direction. Il caresse Ewth de façon détachée, par habitude. Le renard ronfle légèrement sur ses genoux.

- Enchanté, Aelya. Moi c'est Owen, s'ils ne l'ont pas assez crié depuis le début de la soirée.

Il rit alors, car il est vrai que les fêtards n'ont pas cessé de venir – ou hurler – lui demander de jouer à nouveau. Ce soir-là, les danseurs semblent avoir particulièrement envie de danser lorsque les chanteurs veulent user de leurs cordes vocales sur les airs endiablés de la guitare du musicien.

- Je les aime tous beaucoup, mais j'avoue que c'est... bizarre d'entendre son nom scandé à toutes les sauces. Et presque même perturbant... Ca reste avant tout très drôle.

Son sourire est léger, perdu entre la fatigue et l'envie de parler plus encore avec la jeune femme qui vient de l'aborder. Sa curiosité est bien trop grande... Il ne l'a encore jamais croisé dans la caravane, il n'a même encore jamais entendu sa voix. Et pourtant, le Dragon jure qu'Owen s'en serait souvenu. De cette voix cristalline.

- Et toi, tu aimes danser ?





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Aelya Ceriosé
Marchombre
L’entremêlement des voix alentours, un sourire qui éclot lentement et un clin d’œil envoyé à la volée. Dix secondes, peut-être vingt. Elle n’a pas compté. Le temps n’a plus aucun effet sur eux depuis un moment ; on compte les danses mais plus le nombre de bières avalées, on s’estime être encore loin de l’heure du coucher alors que le ciel brille déjà de mille éclats. Les enfants ne dorment pas, eux non plus. Leurs cris lézardent les chariots tandis qu’ils courent dans tous les sens, portés par l’ivresse de l’un de leurs jeux. Et, sur chaque visage, du bonheur à n’en plus savoir que faire. Ils sont heureux. L’est-elle aussi ?

« J'en ai bien l'impression, même si ma musique ne doit pas en être la seule cause. »

Le visage de la Marchombre s’illumine, sans qu’elle ne réponde pour autant. Son regard balaie les traits de l’inconnu avec lenteur, s’attarde sur ces prunelles aveugles pour finalement s’égarer dans le pelage roux du renard allongé sur ses genoux. Lui n’a pas l’air rassuré de la voir d’aussi près, bien qu’elle n’ait nullement l’intention de le toucher ; une sauvagerie qui, le temps d’une inspiration, lui rappelle celle d’Astan.

« Enchanté, Aelya. Moi c'est Owen, s'ils ne l'ont pas assez crié depuis le début de la soirée. »

Le rire d’Owen la surprend. Il est si… clair. Si imprévisible. A peine envolé, il l’enveloppe déjà d’une douce chaleur, réduisant à néant les dernières tensions de ses muscles d’un seul mouvement. N’est-il pas plus dangereux que n’importe quel combattant, à apaiser d’un éclat de voix ? A éblouir d’une chanson ? Les musiciens ont toujours possédé une essence qui leur est propre, du moins c’est ainsi qu’elle voyait les choses. Ces dernières années, elle avait eu l’occasion de croiser le chemin de plusieurs d’entre eux – lors de convois comme dans les rues d’Al-Jeit, où les chansons de ces derniers avaient l’air de sublimer les rues de la cité Lumière, si tant est que ce soit possible. D’un geste doux, Lya remonte une mèche impertinente jusque derrière son oreille ; il lui semble qu’Owen a encore des choses à dire. Peut-être trop de choses pour qu’elle puisse imaginer réussir à lui répondre un jour.

« Je les aime tous beaucoup, mais j'avoue que c'est... bizarre d'entendre son nom scandé à toutes les sauces. Et presque même perturbant... Ca reste avant tout très drôle. »

Elle hausse les sourcils en le dévisageant. Il lui semble si vulnérable, tout d’un coup. Vulnérable et étonné de pouvoir être le centre de toute cette attention, comme si une telle idée était insensée. Lui dira-t-elle qu’on ne voit que lui ? Au milieu de tous ces rires en cascade, de ces tissus tournoyant et de cet océan de couleurs où il serait facile de se noyer, on ne voit que lui. Les autres lui sont peut-être invisibles, mais personne ne peut se soustraire à son sourire, encore moins à sa voix. Pas même elle, et cette réalité l’effraie.

« Et toi, tu aimes danser ? »

Elle marque un temps d’arrêt. Elle ne s’est jamais vraiment posé la question, à vrai dire. Au milieu de toutes ces valses et de ces doigts qui s’entrelacent, Lya s’est toujours sentie comme une étrangère. Elle navigue continuellement entre les corps, effleure les hanches sans s’y heurter et se soustraie aux mains qui tentent de l’agripper, insaisissable lorsqu’il s’agit de s’amuser en communauté. La Marchombre a toujours aimé admirer la joie chez les autres sans chercher à se l’approprier elle-même, persuadée que son propre bonheur réside ailleurs. Peut-être se trompe-t-elle. Peut-être qu’Elijah, s’il était encore là, lui dirait sans détour qu’elle est en train de s’égarer. Mais son maître n’est plus et, si ces incertitudes ont toujours fait partie d’elle, elles ne l’ont jamais empêchée d’avancer.

De ses mains déposées sur ses cuisses, la jeune femme frôle lentement le cuir souple de son pantalon.


« D’une certaine manière. »

Elle n’en dira pas plus, bien que le souvenir de sa dernière danse enneigée parvienne à ravir son visage d’un engouement inhabituel. Il peut bien l’imaginer acrobate ou ballerine, elle se verrait plutôt funambule à l’équilibre fragile… Comment l’imagine-t-il, d’ailleurs ? Elle ne parle pas de vision physique, l’essentiel est ailleurs. Profond, bien plus profond, enfoui au fond de sa cache thoracique, dissimulé sous l’épaisseur d’une muraille de fibres. Ou peut-être dix.

« D’où viens-tu, Owen ? »

Curiosité mal placée – mal avisée, sans doute. Mais là encore, Lya chasse les barrières qu’elle s’est toujours imposée. Assise sur ce tronc, émeraudes rivées sur cet homme singulier, la jeune marchombre s’est finalement décidée à le questionner. Tant et si bien qu’elle n’aperçoit que tardivement les silhouettes approchantes des Thüls, jusqu’à présent occupés à vider leurs godets de bière.

Amusée, la jeune femme se penche, murmure au bord des lèvres qu’un autre sourire étire alors.


« Je crois que la bizarrerie n’est pas terminée pour aujourd’hui. »

Un souffle, le feu qui crépite et ce prénom qui résonne. Encore une fois.

« Owen ! »

La pause aura été de courte durée. Les hommes se placent devant eux, verres vides à la main, allégresse collée au visage comme l’aurait fait un masque d’argile.

« Tu veux bien jouer encore un morceau pour nous ? »
« L’histoire du rêveur d’Ondiane ! »
« Ou celle du cheval à trois jambes d’Al-Far ! »

Lya se mordille la lèvre pour ne pas éclater de rire. A trois jambes ? Vraiment ? Quel genre de contes Owen possède-t-il dans ses carnets ? Elle tourne ses prunelles malicieuses vers le jeune homme à côté d’elle. Quel que soit le choix vers lequel le musicien se porterait, eux seraient prêts à danser. Peut-être même chanter. Et elle, à rire, si l’occasion se présentait.


« Je chante et pleure, et veux faire et défaire,
J’ose et je crains, et je fuis et je suis,
J’heurte et je cède, et j’ombrage et je luis,
J’arrête et cours, je suis pour et contraire. »
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Owen Finnegan
Musicien
La jeune femme marque un temps. Comme une réflexion intérieure, une question silencieuse que l'on tente de résoudre. Cette sensation de chercher une réponse alors que rien ne vient. Peut-être se trompe-t-il, aussi. Toutefois, il sourit et attend qu'elle prenne la parole à son tour pour répondre à son interrogation. Pour l'instant, seuls les bruits tonitruant des discussions entourent son oreille, seuls les chants et les rires des caravaniers comblent ce silence qu'elle lui impose. Non pas qu'il trouve cela désagréable, il a toujours eu un plaisir à écouter ce qui l'entoure. Et le silence est un luxe qu'il ne s'offre que rarement.
Son oreille reste son unique moyen de voir le monde. Du repos ? Elle n'en a que rarement. Seulement lorsqu'il ferme les yeux pour se plonger dans ses nuits. Alors ces quelques fois où il peut les laisser vagabonder sans attention aucune sur la moindre discussion, il en profite. Oublier les bruits, oublier les sons, se focaliser sur ses pensées.
Pauses reposantes. Bienvenues.

Soudain, un léger son le fait sortir de sa contemplation. Bruissement, frôlement imperceptible. Malgré tout, il entend. Malgré son détachement, il perçoit les sons. C'est comme regarder dans le vague. On voit la silhouette nous venir dessus même si nous ne regardons pas réellement dans sa direction. On ne peut pas se détacher du monde.
Là, elle parle. Pour répondre vaguement. D'une certaine manière elle aime danser ? Comment peut-on aimer ça d'une certaine manière ? Sa réponse fait sourire le musicien. Et il comprend qu'elle ne veut pas particulièrement en parler. Pour Owen, peut lui importe les confessions. Si elle ne souhaite pas parler, ce n'est pas un forfait punissable. C'est ce qu'on appelle vie privée.

Elle tait donc ses pensées, enchaine sur une question. Et l'aveugle n'en sourit que plus encore. Ainsi donc elle ne souhaite pas parler d'elle, mais insiste pour parler de lui ? Peu importe. Sa vie à lui n'a rien d'exceptionnelle, il ne possède pas de secret à dissimuler.


- D'où je viens ? Peut-être d'un peu partout. Mais je suis né à Laestroit, dans les...

Il l'entend alors se pencher vers elle, lui murmurer quelque chose à l'oreille, coupant sa réponse en cours. Et sa voix, cristalline, se fraye un passage dans ses tympans, résonne dans son esprit. Une voix si belle... Aelya...
Il sourit, comprend qu'elle ne peut qu'être belle. Physiquement ? Comment pourrait-il le savoir. Lorsqu'Owen parle de beauté, il s'agit inévitablement de ce coeur que l'on cache tous. De cette perle que l'on garde enfouie, perle que l'on ne peut qu'apercevoir si l'on se concentre assez sur son écho.
Et il l'a perçu. Cet écho. Il l'entend, il le voit. Si beau. Intense. Etincelant.

Une voix le fait sortir de sa nouvelle rêverie, prononçant à nouveau son prénom. Masculine, il l'entend face à lui. Lorsqu'il se concentre, il a l'impression qu'ils sont plusieurs, face à lui, debout, sans aucun doute joyeux de leurs boissons. Et il sourit lorsqu'il entend à nouveau cette demande tant de fois répétée dans la soirée.
Chante pour nous, s'il te plait.
Son sourire s'étire, son visage s’imprégne de cette joie qu'il ressent lorsqu'on apprécie sa musique et qu'on lui en redemande.


- Aaah, mais vous allez détruire mes cordes vocales, à force. Mais que ne ferais-je pas pour la musique et la danse ! Donnez-moi quelques minutes et je suis à vous. Mais pour une seule chanson, on est d'accord ?

- C'est déjà plus qu'il nous en faut !

Les thüls, heureux, retournent au centre de l'activité du feu de camp. Quand à Owen, il se tourne vers la jeune femme. Et il lui sourit, la tête légèrement penchée de côté.

- Je suis navré, on dirait que le devoir m'appelle. Mais...

Il hésite, entend l'écho d'Aelya.

- Tu m'attends ?

Il n'a pas le temps d'écouter sa réponse qu'il entend à nouveau son nom scandé. On l'entraine alors soudain, sans même une seule demande, il se retrouve à nouveau au centre de l'attention, au milieu de l'activité de la soirée. Et on le supplie, on lui offre de longues polyphonies de phrases pour le convaincre de commencer de suite. Ils ne peuvent plus attendre, ils veulent danser.
Alors Owen sourit, tend la main, demande sa guitare. Sans surprise, on la lui apporte vite. Il passe la sangle autour de ses épaule, la guitare tombe sur son ventre. Mains sur l'instrument, il clame haut et fort le titre de la prochaine musique.


- On me l'a demandé, la fameuse histoire du rêveur d'Ondiane. Ne vous l'ai-je pas assez chanté ? J'en ai une nouvelle. Une vieille chanson chantée par quelqu'un que je connaissais bien. Voici l'histoire du Vieil Homme de l'Océan.

Le musicien ferme les yeux deux secondes, inspire. Il pense à son père. Qui lui chantait cette chanson. Et ses doigts se mettent en marche, piqués d'une vie propre. Et sa voix, se met à résonner presque soudainement. En parfait harmonie de son instrument.

- Sous le firmament sans nuages,
Sur les eaux endormies,
Il vogue vers quelques rivages.
Vers l'horizon bleu qui s'enfuit,
Il a quitté, des îles, son village,
Il est parti, le coeur gros.
Dame, garde-le du naufrage !
Prends pitié du vieil homme de l'Océan !

Sur lui la nuit pose ses voiles,
Et l'onde murmure tout bas.
Le regard tremblant des étoiles
Semble veiller sur son mât.
Le frémissement des cordages
Répond aux soupirs des eaux.
Dame, garde-le du naufrage !
Prends pitié du vieil homme de l'Océan !


Et il danse presque lorsque sa gorge tressaute de musique.





Ils sont gentils, si si :


Spoiler:
Cadeau de mariage de mon épouse, Las d'amour ♥♥
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