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Capitaine Fynn Fearàin

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Fynn Fearàin
Capitaine Pirate Aline
Capitaine Fynn Fearàin
Aline | Pirate | Capitaine

Généralités

Nom : Fearàin
Prénom : Fynn
Sexe : Homme
Âge : 34 ans
Lieu de Naissance : Grand océan du Sud, Archipel Aline.
Peuple : Aline
Métier : Capitaine de navire-pirate

Crédits : H1fey.deviantart & Aki





Description Physique

« Aujourd'hui vivants, demain morts. Peu importe. Je ne compte que sur le jour que je vis et jamais sur celui que je vais vivre. Alors, apporte-moi une nouvelle bouteille de rhum et garde tes conseils pour toi. » | Fynn Feàrain


Fynn Fearàin est un Aline. Dans sa voix, ses mouvements, son style de combat… Qu’il arrive à se faire passer pour un Navigateur depuis tant d’années est étonnant, mais également dû à son incroyable capacité pour mentir et charmer les gens. Malgré que son sang vous hurle à la figure qu’il est Aline jusqu’au plus profond de lui-même, s’il a décidé de vous faire croire qu’il est un rêveur d’Ondiane expatrié de la Citadelle, il y a peu de chances que vous ne le croyez pas à la fin de la soirée. Et également peu de chance de retrouver votre bourse par la suite.

Né en mer et vivant avec la ferme intention d’y mourir un jour, Fynn a le sang aussi salé que l’Océan. Sa peau est tellement bruiner par le soleil et le sel marin qu’au plus fort de l’été, on le croirait moitié Faël. L’exposition constante aux éléments a également tiré des rides, non pas de vieillesse, mais de vie, sur son front et au coin de ses yeux. Plutôt que d’être un trait négatif, ces petits détails ajoutent à son expressivité déjà grande ainsi qu’à son potentiel de charme. Ses yeux, justement, sont d’un bleu très sombre qu’on les croirait presque noirs ou noisette foncé, parfait reflet du fond de l’océan qu’il aime tant. Anodins au départ, ils se révèlent une arme d’une efficacité redoutable pour charmer la gent féminine. Un instant, ils se révèlent rieurs, expressifs, espiègles… et l’autre aussi autoritaire qu’un colonel Frontalier ou témoignant d’une volonté hors du commun, presque violente, typique de son peuple. Bien qu’il ne soit pas avare de mots, ses yeux parlent souvent avec plus de précisions que ses paroles. Bref, Fynn est bel homme, en est pleinement conscient et n’a aucun scrupule à l’utiliser à son avantage.

Ses cheveux sont bruns cuivrés, typiques de l’ile d’origine de son peuple, légèrement décolorés par le soleil. À 34 ans, il n’a pas un cheveu blanc, merci à son grand-père de n’avoir blanchi qu’à l’âge vénérable de 67 ans! Ils sont ondulés et assez épais pour causer des ennuis. Il les maintient mi-longs, toujours rejeté vers l’arrière, et s’en occupe autant que du chien de la voisine du premier tavernier à qui il a dérobé sa bourse. Le résultat est le plus souvent chaotique, mais avec le vent qui souffle en permanence sur le pont d’un bateau, on peut difficilement lui en vouloir. Ses mèches rebelles ne sont pas non plus sans faire un écho parfait à son caractère! Il laisse également sa barbe, de la même coloration que ses cheveux, pousser à une certaine longueur, jamais plus de quelques centimètres, mais on ne le verra jamais complètement imberbe. Il déteste se voir dans un miroir sans barbe, se trouvant trop rajeuni.

Fynn est assez grand, sans être un géant. S’il parait avoir une bonne stature quand il se balade parmi une foule d’Alaviriens typique, on a l’impression qu’il rapetisse de 15 centimètres si on le met à côté d’un Thül. Il n’a pas non plus la musculature de ce peuple guerrier ni celle d’un chevalier de l’Empire, mais est charpenté comme seul un marin peut l’être. Muscles secs, bien définis, en souplesse et en écho parfait avec les efforts propres aux hommes de la mer : grimper aux cordages où les tendres, tenir la barre lors d’une tempête, remonter les filets, transporter de lourdes caisses, barils et cordages… Fynn est un homme qui travaille fort, et tout dans sa chair l’expose. Il a d’ailleurs les mains rugueuses et souvent couvertes de blessures.

L’Aline a appris à se battre sur le pont d’un bateau pirate depuis qu’il est gamin. Il est bon combattant, et s’il a fait ses preuves contre d’autres marins, il ne fait pas le poids vis-à-vis un guerrier de profession tels un Frontalier ou un Thül. Il en est conscient, et si cela ne l’empêche pas de lancer ou relever un duel sans la moindre hésitation, il n’hésitera pas non plus à user de ruse, de tricherie ou de coup bas pour réussir. Son entrainement est passé par le lancer de couteau, le corps à corps (ou plutôt comment gagner des batailles de tavernes entre ivrognes) et l’escrime. Son arme de prédilection, qui ne quitte jamais sa ceinture, est le sabre court et recourbé des marins du sud. Cette arme aurait pu trahir aux yeux de n’importe qui son origine ethnique, mais l’arme étant également popularisée chez les Navigateurs Alaviriens, on y voit que du feu. Seule une autre Aline pourrait reconnaitre que la garde finement travaillée est une œuvre des iles Alines. Même chose pour son armure de cuir plaquée et finement ouvragée qu’il porte la plupart du temps par-dessus des vêtements plus amples, généralement blancs ou bleu cobalt, sa couleur fétiche.

Fynn a également développé une technique avec un fouet. Il faut l’avouer, c’est avant tout une question de style qui l’a posé à apprendre à se servir de cette arme, mais celle-ci s’est finalement révélée très pratique. En plus d’impressionner ses adversaires, elle est pratique pour attirer l’attention d’un auditoire, pour s’en servir à la façon d’une liane dans un combat sur le pont d’un navire ou encore pour attraper avec un style à tout jeter par terre la taille d’une fille de joie dans les maisons closes de la côte Alavirienne.

Fynn Fearàin n’est pas un homme de grande subtilité et se délecte de l’effet qu’il provoque sur les gens ou les foules, avec sa facilité des mots comme son attitude entre la théâtralité, la désinvolture et la moquerie constante. Il a le pas assuré et entre dans chaque auberge ou taverne comme s’il possédait l’endroit. Le vouvoiement n’est jamais de rigueur, sauf lorsqu’il tient à conclure une bonne affaire, et il parle toujours avec une confiance en lui qui ferait pâlir d’envie les politiciens de la Capitale. Il est également un optimiste naturel. Sa voix, justement, grave et rouée, résonne des accents marqués du sud. Il a toujours un sourire charmeur, conscient de l’effet qu’il a, accroché au coin des lèvres. Peu de choses semblent le démonter ou pouvoir lui retirer cet air charmeur, sarcastique et sûr de lui. C’est peu dire, dans notre univers, il serait à coup sûr une rock star qui fait scandale à toutes les semaines dans les magazines à potin pour relations inappropriés, consommation de drogues et d’alcool ou insubordination publique.




Caractère

« Je suis soit un génie, soit complètement fou… » | Fynn Fearàin



Fynn Fearàin n’est pas quelqu’un dont la personnalité est simple à décrire. Peu en connaissent toutes les subtilités ni même ce qui se cache derrière ses éternels airs et gestes confiants et irrévérencieux. Il se révèle en plusieurs couches, comme les différents niveaux de l’océan, où le plus profond reste un mystère presque complet.

Aux premiers abords, tout semble clair. Il s’agit d’un Capitaine de navire très sûr de lui, avec peu de manières et qui se révèle rapidement suffisant. Il ne se prend pas pour une crevette des sables et la modestie ne l’a probablement jamais étouffé le moins du monde. Orgueilleux, mais extrêmement doué pour le sarcasme, il tournerait en bourrique n’importe quel adepte des débats en moins d’une heure. Qu’il ait tort, il n’en a rien à faire. L’important, c’est d’avoir le dernier mot, quitte à avoir l’air ridicule. Ses arguments feraient parfois pâlir les érudits, mais Fynn est également doté d’une vive logique et d’un don pour le mensonge et la persuasion qui vous ferait croire que les Siffleurs des Mers existent réellement au sud de l’Archipel Aline. En d’autres termes, il a toutes les qualités nécessaires pour faire avaler n’importe quoi à n’importe qui. C’est une particularité essentielle pour effectuer le métier qu’il fait depuis maintenant plus de dix ans.

Fier et vif, il manie les mots et l’humour avec la précision d’un ours élastique se balançant de branche en branche. Continuellement empêtré dans des situations impossibles, dangereuses ou douteuses, il s’en sort la moitié du temps en maniant les mots avec humour. Intelligent et astucieux, il ne manque pas d’imagination pour élaborer des plans. Il peut néanmoins paraitre complètement stupide tellement il peut être impulsif ou se mettre dans des situations désespérées. Lorsqu’il se retrouve pendu à une corde trois mètres au-dessus d’une foule en colère voulant lui arraché la tête, il lui arrive aussi de lui-même douter d’être complètement cinglé.

Autre détail se révélant rapidement évident, Fynn n’est pas un homme qu’on peut qualifier d’honnête. Loin de là. Il ment comme il respire et n’hésite pas à manipuler qui que ce soit pour obtenir ce qu’il désire. Les affaires sont les affaires. Voler, tromper, trahir font partie de son quotidien d’homme d’affaires. Sa parole, s’il vous assure de la voix la plus sincère qu’il ne vous vendra pas à la concurrence ennemie, ne veut que du vent. Conclure un marché avec un Ts’Lish aurait probablement été moins risqué qu’avec lui. Il ne jure que par le plus offrant et dans son unique intérêt, à lui, son navire et son équipage.

Autoritaire, stricte et avec une modulation d’humeur ressemblant étrangement aux changements météorologiques en grande mer – chaotiques et soudains – il est un capitaine de navire respecté et qui sait se faire obéir. Généralement souriant bien que ferme et inflexible, il est apprécié et on le voit toujours à rire, boire ou mener une affaire avec son équipage. Il ne tolère aucune mutinerie ou raillerie d’un autre équipage. Dans ses moments, on comprend rapidement qu’il peut se transformer en menace, et même le pire scélérat des mers ne voudrait pas l’avoir comme ennemi. Fynn est extrêmement rancunier. Encore faut-il qu’il vous juge digne d’intérêt, sinon il vous ignorera comme une vieille chaussette de l’Empereur ou vous vous prendrez un râteau mémorable. Le lendemain, il ne se souviendra même pas de votre existence. D’ailleurs, à ce sujet, Fynn a une excellente mémoire, mais une mémoire très sélective. Il n’oubliera jamais un détail qui pourrait lui servir, un visage qui lui a plu ou une remarque mal placée l’ayant piquée au vif, mais s’il n’a pas jugé bon de retenir votre nom, vous considérant insignifiants, vous aurez beau avoir passé deux semaines sur son bateau il vous oubliera dès que vous aurez posé le pied à terre.

Il apparait également comme évident que Fynn aime la bonne et belle compagnie tout autant que les bonnes soirées. Charmeur invétéré, son attention est rapidement détournée de n’importe quelle situation si une jolie jeune femme attire son regard. Sinon, c’est un grand amateur d’alcool fort, le rhum et le whiskey font littéralement partie de son quotidien, et s’il n’était pas aussi actif et amoureux de la mer de son navire, il serait probablement un ivrogne. Il tient très bien l’alcool et c’est une très mauvaise idée de faire un concours de boisson avec lui. Il préfère entrer en coma éthylique plutôt que de perdre à ce jeu. Également, c’est un bon vivant qui adore fêter. Bonne nourriture, bonne compagnie, alcool, chansons, histoires… Tout y passe, dans une taverne, une auberge ou le soir sur le pont de son navire. Il a également toujours le mot pour rire, usant du sarcasme mieux que n’importe quelle arme, même dans les pires situations. Il ne mâche pas ses mots, peu sensible à blesser ceux qui osent le confronté, et n’a que très peu de manières civilisées. « Inapproprié » est son deuxième prénom.  

En dessous de tout cela, lorsqu’on passe les premières apparences et cette façade de salaud, on découvre quelqu’un de différent.

Fynn était d’un naturel à faire confiance, avant. Trahi la plupart du temps, en affaire, en amitié et en amour, il a forgé sa personnalité de façon à ne plus se fier sur personne d’autre que lui-même. Il s’est également juré à lui-même ne plus jamais tomber amoureux, ce qui ne l’empêche absolument pas d’accumuler les conquêtes. Il fait très difficilement confiance – seul son équipage, qu’il choisit méticuleusement, échappe à sa méfiance - et est absolument convaincu qu’il y a une part horrible cachée en chaque personne. L’humain reste humain. Si la Dame avait voulu faire des êtres parfaits, elle aurait pondu d’autres baleines.

C'est également quelqu'un qui gère difficilement les émotions intenses. Si elles sont négatives, il devient rapidement impulsif et transfère tout en colère ou en agressivité. Si elles sont positives, il prend peur et les rejette. Malgré tout, Fynn est quelqu'un de très extrême. Plans ambitieux, joie intense ou colère noire, il t'aime ou te déteste, sinon c'est l’indifférence. Il est rarement quelque part au milieu... Et cela s'explique par une grande sensibilité qu'il rétracte depuis sa jeunesse, cache et met un point d'honneur à étouffer. Du coup, tout explose toujours. Parlant d'intensité, une des choses les plus importantes pour Fynn reste sa liberté. L’enchainer, lui donner des responsabilités qu'il n'a pas lui-même choisi - et encore - le répulse autant que l'idée de se mettre lui même en feu. Pour lui, il n'y a pas de plus grande liberté que de naviguer sur la mer infinie. Il méprise ceux qui s’enchainent dans leurs petites vies bien orchestrées et il admire ceux qui parviennent à être réellement libres. Sa fascination pour les Marchombre vient d'ailleurs de là. Également, il déteste être immobile trop longtemps. Il a besoin d'action, de mouvement, de sensations fortes autant que d'une drogue.

La Dame et la Mer sont ce qui se rapproche le plus d’un culte pour notre capitaine. Il ne croit plus en l’humain et n’a jamais cru en quoi que ce soit de surpuissant et de créateur. Pourtant, il a une quasi-vénération et un immense respect pour la Dame et l’océan. Il a pour son dire qu’il est marié à son bateau et que la mer est son amante. L’obligé à vivre à terre est une condamnation à mort pour le marin, et s’en prendre à son navire est une offense suprême uniquement réparable dans le sang. Son Don le rend également très sensible aux éléments et à la nature, et bien entendu, particulièrement au vent et à la mer. Bien que celui-ci ne soit pas des plus exceptionnel, il contrôle son Don de Navigateur Aline avec aisance, expérience et adresse.

Parlant de son bateau, Fynn est quelqu’un qui est à la fois fier et protecteur envers son équipage. Si cela ne parait pas toujours, il tient énormément à eux et ferait à peu près n’importe quoi pour leur assurer d’avoir un repas sur la table chaque soir. Peu scrupuleux, il n’hésitera pas à voler à ceux qui possèdent le plus de branches afin d’atteindre cet objectif, élaborant toujours des plans incroyablement ambitieux pour prendre leur fortune au gras riche de ce bas monde. Néanmoins, s’il dit qu’il ne volera aucun pauvre puisqu’il s’agit d’une perte de temps, la réalité est tout autre. Il a toujours eu un bon fond, incapable de laisser une injustice passer sous son nez, et s’il l’a étouffé pour devenir le pirate redouté qu’il est aujourd’hui, il n’a pas perdu tous ses principes. Il ne l’avouera pas si on lui pose la question, par souci de préservation d’image, mais ceux qui se donnent la peine d’essayer de le comprendre d’en rendront rapidement compte. Une pièce négligemment échappée aux pieds d’un mendiant, une bagarre sous faux prétexte d’une insulte pour sortir une jeune femme des griffes de malfrats, voler un riche marchand de l’aristocratie malgré la complexité de l’opération pour éviter que ses hommes s’en prennent aux marchands les moins bien nantis… Autant de gestes dissimulés qui font de lui l’homme respecté de son équipage qu’il est.



Histoire

« Je suis malhonnête, et tu peux toujours être sûr qu'un homme malhonnête va être malhonnête. Franchement, ce sont les hommes honnêtes qu'il faut surveiller, car on ne peut jamais savoir lorsqu'ils vont faire quelque chose d'incroyablement stupide. » | Fynn Feàrain

 

Préface





    | Rives de l’Océan du Sud, une centaine de kilomètres au sud-est d’Al-Vor | Présent |



La nuit enveloppe le petit village perché sur une crête rocheuse au-dessus des eaux salines du grand océan du sud. L’air est frais, même pour cette fin de printemps, et une forte odeur de sel est portée par le vent qui semble souffler en permanence de la mer. Dans le port, les bateaux qui tanguent au gré des vagues semblent eux aussi endormis.

Un homme sort de la taverne du village, le pas peu certain, dans les rues désertes. Il gravit la route en pente montant jusqu’au sommet de la crête où la plupart des habitations se trouvent, à l’abri des vagues et de la fureur de la mer. De fort bonne humeur et rendu encore plus gai par l’alcool, l’homme se met à fredonner joyeusement l’air d’une chanson paillarde entendue plus tôt dans la soirée.


    « Que ferons-nous avec un marin ivre?Que ferons-nous avec un marin ivre, tôt le matin? Way hay, et jusqu’à ce qu’elle se lève,Way hay, et jusqu’à ce qu’elle se lève, tôt le matin! Mettez-le dans le lit de la fille du capitaine.Mettez-le dans le lit de la fille du capitaine, tôt le matin!Way hay, et jusqu’à ce qu’elle se lève,Way hay, et jusqu’à ce qu’elle se lève, tôt le matin! »


Ce soir, il a fêté. Ce soir, il a payé la tournée à tous les marins présents dans la taverne des Bancs de Sable et a été acclamé haut et fort. Ce soir, il est heureux.

Marchand gagnant en renommée dans la région, Bal Cil’Pharad, sait maintenant que le sort lui est définitivement favorable. Plus encore, il se croit béni par la Dame! Enfin, son rêve se réalise. Enfin, son commerce pourra passer à un niveau supérieur et bientôt, il croulera sous l’or et son nom sera connu dans tout le sud de l’Empire! Enfin… Enfin! Le Vent du Large lui appartient.

Bal Cil’Pharad est le fils d’un Navigateur. Néanmoins, il avait refusé de suivre les traces de son père plusieurs années plus tôt, préférant le métier de marchand à celui de marin. Depuis, il se dédie au commerce de plus en plus lucratif de produits de luxe en provenance de la mer pour les nobles des grandes cités tel Al-Vor et Al-Jeit. Sa décision fit grande peine à son paternel, mais ce dernier n’avait pu se résoudre à léguer son précieux navire, qui était dans la famille depuis plus de trois générations, à qui que ce soit d’autre que son fils unique, même si cela impliquait que le Vent du Large quitter la guilde des Navigateurs pour toujours. Peut-être que dans ce dernier geste désespéré, le vieux Cil’Pharad avait nourri l’espoir de voir son fils renoncer à sa quête de richesse pour embrasser, comme lui, l’amour de la mer.

Aujourd’hui, Bal Cil’Pharad a été signé les derniers papiers à la marina de Port aux Crabes pour récupérer son héritage, le précieux bateau de son père, le célèbre Vent du Large. Il ne s’agit pas d’un simple navire, ho, ça non! Le Vent du Large est reconnu depuis quelques générations déjà pour sa vitesse et la qualité de sa construction. Il s’agit d’une perle de navigation, d’un trésor inestimable pour un marin, bref, l’un des meilleurs vaisseaux de grande mer de toute la Guilde des Navigateurs. Avec ce navire sous ses ordres, son commerce de produits rares et luxueux ne pourra que prendre de l’ampleur, Cil’Pharad en est certain.

Arrivé sur le sommet de la crête, l’homme gagne sa somptueuse villa de bardeaux de bois peint en blanc. Il entre en fredonnant toujours, peu soucieux de réveiller sa jeune épouse, Gillis, qui dort à l’étage. L’idée d’aller la rejoindre dans leur lit douillet réchauffé par la chaleur de son corps agrandit son sourire encore davantage. La journée ne peut pas mieux se terminer!

Avant de gravir les marches, opération plutôt périlleuse dans son état d’ébriété, Cil’Pharad se rend devant la grande baie vitrée. De là, il a une vue imprenable sur le port et la mer en contrebas. La lune est presque pleine ce soit là et sa lumière suffit à l’homme pour qu’il repère rapidement son nouvel amour, sa mine d’or endormie. Avec fierté, il constate que le mat du bateau est plus haut que tous les autres navires accostés. Sur ce mat, il distingue même son drapeau qui flotte au vent. Au centre du drapeau couleur marine, deux lignes blanches sinueuses imitent le mouvement des vagues alors que trois étoiles les surplombent. L’étendard, la fierté de sa famille.

Ce bateau est magnifique, élégant, respire sa force et témérité. Il intime le respect et l’admiration, pense Cil’Pharad, s’enorgueillit. Ce soir même, un marin à la barbe et aux cheveux noirs, de passage dans la région pour trouver du travail, selon ses dires, l’a d’ailleurs complimenté en apprenant qu’il s’agissait de son navire. Cil’Pharad, déjà bavard et que l’alcool rend plus pipelette qu’une Pie des Collines et fier qu’un Tigre des Prairies, sauta sans hésiter sur l’occasion pour vanter son navire à cet homme qui l’écoutait attentivement. Son intérêt pour les détails de la navigation de son navire avait été de l’admiration, des compliments. Cil’Pharad en souris encore de plaisir. Tout à sa bonne humeur, il avait proposé au marin de l’embaucher sur le Vent du Large. Après tout, il allait avoir besoin de tout un équipage pour mener à bien ses objectifs de commerce.

L’homme pousse un bâillement à s’en décrocher la mâchoire. Gagné par la fatigue, il se détourne de la fenêtre, lançant un dernier regard en signe de bonne nuit à son précieux navire. Il monte à l’étage avec plus de difficulté qu’il n’en faut à un carpeau pour voler et atteint enfin, en nage, mais victorieux, la porte de sa chambre à coucher. Il entre à l’intérieur en tentant de faire le moins de bruit possible, et par miracle parvient à ne pas réveiller Gillis. Elle lui en aurait surement tiré les oreilles et Bal Cil’Pharad préfère éviter ce genre d’évènement fâcheux ce soir. La soirée a été parfaite.

Cil’Pharad pose la tête sur l’oreiller, et deux secondes plus tard, il ronfle et rêve de coffres remplis d’or, du manoir somptueux qu’il se fera construire et des serviteurs à qui il donne des ordres. Le lendemain matin, il se réveille avec un sourire sur les lèvres, d’aussi bonnes humeurs que la veille. Il descend au rez-de-chaussée pour prendre son petit déjeuner. Gillis est déjà levé et une bonne odeur s’élève de la cuisine. Cil’Pharad lance un joyeux bonjour à sa femme avant de s’étouffer dans un cri d’horreur. Gillis sursaute et échappe sur le sol la carafe de lait de Siffleur qu’elle apportait sur la table. Elle jure vivement, avant d’apostropher son mari sur la raison de son cri de loup de mer. L’homme ne lui répond pas. Par sa grande baie vitrée, Bal Cil’Pharad peut voir le port du village baigné dans la vive lumière du matin, la mer ainsi que des goélands volant tels des bancs de poissons dans l’air salin. Tous les bateaux amarrés semblent se faire dorer fièrement au soleil. Tous les bateaux, sauf un.

Son précieux Vent du Large a disparu.


Chapitre 1





    | Grand Océan du Sud | Il y a 34 ans |



« Angharad, faites lever les voiles. Je veux être loin d’ici lorsque les requins arriveront. » [/list]

L’interpelé hoche gravement la tête et s’éloigne en hélant deux hommes.

La lumière oblique du soleil couchant semble embraser l’océan à perte de vue. Et pourtant, sa vive lumière n’est rien face aux flammes qui rongent le navire sombrant tranquillement dans les eaux sombres de la mer à une centaine de mètres devant eux. Le drapeau aux armoiries Impériales Alaviriennes flotte toujours au vent, à moitié consumé par le brasier. L’équipage, bien que lourdement armé, n’a eu aucune chance contre les pirates maitrisant parfaitement le terrain. Quelques corps sans vie flottent parmi les décombres, bientôt réclamés par la mer et ceux qui y vivent.

La Capitaine Edhen Crainn se détourne de ce spectacle de désolation pour contempler les dégâts faits à son propre bateau. Brisure dans le bois de la rambarde, troisième voile déchirée, quelques cordages coupés et des barils éventrés sur le pont. Rien que la Perle des Sables n’a jamais vu. Quelques blessés mineurs également, rien de trop grave heureusement. Le guérisseur de l’équipage va et vient de l’un à l’autre.

Malgré leur victoire écrasante sur le bateau, Alavirien les ayant pris en chasse, tous ont la mine sombre et les conversations ne se font qu’à voix basse. Une ombre plane sur le pont. La mer est trop calme, elle aussi. L’heure devrait être aux célébrations, pourtant elle est au deuil.

Edhen Crainn se dirige vers la barre. Plus vites ils seront loin d’ici, mieux tout le monde se portera. Ce n’est peut-être qu’une illusion, mais il lui semble que la distance fera cesser cette douleur qui lui transperce la poitrine et dont il ne peut rien montrer. Il est capitaine. Il n’a pas le droit à l’erreur, pas le droit aux sentiments, pas le droit de pleurer son meilleur ami et lieutenant.

Alors qu’il arrive près du gouvernail, il aperçoit une silhouette féminine vêtue de grands voiles amples bleu clair et gris debout à la proue. Elle est la seule qui regarde directement l’épave enflammée qui ne sera bientôt qu’un souvenir. Le capitaine Crainn inspire profondément et laisse échapper un soupire, douloureux entre ses lèvres. La distance et le temps apaisera surement la blessure de son équipage, peut-être un jour la sienne, mais pour une personne à bord, une blessure a aujourd’hui été ouverte pour ne jamais se refermer. Le capitaine se dirige vers elle et pose les mains sur la rambarde de bois vernis de la Perle des Sables. Un moment passe sans qu’il n’arrive à trouver les mots à lui dire. Le Capitaine Crainn est un homme d’action, de charisme et de grands discours, mais pas de sensibilité. Il finit néanmoins par briser le silence.


    « Il ne sera pas oublié Lacey. Je m’assurerais personnellement que tous les Alines navigants sur l’océan du Sud connaissent le nom d’Elioth Fearàin et chantent ses exploits. »


La femme ne bouge pas. Elle a la peau basanée, de longs cheveux noirs et une taille fine, presque menue. Sur ses joues, le capitaine Crainn peut encore voir les traits salés des larmes qui ont coulé. Pourtant, son visage n’exprime rien. Qu’un vide et un détachement froid presque violent. Il doute qu’elle l’ait entendue, mais elle se tourne légèrement vers lui sans pour autant quitter des yeux le navire en flamme qui s’éloigne rapidement à l’horizon, comme une ile solitaire dans un désert d’eau salé. Le capitaine Crainn distingue alors la petite masse humaine enveloppée dans un grand tissu bleu vif qu’elle tient dans ses bras.


    « Merci, Edhen, mais les légendes ne font pas de bons pères. »



    « Peut-être, mais elles sont les meilleurs modèles qu’un Aline puisse avoir. »


Lacey tourne la tête vers Edhen et des sentiments que le capitaine aurait voulu oublier refont surface en lui. Il ne peut pas s’y abandonner. Pas maintenant que son meilleur ami vient de perdre la vie et qu’il a refait sa vie ailleurs, avec une autre femme et maintenant un fils. Un fils d’à peine quelques moins plus âgés que le nouveau-né dans les bras de Lacey.

Malgré tout, il ajoute avec une force de conviction qui a fait sa réputation :


    « Je ne remplacerais jamais Elioth, mais j’élèverais ton fils comme le mieux. La Perle des Sables sera sa maison aussi longtemps que La Dame règnera sur l’océan et, bientôt, le nom de Fynn Fearàin rejoindra les légendes aux côtés de celle de son père. »




Chapitre 2





    | Cote est de Gwendalavir, sud du désert des Murmures, village côtier de Cap aux Loups | Il y a 16 ans |



La lueur vacillante des torches n’arrive pas à percer la noirceur de la nuit couverte par la tempête. La pluie bat violemment le pavé et le vent souffle avec rage, mais ce n’est rien face à la colère déchainée de la mer qui attaque la côte de ses vagues depuis déjà deux jours. Tous les bateaux sont amarrés et tous sont cloitrés dans leurs maisons, volets fermés. La petite ville côtière de Cap aux Loups, sur la côte est Alavirienne, ressemble à un village fantôme. Et pourtant, une silhouette enveloppée dans un grand manteau trempé avance d’un pas ferme vers la taverne du village. Sous son chapeau, on ne distingue pas ses traits, mais il ne semble pas souffrir des éléments déchainés.

La silhouette de l’homme gravit les marches puis pousse la lourde porte de bois de la taverne. À l’intérieur, on comprend immédiatement que la vie n’a pas quitté Cap aux loups. Elle s’est seulement réfugiée à l’intérieur. Des regards se tournent vers lui, mais il n’est pas le seul ni le premier marin à passer le pas de cette porte, et bientôt plus personne ne fait attention à lui. Il retire son chapeau tricorne et son visage apparait enfin. Des cheveux noirs bouclés et trempés par la pluie saline, des traits plus jeunes que ce que sa silhouette laissait deviner, ainsi qu’un sourire à faire fondre chacune des demoiselles du village présentent dans la salle. Pourtant, il n’a d’yeux que pour une seule.

Le jeune homme se dirige droit vers une table où une jeune femme à l’épaisse chevelure blonde ainsi qu’un jeune homme à la peau hâlée comme la sienne et aux cheveux châtains l’attendent. En le voyant approcher, le jeune homme lui lance :


    « Alors, Fynn, qu’est-ce que mon père a prévu comme châtiment à mon égard? Écartelage? Non, attends… je crois qu’il a prévu la planche pour cette fois. »


Fynn arc un sourcil et lui lance un sourire, à moitié amusée et à moitié grimace. L’ironie dans la voix de son meilleur ami, Ross Crainn, n’arrive pas à cacher complètement son agacement et sa colère contenue. Fynn se penche vers la jeune femme blonde, dégage ses longs cheveux de son cou et dépose un baiser sur sa nuque. Il murmure à son oreille, plus espiègle et enjôleur qu’un courtisant de la capitale :


    « Désolé d’avoir tardé. »


Elle lui répond par un grognement à demi agacé. Il l’a fait attendre, encore, comme toujours. Il peut presque l’entendre s’énerver contre lui.


    Ce satané bateau est plus important que moi à tes yeux! Quand est-ce que tu vas te rendre compte qu’il existe autre chose dans la vie que d’être un bon marin? Tu avais encore oublié notre rendez-vous, avoue le, tête de crabe! Qu’est-ce qui m’a pris aussi de tombée sous le charme d’un satané pirate amoureux de la mer! Encore heureux que je sois indépendante, sinon tu utiliserais ta main droite pour autre chose qu’attacher des cordages, Fynn!


Pourtant le sourire qu’elle lui lance suffit à le rassurer sur la dangerosité de sa colère. Il n’y passerait pas tout de suite, mais la lueur sauvage dans les prunelles bleues de Kaïllane lui assure qu’il y aura droit plus tard. Avec son don particulier pour se sortir des situations non désirées, il garde bon espoir de lui faire oublier ses plans de vengeances d’ici la fin de la soirée.

Fynn prend place à la table et répond finalement à son ami.


    « Mmm… pire que ça. Il n’a rien dit, n’a pas crié, ni brisé quoi que ce soit. Mais tu le connais aussi bien que moi, tant qu’il hurle, il n’est pas dangereux. C’est quand il reste silencieux qu’il faut s’inquiéter. »



    « Tss… Il peut bien aller se faire voir chez les Raïs pour autant que j’en ai quelque chose à faire! »


Ross fourre son nez dans sa chope et la vide d’un coup sec. Fynn retient une moue découragée. Il aurait voulu lui dire qu’il était d’accord avec le Capitaine Crainn, que Ross aurait dû prendre son rôle au sein du navire au sérieux, qu’il aurait dû apprendre à devenir capitaine plutôt que de voler l’argent des coffres du navire pour aller passer tout son temps dans les tavernes. Ross n’avait rien d’autre en tête que son divertissement, sous toutes formes possibles. Pour Fynn, un Aline n’a aucune règle à suivre dans ce monde sinon les siennes et celles de la mer. Il admirait son ami pour l’incroyable qualité qu’il avait à mettre en branle la première, mais ne pouvait faire autrement que constater qu’il ne faisait que très peu de cas de la deuxième.

Ross mettait un point d’honneur à faire tout le contraire de ce que son père attendait de lui depuis qu’il avait 8 ans. Refusant son enseignement en tant que capitaine, marin ou même pirate. Il se levait depuis des années plusieurs heures après le reste de l’équipage, ne participant que très peu aux corvées quotidiennes et sautait sur la moindre occasion pour disparaitre et mener ses propres activités criminelles ou de divertissement. Il confrontait son père sur tout, même des sujets sur lesquels Fynn savait qu’ils avaient les mêmes opinions. Ils ne s’adressaient plus la parole que pour se crier dessus depuis la mort de la mère de Ross.

Néanmoins, Fynn comprenait son ami. Le Capitaine Edhen Crainn était respecté et aimé de ses hommes, mais était également connu pour être inflexible et très exigent. Si ces traits s’appliquaient pour son équipage, ils l’étaient encore plus pour son fils unique. Son père mettait tellement de pression sur les épaules de Ross depuis l’enfance que n’importe qui se serait automatiquement rebellé un jour ou l’autre. Fynn comprenait tout cela, et il supportait son ami comme il le pouvait. Jamais il ne l’avait contredit, laissant le jeune Aline déversé sa colère et sa frustration dans leurs éternelles discutent sur son père.

Ross était plus qu’un simple ami pour Fynn. Son père était mort alors qu’il n’avait que quelques mois, et sa mère avait suivi à peine trois ans plus tard, succombant à une violente et subite fièvre qui avait également ravi la vie à deux autres membres de l’équipage de la Perle des Sables. Edhen ayant promis à sa mère de veiller sur lui et il avait était élevé par tout l’équipage du navire, très près de la famille de Ross. Le jeune Crainn n’étant âgé que de six mois de plus que lui et ils avaient grandi cotes à côtes, seuls enfants présents sur le bateau maison.

Éternels amis, ils avaient découvert tous les secrets du navire et de la mer ensemble, réaliser tous les pires couts que deux gamins turbulents élevés sur la coque d’un bateau par une bande de pirates de métier puissent faire. Ils avaient appris à se battre ensemble, avaient pris leur premier verre d’alcool assis l’un en face de l’autre, avaient commis leurs premiers vols et abordages ensemble et étaient même tombés amoureux en même temps. Lorsque Kaïllane était arrivé sur la Perle des Sables, deux ans plus tôt, les deux adolescents qu’ils étaient n’avaient pu résister à ses charmes. Elle avait choisi Fynn, mais l’amitié entre les deux Alines était trop grande pour qu’une simple histoire de cœur les embrouilles.

Alors que l’équipage était sa famille, Ross était un frère pour Fynn.

Désireux de changer les idées de Ross, Fynn héla la serveuse de la taverne pour commander d’autres chopes.


    « Bhaa… Ça lui passera. Ça lui passe toujours. Et de toujours façon, on a quelque chose à célébrer ce soir. »


Fynn arqua un sourcil, une fierté non dissimulée dans son éternel sourire en coin moqueur, en direction de son ami qui fronça les sourcils.


    « De quoi tu… »


Le regard de Ross fut attiré par un objet brillant que Fynn faisait tourner habilement entre ses doigts. Le jeune Aline donne un coup de pouce sur l’objet et celui-ci s’envola de l’autre côté de la table, atterrissant dans les mains de Ross. Les yeux de son ami s’écarquillèrent lorsqu’il posa les yeux sur la pièce d’or entre ses mains et resta muet. Kaïllane affichait un air tout aussi stupéfait lorsqu’elle se tourna vers lui.


    « Tu as réussi? Mais comment as-tu fait? »



    « Aussi simple que d’attirer une volée de goélands dans un buffet de fruits de mer! Je sais me servir de mes charmes, et preuve est faite que j’en ai à revendre! »


Il déposa une grande poche de cuir remplit de pièces d’or sur la table, un excellent butin qui valait l’équivalent de parfois plusieurs abordages en mer. Il mit ses mains derrière sa nuque, se penchant vers l’arrière sur sa chaise, posant ses pieds croisés sur la table comme s’il avait été dans sa propre cabine, et attrapa sa chope que la serveuse venait d’apporter. Kaïllane le railla, comme à son habitude.


    « Tu as l’équivalent du charme d’une palourde quand tu fais cette tête! Allez, raconte. »



    « Si tu insistes… »


Et il leur raconta son histoire. Fynn avait toujours eu une facilité avec les mots et il se délectait de tout public pendu à ses lèvres. Ce récit n’y fit pas exception, et une fierté tintée d’orgueil ne cessa de briller dans ses yeux alors qu’il racontait.

Fynn avait porté attention à la structure sociale de la petite ville lorsqu’ils étaient arrivés cinq jours plus tôt à Cap aux Loups. Il avait rapidement compris qu’une seule grande famille noble résidait dans le village. Cette famille, les Fil’Taras, gérait la quasi-totalité des activités économiques de la région, et à en juger par leur manoir et leurs accoutrements, possédaient une jolie fortune.


    « Le problème des gens riches de ce monde, c’est qu’ils ont tellement d’orgueil et d’arrogance qu’ils ressentent le besoin d’étaler leur fortune aux yeux de tous! Ce qui, en soi, revient à balancer une friandise sous le nez d’un gamin de quatre ans. »



    « Oh parce que toi, tu es un modèle de modestie, peut-être? »



    « Ne mélange pas l’arrogance et le réalisme, Ross. Bref, donc, je disais… »


Fynn avait aussitôt entrepris de se rapprocher de la famille Fil’Taras. Il avait immédiatement identifié le maillon faible de la petite famille en la personne de la jeune demoiselle Fil’Taras. Fynn avait revêtu ses plus beaux habits, un veston d’officier naval bleu cobalt, ainsi que son chapeau tricorne de marin et avait été se présenter à la famille noble. Il leur avait dit s’appeler Jullian Cil’Aslam, riche fils de noble commerçant Navigateur de passage dans la région. Le père Fil’Taras n’y avait vu que du feu, le questionnant sur ses activités de commerce et sur de possibles arrangements entre leurs deux familles, ce à quoi Fynn s’était fait un véritable plaisir d’y répondre. L’Aline avait toujours eu un don pour inventer des histoires.

Fynn n’avait pas menti en disant plus tôt qu’il avait utilisé ses charmes. Dès qu’il avait posé les yeux sur la fille de Fil’Taras, son jeu de séduction avait commencé, et comme il s’y était attendu, sa proie avait mordu à l’hameçon aussi certainement qu’un maquereau à une ligne appâtée. Regards soutenus, révérences, baise sur la main et sourire en coin… même la mère de la jeune femme était tombée sous le charme, et au vu de son insistance à l’inviter à prendre le thé avec eux, avait déjà élaboré un ou deux plans d’alliance entre leurs deux supposées familles riches. Qu’elle appréciât davantage les apparentes bonnes manières de gentleman de Fynn ou l’idée de sa fortune, l’Aline n’en avait aucune idée. Néanmoins, tout ce qu’il l’intéressait était qu’il avait réussi avec une facilité déconcertante à atteindre son but : entrer chez les Fil’Taras.

Par trois fois, il était retourné prendre le thé chez la noble famille. À chacune de ses visites, il en avait un peu plus appris sur les lieux, les mesures de sécurité, les habitudes de la famille et bien entendu, sur les coffres de celle-ci. L’intérêt marqué pour leur fille avait poussé Dame Fil’Taras à l’inviter pour le repas du soir, aujourd’hui même. Il avait charmé ses hôtes toute la soirée, leur servant de plus en plus de mensonges raffinés et complexes. Dame et Demoiselle Fil’Taras s’étaient retirer vers 11 heures, par bonne convenance, et Fynn s’était retrouvé seul avec le maitre des lieux. Ayant apporté quelques bouteilles de fin Wiskey dérobées à un commerçant local, il avait été facile d’endormir à la fois les sens et la vigilance de Sir Fil’Taras. Une fois bien saoul, l’homme avait fini par s’endormir dans son fauteuil, verre à la main. Fynn avait attrapé le reste de la bouteille de Wiskey – aucune raison de gaspiller les bonnes choses – et n’avait eu aucun mal à trouver le bureau personnel de Fil’Taras. Habile, il avait utilisé une broche afin de forcer la serrure des tiroirs et coffres du bureau, y ravissant la moindre pièce d’or. Il avait tout remis en place et était ressorti par la porte de devant, le valet lui apportant même son chapeau.


    « Il n’y avait pas que de l’or dans les tiroirs de Fil’Taras… »


Un air triomphant se peint sur les traits de Fynn. Il se penche vers Kaïllane, tendant le poing vers elle. La jeune femme le dévisage avec méfiance et tend sa main. Avec lui, elle sait devoir s’attendre à tout, surtout au pire. Fynn délie ses doigts et une longue chaine finement travaillée en argent se déroule. Au bout de celle-ci, un magnifique pendentif serti d’un énorme saphir bleu profond aux mille facettes. La valeur du bijou permettrait probablement d’acheter un navire de bonne taille.

Kaïllane dévisage Fynn.


    « Il est magnifique… »



    « N’est-ce pas? »


Fynn se lève et se place derrière la jeune femme, passant le bijou autour de son cou.


    « N’est-ce pas imprudent? La famille va rapidement se rendre compte que leurs biens ont disparu. »



    « Avec la quantité d’alcool que Fil’Taras à ingérer, il ne s’en rendra pas compte avant que le soleil soit haut dans le ciel demain matin. À ce moment-là, nous serons déjà loin et Jullian Cil’Aslam aura disparu à jamais! »



    « Mais la tempête… » Rétorque Ross.



    « Si tu avais sorti le nez de ta chope aujourd’hui, tu aurais su que la tempête tire à sa fin. Angharad dit qu’on pourra reprendre la mer vers trois heures, ce qui veut dire que nous avons encore deux heures pour profiter de ma victoire. Mademoiselle, votre meilleure bouteille de rhum! »


Les trois amis rirent, chantèrent et burent beaucoup, profitant de la soirée et de la victoire de Fynn digne du pirate qu’il était. Ross en oublia ses querelles avec son père et Fynn n’entendit pas un seul mot de Kaïllane à propos de son retard. Mais alors qu’ils festoyaient, une idée germait tranquillement dans l’esprit du jeune Aline. Et si Jullian Cil’Aslam ne disparaissait finalement pas vraiment cette nuit? Peut-être pas sous ce même nom, mais sa fausse identité de Navigateur lui avait ouvert si facilement les portes de ce qu’il désirait que l’idée lui semblait trop belle pour déjà l’oublier. Un tout autre niveau de piraterie semblait s’ouvrir devant lui. Un monde de richesse, encore plus lucratif que la paillardise traditionnelle, peut-être. L’idée planerait longtemps dans l’esprit de Fynn avait qu’il n’en parle à qui que ce soit.

À trois heures du matin, les trois Alines retournèrent sur la Perle des Sables. Fynn ne remit jamais les pieds à Cap aux Loups et les Fil’Taras ne comprirent jamais d’où était venu ni où était disparu le jeune Navigateur. L’équipage accueillit la réussite de Fynn avec des applaudissements et une grande fierté s’alluma dans les yeux du Capitaine Edhen Crainn. Ce dernier ne reparla pas à son fils Ross cette nuit-là ni les suivantes.



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« Way hay and up she rises! ♫ Early in the morning ♫ » | Aki’
Pseudo : Aki’
Age réel : 22 ans et TOUTES mes dents, BABY!

Parlez-nous de vous : J’aime les cookies, les tortues, j’ai une addiction pour les paves montagnes, ET JE VOUS AIME! The rest is history. :rodeoosuchii:

Ho et je suis une fille, hein. MAINTENANT C’EST OFFICIELLEMENT DIT! Nan, mais. Ce n’est pas parce que je joue que des mecs barbus et sexy que ça prouve quoi que ce soit! Pheu. Je porte des robes, mais j’arrive jamais a marcher en talons, mais chut.
Familier avec l'univers de Pierre Bottero? :
Spoiler:

Je peure à chaque fois que je prononce son nom. Voila.

Comment avez-vous connu le forum ? : Un merci infini et un abonnement à vie à mes cookies au chocolat pour ma Nirina qui m’a remis au RP en me trainant ici! houray
Un commentaire sur le forum ? : C’est qui le débile qui a fait ce design?!?! *je crois que j’ai déjà fait la blague ailleurs, mais chuuuuuuuuuuuuut*

Demande particulière : M’assassinez pas pour la longueur, pleeeeeeeaze Face  J’vous aime? J’vous fais d’énormes câlins? Oké je suis de corvée de vaisselle pour le mois pour me faire pardonner.

Oh et, inspiration furtive du Capitaine Jack Sparrow et d’Olivier OExmelin  pour les citations, je n’ai pas pu résister x)
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Fynn Fearàin
Capitaine Pirate Aline

Histoire

« Je t’avertis, si ton gamin traine dans mes pattes, je l’attache en haut du mat pour effrayer les goélands, c’est compris? » | Fynn Feàrain


Chapitre 3





    | Cote Alavirienne, ville de  Port Impérial, sud d’Al-Jeit | Il y a 11 ans |




    « Ezalyn, Cricerelle, suivez-moi. Les autres, positionnez-vous autour de l’esplanade comme convenu. Attendez mon signal. »


La voix autoritaire de Fynn, même murmuré, provoque un hochement de tête de tous les pirates Alines présent autour de lui. Aussitôt, le groupe se disperse dans la foule massée aux pieds de l’estrade d’exécution.

Il n’est que 9 heures du matin, pourtant, l’atmosphère est chargée et l’excitation de la foule est palpable. Nobles et paysans se massent déjà depuis plusieurs longues minutes, s’étirant le cou pour apercevoir les condamnés dans un spectacle d’une curiosité morbide. Personne ne semble vouloir rater l’évènement, et Fynn est dégouté de constater que la grande majorité des habitants de Port Impérial se sont déplacés pour l’évènement tant attendu.

Fynn se glisse dans la foule en direction de l’arrière de l’estrade. Les deux hommes, Soan Ezalyn et Régar Cricerelle, le suivent de près. Le soleil l’éblouit alors qu’il jette un regard en direction de l’estrade. La première chose qu’il distingue est la forme sombre de la potence les surplombant. Il réprime un frisson d’horreur et de colère.

Il n’est pas encore arrivé à sa destination qu’une voix grave et forte s’élève au-dessus de la foule, intimant le silence par son autorité et son caractère presque cérémonieux.


    « Par décret impérial de Sa Magesté l’Empereur Jinus Fil’Ophel, les accusés trouvés coupables de crimes capitaux contre l’Empire seront, à 9 heures tapantes en date du trois juillet, exécutés publiquement par pendaison à la potence de Port Impérial. »


Fynn serre les dents et presse le pas. Il sent le sang batte à ses tempes et bouillir dans son sang, prêt à exploser. Il arrive finalement à son poste, tout juste derrière l’estrade, et lève les yeux vers l’homme. Vêtu des habits de l’armée Impériale, l’homme d’une trentaine d’années est clairement un officiel supérieur. Lorsque le soleil éclaire ses traits, révélant une fine barbe et un nez droit, Fynn le reconnait et ne doit qu’à la main d’Ezalyn qui se pose sur son épaule de ne pas se jeter immédiatement à la gorge de l’officier. Ce salaud ne paie rien pour attendre… Inconscient de la scène se déroulant dans son dos, l’officier poursuit d’une voix forte, l’attention de son auditoire gagné.


    « Moi-même, Oriss Xil’Ehuïl, Capitaine de la garde Impériale, présiderait cette exécution, assisté par le lieutenant Khaël Vil’Hantis. Que les accusés s’avancent lorsque leur nom sera prononcé. »


Fynn se tourne vers ses compagnons. Ils ont passé la nuit à retourner son plan sous toutes ses coutures pour éviter la moindre erreur. Ils le connaissant par cœur. Fynn sait que derrière lui, près des murs des fortifications, se trouvent six gardes armés. Trois autres gardes se trouvent sur l’estrade, en plus du Capitaine Xil’Ehuïl et de son lieutenant, un pour chacun des prisonniers, et deux autres portent les drapeaux de la ville et de l’Empire au pied des marches. En tout, dispersés autour de la place centrale de Port Impérial, il y a une soixantaine de gardes. Et cela, c’est sans compter les gardes habituels de Port Impérial dispersés dans la ville. C’est un grand nombre. Bien trop grand pour que l’équipage d’une quinzaine d’Aline de la Perle des Sables puissent les affronter directement. Tout repose donc sur la surprise, la confusion, la vitesse et la discrétion. Tout peut voler en fumée à n’importe quel instant. C’est un plan insensé, complètement fou, et certains le diraient même désespéré. Mais Fynn n’en a rien à faire. Il doit agir, un point c’est tout.

Après s’être assuré que les deux hommes derrière lui étaient prêts, il lance un regard circulaire à la foule et croise du regard les hommes de la Perle des Sables. Tout le monde est à sa place. Son cœur bat toujours aussi fort et les paroles de Xil’Ehuïl retentissent avec force dans ses oreilles.


    « Premier accusé, le prisonnier Philéas Rently. Coupable de Piraterie contre l’Empire. Sera pendu jusqu’à ce que mort s’ensuive. »


Le premier homme s’avance, tremblant. Le capitaine Xil’Ehuïl a fait une belle prise avec les deux premiers Pirates qui terrorisaient la côte sud de l’empire. Néanmoins, sa pièce de résistance, ce qui lui vaudra les honneurs et motive sa présence pour cette exécution, ainsi que celle des spectateurs massés qui hurlent leur haine, est le troisième et dernier prisonnier.

Le premier pirate pend bientôt au bout d’une corde. Fynn détourne les yeux, réprimant dégout et rage. Les hurlements de la foule manquent de couvrir la voix de capitaine de la garde Impériale.


    « Deuxième accusé, le prisonnier Dristan Arleyn. Coupable de Piraterie contre l’Empire. Sera pendu jusqu’à ce que mort s’ensuive. »


La foule redouble d’ardeur. Fynn se répète incessamment le même mot en silence. Attendre. Attendre. Attendre. Trop tôt et tout sera gâché. Trop tard et tout aura été en vain. Il lui faut attendre. Ses yeux se posent avec une détermination brulante sur la troisième silhouette qui lui fait dos. L’a-t-il vu? Sait-il qu’ils sont tous là? Fynn ne voit même pas la deuxième exécution.


    « Troisième accusé… »


Fynn fait un signe de tête aux deux hommes derrière lui qui lancent chacun un foulard blanc dans la lumière, laissant le vent porter haut les tissus effilochés. Le signal. Fynn ne les voit pas, mais il sait que les hommes de la Perle des Sables s’avancent vers la scène.


    « … le prisonnier Capitaine Edhen Crainn. »


La foule est redevenue silencieuse. Voilà le moment qu’ils attendaient. L’Aline pose sa main sur la garde de son sabre et s’avance vivement vers l’estrade.


    « Coupable de Piraterie contre l’Empire. Sera pendu jusqu’à ce que mort s’ensuive. »


Sa main se pose sur le bois de l’estrade et, agile et silencieux, il commence à l’escalader. Il est à mi-hauteur lorsqu’il entend une voix forte, bien connue, trop connue, s’élever dans l’air.


    « STOP! »


Fynn se fige d’horreur et lève la tête pour tenter de voir ce qui se passe sur l’estrade. Il ne voit rien, mais reconnait la voix de Xil’Ehuïl qui lui répond, inflexible :


    « Pirate, vous n’êtes plus en position de défendre votre… »



    « Que personne ne m’approche ou qu’il soit maudit par la Dame à jamais! »


Fynn comprend alors et sent son sang se glacer malgré la chaleur étouffante du début de journée. Edhen ne s’adresse pas aux gardes ni à Xil’Ehuïl. Le Capitaine de la Perle des Sables s’adresse à son équipage. Il les a vus. Il a compris. Et en ultime ordre, il leur interdit de tenter quoi que ce soit pour le sauver. Crainn a compris leur plan, mais refuse qu’ils risquent d’être eux aussi faits prisonniers. Ses paroles, Fynn le sait, paralyseront sur place l’équipage. Les seules règles qu’observent les pirates Alines sont celles du code de piraterie. Un code qui, sauf en cas de mutinerie, interdit à un membre d’équipage de désobéir à l’ordre de son Capitaine de bateau.

Un peu moins d’une semaine plus tôt, alors que le Capitaine allait régler une affaire avec un vieux collègue Aline dans l’une des tavernes de Port Impérial, il était tombé dans une embuscade. Vendue par son collègue Aline pour une somme en argent et en or des plus importantes, la garde l’avait saisi à la seconde où il avait mis pied dans la taverne. Oriss Xil’Ehuïl avait mené les opérations. Fynn et les autres n’avaient rien pu faire, au risque de se faire emprisonner également.

Fynn se souvient alors avec étonnamment de clarté des paroles que lui a offert Edhen Crainn quelques années plus tôt, alors que je jeune Aline atteignais l’âge adulte.


    « Être Aline est synonyme de liberté. Nous n’observons que les règles de notre code de piraterie et ne répondons à aucun maitre. Être libre demande néanmoins un sacrifice. Le sacrifice de la sécurité. Parce que tu es libre, des hommes t’en voudront et tenteront de t’attirer dans leur vie d’esclavage. S’ils n’y parviennent pas, ils tenteront de te tuer. Et entre toi et moi, je préfère de loin mourir avant d’abandonner ma liberté. »


Fynn entend les chaines aux pieds d’Edhen Crainn glisser sur le bois de l’estrade et les pas de plusieurs gardes qui s’approchent de lui. Un sentiment d’urgence le saisit et malgré l’engourdissement dans ses doigts, il s’élance sur les poutres et finit d’escalader la potence.


    « Vos superstitions de marins n’impressionnent que vous, Crainn. Gardes, saisissez-vous de lui! »


Fynn saute sur l’estrade derrière les gardes et Crain l’aperçoit en premier. Une expression d’horreur se peint sur le visage du vieil Aline et celui-ci, entourés de maintenant cinq gardes, tire sur ses chaines et percute de plein fouet le premier Alavirien près de lui. Avec les chaines à ses poignets, il emprisonne la gorge d’un deuxième garde, menaçant de l’étrangler, et se débat en criant comme une force née. Une grande confusion de combat s’en suit, alors que d’autres gardes accourent sur l’estrade pour tenté de maitrisé l’Aline. Fynn s’élance en direction du Capitaine Crainn, mais ce dernier fut plus rapide que lui. Chargeant tel un taureau, il fonce sur les deux gardes derrière lui qui, sous le choc, perdent pied et tombent à la renverse en bas de l’échafaud. Dans le même geste, Crainn s’élance et donne un coup de pied de toutes ses forces dans la poitrine de Fynn, qui chute également.

Fynn écarquille les yeux alors qu’il tombe et percute le sol, trois mètres plus bas, le souffle coupé et une douleur incroyable lui pulvérisant le dos et les jambes. L’un des gardes Alavirien est tombé sur lui et Fynn le repousse avec vigueur, mais son geste le laisse étourdi et il manque de perdre conscience. Il serre les dents et les poings, parvenant à se mettre à quatre pattes. La panique et le chaos sont généraux. La foule se bouscule et hurle, les gardes s’affolent et accourent. Dans la pagaille, personne n’a remarqué la tentative de Fynn.

Un cri se fait entendre au-dessus de la pagaille alors que Fynn tente douloureusement de se relever à l’aide de son sabre, se tenant les côtes. L’Aline n’entend pas les mots, mais reconnait la voix de Xil’Ehuïl. Il s’élance en courant de nouveau vers l’échafaud, sa vision toujours trouble, et entend le déclenchement de la planche de bois qui s’ouvre sous les pieds du condamné. Un hurlement, que la foule absorbe comme s’il s’était s’agit du vent, s’échappe de sa poitrine.


    « NON! »


Sous l’échafaud, Fynn aperçoit les pieds inertes de celui qui fut comme un père pour lui. Sa nuque a été brisée sur le coup. Il n’a pas souffert. Une rage folle se saisit de lui, et il n’a qu’un vague souvenir de la suite des choses.

Il hurle, son sabre à la main, et s’élance vers les gardes Impériaux. Des mains le saisissent par-derrière, il se débat, envoie son poing dans un visage anonyme. D’autres mains le saisissent, le retiennent de force. Il se débat toujours, hurle, donne des coups de poings et de pieds, parvint presque à se libérer, mais d’autres mains arrivent. Les mains l’entrainent dans la foule, vers les remparts. Il ne voit que l’échafaud. Que la silhouette sans vie du Capitaine Edhen Crainn.


    « Fynn! »


L’interpeller sursaute en entendant son nom. Une fois éloigné de la place publique, les mains le libèrent et Fynn les repousse violemment, une rage violence, proche de la folie, au fond de ses yeux bleu sombre. Il se retourne vers ceux qui l’on trainer loin de l’estrade, de la foule et de la place publique. Il reconnait les hommes de la Perle des Sables, ses amis, sa famille. Plusieurs ont des ecchymoses au visage et des nez ensanglantés. Il se rend compte qu’il en est l’auteur, qu’ils l’ont à coup sûr sauver de l’exécution lui aussi, et s’efforce à respirer plus normalement. Tous affichent un air plus sombre qu’un jour de tempête en grande mer.

Soan Ezalyn s’approche de lui, légèrement hésitant, et pose sa main sur son épaule.


    « Fynn, je suis désolé, nous ne pouvions plus rien faire.. »


Le jeune Aline se défait violemment de la prise de son ami et s’éloigne à grands pas en direction du port. Il doit sortir d’ici, s’éloigner cette ville maudite, ou personne ne pourra l’empêcher d’aller planter son sabre dans le cœur de Xil’Ehuïl, quitte à y perdre la vie.

Sans ajouter quoi que ce soit, les hommes le suivent et ils gagnent rapidement le port. Fynn est dans un état second. Afin de réprimer la douleur et la tristesse intense qu’il ressent, Fynn entré dans une colère froide que seule l’action peut contrôler. Il a envie de hurler, de se battre avec le premier venu, de se saouler… tout sauf ressentir cette déchirure et ce vide.

Alors que Fynn monte sur le pont, Angharad, le charpentier et Voilier de la Perle des Sables restés à bord pendant l’opération s’avance vers lui.


    « Le Capitaine Crainn… »


Fynn hoche négativement la tête et dépasse le vieil homme dont l’expression se décompose. Il lance d’une voix froide à l’intention des hommes attroupés derrière lui sur le pont :


    « Trouver Ross. Dites-lui qu’il est maintenant Capitaine de la Perle des Sables et que nous attendons ses ordres. »



    « Fearàin, je ne crois pas que ce sera nécessaire… »


Fynn se tourna vers Angharad, les sourcils froncés.


    « Quoi? Qu’est-ce que… »



    « Comment tu as pu me faire ça?! »


Sortant de la cale telle une furie, Ross, visiblement déjà sous l’influence de l’alcool, marche droit sur Fynn en gesticulant de colère.


    « Après toutes ces années, je croyais que tu étais mon ami, mon frère, mais je me suis trompé, quel imbécile! »



    « Je suis désolé, Ross, j’ai essayé de le sauver, j’ai… »


Ross arrêta ses mouvements et dévisagea Fynn.


    « Quoi? »



    « Ross… Ton père est mort. »


Plusieurs émotions passent dans les prunelles de l’Aline pour finalement s’arrêter sur quelque chose entre la colère et la honte. Fynn hésite. Ses propres émotions créent une véritable tempête tropicale dans son esprit et son cœur, et il n’a jamais su parler pour consoler. Il opte finalement, comme pour lui, par la rationalité des actions.


    « Tu es le Capitaine de la Perle, maintenant, Ross. »


Ross le dévisage de nouveau puis attrape la bouteille de rhum qu’il avait laissé rouler au sol avant de se diriger vers la passerelle du bateau. Alors qu’il descend du bateau, sous le regard incrédule de Fynn, Ross part d’un éclat de rire. Il se retourna une dernière fois pour lui crier, avant de se retourner et disparaitre dans la foule du port :


    « Il ne sait même pas! Eh bien… J’imagine que nous nous recroiserons bientôt, Fynn. Au moins, maintenant on sait lequel de nous deux il préférait. »


Excéder, Fynn se tourne vers Angharad.


    « Mais qu’est-ce qui lui prend, maintenant!? »


Ross venait de perdre son père et cela pouvait expliquer toutes les colères du monde. Fynn aurait d’ailleurs préféré que son ami détruise la moitié des navires qui flottaient dans le port plutôt que de le voir partir ainsi en racontant des histoires auxquelles il ne comprenait rien. En toute réponse, Angharad tendit un long parchemin dont le sceau avait été brisé et Fynn s’en saisit dans un mouvement impatient. Le dessin qui ornait le drapeau de la Perle des Sables était visible sur le haut de la feuille. Le tout était très officiel et Fynn reconnut rapidement l’écriture mouchetée et penchée d’Edhen Crainn.



      Testament d’Edhen Crainn.

    Lorsque ce testament sera lu, moi, le Capitaine Edhen Crainn, serais mort. Je ne peux que souhaiter que cette mort ait été à l’image de ma vie, par et pour la mer, que je sois mort en véritable Aline.Par le code de piraterie, je lègue toutes mes possessions à bord de mon navire, ainsi que ce dernier, la Perle des Sables, à celui que j’ai jugé digne de me remplacer. Fynn Fearàin me succède donc et devient, selon notre code, Capitaine de la Perle des Sables à l’instant où cette lettre est ouverte. À mon fils, je lègue ces derniers mots. J’aurais aimé que nous arrivions à nous réconcilier avant ma mort, mais si tu lis cette lettre, c’est que ce n’aura pas été le cas. J’en suis sincèrement désolé. Je souhaite également que tu comprennes ma décision de ne pas te léguer la Perle des Sables. Il y a bien longtemps que tu as cessé de t’intéresser à la navigation ou aux tâches d’un Capitaine. Sache néanmoins que je t’ai toujours aimé et que je souhaite ton bonheur.Tous ceux s’opposant à ce testament seront expulsés de gré ou de force du pont du navire, à terre ou en mer, ou devront affronter Fynn Fearàin en duel.Que la Dame soit avec vous, que la mer vous soit clémente et que la liberté de notre peuple guide chacun de vos pas.

      Testamentaire : Edhan CrainnTémoin : Denrick Angharad




Fynn fixe longtemps les gouttes de sang cérémoniales sur le papier à côté des deux noms. Le testament est officiel, en règle et très précis. Aucun doute possible. Pourtant, Fynn n’arrive pas à faire sens des mots qu’il y lit. Il redresse finalement la tête vers l’équipage de la Perle. Il a l’impression que tout le sang de son corps le quitte progressivement pour s’écouler dans la mer. Interdit, il dévisage les hommes. Ses hommes. Angharad retire son chapeau, bientôt imité pas les autres membres de l’équipage.


    « Bienvenue sur votre navire, Capitaine Fearàin. »




Chapitre 4




    | Grand Océan du Sud | Il y a 5 ans |



L’Aline dépose la lourde caisse sur le pont de son navire, à côté des autres déjà empilées. Il se redresse et essuie son front ruisselant de sueur avec sa manche. Le soleil tape dur en cet après-midi, et rien à des kilomètres à la ronde à part les voiles du navire ne produit la moindre trace d’ombre. L’océan et l’astre forment une équipe dangereusement efficace. Et pourtant l’homme sourit, satisfait, en regardant le spectacle devant lui.

L’équipage de la Perle des Sables travaille en collaboration avec l’équipage du Dragon Noir. Les barils, caisses et sacs de produits de contrebandes sont transférés du Dragon à la Perle depuis bientôt une heure et ils vont bientôt pouvoir partir en direction de la côte. Cette affaire, encore une fois, va enrichir les deux capitaines et leur équipage.

Les partenariats entre les deux navires sont fréquents, de par l’amitié entre ses deux capitaines. Alors que Fynn Fearàin dirige la Perle des Sables depuis déjà six ans, le Dragon Noir lui, est gouverné par son ami d’enfance Ross Crainn. Après la mort de son père et son non-héritage de la Perle, Ross avait quitté le navire qui l’avait vu naitre. Un peu plus de six mois plus tard, Fynn avait eu vent que son ami s’était trouvé un nouveau navire, duquel il avait pris contrôle après avoir vaincu en duel le précédent capitaine. Ils n’avaient pas pris beaucoup de temps pour commencer à faire affaire ensemble, et bien que les tensions étaient très fortes par moment entre les deux capitaines, Fynn était heureux de pouvoir revoir son meilleur ami.

Ce chargement avait été « réquisitionné » par le Dragon Noir dans un port Alavirien au sud d’Al-Vor, et Fynn devait le revendre à Al-Chen, où sa fausse identité de commerçant Navigateur lui permettait de faire passer la contrebande comme de la marchandise légale. Les profits étaient divisés entre les deux équipages à parts égales. Depuis qu’il avait repris la barre de la Perle des Sables, Fynn avait mis son plan à exécution. Sa ou plutôt ses doubles vies avaient commencé. L’Aline se faisait passer pour un marin commerçant faisant partie de la Guilde des Navigateurs. Il possédait lui-même plusieurs identités et avait également trouvé différents noms de couverture pour son navire. Il avait fait faire plusieurs drapeaux différents qu’il changeait régulièrement pour garder son secret intacte lorsqu’il s’adonnait à un autre niveau de piraterie avec l’étendard de la Perle. Fynn était recherché par les autorités Alaviriens sous son vrai nom, mais bougeant sans cesse et changeant tout le temps d’identité, personne n’avait encore réussi à lui mettre la main dessus. Il était un fantôme, presque une légende. Insaisissable. Ses activités lui avaient fait gagner en renommée auprès de ceux de son peuple, et il n’était pas rare qu’il fasse affaire avec différents équipages.

Fynn repasse du côté du Dragon et hèle Ross.


    « Capitaine Crainn! Encore beaucoup de marchandise à la cale? »


Ross se tourne vers lui, désinvolte, et lui lance :


    « Va voir toi-même, il ne devrait plus rien resté qui t’intéresses. »


Fynn sourit, à la fois amusé et excéder. Ross ne changera jamais… Le Capitaine Fearàin se rend donc rapidement à la cale. Fynn s’engouffre dans le ventre du navire et s’avance dans l’obscurité. Une forte odeur de saleté, d’excréments et de sueur humaine lui fait retrousser les narines. Il se cache la bouche avec sa manche et cligne des yeux pour s’habituer à la pénombre de la cale. Il remarque qu’il n’y a effectivement plus aucune caisse digne d’intérêt pour lui ici-bas et se retourne pour sortir de cet enfer de chaleur et de puanteur. Puis son regard est attiré par quelques mouvements de l’autre côté de la cale. Fynn s’en approche prudemment. Lorsqu’il est assez près pour remarquer de quoi il s’agit, il se fige. Derrière des barreaux, entassés à même le sol, tous enchainés pas les chevilles ou les poignets, se trouve une douzaine d’hommes et de femmes en haillons. Ils semblent à peine le remarquer et Fynn doute que quelques-uns de ces hommes soient encore vivants.

Il les observe un instant, interdit, puis de sa voix forte, appel Ross.


    « Capitaine Crainn! ROSS! »



    « Oui, oui, je suis là! Par la Dame, qu’est-ce qui te prend à me crier dessus comme ça, Fynn? »



    « Qu’est-ce que c’est que ça? »


Ross arrive au bas des escaliers et dévisage quelques secondes Fynn avant de comprendre de quoi il parle. Un sourire fend son visage et il s’approche de son ami, passant un bras autour de ses épaules.


    « Ca mon ami, c’est ce qu’on appel du profit! »



    « Des prisonniers Alaviriens? Et tu crois vraiment que tu trouveras un officier de l’Empire assez corrompu pour accepter tes otages et te payer une rançon? Franchement, Ross, tu sais très bien que ce genre d’affaires ne fonctionne jamais. »


Ross éclate de rire en secouant la tête. Fynn arc un sourcil dans sa direction, peu convaincue.


    « Fynn, je n’ai jamais dit qu’il s’agissait de rançon. Il y a des moyens beaucoup plus efficaces de faire de l’argent lorsqu’on n’est pas regardant sur la méthode. »


C’est au tour de Fynn de froncer les sourcils et de dévisager son ami. Il n’est pas certain de comprendre, ou plutôt, ne souhaite pas réellement comprendre. Ross poursuit sur un ton désinvolte.


    « Quand on sait à qui s’adresser, on peut tirer pas loin de 800 branches par tête. Moins pour les plus vieux, mais généralement plus pour les jeunes. »



    « C’est une blague? »


« Bien sûr que non, certaines familles nobles du sacré saint Empire Alavirien seraient prêtes à payer une petite fortune pour ce genre de produit. Beaucoup moins nobles qu’ils veulent le laisser paraitre, si tu veux mon avis. Et c’est nous qu’ils traitent de pirates! Bha! J’ai des contacts dans le coin de l’Arche, je te laisserais une note, si tu veux, pour quand tu passeras par-là, question que tu en profites un peu toi aussi. »

Ross donne une tape dans le dos de Fynn et ce dernier sent une bouffée de colère et de dégout monté en lui. Il se dégage brusquement du bras de Ross et pointe les hommes enchainés.


    « Ce n’est pas de la piraterie ça, Ross, c’est de l’esclavagisme! »


Ross perd son sourire.


    « Et alors? Depuis quand as-tu de grands principes d’honneur? Tu as brulé des navires Alaviriens et tu as tué plus de marin dans des abordages et pillages que tu ne peux en compter! »



    « C’est différent. Ces hommes étaient armés, pouvaient se défendre et s’ils ont perdu la vie, ils l’ont fait en hommes libres. »



    « Rhoo épargne moi tes morales, Fynn, les affaires sont les affaires. Et dans ce cas-ci, il s’agit de MES affaires, certainement pas des tiennes. »


Fynn serre les poings, se retenant de ne pas frapper son ami au visage. Autoritaire, il rétorque :


    « Tu les libèreras au prochain port Alavirien que tu croiseras. »



    « Et en quel honneur devrais-je suivre tes ordres, Fynn? Tu as beau être Capitaine de la Perle des Sables, tu n’as aucune autorité sur le Dragon Noir! »


Fynn se détourne et se dirige à grands pas vers les escaliers pour remonter sur le pont.


    « Tu es plus stupide que je le croyais, Ross Crainn. »


Ross le suit en courant et cri derrière lui, alors qu’ils émergent des entrailles du bateau sous le regard stupéfait des deux équipages réunis :


    « Tu ne me parleras pas sur ce ton sur mon navire, Fynn! »



    « Je te parlerais sur le ton que je veux, particulièrement si tu agis avec l’intelligence d’une palourde! »


Ross voit noir. La tension entre eux est présente depuis des années, mais chacun avait fait comme si elle n’existait pas. Ross comme Fynn devaient avoir espoir de voir leur amitié d’enfance survivre malgré tout. Mais maintenant, l’équilibre trop fragile vole en éclat. Les yeux du Capitaine Crainn lancent des éclairs alors qu’il rattrape Fynn, s’approche à quelques centimètres de son visage et crache ces paroles à son visage.


    « Je me demande qui est l’imbécile entre nous deux alors que tu n’arrives même pas à voir ce qui se passe sous ton nez! »



    « Tu me serais obligé de m’expliquer de quoi tu parles avant que je réduise ta crédibilité à néant devant ton équipage, Ross. »


Kaïllane Aïslem, la jeune Aline et fiancé de Fynn, accoure vers les deux Capitaines qui semblent sur le point de s’égorger l’un l’autre. Elle se met de force entre eux, tentant de les repousser sans grande réussite.


    « Mais qu’est-ce qui vous prend tous les deux? Ça suffit! »


Ross se dégage violemment, faisant tomber Kaïllane que Fynn rattrape de justesse. Ross lève les bras au ciel, un air mauvais sur le visage.


    « Ho parce que tu prends son parti, bien entendu! À moins que tu n’aies peur que je relève notre secret, Kaïllane? »


Fynn sent une rage sourde monter en lui. Sa voix grave tremble alors qu’il demande à la jeune femme encore dans ses bras :


    « De quoi est-ce qu’il parle? »


La jeune femme se redresse, ses yeux bleu clairs passant de la crainte à la colère.


    « Ross, ça suffit, tais-toi! »


Le Capitaine Crainn braque ses yeux dans ces de Fynn et ignore complètement la jeune Aline.


    « Tu ne sais vraiment pas? Pauvre Capitaine Fearàin… il n’a aucune idée que l’amour de sa vie profite de la moindre occasion pour coucher dans le lit de son meilleur ami! »


En deux enjambées, Fynn est sur Ross. Ce dernier a à peine le temps de lever le bras pour de protégé du coup de poing qui le cueille à la tempe. Il est à demi assomé lorsque Fynn le soulève par le collet et l’envoie brutalement s’écraser au milieu de caisses de bois. Les deux hommes se retrouvent emmêlés dans une bagarre violente. Fynn prend finalement le dessus et plaque Ross contre le bastingage du navire, le corps du capitaine penchant dangereusement dans le vide au-dessus des eaux de l’océan. Fynn a dégainé son sabre court à la lame recourbée et le maintien sous la gorge de Ross. La peur remplace la colère et la haine dans les yeux de son ancien ami. Fynn lui hurle au visage, la rage déformant ses traits :


    « Donne-moi une bonne raison de ne pas te tuer! »



    « Fynn! Arrête! »


Kaïllane s’est jeté sur lui, tentant de dégager son bras tenant son sabre de la gorge de Ross. Elle a les joues ruisselantes de larmes et semble au bord de l’hystérie. Fynn relâche finalement Ross, qui glisse au sol en portant les mains à sa gorge. Une coupure écarlate s’y est dessinée. Kaïllane se jette à genoux et entreprend d’arrêter le saignement. Fynn tremble de tous ses membres, incapable de décrire ce qu’il ressent au-delà d’une colère aveugle.


    « Tu peux rester avec cette fiente de Ts’Lish aussi longtemps que tu le souhaites, Aïslem. Tu n’es plus la bienvenue sur la Perle. »



    « Fynn, laisse-moi t’expli… »



    « Et toi. J’ai toujours cru que le Capitaine Edhen avait fait une erreur en me léguant la Perle des Sables à ta place, mais maintenant je comprends. Même un pirate ne voudrait pas de toi comme fils.»


Fynn se retourne, remarquant au passage que les deux équipages se font face, épées tirées, attendant la suite des choses. Le Capitaine Fearàin fait un signe de la main à ses hommes pour leur indiquer de retourner sur la Perle. Il ne se retourne pas une fois pour voir les larmes couler sur les joues de Kaïllane et la haine profonde dans les yeux de Ross.

Une fois l’équipage à bord, la Perle des Sables s’éloigne du Dragon Noir. Sierra Cricerelle, sa lieutenante, s’approche prudemment de lui.


    « Où nous dirigeons nous, Capitaine? »



    « L’archipel. Que je sois maudit si Ross Crainn voit un jour la moindre pièce d’or de ce chargement. Et j’enverrais par le fond qui qu’onques se trouvera sur le chemin de ma prochaine bouteille de rhum. »




Chapitre 5




    | Al-Chen | Il y a 2 ans |



Une bonne affaire achevée est quelque chose digne d’être célébrée. Et en grand, si possible. Une taverne d’Al-Chen s’est donc vu être le théâtre idéal pour cette soirée. Entouré de ses hommes, le Capitaine Fynn Fearàin en est déjà à sa deuxième bouteille de whisky. Entre les chants, les histoires et les éclats de rire, la soirée se passe à merveille.

Satisfait et content, Fynn croise les mains derrière sa tête et observe avec un sourire son équipage. Ils sont les seules personnes au monde en qui il a confiance et qu’il apprécie. Son regard dérive sur la salle étonnamment comble pour ce trou à rat. Si l’alcool est bon, il s’agit de la seule qualité de la Barque Rouge. Sol insalubre, prostituées à presque toutes les tables, qualité des lits douteuse… mais au moins, on ne leur pose aucune question. Leur identité d’Aline n’est pas vraiment un secret, mais entre assassins recherchés et contrebandiers, ils ne sont pas matière à en faire toute une histoire.

Fynn laisse son attention s’attarder sur la jeune barde aux courts cheveux bruns qui joue du luth pour divertir les clients de la taverne depuis le début de la soirée. Sa musique est agréable et Fynn l’applaudit comme le reste de la salle lorsqu’elle termine un morceau. Il allait replonger dans les conversations de son équipage lorsqu’il remarque que les quatre hommes de forte stature assis à la table devant laquelle la barde jouait lui portent une attention un peu trop soutenue. Plusieurs filles de joie se trouvent dans la salle, mais au vu du regard que la barde lance aux hommes en réponse à leurs avances, Fynn comprend rapidement qu’elle n’est pas l’une d’elles. Les hommes se font de plus en plus insistants, et lorsque la femme tente de s’éloigner, l’un deux l’attrapa par la taille et l’assoie de force sur ses genoux, sous les rires de ses compagnons. Personne d’autre que lui ne semble porter attention à ce qui se passe.

Fynn se lève nonchalamment et s’étire en levant les bras au ciel. Il lance à l’intention de son équipage, un sourire moqueur et entendu aux lèvres :


    « J’adore votre compagnie mes amis, mais vous ne m’en voudrez pas d’aller profiter des divertissements locaux! »


Il leur fit un clin d’œil et se retourne sous les sifflements suggestifs et commentaires tous plus grivois les uns que les autres. Fynn se dirige droit vers la table des quatre hommes, probablement des mercenaires de passage ou des bandits des bas-fonds de la ville, où la jeune barde se débat avec force, mais peu de résultats, pour leur échapper. Fynn se campe devant leur table, un sourire flottant sur ses lèvres, les poings sur les hanches.


    « Désolé de vous déranger, Messires, mais je vais devoir réquisitionner la demoiselle pour mon usage personnel. J’ai déjà payé pour ses services, et je dois avouer ne pas être d’humeur à la patience. »


Il leur offre un large sourire et arc un sourcil en direction de l’homme qui tient toujours la barde dans ces bras. Celle-ci se débat toujours et lui lance un regard assassin.


    « Je ne suis pas à vendre, fils de Raïs! »


Fynn répond avec un rire.


    « Ma chérie, tout le monde est à vendre, il faut seulement savoir mettre le prix! »


L’homme s’esclaffe à son tour et lance un regard amusé en direction de Fynn.


    « Ha! Je t’aime bien toi… Mais tu devras trouver ton propre divertissement ailleurs, la demoiselle est déjà occupée. »


Le sourire de Fynn ne faiblit pas, ce qui n’empêche pas la menace et la provocation de ses paroles d’être très claire.


    « Tu ne m’a pas bien compris. J’ai dit que la demoiselle venait avec moi. »


L’homme. Échauffé par l’alcool, jette la jeune barde au sol avec rudesse, lui arrachant un cri de douleur, et se lève pour faire face à Fynn. Il n’en a jamais l’occasion. Le Capitaine Aline dégaine au même moment son sabre et vient frapper de sa garde le front de l’homme qui retombe assis sur sa chaise, assommé. Avant qu’il n’ait pu reprendre ses esprits, Fynn est par-dessus lui, sa lame sous la gorge. Les trois autres hommes se lèvent, prêts à sauter sur le pirate, mais avisant le groupe d’une douzaine d’Alines aux regards torves se levant derrière Fynn, ils durent juger que le risque n’en valait pas la peine.

L’homme sous Fynn ouvre la bouche pour parler, mais Fynn le devance.


    « Non, tais-toi, je te préfère silencieux. »


L’homme ferme la bouche et lance un regard inquiet à ses compagnons qui tentent de se faire oublier dans le fond de leurs chopes. Fynn sourit et relâche l’homme. Il lui donne une tape amicale sur l’épaule et ajoute :


    « Voilà! Je savais qu’on arriverait à se comprendre, mon ami! »


Fynn se penche, attrape le bras de la barde toujours au sol et la remet brusquement sur pied. Il se tourne vers le tavernier, remarquant non sans satisfaction qu’il est le centre d’attention de la taverne, et lui lance une petite poche remplit de branches de bronzes pour payer son séjour dans l’une des deux seules petites chambres de l’endroit. Le tavernier attrape la bourse et se détourne aussitôt, indiférent. Il traine ensuite de force la barde derrière lui, qui se débat vivement en le traitant de tous les noms, et monte les escaliers menant à l’étage. Avant de disparaitre, il lance à son auditoire :

« Bonne soirée mes amis! »

Fynn ouvre la porte de la première chambre de l’étage et pousse la barde à l’intérieur. Lorsqu’il referme la porte, elle saute sur lui, un petit couteau à la main, visant son visage. Surpris, Fynn lui attrape les poignets, mais pas avant qu’elle ne lui ait entaillé la joue. Plus fort qu’elle, il arrive rapidement à la maitrisée. La barde crie et tente de le frapper de ses pieds, mais il parvient à faire tomber le couteau de sa main et la jette sur le lit. Il s’éloigne de nouveau vers la porte en lui lançant l’air offusqué :


    « Tu es folle, tu aurais pu m’éborgner avec ça! »



    « Je ne serais pas la putain d’un sale pirate Aline! »



    « Sale, sale… c’est vite dit, j’ai une très bonne hygiène personnelle! Mais maintenant, tais-toi et saute sur le lit. »



    « Pardon? »


Excéder, Fynn lève les bras au ciel. Il lui mime de sauter sur place, de façon assez ridicule, avant de lui lancer un regard exaspéré. Il plaque ensuite son oreille contre la porte pour vérifier que personne ne les a suivis. Figée sur place, la barde a ramené ses jambes contre son torse dans un geste protecteur et dévisage le capitaine Aline.


    « Vous… vous n’allez pas… »



    « Quoi? Non, bien sûr que non. J’ai la tête d’un désespérer qui kidnappe des prostituées? J’ai beau être un pirate, j’ai plus de classe que ça… et franchement plus de charme, je suis presque insulté. Si j’avais voulu que tu viennes dans mon lit, tu y serais déjà de ton plein gré. »


La barde resta silencieuse, hésitant à le croire. Fynn se tourna vers elle, avisant son immobilité.


    « Mais qu’est-ce que tu attends? Qu’ils viennent vérifier eux même comment je m’y prends? Allez. Et saute haut. J’ai une réputation à maintenir. »


La jeune femme se lève et se met à sauter sur le matelas. Au bout de quelques sauts, elle est prise d’un irrépressible fou rire. Lorsqu’elle retombe sur le lit, essoufflée, Fynn va la rejoindre.


    « Comment tu t’appelles? Et par la Dame, qu’est-ce que tu fou à trainer dans des endroits aussi dépravés? »


La jeune barde se nomme Astia Telmon. Elle et Fynn passent une partie de la nuit à discuter, passant les heures dans la petite chambre au-dessus de la taverne. Lorsque le matin se pointe, Fynn se risque à sortir pour vérifier que la voie est libre. Lui et Astia sortent finalement de la chambre puis de la taverne sans accrochage. Reconnaissante, la barde propose au capitaine de venir la voir jouée le soir suivant dans une auberge mieux fréquentée, Le Fût de Chen. Ce soit là, après le spectacle, Fynn et Astia deviennent amants. Aucune attache, aucune attente et aucun amour sinon une attirance réciproque et une belle amitié.

L’équipage de la Perle des Sables resta encore deux jours à Al-Chen, et la veille de son départ, Astia demanda une faveur à Fynn. Elle s’inquiétait pour une amie, une certaine Beth Sintuor, et son fils. Le mari de cette dernière la bat régulièrement, et Astia crait que l’homme dénommé Erice ne s’en prenne au gamin ou ne la tue à sa prochaine beuverie. Fynn propose premièrement d’aller personnellement rendre une petite visite joyeuse au couillon, mais Astia le dissuade. Erice est membre de la garde d’Al-Chen et une altercation entre lui et Fynn pourrait mal se terminer pour ce dernier, son équipage et sa couverture de Navigateur. Elle lui demande donc de prendre Beth et son fils avec eux lorsqu’ils reprendront le large le lendemain, ce que Fynn refuse catégoriquement.

Le lendemain, à l’embarquement au grand port d’Al-Chen, Fynn se retrouve nez à nez avec Astia. Malgré le refus de Fynn, celle-ci a emmené son amie Beth, qui tient son fils de trois ans dans ses bras. Un sac regroupant probablement ses maigres possessions est posé au sol à ses pieds. La jeune mère cache son visage derrière ses cheveux, visiblement intimidée et hésitante, mais également pour couvrir un œil au beurre noir. Fynn laisse un long soupire exaspérer lui échapper avant de faire signe à Beth de s’approcher.


    « Tu sais cuisiner? »


Celle-ci répond à sa question en hochant vivement la tête.


    « Je t’avertis, si ton gamin traine dans mes pattes, je l’attache en haut du mat pour effrayer les goélands, c’est compris? »


Beth lève des yeux incrédules et reconnaissants vers lui. Fynn fait une moue à demi convaincu et lui fait signe de monter rapidement à bord. Avant de la suivre, il lance comme dernier adieu à Astia, qui le regarde avec un mélange de gratitude et d'amusement :


    « Pourquoi j’ai l’impression que je vais le regretter? Angharad, Ezalyn, hissez les voiles! »





Chapitre 6




    | Ville portuaire de San Millis, sud d’Al-Jeit | Il y a six mois |



Fynn Fearàin émerge des flammes avec un jeune garçon de cinq ans dans les bras. Il est couvert de cendres et des pans de ses vêtements sont brulés. Sierra Cricerelle, sa lieutenante, s’élance à sa rencontre et lui prend l’enfant des bras. Fynn s’accroupit au sol et lutte contre une violente quinte de toux. La fumée dans ses poumons lui donne l’impression de le calciner de l’intérieur, mais l’adrénaline et la peur le poussent à se relever.


    « Rickon et Isaak? »


Sierra hoche négativement la tête. L’inquiétude se lit dans les yeux de la lieutenante normalement si imperturbable. Fynn serra les dents et s’élance de nouveau vers l’auberge en flammes. Dans le rugissement du brasier, il n’entend pas le cri de sa lieutenante qui le supplie de ne pas y retourner.

À l’intérieur, l’enfer a élu domicile. Fynn ne reconnait pas l’endroit où il a pourtant passé les deux derniers jours en compagnie de son équipage. Cachant sa bouche dans son coude pour ne pas étouffer, Fynn s’élance vers l’escalier qui mène à l’étage. Il escalade les premières marches et voit à la dernière seconde l’énorme poutre de bois céder du plafond et tomber vers lui. Il recule précipitamment, s’accrochant à la rampe de justesse. Une gerbe d’étincelles et de flammes s’élève dans les airs, venant bruler sa peau en plusieurs endroits. Lorsque Fynn redresse la tête, l’escalier devant lui n’existe plus et il se trouve devant une bouche de flammes béante. Fynn sent la panique le gagner et il hurle pour tenter de couvrir le bruit du brasier :


    « BETH! »


Aucune voix à l’étage ne lui répond. Les flammes gagnent du terrain, il doit reculer. Fynn tient les flammes devant lui à distance grâce à son Don, mais même le meilleur des Dessinateur Aline ne pourrait contenir la rage de ce brasier.


    « RICKON! ISSAK! »


Toujours aucune réponse. Fynn regarde désespérément autour de lui. Réfléchis, Fearàin… Réfléchis! Il doit y avoir une solution. Il y a toujours une solution… Un bruit de craquement sinistre en provenance du toit résonne dans l’auberge. Fynn refuse de sortir. Le Capitaine s’apprête à tenter un saut impossible pour atteindre le deuxième étage lorsqu’une voix s’élève dans son dos. Il reconnait la voix d’Angharad, son maitre-voilier.


    « Capitaine, le toit va s’effondrer! »


Fynn lui lance un regard assassin, plus entêté qu’un Thül et déterminé qu’un Frontalier.


    « Je n’abandonnerais pas mes hommes dans cet enfer! »


Angharad lui cri quelque chose que le bruit du toit s’effondrant soudainement couvre sans peine. Fynn s’élance vers le maitre voilier et tous deux sortent juste à temps avant d’être ensevelis. Des mains les saisissent et les trainent dans le sable et la suie jusqu’à ce que la chaleur étouffante des flammes ne brule plus leur peau.

Fynn est secoué par une nouvelle quinte de toux, son sang battant si fort dans sa poitrine qu’il a l’impression qu’il va en sortir. Il lance un regard hagard autour de lui pour voir son équipage le dévisager, inquiet, ou porter leur regard vers la masse indistincte de l’auberge. Fynn se redresse à genoux pour contempler l’horreur du spectacle. Alors que les flammes d’une grande violence s’élèvent dans la nuit, colorant tout d’une vive lumière rouge, une certitude s’impose dans son esprit. Aucun être vivant ne peut avoir survécu dans l’effondrement.

Un hurlement sauvage déchire sa gorge et déforme ses traits alors qu’il abat de toutes ses forces ses poings sur la terre battue à ses pieds. Comme trop de fois dans sa vie, incapable de vivre sa peine, Fynn s’enferme dans une colère sourde, violente, proche de la folie.

À peine une demi-heure plus tôt, il marchait dans les rues de la petite ville portuaire de San Millis, au sud d’Al-Jeit, en direction du port pour y gagner la Perle des Sables. Il avait passé la soirée dans l’auberge de la Vieille Grive avec son équipage, mais maintenant que tous étaient montés à l’étage se coucher, il devait aller trouver Angharad pour s’assurer que tout se passait bien avec le navire. Une vague odeur de fumée flottait dans l’air et Fynn se demanda si un grand feu de joie avait été allumé sur la place centrale de la petite ville, pour fêter l’arrivée du printemps. Lorsqu’il était arrivé en vue des docks, il avait immédiatement compris que quelque chose n’allait pas. Il n’y avait pas de passants ni de marins affairés dans le port, ce qui était généralement le cas malgré l’heure avancée de la soirée. Fynn comprit lorsqu’il vit flotter au vent le drapeau du Dragon Noir.

Il avait accouru jusqu’à son navire, mais alors qu’il allait grimper sur le pont, la silhouette de Ross et celles de ses membres d’équipages lui avaient barré la route. La voix triomphante de Ross avait déclenché une tempête dans les iris bleu sombre de Fynn.


    « Oy, mon frère! Je t’attendais, justement. Je voulais que tu assistes à la prise de possession de ce qui me revient de droit. La Perle des Sables a trop longtemps été entre les mauvaises mains, tu ne trouves pas? »


Avant que Fynn n’ait pu répondre, deux marins s’étaient avancés, tenant Angharad dont les poings étaient liés, et l’avaient jeté en bas du navire. Le Capitaine s’était rapidement penché vers lui, détachant ses poings liés et l’aidant à se remettre sur pieds. Il s’était ensuite tourné vers Ross, le dévisageant avec une colère et une rage non contenue, puis avant dégainé son sabre en s’avançant vers lui. Il n’avait aucune chance contre un équipage entier, mais Fynn n’était pas un homme de prudence. Ross l’arrêta dans son élan.


    « Je ne ferais pas cela à ta place. Tu as matière plus urgente à t’inquiéter. »


Un sourire sadique étira les lèvres du Capitaine Crainn.


    « Toi qui vénères la Dame, tu auras perdu ce qui t’est le plus cher dans les flammes du Dragon. Cours vite, Fynn, ou il ne te restera que des cendres pour admirer ta chute. »


Fynn écarquilla les yeux d’horreur en se tournant vers le village. Au loin, derrière les toits, une massive fumée noire s’élevait et une lueur rouge tintait le ciel d’encre… à l’emplacement exact de l’auberge de la Vieille Grive. Sans accorder un deuxième regard à Ross ou son navire, Fynn avait dérapé dans les graviers du port et s’était élancé vers le village. Lorsqu’il était arrivé en vue de l’auberge, les flammes dévoraient déjà la bâtisse et la majorité des membres de son équipage et des clients de l’auberge étaient sortis. Des cris de panique et d’honneur s’élevaient dans la nuit. Fynn avait réussi à entrer dans le brasier et à y chercher Ness Cricerelle, la jeune sœur de sa lieutenante, ainsi que le fils de Beth.

Et maintenant, devant son échec, Fynn ferme les yeux. Ross lui a ravi la Perle des Sables ainsi que trois de ses hommes. Trois membres de sa famille. Trois vies.

Rickon, jeune, trop jeune, embarqué sur la Perle depuis ses deux ans. Il avait 17 ans. Il l'a vu grandir, lui a même appris à tenir la barre lorsqu'il était gamin juste pour lui faire plaisir. Il voulait devenir vigie, tout comme Ness parce qu’il en était secrètement amoureux.

Isaak, un homme que le Capitaine Crainn avait engagé près de 20 ans plus tôt sur la Perle, un homme qui avait vu Fynn grandir. Un homme qui avait toujours voulu des enfants, mais n’en a jamais eu, jusqu’à ce qu’il adopte Estelle. Il rêvait de prendre sa retraite à la capitale de l’Archipel et y construire quelque chose qu’il pourrait lui léguer. Quelque chose qu'il n'aura jamais pu faire, au final.

Et Beth… La jeune femme que Fynn avait tirée des griffes de son mari violent un an et demi plus tôt. Beth, celle qui avait pris sa place au sein de l’équipage comme cuisinière, seule Alavirienne dans un groupe. Beth, femme qu’il avait longtemps eu peur de touché, d'embrasser, par peur ou douleur, par doute ou bêtise, mais qui avait réussi avec le temps à faire renaitre en lui quelque chose d’éteint. Ils s'étaient trouvés et Fynn l'a aimé comme il ne se croyait plus capable de le faire après Kaïllane. Beth, mère d’un jeune garçon d’à peine 5 ans qui se retrouvait orphelin. Mère d’un jeune garçon que Fynn s’était surpris à aimer comme un fils, mais qu’il laisserait à un couple de taverniers qui l’adopterait pour le protèger avant de quitter la ville, deux jours plus tard.

Fynn se redresse lentement. L’équipage le regarde, comme s’il avait pu trouver une solution, sortir l’une de ses idées miracles et ambitieuses, pour tout arranger, comme toujours. Mais Fynn ne dit rien. Il fixe le brasier, poings serrés, et lance une promesse silencieuse à la nuit.

Le Feu a battu l’Ouragan, mais à la fin du jour, c’est toujours la pluie qui éteint les flammes.





Épilogue




    | Grand Océan du Sud, une dizaines de killomètres au sud de la côte Alavirienne | Présent |



À la barre du Vent du Large, un capitaine Aline regarde le soleil se lever sur la mer. Un bon vent souffle de l’ouest et le grand et fier navire fend les vagues à bonne allure. Le capitaine sent le bois verni du gouvernail sous ses doigts et le caresse doucement, l’apprivoisant, puis lève les yeux vers les grandes voiles blanches du navire Alavirien. Lui qui a toujours vogué sur les bateaux de son peuple, l’expérience est nouvelle, mais beaucoup moins différente que ce à quoi il s’était attendu. Le navire se manie bien, vogue naturellement à grande vitesse et sa coque embrasse la mer plutôt que de la confronter. Le Vent du Large n’a pas le charme ou la puissance des navires Alines, mais pour un moyen de transport temporaire, il fait amplement l’affaire.

Une femme à l’épaisse chevelure rousse s’avance vers le Capitaine. Une étincelle vive brille dans ses yeux acajou.


    « Capitaine Fearàin, le drapeau a été descendu, selon vos ordres. »


Fynn Fearàin hoche la tête, satisfaite. Il lâche le gouvernail quelques instants et attrape un grand tissu soigneusement plié qu’il avait déposé sur l’estrade derrière lui. Il le tend à sa lieutenante en ajoutant :


    « Remontez ce drapeau à la place. Ce navire a besoin d’un nouveau nom, et quelque chose me dit que son ancien propriétaire ne tardera pas à afficher son précédent drapeau dans tous les ports Alaviriens. »


La lieutenante à la chevelure rousse déplie soigneusement le drapeau. Celui-ci est de couleur bleu cobalt, identique au veston long du Capitaine, et la silhouette blanche d’un grand oiseau de mer trône en son centre. Elle relève les yeux vers le Capitaine Fearàin et demande :


    « Quel est le nouveau nom de notre navire, Capitaine? »


Un sourire entre fierté et espièglerie étire les lèvres de l’Aline.


    « Le Fou de Bassan. »


La lieutenante sourit à son tour à l’évocation de l’oiseau de mer, véritable icône des côtes du sud de Gwendalavir, et encore davantage de l’Archipel Aline. Elle hoche la tête et s’éloigne. Fynn Fearàin observe quelques instants son équipage s’activer habilement sur le pont du navire, une étincelle de fierté et de promesse d’avenir brillant au fond de son regard.

Alors qu’il reprend la barre, le vent à l'odeur saline fouette ses cheveux sombres et il se met à chanter.


    « Le roi et ses hommesOnt enlevé la reine de son litEt l’ont contenue en ses os.Les mers sont nôtresEt par leurs pouvoirsNous errerons où nous voudrons.Yo, ho, tous ensemble,Hissez haut les couleurs…Hissez Ho, voleurs et mendiants,Jamais nous ne mourrons. »







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Syane Ril'Devah
Frontalière
Re-bienvenue à toi alors ! o/
Je crois que tu sais déjà tout... je suis pas trop sûre. :3


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Aelya Ceriosé
Marchombre
...
Salut beau brun, t'as de beaux yeux tu sais? Face
AKI. CETTE FICHE EST MERVEILLEUSE. VIVEMENT LA SUITEEEEEE. In love Oh oui ! Tired
Je l'adore ton nouveau barbu, il dégouline de classe, c'est impressionnant. thatlook
J'ai hâte que tu le joues, franchement il promet en RP ce beau gamin ! Happy 2
BREF. Je n'en peux plus d'attendre, huhu.
*noie Aki sous une pluie de cookies saveurs noix de coco et kiwi*
BISOUS D'AMOUR SUR TA BOUILLE MA PETITE AKI. Deadly Hug

PS: Je suis bien contente que nous ne soyons pas tous des baleines. Face
Hug


« Je chante et pleure, et veux faire et défaire,
J’ose et je crains, et je fuis et je suis,
J’heurte et je cède, et j’ombrage et je luis,
J’arrête et cours, je suis pour et contraire. »
[Abraham de Vermeil]


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Fynn Fearàin
Capitaine Pirate Aline
Merci à vous deux, vous êtes adorables! In love

Syane » Je commence à avoir mes repères, yep xD

Lya » Je suis vraiment contente que la fiche te plaise! J'ai vraiment beaucoup de plaisir à écrire pour lui (le coup des baleines et de la crevette des sables Face ), c'est un sale type et un amour à la fois xD

PLEIN D'AMOUR SUR TOI AUSSI! Deadly Hug  


Édit : J'AI FINI!!!!!!!!!!!!!!!

Tired Oh oui ! In love :101: :999: :5555: pompom WTFOMG Flunce

Désolé pour le pavé titan *va s'enterrer*




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Invité
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FYYYYYYYYYYYYYYYNE LE HÉROS :4233:

Voilà TOUT PLEIN de cookies en forme de Licorne pirate :3
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Invité
Invité
... :baaave1:
AKIIII, DANS MES BRAS. Deadly Hug

Ta fiche est juste géniale. Superbement bien écrite, intéressante tout du long, et j'adore le format de l'histoire, qui laisse presque mieux entrevoir ce que Fynn est que son caractère, mais de manière pourtant très subtile. C'était un vrai plaisir à lire <3 Et ton personnage est soigné, classe, diplomate, et ses répliques me donnent envie de me rouler sur le s... Ahm.
J'ai trop hâte de voir ce que ça va donner en Rp. Happy 2
Et je veux un Rp avec toi.
Et j'ai envie de faire un Aline maintenant, c'est malin.

Quoooiii ? J'ai rien dit, moi. Face

Pluie de cookies sur ta bouille. Hug
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Elleynah Bàthory
Maître Marchombre
Aki, tu es merveilleuse.
Happy 2

Rebienvenue à toi ! Ta fiche est super (tavu, je l'ai vaincuuuuuue !
J'ai hâte de voir ce que tu vas donner en rp...



Merci Aki pour le kit *-*
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Aelya Ceriosé
Marchombre
OMG. Cette fiche. Cette merveille. J'ai tout adoré Aki, mais l'histoire en particulier, waouh. Tu as pris le temps mais ça en valait la peine, le résultat est magnifique ! thatlook
Bref, merci pour cette claque merveilleuse, je t'aime et j'aime aussi ton nouveau barbu. Hug
Hâte de le voir en RP, vivement! Oh oui !
Encore bravo pour ta fiche ♥


« Je chante et pleure, et veux faire et défaire,
J’ose et je crains, et je fuis et je suis,
J’heurte et je cède, et j’ombrage et je luis,
J’arrête et cours, je suis pour et contraire. »
[Abraham de Vermeil]


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Syane Ril'Devah
Frontalière
C'est parfait... comme toujours. Je crois que je pourrais rien dire d'autre.
En somme, je valide les yeux fermés.

Ah si, il y a pas déjà un Dragon des Mers ?


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