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Forum de RP dans le monde d'Ewilan, de Pierre Bottero. De nombreuses années ont passé depuis les aventures d’Ewilan et de ses compagnons et l’Empire a plus que jamais besoin de votre assistance.


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Emelyne Edelweiss ~ .Laisse ta pudeur fleurir dans la nuit.

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Emelyne Edelweiss
Disparue
Bon, alors, comme j'étais pas inspirée par l'histoire, j'ai seulement scribouillé quelques lignes...
JE DECONNE. 8741 mots.

Par contre, elle ne rentrait pas dans la présentation... Message trop long. Du coup, je la poste ici et mets un lien dans le premier message.




Histoire

"Clic. Clac. Coupé, lacéré. Et moi, ailleurs." | Emelyne Edelweiss


Enfance



« Chaque Homme possède une compagne qui le suit jusqu’à ses heures les plus noires. L’agonie, le dernier souffle sur ses lèvres, l'ultime mot, c’est cette compagne qui le recueille et qui le protège. Comme le témoignage de son âme. »
– Lisanna Jil’ Edelweiss



Cyan Jil’ Edelweiss avait plusieurs fois conté à Emelyne la manière dont elle était venue au monde. S’il n’évoquait jamais sa rencontre avec Lisanna, il ne manquait pas, entre deux cours de géographie, d’offrir à sa fille le portrait d’une mère trop souvent absente ; il peignait sur les lèvres avides de l’enfant les prémisses de leurs passions, en occultant les amours nocturnes, et s’appliquait à lui dessiner l’une de ces esquisses plus précieuses que n’importe quel diamant.

Les soirs d’hiver, lorsque son précepteur la libérait de ses leçons, la petite s’enveloppait dans une couverture de siffleur et tirait son père jusqu’au fauteuil de Lisanna ; il gardait toujours dans son vieux cuir rouge quelque chose de l’odeur de sa mère. Puis elle déclarait « avoir imité  papa et maman », en « embrassant un garçon sur la joue » et babillait pendant des heures, assise sur ses genoux. Le manque lové au creux de son cœur s’atténuait tandis qu’elle vivait des amourettes enfantines, avec cette sensibilité propre à certains surdoués.

Elle avait cinq ans.

Le printemps, cette année-là, arriva en avance, même dans les Marches. Emelyne s’enfuyait alors au sommet des murailles de la Citadelle, puis s’appliquait à peindre sur un petit cahier chaque paysage du nord ; très fragile pendant ses premières années et interdite de sortie, elle découvrait un monde qu’elle ignorait n’être vu que par elle seule. En réalité, elle le percevait comme une poésie pure. Montagnes écrasées par les cils d’un géant. Clochers transperçant le ciel. Landes courbées sous le vent. Même la température aigre-douce giflait ses joues et la laissait parfois recroquevillée au bord d’un chemin, pantelante, les mains rougies par le gel qu’elle avait cueilli sur le sol comme un dernier souvenir de l’hiver.

Tout était violence, d’une certaine façon, mais elle s'abimait volontiers dans la magnificence de cette nature furieuse – comment le chaos pourrait-il se cacher sous un tel éclat ? Et rien ne l’empêchait de sortir, ni les réprimandes hasardeuses de son père, ni les crises qui la précipitaient encore dans l’inconscience.

Sa mère, en les voyant rentrer, se contentait de leur donner des vêtements propres et chauffés au-dessus du feu.

À l’aube de sa sixième année, les rumeurs d’une tentative d’assassinat, ainsi que l'intensification de la présence des Géants au nord des Frontières de Glace, plongèrent la Citadelle dans une atmosphère méfiante. Beaucoup de ceux qui habitaient dans les bourgs se réfugièrent entre les murs. Si Emelyne ne garde de cette période que quelques fulgurances déformées par sa mémoire, elle se souvient bien trop précisément des regards inquiets qu’on lui lançait. A cet âge, son intelligence se faisait plus vive, plus aiguë, et perdait toute l’innocence de ses premières années. Elle l’avait ressentie au cœur d’elle-même, comme une brûlure incandescente ne demandant qu’à s’ouvrir au monde, et ne se sentait plus capable de la réprimer. Elle se souvient des visages, donc ; de ceux des gardes, surtout, dont les patrouilles s’étaient multipliées. Elle s’en souvient par images. Cicatrices. Nuances. Nuances d’attente, de peur, de lassitude. Et pas un seul espoir dans lequel se réfugier. Les gardes, surtout ressemblaient à des êtres sans famille, sans amis, destinés à chercher sans voir, à effleurer sans toucher. Mais Emelyne connaissait certains d’entre eux, et elle connaissait leurs enfants. Et l'idée qu'un homme puisse devenir un spectre l'avait plongée dans une profonde incompréhension.

Peu à peu, la jeune fille se perdit dans une existence ambiguë ; parfois lasse, elle refusait de sortir de sa chambre et se blottissait dans ses draps, un livre de géographie ouvert devant elle. D’autres jours, cependant, elle délaissait la connaissance théorique pour voler une arme à son père, et s'enfermait dans l’une des petites salles attenantes au gymnase. Elle détestait s’entrainer, mais ces jours-là, si on ne la trouvait pas avant, elle s’exerçait jusqu’à ce que ses jambes deviennent cotonneuses, que son cœur se faufile au bord de ses lèvres, que son souffle nécrose sa gorge. Alors, elle se laissait tomber sur le sol. Et se sentait plus impuissante que jamais.

Cyan commençait à peine à comprendre l’étendue des capacités de sa fille et ignorait comment réagir. Quant à Lisanna, elle lui achetait des armes adaptées à sa taille, pour l’inciter à s’entrainer de manière plus efficace. Femme forte, rêvant d’une « indépendance » somme toute assez factice, elle se réjouissait de voir son sang ressembler enfin à la digne héritière qu'elle avait toujours désirée.

La situation s’apaisa à la fin de l’été, et Emelyne retrouva l’insouciance qu’elle montrait auparavant, cette insouciance qui lui permettait de se mêler aux autres enfants. Comme un caméléon. Elle apprenait néanmoins à courir et à se cacher ; peu à peu, ses gestes devinrent plus agiles, ses sens plus affinés encore, et l'aidèrent à espionner les conversations de ses parents. La nuit, lasse de ses insomnies, elle se glissait jusqu’à une bibliothèque. Elle trouvait dans le silence de ses pas nimbés de lune quelque chose d’orgueilleux qui la ravissait, puis prenait un livre sur l’étagère la plus haute, et s’installait sur le fauteuil de velours noir près de la fenêtre. Et peu importe que quelqu’un voie la lueur de la bougie !

À sept ans, elle commença à étudier la stratégie. Seule.

Au mois de juillet, Lisanna Jil’ Edelweiss accepta d’accompagner, en tant qu’archère et qu’épéiste, une expédition diplomatique commanditée par Sofien Hil’Jent elle-même. Elle devrait durer plus d’une année, et avait été une aubaine pour la gradée.. Capitaine d’une section d’infanterie, elle bénéficiait également du prestige de son nom, et s’employait depuis quelques années à ne commettre aucune faille pour discréditer ses adversaires potentiels. Si Cyan considérait l’ascension sociale de son épouse comme une simple reconnaissance de son talent, Emelyne, elle, comprit. Sa mère n’aimait plus. Sa mère ne savait plus. Sa mère voulait diriger les Frontaliers. Un voile d’arrogance s’était posé sur les épaules de la femme qui l’avait mise au monde ; elle désirait tout, l’indépendance, la puissance, la renommée. Et obligerait, tôt ou tard, sa fille à suivre la Voie qu’elle avait elle-même choisie.

Une voie orgueilleuse et hypocrite, rongée par la rancune.
Une voie dangereuse, attirée par le sang et les apparences.
Une voie qui pourrait épuiser l’Empire… déjà si fragile !

Cependant, Emelyne, avant même d’avoir commencé son entrainement, détestait les armes ; si son corps se consolidait et que ses crises se raréfiaient, elle gardait dans sa chair une répulsion instinctive pour le contact douloureux de l’acier. Lorsqu’elle refermait ses mains sur la garde d’un sabre ou d’une dague, elle éprouvait un malaise qu’aucun Frontalier pur n’aurait accepté. Mais elle ne se sentait pas pure. Au contraire, elle possédait l’un de ces esprits délicats, fragile comme un bouquet de nerfs, et s’était laissée souiller par des images toujours plus violentes. Les conflits morbides. Les linceuls ensanglantés exposés aux yeux de la foule. La guerre a-t-elle vraiment un sens si elle détruit notre humanité ?

La veille de son départ, sa mère vint la trouver dans la douce obscurité de sa chambre, et lui offrit des paroles qu’Emelyne ne pourrait jamais oublier. Des paroles aussi précieuses que du diamant, mais tranchantes comme le fil d’une lame.

« Chaque Homme possède une compagne qui le suit jusqu’à ses heures les plus noires. »

Emelyne retrouva le carnet sur lequel elle avait dessiné, d’une main jeune et maladroite, les paysages printaniers du nord ; sous ses yeux, elle contempla le fruit de l’indépendance naïve qu’elle chérissait alors qu’elle avait cinq ans. Et elle commença à craindre Lisanna Jil’ Edelweiss. L’absence de cette figure maternelle la hantait. Dans ses cauchemars, elle imaginait souvent un visage noir se pencher sur son berceau, ouvrir sa poitrine avec ses longs ongles, érafler son cœur, et tisser une toile à l’intérieur de ses poumons. Pour qu’elle ne puisse plus respirer. Pour qu’elle ne puisse plus survivre.

Peu à peu, Emelyne avait découvert que cette compagne la suivait déjà.
Elle lui avait donné un nom le jour de ses huit ans.
La peur.

La jeune fille se rappela de milliers d’anecdotes, de souvenirs forgés puis oubliés dans la brume de l’enfance. Elle comprit qu’elle avait intégré la peur à son être comme une conviction. Une de ses racines. Son héritage. Sa vie. Et, un soir, alors qu’elle s’allongeait sur son lit, elle se remémora le jour où son père avait recouvert le sol de sa chambre par de grands tapis blancs. Elle avait trois ans, et sursautait quand elle entendait le bruit de ses pas. Elle avait peur de marcher ; elle se tenait encore à quatre pattes pour sentir sous ses paumes la présence d’un monde qui, lui semblait-il, pourrait s’effondrer n’importe quand.  Fragile. Tout était fragile. La Citadelle, ses murs couverts de glace. Chaque son ne dissimulait-il pas la menace des géants ? Ne masquait-il pas le murmure de leur armée ?

Elle ne s’était apaisée que lorsqu’elle avait pu marcher dans sa chambre sans s’entendre.

Emelyne se souvenait également des récits de son père, des portraits qu’il lui peignait alors qu’elle s’asseyaitvsur ses genoux, frigorifiée par le froid. Elle se souvenait des premiers rendez-vous de ses parents, de leur mariage, de l’accouchement de sa mère… Et, si elle n’avait jamais connu cette époque, elle développait déjà les prémisses d’une capacité qui lui sauverait plusieurs fois la vie : elle pouvait comprendre une personne qu’elle n'avait jamais rencontrée, en écoutant. Juste en écoutant.

Et elle comprit Lisanna Jil’ Edelweiss.

Les ères les plus sombres sont propices à l’émergence de figures intemporelles ; cela, Emelyne le savait. Mais elle ignorait à quel point la gloire obsédait sa mère. Abimée dans la contemplation de ses propres craintes, rongée par l’arrogance et le déni, Lisanna avait toujours été aveuglée par les mythes. Merwin. Ewilan. Edwin et Destan Til’ Illan. Elle portait l’orgueil comme une fatalité, et, pour elle, son enfant devrait inscrire son nom dans la liste des pourfendeurs de géant. Au minimum. Et, si les photographies existaient en ce monde, elle aurait exigé que celle de sa fille soit placée dans les livres d’histoire, ou qu’elle possède une encyclopédie à son seul sujet.

Lisanna ne revint pas avant le mois de juillet. Emelyne avait peu à peu écarté l’absence de sa mère, et tenté d’oublier ses directives ; elle voulait décider de son avenir, et, en dehors de ses leçons, elle étudiait la géographie et la stratégie militaire, parfois jusqu’à des heures si tardives qu’elle n'en dormait pas. Lorsque sa mère franchit à nouveau la porte de la Citadelle, elle l’attendait. En vérité, elle ignorait toute peur ; la liberté avait donné à son esprit la grâce malhabile des enfants convaincus de leur destin, et elle se perdait dans le monde qu’elle découvrait chaque jour un peu plus. Elle ne pourrait pas arrêter la guerre, non. Mais si elle aidait les hommes à l’emporter, ne pourrait-elle pas détruire l’avarice et l’indolence ?

« Je deviendrai stratège. Après avoir fini l’entrainement de base des frontaliers, je demanderais à un Maitre de me former et de m’apprendre. »

La claque la projeta sur le sol. Elle resta alitée pendant une semaine.

L’incident la pétrifia. Bien sûr, sa crainte timide de la guerre continuait à sa développer en elle ; et elle se forçait à l’entretenir, en participant à chaque commémoration, en célébrant chaque victime, en dessinant leurs visages crispés par la mort. Par deux fois, elle parvint à apercevoir des cadavres mutilés, et comprit la barbarie des géants. Si elle doutait souvent de l’homme, elle savait que jamais elle ne pourrait faire confiance à ces créatures qui tuaient sans rancœur, même s’ils l’accueillaient en leur sein.

Emelyne délaissa la stratégie pour se concentrer sur l’anatomie et les sciences. Elle accepta vite ce que certains savants avaient peiné à s'avouer, quelques siècles plus tôt. Les êtres vivants appartenaient tous à la même logique ; et ce corps qui faisait la fierté de l’homme, ce corps que certains philosophes considéraient comme un aboutissement, n’était, finalement, qu’un heureux hasard de la nature, des caractéristiques assemblées par coïncidence. Elle tentait d’écrire ses idées en sachant qu’elles ne vaudraient jamais rien. Mais, si ses phrases demeuraient brouillonnes, sa plume maladroite, ses mains tremblantes, elles lui permettaient de se libérer. Elle prenait conscience de la faiblesse exacerbée de son existence, étudiait les douleurs qui tiraillaient parfois ses nerfs sans aucun préavis. Et comprit – comprendre, toujours comprendre – que quelque chose, au creux d’elle-même, serait à jamais fragile.

Peu à peu, Emelyne commençait à vivre dans la nuit. Si cet état la fatiguait et la laissait somnolente le jour, elle continuait, avec l’obstination d’un navigateur qui remonterait un torrent. Quand elle avait besoin de dormir entre deux leçons, elle prétextait de sa faible constitution pour se ménager une sieste ; elle s’épuisait plus vite que les autres enfants, et son air cotonneux aurait donné pitié à un géant. Mais elle devenait sans cesse plus agile, plus habile aux mensonges. Ses sens s’adaptaient à l’obscurité ; lorsqu’elle se glissait dans les rues après deux heures du matin, son ouïe se précisait, sa vision s’affinait, et elle se sentait presque marchombre. Parfois, elle s’introduisait dans la bibliothèque pour remettre un livre, ou en feuilleter un nouveau. C’était un prétexte pour sortir de sa chambre. Le reste du temps, elle lisait, ou écrivait, et le dissimulait à ses parents. Comme si elle savait que quelque chose, dans sa condition, ne correspondait pas au rôle que sa mère lui donnait.

Sa différence, elle l’expérimenta lorsqu’elle atteignit ses dix ans, et que son entrainement de Frontalière commença.

Depuis le retour de Lisanna, elle s’était montrée docile et flexible ; attentive aux désirs de ses parents, elle veillait à leur cacher ses véritables intentions sous des gestes flegmatiques. Déjà, son intelligence pâlissait de cette situation ; elle perdait peu à peu la spontanéité enfantine qui lui permettait d’apprendre le monde avec nonchalance. Elle étudiait encore la stratégie, mais il lui semblait ne plus rien comprendre. Et, quand elle se retrouva pour la première fois dans une salle d’entrainement avec d’autres frontaliers, elle oublia tout.

Elle n’avait jamais touché une arme, mais savait comme les manier, en théorie.
La vue d’un sabre lui donnait envie de vomir. Elle l’imaginait toujours couvert de sang.
La forme des arcs la passionnait, mais en effleurer un la figeait de peur.
Et surtout, surtout, pourquoi entrainait-on des enfants de dix ans à la guerre ?

Le premier jour, elle tint une demi-heure avant de s’évanouir. Le deuxième, un peu plus d’une heure. Le troisième jour, elle ne s’écroula pas, mais s’assit à l’écart et se recroquevilla sur elle-même. Elle était terrifiée. Elle se sentait salie de ne pouvoir ressembler aux autres, de posséder ce corps si faible, et se perdait dans des lamentations silencieuses que personne ne voulait entendre. Il ne lui restait rien. Tout ce qu’elle avait aimé, tout ce pour quoi elle se destinait lui semblait à présent bien plus éloigné qu’Al-Jeit ou que le désert des Murmures.

Peu à peu, Emelyne délaissa tout, et s’abstient de vivre après le coucher du soleil ; elle désirait dormir, juste dormir, et oublier ses rêves les plus immatures. Elle étudiait encore la stratégie, mais, quand elle prit conscience qu’elle devrait savoir combattre pour qu’on lui accorde un crédit minimal, elle l’abandonna à son tour. Elle qui s’imaginait fleurir dans la nuit voyait ses pas se perdre dans des ténèbres de plus en plus insondables. Ses mains s’habituaient au contact des armes – elle parvenait à tirer à l’arc aussi bien que les autres enfants –, son corps prenait quelques réflexes propres à la lutte. Mais elle rêvait d’horizons qui ne s’éteindraient pas, et se sentait pourrir peu à peu.

Blätt la sauva avant qu’elle n’entre en dépression.  

Cyan Jil’ Edelweiss assistait à certaines des séances d’entrainement ; il avait compris la peur de sa fille, et la haine qui n’aspirait qu’à éclore au creux de son épaule. Contrairement à Lisanna, il s’aperçut qu’elle ne serait jamais une grande épéiste. Malgré une rude discipline, ses gestes restaient bien trop répulsifs. Elle ne montrait pas cet instinct combattif qui forgeait la réputation immuable des Frontaliers, et elle semblait incapable d'entendre la symphonie de l’acier. Alors qu’elle avait presque onze ans et demi, il lui présenta Blätt Hil’ Xioran, un de ses cousins éloignés. De sept ans son ainé, il se destinait à l’archerie et possédait, lui aussi, une de ces intelligences fines qui charma Emelyne.

Encore aujourd’hui, elle ne pourrait dire si elle éprouvait pour lui une simple admiration, ou un amour teinté de respect. Malgré la vivacité de son esprit, elle restait vulnérable face à ses sentiments, et Blätt lui paraissait bel homme ; le même sang coulait dans leurs veines, mais son visage montrait une élégance et un charisme qu’elle savait ne jamais pouvoir égaler. Si elle ne possède aucun souvenir précis de lui, elle se rappelle en revanche de la douce chaleur qui l’enveloppait quand ses mains se posaient sur les siennes, quand sa bouche chuchotait quelques conseils, proche de son oreille, si proche… Et, si leur relation fut intense et brève, elle avait permis à Emelyne de gouter, quelques instants, une insouciance qu’elle n’aurait jamais imaginée.

Intense, parce qu’il la réconcilia avec l’arc. Elle demeurait médiocre au sabre et ne se distinguait pas au combat à main nue, mais apprécia bientôt les sensations qui envahissaient son corps lorsqu’elle tirait à l’extérieur ; atteindre une cible sous le regard nu du soleil, sentir les montagnes l’écraser et le murmure du vent sur sa poitrine naissante...

Brève, parce que la mort de Yaän Ezilea bouleversa tout.

Blätt ne connaissait pas réellement Yaän, mais il s’entrainait dans la même division que lui, et veillait sans cesse à ne pas lui être hostile ; si son infirmité l’agaçait, il l’admirait, dans un sens, et trouvait courageuse son obstination à ressembler à son grand frère malgré son handicap. Plusieurs fois, il parla de lui à Emelyne avec des mots qui auraient fait pâlir nombre de demoiselles à sa poursuite. Sa mort détruisit l’arrogance gravée sur son visage, et éroda la jeunesse que sa protégée lui enviait tant. Une jeunesse intelligente, fougueuse, charismatique.

Emelyne n’était pas présente à la Citadelle, ce jour-là. Elle s’entrainait dehors avec Blätt, dans un lieu isolé qui les coupait de toute vie ; Blätt l'avait trouvé en chassant. Ils s’éloignaient peu de la cité, mais Emelyne savait que les combats s’étaient raréfiés depuis un mois, et accordait une complète confiance à celui qui l’appelait désormais « petite sœur ». Ce jour là, s’ils perfectionnèrent son tir, comme à chaque fois, ils délaissèrent vite l'exercice pour s’allonger dans l’herbe et discuter. La jeune fille posa sa tête sur la poitrine de son cousin. Elle écouta son coeur trop rapide, et se demanda ce qu'elle serait devenue sans lui.

Ils retournèrent à la Citadelle peu de temps après Alec Ezilea. Il faisait sombre lorsqu'ils franchirent la porte ; l’automne se finissait, et la nuit les avait manqué de les surprendre dans leur conversation. Cependant, même Lisanna n’aurait pas songé à les réprimander. Quand un Frontalier leur apprit la nouvelle, Blätt s'éloigna sans prononcer un mot. Ses pas, habituellement si légers, trainaient sous un poids dont Emelyne ignorait jusqu'à l'existence. Et, du haut de ses douze ans et demi, elle contempla sans comprendre le monde qui l'entourait alors, et qu'elle apercevait pour la première fois comme tous les autres.
Autour d'elle, la foule restait muette, et on devinait dans certains regards une fatalité oubliée depuis trop longtemps.

Le sang maculait encore le hall d’entrée.

À nouveau, ses certitudes vacillèrent, et elle revit l’humanité telle qu’elle l’avait dessinée une fois : comme une entité sans visage et sans logique, destinée à survivre par simple induction de sa force brute. Peu après minuit, Emelyne décida de rendre visite à Alec Ezilea. Elle éprouvait une fascination presque morbide envers cet homme qui avait affronté un géant. Non par respect, mais parce qu’elle était convaincue qu’il serait le seul à pouvoir lui inculper des valeurs dont l'absence la terrifiait. La fraternité. Le courage.

Elle parvint à contourner les gardes, mais, en ouvrant la porte, elle eut à peine le temps de l'apercevoir avant qu'un Frontalier ne la tire hors de l'infirmerie. L'image la bouleversa. Si son visage couvert de bandage ne lui permit pas de le reconnaître, elle distingua, dans ce corps immobile et abandonné, une idée lancinante qui devrait la poursuivre à jamais ; la perte. La perte, dans chacun de ses souffles.

Et Emelyne comprit ce qu’étaient la plupart des Hommes.
Des créatures forgées dans le feu et le sang.

Blätt s’éloigna d’elle. Bientôt, son charisme se teinta de la douleur des êtres qui ont déjà trop vécu, et son intelligence devint froide, presque calculatrice. Il acheva rapidement sa formation, puis lui déclara, dans une tirade fielleuse, se sentir bien trop important pour s'occuper d'une jeune fille maladroite. Au début, Emelyne le haïssait. Elle haïssait ses discours péremptoires. Elle haïssait ses mimiques orgueilleuses. Elle haïssait même Yaän Ezilea, qui n’avait pas été capable de se défendre. Puis l'impulsivité de son adolescence s'estompa naturellement, et elle s’apaisa peu à peu ; si, certains soirs, elle imaginait encore son cousin l'appeler « petite sœur », et croyait entendre certains de ses murmures menaçants, elle cessa de courir derrière lui. Elle était lasse des cauchemars.  

Emelyne compensa son manque de talent en s’entrainant sans relâche, et devient bientôt meilleure archère que la plupart de ses camarades. Elle se distinguait aussi par son agilité, qui lui permettait de gagner quelques combats à main nue. À nouveau, ses pas la menèrent aux remparts de la Citadelle, et elle s’y réfugia de nombreuses nuits, nostalgique de cette époque où elle les parcourait avec innocence ; puis elle cherchait, dans l’obscurité, quelque chose de différent. La liberté que sa mère tentait de lui soutirer. L’indifférence que son père exprimait désormais devant elle. Il lui manquait quelque chose, elle le savait, et ne désirait plus être stratège. Ou, tout du moins, elle désirait vivre avant. Une ombre, un souffle perfide la poussait à partir loin des Marches du Nord et à découvrir un monde qui n’était encore qu’image. Malgré le danger, elle fugua une fois. Puis une seconde fois. Et se promit de réessayer, même si Lisanna devait encore la rattraper et l’attacher.

La peur la rongeait encore.
Mais elle avait trouvé le courage d’agir.


Premier voyage



« Elle tisse sa propre misère autour d’elle. Je l’aurais laissée partir si elle n’était pas ma fille. »
– Cyan Jil’ Edelweiss


Elle « s’enfuit » peu après ses quinze ans.

Emelyne se sentait de plus en plus étouffée par la présence de sa mère ; l’un après l’autre, ses avenirs possibles flétrissaient sous ses pas, et elle ne parvenait jamais à les ranimer. Tous les jours, elle peinait à se comporter comme une enfant modèle, et, la nuit, dormait peu. La plupart du temps, elle se glissait sur les remparts – les gardes la laissaient passer – et contemplait le vide, ou fermait les yeux sans réellement somnoler. Les cauchemars qui la lamentaient étaient pires, bien pires que de tomber de fatigue. Elle imaginait Lisanna sous la forme d’un immense squelette aux doigts d’acier, et hurlait de douleur lorsque celle-ci arrachait les fils cousus sur sa poitrine.

Et elle ne comprenait pas la logique de ces rêves.
Après tout, si sa mère voulait la contrôler, pourquoi est-ce qu’elle détruirait ses propres liens ?


Emelyne songeait à des solutions plus extrêmes que de voler un peu d’argent et de s’enfuir à pied lorsque Erena Jil’ Edelweiss, la sœur de Cyan, leur rendit visite entre deux de ses voyages. Frontalière aventureuse, la jeune femme atteignait à peine les trente ans, mais avait traversé plusieurs fois Gwendalavir. Elle ne supportait ni le froid des Marches du Nord, ni les règles strictes de la citadelle ; sa vie, semblable à celle d’un Itinérant, ne la menait que quelques jours par ans près des Frontières de Glace, et elle en profitait pour revoir son frère. Il s’était occupé d’elle après la mort de leurs parents. Elle l’aimait et détestait rester loin de lui trop longtemps.

Erena Jil’ Edelweiss comprit en quelques heures la détresse de l'adolescente. Elle ne parlait pas, et cherchait le moindre prétexte pour s’éclipser ; quand enfin elle obtint le droit de monter dans sa chambre (ou plutôt, de sortir par la fenêtre, mais discrètement), Emelyne s’effaça avec des gestes précipités qui ne trompèrent pas la jeune femme. Si sa nièce avait été moins timide, elle aurait déjà demandé de l’aide depuis longtemps ; mais elle préférait se réfugier dans la nuit et laisser sa pudeur fleurir sous ses pas.

Quand elle fut seule avec son frère, Erena lui proposa d’apaiser la rancœur de sa fille, et de lui permettre de découvrir le monde sans la mettre en danger. Elle pouvait la faire voyager quelques jours en direction d’Al-Far, en longeant la forêt, puis se faire demi-tour et de la ramener à la Citadelle. Depuis deux semaines, les conflits s’étaient raréfiés, et les risques semblaient minimes.

Cyan accepta rapidement. Il sentait que leur fille leur échappait et qu’elle ne pouvait s’épanouir dans la Citadelle ; il connaissait ses excursions nocturnes, et savait qu’elle ne pourrait s’accomplir que loin des Marches du Nord. Mais il ne parvint pas à convaincre sa femme. Méfiante et compulsive, elle réprima chacun de ses arguments avec une simple arrogance égoïste. Une accalmie dans les combats ? La dernière fois que les frontaliers avaient relâché leur vigilance, Yaän Ezilea était mort. Et, bien qu’elle considère Emelyne comme une jeune fille idiote et incapable, elle ne supporterait pas de contempler son corps recouvert par un linceul rouge.

Cyan et Erena abandonnèrent, et décidèrent de ne rien proposer à Emelyne.
Mais elle écoutait derrière la porte.

Toute la nuit, elle resta éveillée, incapable de dormir, l’esprit envahi par des pensées instables, presque éphémères. Parfois, elle s’imaginait nager dans le lac d’Al-Chen, nue, et plonger au cœur des profondeurs ténébreuses pour y rencontrer la Dame ; effleurer les écailles lisses de son dos, et se perdre dans la contemplation de son regard, plus ancien que l’Existence elle-même. D’autres fois, elle se sentait plus raisonnable, et songeait simplement au bonheur qui la saisirait quand elle découvrirait Al-Jeit, la cité aux cent merveilles alimentée par mille pierres graphes. Et, même l’obscurité rassurante de sa chambre ne pourrait la dissuader de partir avec Erena. Elle avait trop longtemps grandi dans l’ombre.

Aux premières lueurs du jour, elle l’attendait près de la Citadelle, juchée sur le cheval de sa mère, un sac d’argent et de nourriture accroché à l’un des quartiers de la selle. La silhouette droite. Déterminée. Aussi transparente que de l’eau. Si Erena avait été responsable, elle aurait raccompagné sa nièce chez elle, et veillé à ce qu’elle ne s’enfuie plus.

Elle acquiesça et talonna sa monture.

Pendant quatre jours, aucun incident ne troubla leur chevauchée commune, et Emelyne s’ouvrit à l’esprit d’Erena. Elle contemplait la jeune femme avec une fascination muette et tacite, impressionnée par sa prestance, si différente de celle des autres Frontaliers. Elle semblait plus sauvage, plus immature, comme consumée par une enfance trop fougueuse ; pourtant, elle pouvait cueillir des baies pour « leur beauté », puis, l’instant d’après, rappeler à sa nièce qu’elle devrait la ramener chez elle « par la peau du cul. » Si Emelyne savait qu’elle ne réaliserait pas sa menace, elle ne parvenait pas à comprendre sa manière de penser, ni à anticiper ses actes. Mais elle avait peu à peu cessé de s’en préoccuper, et se contentait de profiter du monde qui l’entourait. Elle observait chaque détail avec un soin nouveau et ne cauchemardait plus ; les ombres, autour d’elle, s’étaient tues. Et elle avait décidé de partir. Définitivement.

Au matin du cinquième jour, Erena laissa sa nièce se réveiller, seller son cheval, voler des provisions et griffonner quelques mots sur un papier avant de s’enfuir. Elle n’essaya pas de l’en empêcher et, quand sa silhouette s’éclipsa derrière la plaine, elle découvrit la lettre que la jeune fille lui avait adressée. Quelques simples phrases maladroites, un peu poétiques, vibrantes de sincérité et d’adolescence. Elle savait qu’Emelyne regretterait son choix plus tard, mais qu’elle avait besoin de comprendre par elle-même que la Citadelle était son foyer. Et qu’une place l’y attendrait toujours.

Pour la première fois, Emelyne devint un appel.
Elle sentait la liberté éclore sous ses pas et s’enrouler progressivement autour de ses jambes ; elle aurait voulu crier, s’ouvrir au monde pour exposer les sensations si enivrantes qui la saisissaient alors et qui, quand elles lui offraient un rare instant de répit, la laissaient pantelante sur le bord d’une route. La jeune fille s’emplissait tellement de tout ce qui l’entourait qu’elle se s’effaçait elle-même. Mais elle adorait cette émotion d’oubli délicieuse, de néant, de vertige

Pour la première fois, Emelyne devint un appel.
Elle ne prétendait pas artiste, mais voyagea pendant plus d’un mois pour atteindre Al-Chen. Elle s'arrêtait souvent pour dessiner ou écrire le paysage donné à ses yeux ; convaincue que, lorsqu'elle parcourerait la fille, elle trouverait ce qu'elle avait toujours cherché, par instinct, ou volonté divine. En réalité, elle écrivait, surtout ; elle dévoilait ses sentiments avec la volupté et la sensualité de celle qui se découvre femme. Et s’offrait peu à peu.

Elle arriva à Al-Chen au début du mois de juin, et ne prit pas le temps d'arpenter la ville. Le lac l’attira à peine. Emelyne voulait connaître son avenir. L’impatience rongeait ses mains et noircissait sa peau déjà hâlée par le voyage. Deux jours plus tard, elle démontra ses capacités de stratège et fut engagée dans une caravane ; deux hommes revendiquaient la même place, et elle s’amusa à détourner tous leurs arguments avec une finesse d’esprit qu’elle ignorait encore posséder. Elle accompagna le convoi jusqu’à Tintiane, et, si elle découvrit les coutumes des Itinérants, elle n’en apprit que la frustration. Rien ne lui semblait, alors, assez ambitieux pour elle ; elle méprisait l’intendant sans se l’avouer, et n’adressa pas une seule fois la parole au commis.

Emelyne désirait un cocon dans lequel s’épanouir. Seulement, elle ne comprenait pas qu’elle devrait le tisser elle-même avec ses expériences, et non l’attendre sans agir.  

Son deuxième voyage la mena près d’Al-Vor et la laissa hésitante. Impatiente, elle n'avait conscience ni des transformations de son corps – elle s’était endurcie – ni de celles de son esprit. Elle ne se souvenait plus des raisons de son départ. Jusqu’à présent, ses expéditions l’avaient épargnée des blessures et, lors des quelques combats, elle avait à peine pu tirer quelques flèches avec l’arc qu’elle avait emporté.

Pourquoi n’avait-elle pas simplement attendu dans les Marches du Nord ?
Pourquoi avait-elle pensé que le monde lui apporterait quelque chose ?
Pourquoi avait-elle pensé qu’elle comprendrait la folie de son cousin ?

Pendant son troisième voyage, elle accompagna une marchombre. Elleynah Bàthory.
Emelyne ne craignait ni n’idolâtrait les marchombre ; mais, lorsqu'elle rencontra la jeune femme, elle se sentit soudain misérable face à elle, comme si chacune de ses qualités – l’élégance, une beauté naissante, un naturel sociable – avait volé en éclat devant un être si ensoleillé. Elleynah brillait. Elle était joyeuse mais pas insouciante, douce mais pas conciliante, et… gagnait chacune de leurs joutes verbales. Au début, toutes deux se rapprochèrent l’une de l’autre par curiosité mutuelle. Puis elles se lièrent d’une amitié simple, de ces amitiés qui n’impliquent pas une grande confidence, mais survivent au temps et à la distance.

Cependant, Emelyne lui parla plus qu’elle ne l’aurait voulu. Elle lui offrit les raisons de son voyage avec une maturité enfantine, et, en retour, s’appliqua à décrypter chacun de ses gestes, sans vraiment y parvenir. Pour elle, la marchombre demeurait un mystère. Mais cela ne dérangeait ni l'une, ni l'autre.

Elles se séparèrent à Al-Chen, en espérant que le hasard les réunirait à nouveau.

Emelyne décida de rester quelque temps en ville. Si elle ne trouvait pas dans le faste et dans l'orgueil de son architecture la simplicité de l'évidence qu’elle recherchait, il y avait là beaucoup de choses à connaître. Cela, c'était grâce à Elleynah qu’elle le savait. Son intelligence trop aiguë l’avait habituée à ignorer les étapes et à éviter tout aléatoire. La marchombre lui avait appris la patience. Elle lui avait appris la lenteur et l'existence.

Une nuit, Emelyne offrit son corps aux ténèbres et la remercia. Elle avait compris.


Le << Crimson >>



« Elle est comme une minuscule fleur, prête à s’éteindre. Il suffirait d’un souffle, de quelques mots d’une écriture décharnée, pour qu’elle cesse de vivre. »
– Sybille


Deux semaines à Al-Chen.

Deux semaines pendant lesquelles Emelyne avait peu à peu oublié la douleur qui parcourait ses mains et ses épaules quand elle repensait à la Citadelle. La ville calmait ses nerfs à fleur de peau, et la nostalgie laissait place à une certaine raison souveraine ; elle aimait ce qu’elle vivait et s’en contentait. L’auberge dans laquelle elle logeait lui épargnait les visions les plus pénibles. Elle ne connaissait de la cité que ses plus belles apparences, et le lac, qu’elle appréciait tant, la lasserait au bout de quelques mois. Malgré tout, l’idée de s’établir à l’intérieur d’Al-Chen et de survivre avec de petits métiers la tentait. Elle ne voulait plus repartir. Son visage inspirait confiance, elle trouverait un employeur, et surtout, elle pourrait découvrir le cœur de la ville. Vibrer des rencontres aléatoires. S’émerveiller chaque jour de son quotidien. Emelyne s’était enfuie trop tôt, elle en avait désormais conscience. Mais, à l’aube de ses seize ans, elle comprenait son erreur, et commençait enfin à l’assumer. Elle pourrait oublier Blätt et éclore. Elle s’en savait capable.

Emelyne livrait un message au propriétaire d’une ferme lorsqu’elle avait découvert les caravanes.

L’estrade était construite dans un petit village au nord d’Al-Chen, et elle ne l’avait aperçue que lorsqu’elle revenait vers les murailles ; à l’allée, elle avait contourné la plupart des bourgs qui s’étalaient autour de la ville, simplement pour éviter les sentiers et longer les champs. De son enfance, elle conservait certaines manières qui l’handicapaient, comme marcher sur l’herbe dès qu’elle le pouvait – elle détestait entendre le crissement de la poussière, ou tacher ses chaussures. Et, près de la Citadelle, le moindre bruit superflu pouvait tuer.

Emelyne commençait à connaître les caravanes, et désirait rester à Al-Chen. Mais deux détails l’avaient poussée à s’arrêter, et à oublier son choix en quelques secondes.

Premièrement, aucun convoi de marchandises ne part à la fin de l’hiver, puisque les réserves des paysans, affaiblies par le froid, ne permettent plus de réaliser des affaires convaincantes. Seuls les prestataires ou les cirques s’aventurent à traverser Gwendalavir alors que le givre couvre encore certaines routes. Et, les tentures rouges ornées de motifs, rangées dans les quelques chariots, ne laissaient aucun doute sur la nature de celle compagnie-là.

Deuxièmement, personne, en dehors de quelques jeunes hommes qui s’appliquaient à plier des bâches, n'avait un visage conventionnel.

L’air s’alourdissait sous une ambiance étrange, presque mystique. Peut-être à cause de la disposition des caravanes, hétéroclites et colorées, ou de l’essence si particulière des Itinérants. Ils ne la regardaient pas, mais elle sentait pourtant sur eux le poids de l’Histoire et des confusions. Beaucoup abordaient avec fierté des peaux basanées, voire aussi sombres que celles des faëls. Quelque chose attirait Emelyne, sans qu’elle ne soit capable de dire quoi. Sans doute leur démarche fluide et douloureuse, leurs gestes exotiques, leurs jambes arquées. (Ou peut-être la simple manifestation de ses hormones.)

Elle partit, mais revint le lendemain, après avoir récupéré ses affaires à l’auberge. Elle savait qu’elle ne trouverait pas ce qu’elle recherchait dans un cirque, mais l’idée de découvrir le monde de son enfance la ravissait. Petite, elle adorait les histoires des jongleurs et des dompteurs de tigre, et elle imaginait Lisanna Jil’ Edelweiss faire danser des milliers de lumières devant elle – pattes d’araignées et musaraignes en ombres chinoises, entremêlées. En grandissant, elle s’en était détourné ; sans doute n’aurait-elle jamais choisi cette caravane si elle n’avait pas rencontré Elleynah. Désormais, elle voulait tout découvrir. Tout apprendre.

Le directeur du cirque se nommait Glen, et, si Emelyne connaissait nos légendes, elle l’aurait comparé à un vampire. Il possédait une allure élancée, à la fois gracieuse et saccadée, comme si chacun de ses gestes se multipliait dans un temps qui n’appartiendrait qu’à lui seul. Elle ne se souvient plus de ses paroles ; ce jour-là, elle l’avait vécu presque comme un onirique, embrumée par l’atmosphère malsaine des caravanes. Et l’idée de travailler avec un cirque la transformait en enfant. Apprendrait-elle à nourrir les tigres où à jongler pendant ses heures perdues ?

Elle signa le contrat qui l’engageait à suivre le « Crimson » jusqu’à Al-Jeit, non en tant que stratège, mais qu’éclaireuse et que protectrice. Glen n’avait même pas demandé une démonstration de ses talents, et lui avait imposé un certain nombre de règles, mais elle s'en fichait. Une nouvelle fois, elle ne comprenait pas.

Blottie une caravane, une jeune fille la regardait avec des yeux terrifiés.


Tout bascula au début du mois d’avril.

L’ambiance joyeuse qui régnait sur le cirque étouffait l’instinct d’Emelyne ; elle s’oubliait dans cette atmosphère cotonneuse, dans l’évanescence de sa beauté, et dans le désir grandissant chaque jour en elle. Elle se rapprochait trop d’un jeune jongleur à la peau mate et tressait souvent ses longs cheveux noirs quand il ne lui apprenait pas des tours. Elle ne discernait pas  les incohérences cachées derrière les règles strictes de Glen. Sans le comprendre, elle s’était intégrée au cirque. Elle appartenait désormais pleinement à une légende urbaine ; par manque de prudence, elle avait oublié que les monstres se cachent aussi parmi les hommes, et s’apprêtait à en subir les plus amères conséquences.

Pourtant, Emelyne sentait que quelque chose n’allait pas, mais elle obstruait cette sensation sous la déliquescence de ses amours juvéniles. Quelques caravanes, à l’arrière du convoi, restaient barricadées et soigneusement gardées par trois Itinérants. Si certains spectacles du « Crimson » montraient les tours les plus communs, et ravissaient aussi bien les enfants que leur mère, d’autres réunissaient une clientèle plus spécialisée, composée presque exclusivement d’homme ; Glen lui interdisait d’y assister, et elle s’éloignait alors, battant la campagne de ses bottes souples. Quand elle revenait à la nuit tombait, le cœur emplit des fraicheurs du printemps, elle se sentant libre. Libre comme un oiseau en cage.

Si elle avait su la véritable nature de Glen, elle aurait perdu quelques jours confiance en l’humanité.
En la découvrant et en l’expérimentant dans sa propre chair, elle était tombée dans un abysse duquel elle ne sortirait jamais vraiment, et qui l’engloutirait à chacun de ses doutes.

Ils approchaient de Fériane, et Emelyne ne se sentait plus vraiment utile en tant qu’éclaireuse ; les routes étaient sûres, ils croisaient souvent des soldats de l’armée alavirienne. La plupart du temps, elle observait Casshern, le jongleur dont elle tombait peu à peu amoureuse, et le laisser s’amuser avec elle. Ils jouaient. Leurs souffles se heurtaient parfois, ils se frôlaient, effleuraient de leurs lèvres la peau de l’autre, puis se séparaient.

Elle ne se méfia pas le soir où il l’invita à boire un verre avec lui.
Elle ne perçut pas la drogue qu’il avait ajoutée dans le vin.
Ni Glen qui les observait avec un air satisfait.

Emelyne n’avait jamais vraiment connu la douleur. Bien sûr, elle reconnaissait celle qui engourdissait son dos et crispait ses doigts rougis après une journée de tir à l’arc. C’était une douleur qu’elle appréciait ; elle ressentait ainsi les rouages de son être, et jouissait de pousser son corps à l’extrême sans s’évanouir. Mais la souffrance nécrosait chacun de ses nerfs. Sous sa peau, le réseau arachnide de ses veines brûlait ses muscles à vif, ses os suppliciés.

« Je m’appelle Sybille. »

Et nom de dieu, ses poignets lui faisaient un mal de chien.

Elle avait l’impression… Non, elle n’avait aucune impression. Elle se savait à peine consciente, et se sentait comme si quelqu’un avait écartelé ses poignets. Écorché la peau et dénudé les tendons pour les accrocher au plafond, plus ou moins.

Elle ne voulait pas réfléchir à ça.
Elle ne comprenait pas. Casshern, et puis…


« Tu m’entends, au moins, Emelyne ? »

La douleur s’apaisa, un peu. Elle avait envie de hurler, mais revenait peu à peu à la réalité. Allongée sur le sol. Détachée. Une latte de bois écorchait sa joue, et le sang coulait le long de sa mâchoire. Réfléchir. Réfléchir… Elle ouvrit les yeux mais ne discerna rien ; non parce que la pièce était plongée dans le néant, mais parce qu’elle ne voulait pas voir. Qu’elle ne voulait pas se rappeler des détails morbides qu’elle avait ignorés. Une tâche écarlate sur le bord d’un chariot… Un cri.

Comment avait-elle pu être si aveugle ?

Quelqu’un l’aida à se redresser ; des mains douces, plus féminines que celles de Casshern, effleurèrent ses épaules, et Emelyne parvint à s'assoir. Son corps lui semblait plus cotonneux encore qu’après ses premières crises, lorsqu’elle avait trois ans… Et elle fixa un long moment la silhouette de la fille accroupie devant elle. Elle possédait l’une de ces peaux mates métisses et magnifiques, le visage creusé par la douleur, les cheveux noirs retenus en arrière par un bandeau orange.

Ses bras s’arrêtaient au coude, et des marques de ciseau, certaines cicatrisées, d’autres plus stressantes, parcouraient ses avant-bras comme des vergetures.

Emelyne hurla.
Voulu hurler. Elle n’y parvient pas.

Ses poignets la brulaient tellement…

« O-Où est-ce que nous sommes ? »
« Au Crimson. De l’autre côté du décor. Le véritable visage de ce cirque maudit. »

Et Sybille lui raconta le Crimson. Peu à peu, Emelyne oublia sa douleur dans la contemplation des souffrances subies par des créatures qu’elle ne connaissait pas. Elle apprit le nom des êtres enfermés dans les caravanes gardées ; elle apprit leur apparence, un petit garçon au visage à moitié brûlé, deux hommes avec des ailes découpées dans leur propre chair.  Un freakshow. Un cirque de légende, aux galeries de monstres préfabriqués, formatés par Glen ; et il les concevrait, elles aussi, il déformerait leur corps et délasserait le bouquet de leurs vies.

Un freakshow.
Une pulsation de haine incandescente la dévisagea. Elle serait capable de tuer n’importe qui.
De venger les douleurs subies par des enfants innocents, et de décapiter, d’une main divine, les hommes qui regardaient ce spectacle pour le simple plaisir de se sentir différent.
Dégout.
HAINE.


Sybille se tut quand des bruits de pas s’approchèrent de la porte. Puis chuchota, comme une confession sourde, un dernier espoir, une lueur gorgée de ténèbres.
« Il va nous droguer et nous mutiler. »

Emelyne s’en sortit par miracle.

Lorsque l’homme entra, elle l’observa avec plus d’attention qu’elle n’avait jamais observé personne, malgré la drogue qui rongeait encore ses veines, et ses poignets qui lui donnaient envie de hurler. Elle comprit, en une seconde, la moindre temporalité de ses gestes, et parvint à étudier la manière dont il se déplaçait. Saccadée, juste saccadée. Absence et présente poignante. Il tenait deux seringues, et portait, comme seule « arme », une paire de ciseaux accrochée sur le côté de sa ceinture.

Emelyne attendit.
Il lui fallait l’instant vulnérable, elle le savait. Son entrainement le savait.
Sybille hurla sous le poison de la drogue introduite dans son avant-bras, et elle s’écroula sur le sol. La seringue tomba à son tour Emelyne attendit. Elle gardait un air sonné sur son visage.
Une piqure au niveau de son cou.
Emelyne attendit.
La douleur.
Emelyne attendit.
Et elle aperçut enfin l’ouverture qu’elle espérait.

Peut-être fortifié par une année de voyage, son corps résista mieux à la drogue et à la souffrance qu’elle ne l’aurait cru. Le liquide brulait déjà ses veines, mais elle parvint à se redresser. Elle devait agir. Survivre, fuir de cet endroit qui ne lui offrirait rien d'autre que la mort. Rester simple. Efficace. Dans le combat à main nue, tu n’auras pas l’avantage si tu ne frappes pas la première.

Elle porta un premier coup dans l’abdomen, faible, d'une main tremblante. Puis glissa ses doigts dans le manche des ciseaux attachés à sa ceinture et les laissa s'enfoncer dans sa cuisse, évitant les claques qui tentaient de la blesser. Elle les retira, et, les gardant au creux de ses paumes, sauta hors de la caravane. Ne pas perdre l’équilibre… Ne pas tomber. Courir. La douleur lancinante de ses poignets, de ses muscles, de la drogue qui la ronge… Courir. Courir. Courir.

Emelyne s’effondra à quelques mètres de Fériane.
Une marque de brûlure couvrait ses poignets jusqu’à son coude. En cercles concentriques. Comme un tatouage.


Errances (presque) posthumes



« La première fois que je l’ai vue, elle ressemblait à une immense plaie ouverte et cachait ses cicatrices. Pourtant, il y avait quelque chose de magnifique dans son regard. »
– Loris Valpierre


Emelyne resta deux mois à Fériane.

Au début, elle s’abimait dans la douleur, allongée sur son lit, et se relevait seulement pour contempler la cour de la Confrérie, qui, lorsqu’elle était baignée par le crépuscule, révélait toutes les richesses de son architecture. Auparavant, la jeune fille aurait sans doute décrit, sur plusieurs pages, les portraits romantiques des arcs brisés et da fontaine baroque. Elle aurait également aperçu, dans les pierres érodées par les empreintes de main, l’image saisissante du temps qui se défile sans interruption, et de son immensité. Loris Valpierre lui apporta du papier ; elle le laissa vierge. Elle se sentait vide.

Normalement, les femmes ne logeaient pas à Fériane, mais Maitre Schonëi se montra tolérant face à la détresse d’Emelyne. Après plus de deux semaines, quand la drogue qui enflammait ses veines disparut enfin, elle participa aux tâches ménagères, de gestes lents et mécaniques. Semblable au fantôme négligé d’une jeune prêtresse, elle était si maigre qu’elle attirait à peine l’attention des apprenants, et se laissait couler dans l’indolence. Elle n’avait pas conscience de son état. Ou plutôt, elle s’en fichait. Elle sursautait de nouveau lorsqu'elle entendait le bruit de ses pas, et évitait certains couloirs comme s’ils la hantaient.

Loris seul la sortit peu à peu de son inconstance. Le rêveur n’avait pas été capable de guérir entièrement ses poignets, mais il les lui bandait chaque jour, comme pour les aider à cicatriser. Il la nourrissait, lui coiffait les cheveux quand ils devenaient trop ébouriffés ; il marchait avec elle, et éprouva vite l’affection d’un frère pour sa petite sœur, sans qu’il ne puisse l’expliquer. Elle l’émouvait, avec ses grands airs terrifiés et ses yeux malades. Il la savait fragile, et lui parlait parfois avec un ton empli de pitié, comme si elle était un animal apeuré.

C’est ce ton qui l’incita à sortir de son abysse. Elle ne le supportait pas.

Peu à peu, Emelyne commença à guérir. Elle cachait encore ses poignets sous de longues manches, et portait toujours les ciseaux qui lui avaient sauvé la vie ; malgré cela, elle s’adaptait à sa nouvelle condition, et développait un esprit trop sarcastique pour réellement se laisser mourir. Elle voulait découvrir le monde, elle l’avait découvert, après tout… De plus, elle appréciait la compagnie de Loris, et parvint, en la dessinant, à oublier l’image de Sybille qui obsédait ses jours les plus ensoleillés. (La nuit, elle ne rêvait plus ni ne cauchemardait ; ses songes s’étaient évaporés, juste évaporés).

Elle avait compris ce qui lui avait toujours échappé.
L’homme n’est ni un espoir, ni un désespoir. Seulement, il n’existe pas d’entre-deux.

Emelyne ne reparla jamais du cirque. Elle estimait qu’elle n’avait rien à en dire, et n’éprouvait même pas l’envie de se venger. Les souvenirs qui l’assaillaient de temps à autre, la langueur des flammes sur sa peau qu’elle ressentait sans peine, tout lui appartenait, et elle ne s’imaginait pas l’offrir à quelqu’un. Elle ne voulait pas ressembler à Blätt. Elle ne voulait pas faire justice elle-même, et avait parfaitement conscience que, pour subsister, le Crimson possédait des connaissances bien placées. Sa quête se trouvait ailleurs ; et, si renoncer à sauver les autres victimes de Glen la plongeait parfois dans une solitude écoeurante, elle se réjouissait d’être en vie et retrouvait peu à peu son caractère sociable. Teinté de méfiance.

Loris lui offrit un arc court le jour de ses seize ans, et Emelyne s’adapta à lui bien plus vite qu’elle n’avait accepté celui des frontaliers. Lorsqu’elle s’entraina, elle remarqua que son « style de combat » avait changé ; ses gestes étaient devenus plus précis, plus amples, mais aussi timides, comme si la terreur qu’elle essayait de réprimer dans la nuit se lovait, sous le soleil, au creux de sa nuque. Brut et incomplet. C’est comme cela que le définirait n’importe quel Frontalier, elle le savait. Elle s’en fichait, et commença à user de ses ciseaux comme une arme, sans doute séduite par le profil élégant des deux larmes jumelles ; ironiquement, elle apprit bien vite à les utiliser, et les mania mieux qu’elle n’avait jamais manié le sabre. Emelyne s’en amusait. Surtout quand elle s’imaginer se battre avec contre un raïs ou un géant.  

Elle partit au milieu du mois de juin, et rejoignit Al-Jeit à pied. Le trajet lui fut pénible ; elle avait toujours adoré les températures glaciales des Marches du Nord, et se souvenait avec nostalgie de ces moments où, enfant, elle tentait de convaincre ses parents de la laisser gambader nue dans la neige. La chaleur du Sud frappait ses épaules et brulait sa peau, malgré le châle noué autour de son visage amaigri ; et, surtout, la crainte la pétrifiait. Elle savait qu’elle devrait continuer à voyager, explorer de nouveaux lieux, mais elle se sentait terrifiée, et doutait que cette terreur la quitte jamais.

Elle s’apaisa quand elle découvrit Al-Jeit. Au début, le pont de jade et le dôme lui apparurent comme un faste ridicule, bien loin de la simplicité élégante de la Citadelle ; mais, lorsqu’elle aperçut les passerelles entremêlées entre les tours, suspendues dans le vide et semblables à une immense toile d’araignée désordonnée, elle commença à aimer la ville. Et elle y resta jusqu’à la fin de l’hiver, apprenant presque avec ferveur le nom de chaque merveille. Elle devint une messagère, et porta des missives au travers de la cité sans jamais oser franchir ses murs.

Enfin, Emelyne s'échappa d’Al-Jeit en mars, et se dirigea, à pied, vers Al-Vor ; elle savait que plusieurs caravanes, au début du mois de mai, partaient en direction d’Al-Far et d’Al-Chen, et hésitait à en intégrer une, l’esprit affolé par ses peurs sans cauchemars. Le voyage, cependant, l’apaisa une nouvelle fois ; elle avait encore besoin d’autrui pour exister, et, lorsqu’elle s’arrêtait dans les rares villages qu’elle traversait, elle cherchait sans cesse de la compagnie dans une auberge. Son cœur s’allégeait. Peu à peu, elle redevenait elle-même, et ressentait à nouveau l'envie de rejoindre la citadelle.

Elle eut 17 ans.

Emelyne arriva à Al-Vor deux jours avant le départ des caravanes, et utilisa une journée pour se renseigner sur la réputation de chaque convoi. Elle ne se fiait plus à ses yeux, et considérait ses sens avec une méfiance solide, brute, presque animale ; seules valaient désormais pour elle les informations qu’elle glanait dans les tavernes, tapie dans l’ombre, presque aussi secrète qu’une marchombre. Mais elle n’avait plus rien à cacher. Elle se sentait transparente comme de l’eau. Fluide. Et en dehors du monde.

Elle s’engagea comme stratège et éclaireuse suppléante dans une caravane qui devrait rallier Al-Far, puis Al-Chen, et revenait chaque année sans qu’aucun incident, ni élément trouble ne soit déclaré.  Au début, elle resta distante ; elle se mêlait aux autres, bien sûr, mais continuait de cacher ses poignets et ne répondait qu’une fois sur deux aux questions qu’on lui adressait. Elle se sentait simplement ailleurs. Plongée son enfance, incapable d’apprendre.

Un lundi, Emelyne s’éloigna du camp pour, seule, dresser un petit monticule de terre comme elle dresserait une tombe. Un hommage à Sybille. Et, alors qu’elle récitait une prière des frontaliers, agenouillée contre le sol, une main se posa sur son épaule. Une main douce et presque chaude, plus chaude que celle de n’importe quel homme.

« Je m’appelle Althaia. Je suis l’une des thüls qui accompagnent ce convoi, et, à partir de maintenant, ton amie. D’accord ? »
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Tarendal Rivarin
Mentaï
Mais décidément, il n'y a que des fiches de talent aujourd'hui ! Pour moi, il n'y a rien à redire, c'est juste parfait ! (Et j'espère que quelqu'un va décimer ce cirque rapidement.)

Je laisse Alec passer derrière moi, et te valider !


Double de compte de Syane Ril'Devah. (Me contacter de préférence avec Syane.)

Merci Alec pour le kit ! ♥
http://www.ewilanrpg.com/
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Emelyne Edelweiss
Disparue
Hug
Merci Syane !
Oui, Emelyne aussi espère qu'elle arrivera à faire quelque chose un jour, même si pour le moment, c'est pas vraiment gagné.

Ah, et du coup je ne t'ai pas répondu à ton précédent message : de ce que j'ai vu, oui, Lille est une ville vraiment sympathique, et j'espère que ton déménagement se passera bien, parce que à travers l'Atlantique, ça ne va pas être facile. :/


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Alec Ezilea
Lieutenant Frontalier
Cette fiche est impressionnante. Pas seulement au niveau de la longueure, mais aussi pour la complexité du personnage et de l'histoire. L'utilisation d'autres personnages joué est très bien ficelé, j'adore! Mais ce que j'ai le plus apprécié je crois, c'est l'évolution de son caractère, au moment où elle devient ambitieuse, un peu comme sa mère sans s'en apercevoir, avant de rencontrer le cirque. D'ailleurs, ce cirque, j'en ferais volontiers de la chair à pâté pour le sabre d'Alec ou les chiens de Kyllian.

Bref, un grand bravo! Sur ce, je valide ta fiche!

N'hésite pas à faire ton journal de personnage ou à faire une demande de RP. Enfin, tu peux allez jeter un œil aux quêtes !

Si tu a d'autres questions en cours de route, n'hésite pas à venir nous trouver!
Je te souhaite bon jeu! houray




Administratrice aux cotés de Syane Ril'Devah
Aperçut de mes personnages:
http://dadou34.wix.com/danicka-raymond
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Emelyne Edelweiss
Disparue
JE SUIS ORANGE Oh oui !
Merci beaucoup Aki ! Je suis contente qu'elle te plaise, je crois que je peux dire que j'en ai bien bavé. Et je trouverais un moyen de la venger de ce cirque, je le jure... *Regardsadique.*

Au plaisir de te recroiser en jeu (et vous tous d'ailleurs ♥)
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