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Forum de RP dans le monde d'Ewilan, de Pierre Bottero. De nombreuses années ont passé depuis les aventures d’Ewilan et de ses compagnons et l’Empire a plus que jamais besoin de votre assistance.


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Le retour du printemps

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Syane Ril'Devah
Frontalière
À l'intention des éventuelles personnes qui souhaiteraient nous rejoindre :
Et bien, n'hésitez pas à venir poster dans ce sujet dans la limite d'un nombre raisonnable de personnes (une de plus maximum). ^^

~~ Sujet précédent : Village paisible

Respirant un bon coup, elle laissa l’air frais entrer dans ses poumons et elle se détendit soudainement. Elle venait de relever l’éclaireur pour prendre sa place, jugeant qu’elle méritait bien une pause de quelques heures. Derrière elle, les lourds chariots qui composaient la caravane se traînaient à une vitesse qui ferait rire même un escargot. Mais ils étaient suffisamment loin pour que tout le brouhaha qu’ils généraient ne soit plus perceptibles pour l’oreille humaine. Les crissements aigus des roues avaient laissé place au bruissement des hautes herbes, les injonctions agacées des hommes s’étaient effacées aux profits du chant des oiseaux et les pas lourds des chevaux étaient remplacées par le souffle du vent. Mais surtout, elle faisait une pause dans ses responsabilités. Fini les remarques acerbes et angoissées du chef de caravane sur leurs façons de surveiller, fini l’agitation et l’agacement des Frontaliers qui trépignaient d’ennuis…

La situation avait manqué de lui échapper la veille au soir, lorsque deux de ses hommes qui avaient commencés à se chamailler pour une brouille s’était finalement retournées contre un itinérant qui avait eu le malheur de s’interposer. Les Frontaliers s’ennuyaient, comptaient les jours depuis leurs derniers Raïs et les Itinérants paniquaient, sursautant à chaque frémissement dans l’herbe. Ce qui faisait ressembler le tout à une vraie poudrière. D’autant que la jeune femme n’était pas elle-même une grande diplomate et alors qu’elle n’avait qu’une envie, à savoir se jeter dans le tas avec son sabre, elle avait dû prendre sur elle afin de désamorcer la situation avec le chef de caravane. Si ils s’en étaient sortis honorablement hier, c’était bien grâce à lui et au sens légendaire de l’honneur des Frontaliers et certainement pas grâce à ses dons de diplomate.

Heureusement, elle ne ferait pas partie du voyage retour et grâce à la Dame, ils n’étaient plus qu’à trois jours de la Citadelle. Deux si le temps se maintenait, mais les nuages qui venaient de l’Est laissait présager de la pluie d’ici demain matin. Et dans les plaines, la pluie transformait la piste en un vaste marécage qui ralentissait les chariots et les chevaux. Ce qui ne manquerait pas de rendre tout le monde maussade, pour ne pas arranger la situation. Son cheval renâcla alors qu’elle soupira, lui donnant l’impression qu’il lisait dans ses pensées. Elle lui flatta l’encolure et il émit un petit hennissement de satisfaction qui la fit sourire.

- Tu as raison, laissons ça derrière nous pour le moment, dit-elle dans un souffle.

Elle sourit et regarda autour d’elle dans un coup d’œil rapide. Le printemps semblait définitivement arrivé, ce qui n’était pas pour lui déplaire. Comme tout bon Frontalier qui se respectait, elle savait apprécier le long hiver que les Marches du Nord leur réservait mais le retour du printemps était toujours aussi agréable que de voir le début de l’hiver. Malgré son air apparemment détendu, elle n’en était pour autant pas complètement déconcentrée et n’oubliant pas son rôle d’éclaireuse, elle était particulièrement attentive aux bruits environnants. Ce fût donc sans difficultés qu’elle entendit les stridulations joyeuses des siffleurs bien avant qu’elle soit en mesure de les voir.

Elle ne réfléchit qu’un court instant. Après tout, elle était capable de faire deux choses à la fois et il était peu probable de croiser des Raïs aussi près de la Citadelle, surtout quand ils n’en avaient pas vu depuis plus de deux semaines. Jetant un coup d’œil prudent à la caravane qui continuait à se traîner lentement derrière elle, elle s’empara de son arc qui pendait sur les flancs de son cheval : il y aurait du siffleur à dîner. Elle eut juste le temps d’encocher une flèche avant que les animaux n’apparaissent dans son champ de vision. Elle en tira un sans aucune difficulté, ce qui eut pour effet de disperser les autres. Mais si les siffleurs avaient été des bêtes intelligentes, ça se serait su. Le deuxième fût abattu sans aucune difficulté non plus. En revanche, elle eut plus de difficulté pour en avoir un troisième. Elle s'apprêtait à aller les ramasser lorsqu’elle entendit un cheval venir vers elle au petit trot.


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Brathel Mil'Sedan
Dessinateur de l'Académie

Le voyage était d'une lenteur insoutenable. Brathel avait l'impression d'avoir passé des années sur Courant d'Air, alors qu'en réalité ils ne voyageaient pas depuis si longtemps que cela. L'ambiance était tendu au possible, avec les Frontaliers prêts à se jeter à la gorge les uns des autres, impatients de croiser de quoi exercer leurs talents (ils n'avaient pas eu une seule séance d'entraînement digne de ce nom depuis le dernier village traversé), et les caravaniers qui priaient pour ne rien voir de plus gros qu'un rouge-gorge sur la route. Et au milieu de tout cela, Brathel, qui ne savait définitivement pas quoi faire. Il était cependant certain d'une chose : si les chariots ralentissaient plus, ils finiraient par partir à reculons.
D'après Syane, le printemps était là. Vu le climat peu clément qu'ils avaient eu dans les derniers jours, le Dessinateur avait du mal à la croire. Le vent glacial avait cédé sa place à un air lourd et humide, qui annonçait un orage comme on en voyait rarement ; voilà qui n'allait pas arranger leur avancée, ni l'humeur générale. Car pire qu'un Frontalier grincheux, il y avait un Frontalier grincheux et trempé.

Non, décidément, ils n'atteindraient pas la Citadelle en deux jours. Il commençait à se faire à l'idée de passer une journée de plus dans ce nœud de vipère quand un coup de tonnerre retentit au loin, faisant sursauter la moitié de la caravane — l'autre moitié avait dégainé des sabres. Syane était partie en éclaireur, plus loin sur la route. Le Frontalier colossal — qui s'appelait Larinen, et qui était loin d'être la brute épaisse que laissait suggérer sa stature — fit mine d'éperonner sa monture, mais Brathel lui dit qu'il se chargeait d'aller la prévenir. Déjà parce qu'il préférait que Larinen soit là si la situation dégénérait (avec ses mains larges comme des fers de hache, il était à même de calmer toutes les inimitiés), et surtout parce que cela lui permettrait d'échapper un instant à cette ambiance maussade.
Il mit donc Courant d'Air en route, essayant de ménager son propre fondement, passablement usé par la longue chevauchée. Le sol pour l'instant était encore ferme, et même cela risquait de ne pas durer, il préférait éviter la chute.
Lorsqu'il arriva au niveau de la Frontalière, celle-ci rabaissait son arc. Un peu plus loin, sur le bord de la route, trois corps de siffleurs sauvages : de chacun d'eux dépassait l'empennage d'une flèche.

- Belle chasse, annonça-t-il à la combattante d'un air authentiquement admiratif. J'ai entendu le tonnerre, et je crois que ça ne va pas tarder à tomber. Le terrain risque de se transformer en vrai marécage, vous feriez mieux de vous rapprocher de la caravane. Si jamais il vous arrive quelque chose, dans un orage, nous pourrions passer à côté de vous sans même vous voir.

Quelques minutes plus tard, ils étaient de retour vers le reste de la caravane, trois bêtes chargées sur leurs montures (une seule pour Courant d'Air, qui était loin d'être un cheval de guerre). Les siffleurs étaient encore chauds, et nul doute que le repas du soir, autour de viande grillée, saurait remplir les estomacs et étouffer quelque peu les querelles naissantes. Le Dessinateur s'imaginait déjà se remplir la panse, mais manifestement il devrait attendre : le vent s'était levé, amenant vers eux des nuages gris de mauvais augure. Ils n'échapperaient définitivement pas à la pluie.
Brathel se concentra quelques instants avant de faire apparaître dans ses mains une énorme ombrelle, du même genre que celles que les délicates de la capitale utilisaient pour se protéger du soleil ; à ceci près que celle-ci avait une toile bien plus épaisse. Sa monture ne broncha pas, habituée à ce genre de spectacle. Il réfléchit un instant, et en fit apparaître une deuxième qu'il tendit à la Frontalière, en prévision de l'averse à venir. Malgré tout, le Dessin avait ses avantages.

Ceci dit, leur contentement serait de courte durée : à leur retour près de la caravane, un bien triste spectacle les attendait en effet...



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Syane Ril'Devah
Frontalière
Elle accepta le compliment un signe de tête poli, quand bien même abattre trois siffleurs ne relevait pas d’un exploit insurmontable et encore moins pour elle, relevant sans mot dire le regard admiratif qu’il portait sur elle tandis qu’il continuait. Toujours en silence, elle hocha la tête. Elle avait bien évidemment entendu le coup de tonnerre, mais concentrée comme elle était, elle n’avait pas relevé. Au dessus d’eux, le ciel s’était brusquement assombri. Il y avait de fortes chances qu’il se mette à pleuvoir d’une minute à l’autre. Ils allaient probablement s’arrêter, histoire d’avoir le temps de monter le camp avant que la pluie ne vienne tout détremper. Juste le temps d’aller récupérer les carcasses des siffleurs. Peut-être qu’un bon repas pourrait calmer les esprits, au moins jusqu’à ce qu’ils arrivent jusqu’à la Citadelle. Par Merwyn, heureusement qu’elle ne faisait pas le voyage retour, rien que l’idée d’entendre les Itinérants pendant encore au moins une ou deux longues semaines lui aurait donné envie d’aller taper dans le tas tout de suite.

Quelques minutes plus tard, après avoir chargé les siffleurs sur leurs montures, ils retournèrent vers le convoi. Son cheval, qui était plutôt un rustique poney bien campé sur ses appuis plutôt qu’un longiligne destrier de bataille, en portait deux sans que sa vitesse de croisière n’en soit affectée. En revanche, il n’était pas habitué à ce que des objets apparaissent sans crier gare et il fit un écart quand une grande ombrelle apparût dans son champ de vision. Elle lui flatta l’encolure gentillement et accepta celle que lui tendit Brathel. Elle la détailla un court instant afin de deviner son intérêt, une sorte d’armature en bois qui tenait ouverte une grande toile épaisse… comme celle qu'utilisait les femmes de hautes naissances pour protéger leur peau du soleil mais pour la pluie. C’était ingénieux, mais pas tellement pratique pour se battre.

- Très ingénieux comme système, merci ! dit-elle en gardant sa dernière réflexion pour elle.

Ils ne mirent que quelques minutes à rejoindre le convoi, néanmoins, Syane ne s’était pas rendue compte qu’elle avait tant mis de distance entre elle et eux. Elle se blâma intérieurement, le convoi aurait pu se faire attaquer sans qu’elle n’en sache rien et inversement. Elle se promit de faire plus attention la prochaine fois. Les cris des hommes lui parvint bien avant qu’elle puisse les voir, quand bien même les toits des caravanes dépassaient des hautes herbes. Quelque chose clochait. Elle tenta de faire accélérer son poney qui s’il ne broncha pas, ne s'exécuta pas. Il était certes solide mais avec deux siffleurs sur le dos en plus, il ne pouvait pas aller plus vite. Les hommes faisaient cercle autour de quelque chose qu’elle ne pouvait pas voir, mais cela ne présageait rien de bon.

Lorsque finalement, elle fut en mesure de distinguer ce qui se passait, elle sauta à bas de son poney, confiant les rênes au premier venu. Elle brisa le cercle à grands coups de coude et analysa rapidement la situation. Le grand frontalier costaud qui répondait au nom de Larinen en tenait un autre qui s’appelait Anel et qui tentait vainement de se libérer dans l’optique d’affronter un itinérant qui lui faisait face. Malgré qu’il n’en menait pas large, il avait au moins le mérite de se tenir droit devant lui. Au milieu de ça, le maître caravanier essayait de désamorcer la situation. D’après ce qu’elle comprenait, l’itinérant refusait de s’excuser pour un propos qu’il aurait tenu au fameux Anel.

- Anel ! dit-elle en élevant suffisamment la voix pour se faire entendre.

Son injonction n’eut aucun effet et sentant la moutarde lui monter au nez, elle se planta devant le frontalier, histoire d’occuper son champ de vision. La pluie allait être sur eux d’ici peu, ils allaient avoir à peine le temps de monter le camp avant de se retrouver trempé et ils n’avaient rien de mieux à faire que de se taper dessus.

- Larinen va te lâcher dans quelques instants, je te déconseille d’essayer de le frapper ou tu risque de t’en mordre les doigts pendant un moment, cracha-t-elle tout d‘un bloc. Je sais de sources sûres que notre Régente manque de gens pour des tâches administratives.

Elle darda un regard furieux sur lui, planta ses poings sur ses hanches dans une attitude qui ne disait rien de bon. Bien sûr, la Citadelle ne pouvait pas fonctionner qu’avec des guerriers. Les moins bons, ou tout simplement ceux qui le souhaitaient s’occupaient des tâches administratives, des cuisines et autres. Il n’y avait aucune honte à cela, sauf quand on avait plusieurs batailles et victoires à son actif. Pour ces frontaliers-là, les tâches administratives étaient non seulement la pire des punitions mais aussi une grande humiliation. Visiblement, la menace sembla fonctionner et il se dégagea furieusement sans chercher à atteindre l’itinérant.

- Je préfère, au vu de la situation, on a bien d’autres choses à faire que d’arbitrer vos futiles disputes, dit-elle en se tournant vers le maître caravanier. Il va se mettre à pleuvoir d’une minute à l’autre et je vous conseille vivement de vous remuer si vous voulez pas finir d’installer le camp sous la pluie.

Visiblement soulagé qu’elle ait intervenu, le maître caravanier hocha la tête et commença à lancer toutes sortes d’instructions. Syane, quant-à elle remercia d’un signe de tête Larinen, qui lui répondit avec un haussement d’épaule. Elle se tourna vers Brathel alors que tout le monde retournait à ses occupations et elle se permit un soupir agacé.

- Désolée que vous ayez vu ça… J’espère que vous ne ramènerez pas trop de mauvaises impressions de notre peuple à la capitale, dit-elle avec un faible sourire mi-amusé, mi-énervé.


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Brathel Mil'Sedan
Dessinateur de l'Académie

Au niveau de la caravane, une drôle d'altercation les attendait : le colosse Frontalier en retenait un autre pour l'empêcher d'aller refaire le portrait à un itinérant. Lequel était apparemment fier comme un coq, et bien décidé à en découdre. Les deux pieds solidement campés sur le sol, il était prêt à se prendre la raclée de sa vie ; Larinen l'avait bien compris et retenait le second combattant afin d'éviter le bain de sang.
L'intervention de Syane fut rapide. Lorsqu'elle réalisa qu'il lui était inutile d'user de sa voix, elle mit pied à terre et alla carrément se camper devant son compatriote. Brathel avait côtoyé suffisamment de combattants dans sa vie pour réaliser que derrière la posture sévère, les poings sur les hanches, se cachait une tigresse prête à bondir si l'autre se dégageait de la poigne du Frontalier.

Une chose qui n'arriva bien heureusement pas. La menace d'un solide grimoire, d'une plume et d'un flacon d'encre était apparemment plus terrifiante que la perspective de n'importe quel combat. Brathel profita de ce moment pour mettre pied à terre, et alors que la foule se dispersait, il indiqua les siffleurs — ou plutôt le futur repas — à quelques Itinérants. Les bêtes furent rapidement récupérées et emmenées pour être vidées, dépecées et préparées.
La Frontalière fit encore une fois jouer de la voix, cette fois-ci à l'intention du maître caravanier. Il arbora un air penaud quelques secondes, mais à peine Syane eut-elle tourné le dos qu'il se mit à aboyer des ordres à ses hommes, leur sommant de monter le camp avant l'arrivée de la pluie imminente.
Elle revint finalement vers lui, s'excusant du comportement de son peuple. Il relativisa la situation :

- Pour un peuple qui vit pour et par l'épée, commença-t-il avec un sourire en retour, je trouve soulageant l'idée de voir qu'un tas de paperasse est plus effrayant que n'importe quel combat. Puis, retrouvant son sérieux : Tout le monde est un peu tendu, vue la durée du voyage. La moitié de cette caravane redoute un groupe de Raïs ou de bandits, et l'autre l'accueillerait comme un bon moyen de se dégourdir les jambes. Évidemment qu'il y a des étincelles.

Il relativisait beaucoup la situation. Une telle tension, même justifiée, n'était jamais une bonne chose. Syane avait assez d'autorité pour éviter un duel à son arrivée à la Citadelle, mais il n'était pas certain que Larinen y échappe. Il ne se faisait pas trop de souci, toute fois : la laconique force de la nature avait l'air tout à fait capable de se tirer de n'importe quelle situation.
Le camp fut finalement monté, et la pluie fit son apparition au bout d'une dizaine de minutes. De grandes toiles de tissu ciré avait été tendues — l'aide d'un Dessinateur n'avait pas été de trop pour l'installation d'une telle structure — et toute la caravane bénéficiait d'un repas relativement au sec. En quelques minutes, l'extérieur fut un vrai bourbier, que certains accueillirent avec soulagement : peu de risques que des bandits bravent un marécage fraîchement formé pour attaquer des voyageurs. La situation était plus compliquée que cela, mais nul n'eut le cœur à les contredire.

La fin de l'après-midi se déroula sans encombre, ainsi qu'une nuit réparatrice — et longue pour certains, puisque le maître caravanier souhaitait éviter de reprendre la route sous la pluie. Après une toilette rapide rendue possible par le fait qu'ils avaient de l'eau chaude savonneuse à volonté — c'est fou à quel point le Dessin était confortable, ils se remirent en route. L'ambiance était bien plus légère, comme si la pluie avait emmené avec elle tous les soucis de la veille. LA matinée était ensoleillée et relativement chaude, tout en restant agréable : l'odeur de végétation mouillée flottait dans les airs, remplaçant agréablement celle des bêtes de la caravane. Les estomacs soulagés par le siffleur, la route fut avalée assez vite, malgré le terrain mouillé.
Au bout d'une demi-journée de marche, les éclaireurs revinrent au galop vers la caravane, pour signaler des Raïs ; des Raïs déjà morts. En vérité, sur le chemin de la caravane se tenait un vrai charnier. D'après leur rapport, environ deux-cents hommes cochons, tous morts. Mu par la curiosité, Brathel éperonna sa monture en direction du massacre, espérant que Syane le suivre : il n'était pas exclu que ce soit un piège, mais s'il y avait eu usage du Dessin, il saurait le sentir.



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Syane Ril'Devah
Frontalière
Elle avait à peine tourné le dos que les Itinérants se mettaient au travail. Les Frontaliers, globalement peu fier de la scène qui venait de se jouer, apportèrent leur contribution sans broncher, se pliant aux instructions du maître caravanier. Certes les Itinérants ne manquaient pas de bras, mais la menace de la pluie avait motivé tout le monde à participer. Anel, qui ne tenait visiblement pas à faire gratte papier pour les mois à suivre, mis plus d’ardeur à la tâche que les autres. Elle accueilla la remarque de Brathel avec un sourire amusé qui détendit les traits de son visage. Il relativisait la situation avec une pointe d’humour qui était définitivement plus que bienvenue. Elle hocha la tête comme en signe de remerciement et se détourna pour participer aux tâches. Surveillant tout le monde du coin de l’oeil alors qu’elle déchargeait les siffleurs de leurs montures, elle se permit de soupirer discrètement. Apparemment, c’était bon pour cette fois mais elle ne savait combien de temps elle allait réussir à calmer les tensions.

Moins d’une demi-heure plus tard, les grandes toiles qui serviraient de tentes pour la nuit avait été tendues, deux grands feux étaient allumés et la réserve de bois leur permettrait de tenir toute la nuit s’il le fallait. La viande était déjà en train d’être placée sur le feu et l’odeur qui se répandait, aurait mieux l’eau à la bouche de n’importe qui. La pluie commença à tomber soudainement, comme si le ciel avait entendu qu’ils soient fin prêt pour ouvrir les vannes. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, tout le campement était devenu une gigantesque mare de boue. Il plut toute la nuit, au plus grand malheur de ceux qui montèrent la garde. Malgré que ce soit probablement inutile, la mission était trop importante pour se permettre de prendre le moindre risque. Étrangement, on entendit pas un seul autre coup de tonnerre.

Lorsque le soleil se leva le lendemain matin, les nuages s’échappaient vers la direction opposée à celle qu’ils prenaient. Ce qui s’avérait être une excellente nouvelle. Le terrain était encore plus que détrempé. Des petits ruisseaux s’étaient formés et serpentaient paresseusement le long du chemin. Malgré qu’ils allaient être ralenti par l’état des chemins, il y avait peu de chances qu’ils se reprennent une averse comme celle de la veille. Il n’y avait plus qu’à espérer qu’il fasse assez chaud pour que les sols sèchent dans la journée et qu’ils ne coincent pas un chariot. Avec un peu de chance, ils arrivaient au terme de la deuxième journée. Intérieurement, Syane priait pour qu’ils aient beaucoup de chances. Plus vite ce serait terminé, mieux ce serait. La douche chaude, rendu possible par Brathel et le ciel dégagé mis tout le monde de bonne humeur, ce qui n’était pas du luxe.

Le soleil venait de passer le zénith, quand les deux éclaireurs revirent au galop vers la caravane. Apparemment, à quelques minutes devant eux se trouvaient un véritable champ de bataille. Ça ne présageait rien de bon… les ennuis commençaient mais Syane n’eut guère le temps de se faire la réflexion. Avec la rapidité de réflexion que la situation exigeait, elle réagit au quart de tour.

- La caravane continue d’avancer… Larinen, Anel, Ygris et Kaol, avec moi. On va jeter un oeil. Les autres, restez sur vos gardes, ça pourrait être un piège. Si on a besoin de vous, on s’arrangera pour vous le faire savoir, dit-elle d'un ton assuré.

Elle ne prit pas la peine de mentionner ce qu’il fallait faire en cas de piège pour la simple et bonne raison qu’il n’y aurait rien à faire. La caravane ne pouvait pas quitter les chemins avec tout ce qu’il avait plu. Si c’était un piège, ils n’auraient plus qu’à combattre ou à mourir. Et tout le monde était parfaitement au courant de cet état de fait. Elle eut à peine le temps de donner ses instructions que Brathel éperonna sa monture. Elle fit signe aux autres de la suivre et elle le rattrapa en un rien de temps. Ils ne mirent que quelques minutes à rejoindre l’endroit que les éclaireurs avaient décrit. Effectivement, le nombre de Raïs au sol étaient impressionnant. Par réflexe, elle décrocha son sabre de son dos et resta quelques instants en retrait d’une bonne cinquantaine de mètres, analysant la configuration du terrain. Si c’était une embuscade, l’endroit était particulièrement mal choisi car à part les hautes herbes, il n’y avait nul part où se cacher.

Il ne restait plus qu’à vérifier que les Raïs étaient tous aussi morts qu’ils en avaient l’air. Pour nombre d’entre eux, il n’y avait aucun doute. Les traces de sang qui jonchaient leurs corps et la terre en dessous d’eux ne faisaient aucun doute. D’autant que les Raïs n’étaient pas assez intelligents pour avoir monté un piège aussi sophistiqué. Par contre, il était difficile de dire qui les avaient tués. Le plus probable étaient qu’un troupe de Frontaliers les aient pourchassés jusqu’ici et les aient massacrés. En s’approchant, elle chercha du regard un signe. Mais elle ne remarqua ni empennage de flèches, ni toutes autres armes non raïs. Elle se tourna vers les autres et fit signe en silence à l’un d’entre eux de rester en arrière pendant que les autres avancèrent. L’idée qu’il allait falloir dégager le chemin pour que la caravane passe lui travers l’esprit alors qu’elle resserra sa poigne sur la garde de son sabre et fit avancer son poney.


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Brathel Mil'Sedan
Dessinateur de l'Académie

La scène était véritablement impressionnante. Brathel avait pas mal voyagé dans sa jeunesse, et se considérait comme peu impressionnable. À son âge, il lui fallait beaucoup pour le déstabiliser ; mais il avait le souffle coupé, et ce n'était pas qu'à cause de l'odeur. Une telle quantité de Raïs au même endroit n'était pas impossible en soi : cela représentait une ou deux hordes. Ça et là, un cadavre écailleux et plus imposant était tout ce qui restait des Géants qui accompagnaient les guerriers cochons.
Syane distribua les ordres en silence aux Frontaliers, qui tels une mécanique bien huilée, se déployèrent sur le terrain. Ils semblaient chercher quelque chose qu'ils ne trouvaient pas. Le Dessinateur hésita à mettre pied à terre, mais se ravisa en voyant l'état du sol : imbibé de sang, la terre s'enfonçait sous les sabots de sa monture, n'augurant rien de bon. La température encore fraîche avait par chance conservé les corps : en plein été, l'endroit aurait grouillé d'insectes, et l'odeur aurait été véritablement insoutenable.

Sur les corps, des blessures étaient clairement visibles, mais Brathel n'aurait su en dire plus ; il laissait aux Frontaliers le soin de ce genre de matières, tandis qu'il s'occupait de la sienne. À ce propos, il ferma les yeux, entra dans les Spires comme il avait l'habitude de le faire... Et en ressortit aussitôt, de surprise. Il ne s'attendait certainement pas à cela. Se préparant un peu mieux, il replongea pour contempler le spectacle qui s'offrait à lui. Les paroles de Japin Dil'Boren, feu son professeur d'Introduction Générale au Dessin.
"Le Dessin porte bien son nom. Représentez vous une page blanche : il s'agit de l'Imagination. Vos pigments sont les Spires, et vous choisissez quoi dépeindre sur votre support. Maintenant, imaginez que cette page est commune à tous les Dessinateurs : vous pouvez toujours voir le travail d'un confrère dans les Spires. Et c'est grâce à cela que vous serez évalués à la fin de l'année, d'ailleurs".
Ce n'était toutefois pas la partie sur le système de notation de l'Académie qui s'imposait à lui à ce moment précis. Un usage extensif du Dessin avait été fait ici. Par qui ? Dans quel but ? Il ne savait encore le dire. Tout ce qu'il savait, c'est qu'un peu plus loin se trouvait un élément de réponse : il le sentait dans les Spires.

Menant son cheval en avant, il finit par tomber sur ce qu'il cherchait. Environ au centre du charnier, les Spires avaient été pliées d'un seul coup, par un usage extrêmement violent du Dessin. À cet endroit précis se trouvait un corps de Géant carbonisé, qui semblait prêt à s'effriter au moindre contact. Brathel fit alors le lien avec l'unique coup de tonnerre entendu la veille.

- Syane, je pense que nous avons un relatif problème. Un Dessinateur était là, peut-être plus. Ce Géant a été foudroyé, et pas de manière naturelle. Aurais-je des collègues résidant en ce moment même à la Citadelle ?



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Syane Ril'Devah
Frontalière
Absorbée dans son observation, elle faillit ne pas se rendre compte que Brathel se dégageait du reste de la troupe et partait en avant. Elle leva les yeux au ciel, il n’y avait aucun danger de visible mais elle n’était pas franchement sûre qu’il ait pris le temps de s’en assurer. Elle ne le suivit pas, il s’était arrêté là où il était encore à portée de vue. Il avait beau ne pas être sous sa responsabilité et probablement bien assez capable de se défendre sans son aide, elle préférait que personne ne meurt bêtement sous ses yeux. Elle risquait, à défaut d’avoir des problèmes, des réflexions peu agréable et puis, elle l’appréciait mine de rien. Sa compagnie changeait des hommes qu’elle avait l’habitude de fréquenter, des Frontaliers, en fait. Elle continua son exploration en silence, cherchant à évaluer depuis combien de temps ils avaient été abattus. Sa meilleure estimation étant trop large, elle fit signe à un de ses hommes de se rapprocher.

- Orena, combien de temps qu’ils sont là, à ton avis ? demanda-t-elle avec son air inquiet qui ne la quittait pas.

- Ils sont probablement là depuis la veille, avant que la pluie ne tombe, dit-il en montrant un cadavre du doigt. Le sang a eu le temps d’imbiber la terre et la pluie l’a lavé. Si ils avaient été tués après, le sang se serait mélangé à la boue.

Syane hocha la tête en constatant la même chose que lui, bien qu’elle n’aurait pas été capable de l’interpréter de la même façon. Elle nota l’information dans un coin de sa tête, ça pouvait toujours servir dans d’autres situations, bien d’autres d’ailleurs. Orena était l’un de ses meilleurs éléments en matière de traque. Il avait l’oeil fin et repérait les détails qui échappait à tout le monde. Elle admirait son talent et savait le mettre à profit lorsqu’il était nécessaire. Et là, c’était plus que nécessaire. Il semblait déjà avoir une idée sur la question avant qu’elle ne lui pose car il lui avait répondu instantanément.

- Frontalier ou pas ? ajouta-t-elle toujours pas vraiment rassurée.

Cette fois, il prit le temps de réfléchir avant de répondre… ce qui rendit Syane un peu plus nerveuse. Visiblement, il était comme elle incapable de se prononcer définitivement. L’absence de corps et d’armes laissait supposer que l’affrontement avait été court et efficace, dans le style Frontalier. La Citadelle étant proche et très réactive au moindre mouvement Raï, c’était l’hypothèse la plus probable. Probable, pas certaine.

- Probablement des nôtres, mais je saurais pas le dire avec certitude, ajouta-t-il embarrassé.

Elle le remercia en hochant la tête sans pouvoir masquer son air impressionné. De toute façon, il n’y avait rien de plus à faire si ce n’était de déblayer la route pour que la caravane puisse passer. Que l’un des chariots casse un essieu sur un cadavre de Raï était la goutte d’eau qui aurait fait déborder le lac Chen. C’est à cet instant que Brathel revient vers elle et son visage ne présageait rien de bon. Elle prit le temps de l’écouter, réfléchissant en même temps, ses paroles accroissant son malaise. Depuis quelques années, à chaque fin de l’hiver, une Sentinelle venait en poste à la Citadelle. De temps à autre, d’autres Dessinateurs venaient la rejoindre. Ils restaient rarement longtemps, préférant vers l’aller-retour que de rester toute l’année dans ce lieu paumé qu’était la Citadelle. D’autant qu’avec les Hiatus, c’était l’endroit le plus inconfortable pour les gens doués du Don. Les mouvements des Dessinateurs affectés à la Citadelle était aléatoire et ne dépendait pas de son dirigeant. Chaque année, Syane observait les allers et venues avec circonception sans parvenir à dégager un schéma. Le plus probable restait qu’il n’y en ait pas.

- Quand je suis partie, il y a quelques semaines, ils n’avaient toujours pas réinvestis la place… dit-elle calmement, mais ils ont eu bien le temps de se déplacer entre temps. Est-ce que vous pouvez dessiner là ?

Avoir conscience de ses forces et de ses atouts, ça aussi ça pouvait être utile. Elle allait donner l’ordre de commencer à déblayer en attendant que les Itinérants arrivent et viennent donner un coup de main lorsqu’un nuage de poussières devint soudainement visible à l’horizon. Elle n’était pas la seule à l’avoir remarquée puisque tous les Frontaliers arrêtèrent subitement ce qu’ils étaient en train de faire et resserrèrent leur poigne sur la garde de leur sabre. Ils regardèrent Syane du coin de l’oeil et elle leur fit signe de se rapprocher et d’attendre. Même en plissant les yeux, elle était incapable de distinguer autre chose qu’un simple nuage de poussière et elle en était réduite à faire des suppositions, ce qui lui plaisait franchement pas. Probablement des cavaliers, mais estimer leur nombre était encore impossible, il fallait attendre qu’ils se rapprochent. De toute façon, ils étaient plus rapide que la caravane et c’était déjà trop tard pour réagir. Les probabilités que ce soient des Frontaliers étaient tout de même élevées, heureusement. Elle prit le temps de se tourner vers Brathel.

- Brathel, si vous souhaitez rester, je n’y vois pas d’inconvénients mais si nous sommes en sous nombre, je ne pourrais peut-être pas vous aider, dit-elle avec honnêteté. Il y a de fortes chances que ce soit des nôtres, mais il n’y a aucune certitude.


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Brathel Mil'Sedan
Dessinateur de l'Académie
Spoiler:
Un an et demi, record de non-réponse battu ! Je te laisse faire un dernier post si tu veux, et ensuite je lance un RP à la Citadelle, probablement avec un autre dessinateur vu que ce sera certainement dans la Vigie...

Syane soulevait une bonne question. Pouvait-il dessiner ? Il était vrai que les Marches du Nord étaient connues pour être truffées de Hiatus, ces lieux abandonnés de l'Imagination où dessiner était aussi possible que d'allumer un feu sous l'eau. D'après la plupart des versions du conte, même Ewilan s'était vue retenue par des Hiatus, et ce à plusieurs reprises. Si Hiatus il y avait, ce n'était pas lui, simple petit professeur de l'Académie, qui pourrait y faire quoi que ce soit.
Néanmoins, la réponse était simple. S'ils s'étaient trouvés dans un Hiatus, le simple fait de chercher des traces de dessin aurait été impossible. Bien sûr la Frontalière ne pouvait pas le savoir. En guise de réponse, Brathel se contenta d'hocher de la tête, une petite flammèche apparaissant au dessus de son épaule. Elle ne sembla néanmoins pas faire attention à cette rapide démonstration, regardant directement derrière lui, vers l'horizon, plein nord. Après quelques instants, il remarqua finalement ce que les autres éclaireurs regardaient avec une attention non dissimulée : un nuage de poussière avançait dans leur direction, similaire à ce que produirait une troupe de cavaliers en déplacement.
Les armes étaient quasiment tirées à droite et à fauche, et le dessinateur dirigea sa monture derrière les autres éclaireurs. S'il y avait du grabuge, il préférait ne pas se trouver en première ligne. Dans le même temps, il scruta le terrain aux environs, tentant de le graver dans sa mémoire. S'il devait dessiner de toute urgence, en situation de combat, il lui fallait pouvoir le faire sans regarder où son dessin apparaîtrait, et cela nécessitait de parfatemetn connaître la disposition des lieux. Enfin, si jamais un pas sur le côté était nécessaire, il avait besoin de pouvoir revenir.

Bien heureusement, rien de tout ça ne s'avéra nécessaire. Au bout d'une dizaines de minutes qui parurent des plus interminables, le petit groupe leur apparut plus clairement ; par chance, il s'agissait bien de Frontaliers. Ils étaient une petite dizaine, clairement équipés pour affronter les étendues du Nord : tous portaient au minimum un sabre, et il n'était pas rare de voir un arc accroché à la selle de l'un, une arbalète à celle de l'autre. Ils ralentirent un peu en appercevant les leurs au milieu du charnier, et mirent pied à terre pour échanger de franches accolades. Brathel préféra rester à l'écart de ces effusions, n'ayant pas nécessairement envie de se coller à des hommes — ou femmes — en armes. Il se contenta d'un sourire en coin dusse-t-on s'intéresser à lui.
Fort heureusement, les nouveaux arrivants avaient l'air de s'intéresser aux Raïs morts plus qu'à un vieux dessinateur sur un canasson antédiluvien. Contrairement à la troupe menée par Syane, ils n'avaient pas l'air surpris de les trouver ici, et de leurs explications, il était clair que le dessinateur responsable de ce ménage se trouvait actuellement à la Citadelle. Brathel laissa échapper un soupir de soulagement ; il préférait mille fois croiser un semblable chez les Frontaliers plutôt que de savoir qu'un dessinateur puissant se promenait seul dans les Marches du Nord.
Sans surprise, Brathel laissa Syane s'occuper des négociations. Il se plongea assez vite dans les Spires de toute façon, dès qu'il fut clair qu'ils allaient quitter l'endroit : autant rassembler un maximum d'informations sur ce qui s'était déroulé ici. Perché sur Courant d'Air, il avait le regard dans le vide, comme absorbé par quelque chose : son esprit s'était projeté dans les Spires.

Quelque chose n'allait pas, définitivement. La démonstration de force n'était pas le seul élément qui avait éliminé les Raïs. Après, l'hypothèse des guerriers cochons s'entretuant après la mort de leur lieutenant géant n'était pas non plus à proscrire : ces créatures n'étaient pas connues pour leur cohésion sans faille, et dès lors que leur chef était absent, des luttes intestines étaient monnaie courante.
Mais aucune trace de cela dans les Spires, bien évidemment. Brathel mena son cheval d'une main absente à travers le charnier, ayant probablement l'air d'un fou, perché sur sa monture les yeux dans le vague. La question de Syane avait épinglé son intérêt. En vérité l'endroit n'était pas totalement un Hiatus, mais il pouvait ressentir ça et là des zones où l'Imagination étaient inaccessibles, comme les éclaboussures d'une tâche d'encre sur une page vierge. C'était encore la meilleure analogie qu'il avait trouvé lorsqu'il avait du consacrer un ouvrage à ce sujet : si on appelait Hiatus la large zone où les Spires étaient fermées, il n'était pas rare de voir dans les alentours des sortes d'anomalies, petites zones qui montraient les mêmes propriétés.
Étrangement, Brathel sentait bien que les Frontaliers présent n'étaient pas disposés à un cours magistral sur le sujet. Aussi, il garda ses remarques pour lui, se concentrant sur la sphère graphe qui pendait à son cou afin d'étendre un peu plus sa perception des Spires... Avant d'en sortir d'un coup sec. Il sursauta un peu, comme quelqu'un soudainement plongé dans l'eau froide. Il était de retour dans son corps, et compris rapidement ce qui s'était passé : il avait pénetré dans un Hiatus. Étrange, il aurait pourtant juré que son canasson était arrêté au moment où c'était arrivé.

Il était donc en train de s'étonner de la situation lorsqu'une chose plus étrange arriva encore : comme un voile glacé qui glissait sur sa peau, le Hiatus se... déplaça. À défaut de meilleure expression. Cette sensation était totalement inconnue à Brathel, et particulièrement désagréable : comme un voile huileux qui se retirait peu à peu de lui, collant à sa peau. Puis soudain, il partit comme il était venu ; l'endroit n'était plus un Hiatus.
Lui qui se targuait d'être expert en la matière, il était estomaqué. Il inspira une goulée d'air presque par réflexe, comme un plongeur refaisant surface, et retourna immédiatement dans les Spires ; aucune trace de ce Hiatus ; il était pourtant certain de ne pas l'avoir rêvé.
Il n'épilogua toutefois pas sur la question, puisque Syane lui signala qu'ils repartiraient sous peu : les Frontaliers qui venaient d'arriver avaient été détachés par la Citadelle suite aux informations d'une Sentinelle de la présence d'une caravane à proximité du charnier. Plongé dans ses pensées, Brathel ne posa pas plus de question et repartit en direction de la caravane, fouillant dans les fontes de sa selle afin d'en tirer papier et nécessaire d'écriture.




Les deux jours de voyage suivants s'écoulèrent sans évènement notable. Brathel avait dessiné une sorte de pupitre flottant devant lui afin d'y prendre appui tandis qu'il noircissait des pages et des pages de notes concernant le Hiatus mouvant dont il avait été témoin. Il leva à peine le nez de son travail lorsque la Citadelle fut finalement en vue au détour d'une butte, et ce malgré les exclamations satisfaites des Frontaliers comme des caravaniers. La célèbre silhouette du bâtiment se découpait sur le ciel bleu clair de ce début de printemps, et le vent froid coupait à travers les manteaux des voyageurs comme une lame de rasoir, faisant perler une larme au coin de l'œil du vieux dessinateur.
La caravane dans son ensemble redoubla d'ardeur pour atteindre la Citadelle. Et qu'il s'agisse de la proximité de la garnison frontalière ou de leur supplément d'escorte, les caravaniers semblaient moins inquiets qu'ils ne l'avaient été durant le première partie du voyage. Au sommet du fort scintillait le dôme de la Vigie, où une Sentinelle résidait probablement déjà, d'après les dires des cavaliers qui les avaient rejoints.
Outre le fait que Brathel manqua de tomber de sa monture lorsque son pupitre dessiné disparut sans crier gare — oui, la Citadelle était bien dans un Hiatus — le reste du trajet se fit sans encombre, et ils atteignirent rapidement les portes de la Citadelle. La caravane et ses gardes se dispersèrent avec grand vacarme mais organisation certaine, tandis que Brathel échangeait quelques politesses avec Syane, espérant qu'ils se croiseraient de nouveau.
Après un au-revoir tout à fait poli, le professeur offrit quelques branches à un jeune Frontalier qui semblait servir de gardien d'écurie pour qu'il le mène jusqu'à la Vigie. Son dernier trajet à la Citadelle commençait à remonter, et il préférait éviter d'errer dans les escaliers et couloirs pendant des heures. Ledit garçon, qui ne semblait pas avoir plus de douze ans, acquiesça énergiquement et le mena à travers les couloirs jusqu'à la barrière bien connue.



Re-fondateur, et nécro-forumancien confirmé
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